Hey ! Alors, pour info, j'aime beaucoup Arya (tout comme j'aime beaucoup Sandor, d'ailleurs). Je pense que si elle déteste le Limier c'est parce qu'ils se ressemblent beaucoup, tous les deux remplis de haine et de colère. Arya voit Sandor comme la personnification du monstre parce qu'il représente ce qui est monstrueux en elle : la rage, l'envie de tuer, la soif de vengeance. Avec quelques années (et centimètres) de plus, Arya n'aurait plus qu'à se foutre une torche sur la figure pour faire Le Limier V2.

Enfin bref, ce n'est pas le sujet x) J'ai juste un faible pour les tordus...

Bref. Merci Elena x) Mwahahaha, je m'éclatait comme pas possible à écrire cette fic complètement sadique ! Tu as vu la saison 4 ? Elle va déchirer !

Salut Magy ! Contente d'avoir pu te faire apprécier Arya ne serai-ce qu'un peu. Elle est bien Arya, bien qu'elle vire un peu trop cynique à mon goût (et elle a la fâcheuse habitude de détester mon perso préféré...). Enfin bref, merci et bonne continuation !

Hey bc130woody ! Owi, revoit la série, elle est trop cool ! Et la saison 4 est enfin là, je me suis jetée dessus comme une affamée... Enfin bref, merci et bonne lecture !

Salut Aliena Wyvern ! Oui, La relation entre Thalia et Sandor est beaucoup plus profonde qu'ils ne l'avaient tous les deux prévus. Ils sont passés de potes à amis puis à amants. A chaque fois ils gagnent un degré de confiance en fait x) Quand à Arya, elle aime bien Thalia, et Thalia est amusée par cette gamine à demi-sauvage, alors... Ben, ils marchent x)

Alors, Sakiie-chan, Arya a NEUF ANS, peut-être même dix d'ailleurs, et puis après tout ce qu'elle a vu, c'est pas avoir entraperçu le baiser de Thalia et Sandor qui va la traumatiser x) Et puis, dans ce chap'... Nan, tu verras bien ! Bon, sinon, oui le regard de braise c'est attirant. J'aime toujours les méchants moi, c'est injuste u_u... Genre Loki. Pitch. Sylar. Voilà quoi, je suis mal placée pour critiquer ton instinct de survie ! xD

Ah ah, Loupiotte54, ça dégoûte de l'humanité, hein ? Moi, j'adore x) T'inquiète, il y a moins de sang dans ce chapitre, de quoi te consoler un peu après le massacre des Jumeaux...

Merci Yoloco63 ! Si tu ne veux pas te spoiler la saison 4, ne lis pas ce chapitre ! A partir de là j'y reprends la trame des livres... Bon, ça mis à part, mwahahaha, j'adore Thalia et je suis contente que toi aussi, c'est l'une de mes OCs les plus ré oui, j'ai pas mal d'avance sur cette fic. Je publie toutes les deux semaines normalement.

Hey miss02 ! Contente d'avoir comblé tes espérances xD Il existe d'autres bonnes fics, je t'assure. Mais la plupart sont en anglais et se concentrent sur certains ship (des couples hypothétiques) plus que sur l'intrigue. Tellement dommage... Enfin bref, merci et bonne lecture !

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A partir de ce chapitre, je suis l'histoire des livres ! ATTENTION C'EST TRÈS IMPORTANT !

En bref ? Ca veut dire que Le Limier et sa petite troupe vont vers les Eryés et se retrouvent coincés, et qu'ils n'iront pas tout de suite chercher noises à Polliver à l'auberge (c'est du spoil ? Naaaan, ça fait deux semaines que l'épisode est sorti...).

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Oh, et sinon. Je viens de voir le 3ème épisode de la saison 4. Et je suis FOLLE DE RAGE contre HBO. Jaime est le seul personnage qui respecte les femmes, dans les livres. Il renvoie la pute que Qiburn lui envoie. Il voulait protéger la reine d'Aeris Le Fol quand il l'entendait la violer. Il a sauvé Brienne. ET il aime profondément, sincèrement et respectueusement sa soeur Cercei. JAIME N'EST PAS UN VIOLEUR. Mais il est IMPOSSIBLE pour les américains d'envisager une relation sans violence, et oh, tiens, on a envie de faire de l'audimat alors on va mettre un VIOL ! Parce que les gens aiment ça !

Ceci, ceci est l'expression la plus pure de la culture du viol aux Etats-Unis. Parce que le message qu'ils font passer, c'est "tut le monde viole : les bons, les méchants, ceux qui respectent les femmes : le viol est normal" !

Je suis complètement en pétard. Et quand vous aurez vu l'épisode, en ayant ou en ayant pas vu les livres, en aimant ou pas Jaime Lannister, vous le serez aussi !

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Chapitre 14

L'errance d'une étrange meute

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Ils reprirent leur route. La petite louve était quasiment amorphe, mangeant à peine, ne parlant pas. Les deux guerriers lui fichaient la paix. Sandor laissa tomber que la petite avait une tante aux Eyriés, et Thalia et lui convinrent que faute d'un meilleur plan, ils se dirigeraient vers les montagnes. Leurs pas prirent la direction de l'Est.

Le lendemain, ils tombèrent sur quelques soldats des Frey. Ils étaient cinq, et se réchauffaient autour d'un feu de camp tout en se congratulant mutuellement d'avoir décapité Robb Stark pour lui coudre la tête de son loup sur les épaules.

– Ils traquent le Nordien paumé, marmonna Sandor.

La sagesse aurait voulu que leur trio passe son chemin la tête basse. Mais Arya sauta de la selle de Vol-de-Nuit pour s'approcher innocemment des bandits et, feignant d'en payer un pour qu'il la laisse approcher de son feu, elle poignarda l'homme le plus proche. Sans vraiment y réfléchir, Thalia et Sandor mirent aussitôt pied à terre pour s'occuper des hommes restant avant qu'ils n'égorgent la gamine. Quand ils eurent terminé leur carnage, Arya rendit sans un mot à Thalia le poignard qu'elle lui avait dérobé, et qu'elle avait utilisé pour assassiner sa cible.

Elle aurait pu le garder. Elle aurait le garder. Quelques jours plus tôt, elle l'aurait fait, et l'aurait utilisé pour égorger Sandor dans son sommeil. La petite louve devait vraiment être au fond du trou, si elle renonçait même à ça.

– Premier homme que tu tues ? lâcha le Limier tandis que l'archère reprenait son arme en jurant.

Arya avait les yeux fixés sur le cadavre du type.

– Premier homme.

Thalia émit un reniflement hautain, mais s'abstint d'agonir la gamine d'injures sur son geste stupide. Elle n'était pas complètement insensible.

Ils prirent un des chevaux des soldats pour la gamine, une alezanne palefroi qu'Arya baptisa Pétoche parce qu'elle avait reculé comme une trouillarde dès que Vol-de-Nuit lui avait montré les dents. Vol-de-Nuit avait l'air d'une sauvage, maintenant, avec sa longue crinière emmêlée et son poil plus fourni à cause des nuits froides. Elle n'avait plus l'allure élégante qui avait séduit Thalia chez les Amantis. Il n'empêche que l'archère n'aurait changé de monture pour rien au monde.

Déjà parce que la jument était endurante, courageuse et rapide. Elle avait le pied sûr et elle soutenait sans broncher le rythme d'Etranger. Pourtant, l'étalon noir était une force de la nature. Mais par-dessus tout, Vol-de-Nuit était aussi fidèle qu'un chien. Thalia pouvait être sûre qu'elle répondrait toujours à son sifflement et n'hésiterait pas à mordre le premier voleur essayant de l'emmener. Vol-de-Nuit était à elle.

Et puis, c'était un cadeau de Lysan. Et Lysan lui manquait.

Lysan, Bronn, Anguy, ils lui manquaient, tous. Mais Lysan, surtout. La peine qu'elle ressentait pour son frère était teintée d'amertume et de colère, et celle qu'elle éprouvait pour Bronn s'était apaisée. Lysan, le petit garçon qui avait une foi totale en elle, Lysan lui manquait toujours terriblement. Si gentil, si pur. Avec son honnêteté naïve et sa curiosité innocente. C'était le genre de personne que n'importe qui souhaiterait protéger.

Et il lui manquait.

Leur petit groupe de trois continuait à avancer. Sandor semblait à peine se soucier du fait que la petite louve reste ou s'en aille, à présent. Thalia continuait à garder un œil sur elle mais désormais, si la gamine restait avec eux, c'était plus par habitude que par réelle contrainte. Pétoche était jeune et vigoureuse, et si Arya l'avait souhaité, elle aurait aisément pu s'enfuir.

Mais elle ne s'enfuyait pas. Où aurait-elle pu aller, de toute façon ? Elle n'avait plus de maison, plus de meute, plus de famille. Il ne lui restait plus qu'à suivre le chien des Lannister et la louve des sables.

Un jour, ils tombèrent nez-à-nez avec un autre rescapé des jumeaux. Un soldat portant l'emblème d'une fille rose et dansante. Son épaule était tordue et boursoufflée, purulente. Il sortit en trébuchant des fourrés sur le bord de la route, juste sous le nez des chevaux.

– Nordien ? interrogea Sandor d'un ton rogue.

Thalia se contenta de dévisager le soldat qui hochait la tête en gémissant. Il était jeune, plus jeune que Thalia, peut-être l'âge d'Anguy. Il avait les yeux brillants de fièvre et il claquait des dents, tandis qu'il leur racontait d'une voix hachée qu'il était un homme d'un des bannerets de Robb Stark, qu'il était archer bien qu'il ait perdu son arc, et que c'était un autre Nordien qui lui avait flanqué un coup de masse.

– J'ai bu à son lord Bolton et lui à mon ser Marq, et puis à lord Edmure et lady Roslin et au roi du Nord, et puis voilà qu'il me zigouille…

Il puait comme un cadavre. Le coup de masse lui avait profondément massacré et l'épaule, et avait enfoncé la maille dans sa chair. Il n'en avait que pour deux ou trois jours à tout casser. L'infection allait le tuer plus vite que la faim.

– Si vous avez du vin, supplia-t-il en s'appuyant contre un arbre pour rester debout. Juste une gorgée de vin…

– M'en reste pas, répondit le Limier. Tout ce que je peux te donner, c'est de la flotte et le coup de grâce.

Le blessé le dévisagea longuement, avant de lâcher :

– Tu es le chien de Joffrey…

– Mon propre chien maintenant. Alors, tu la veux la flotte ?

Le soldat porta son regard sur la petite louve, toute sale et ses yeux brillants d'un feu sombre dans son visage maigre, puis sur l'archère aux yeux ambrés, qui le regardait en silence de toute la hauteur de Vol-de-Nuit.

Il déglutit, et glissa assis sur le sol boueux.

– Ouais. Et la grâce. Je t'en prie.

Il regardait la Dornienne en disant cela, alors ce fut Thalia qui descendit de cheval et fit couler l'eau de sa gourde dans la gorge du blessé. Lorsqu'il eut fini, il laissa échapper un soupir douloureux.

– J'aurais préféré du vin.

– Moi aussi, marmonna la jeune femme.

Elle prit sa dague et l'enfonça dans la poitrine du type, s'aidant de son poids pour seconder la pointe afin qu'elle traverse la maille et tout le matelassage du surcot. Le blessé sans nom émit un bref hoquet, très court, avant de s'affaisser.

Même si elle savait ce geste inutile, Thalia lui ferma les yeux. Puis elle regarda Arya du coin de l'œil, repensant à la sauvagerie avec laquelle la petite louve avait poignardé le Frey à cinq ou dix reprises pendant qu'il se penchait pour prendre une pièce.

– C'est là que se trouve le cœur, petite louve. Un coup profond, ça suffit, c'est rapide et efficace. Retiens bien ça.

Arya soutint le regard d'ambre de l'archère puis tourna les yeux vers le cadavre :

– On va l'enterrer ?

Le Limier haussa les épaules, et rétorqua en descendant de selle :

– Pour quoi faire ? Il s'en fiche.

– Exact, renchérit Thalia en essuyant sa lame sur le surcot du mort. Laissons en profiter les loups et les chiens sauvages.

Sandor acquiesça, puis son regard se durcit :

– Nous, d'abord, on le dépouille.

Arya ne broncha même pas. Au contraire, elle aussi démonta afin de s'approcher du corps et d'avoir sa part du butin. Thalia et Sandor se partagèrent équitablement l'argent du mort, sans un regard pour elle, mais le Limier lui donna la dague du type. La petite louve la glissa aussitôt à sa ceinture, l'air satisfaite. Le reste du butin fut vite partagé : Thalia prit les flèches et le carquois du mort, Sandor s'adjugea son couteau de chasse, et ils se remirent en chemin.

oOoOoOo

Plus tard, ils tombèrent sur un petit village, minuscule et isolé. Perchés sur la colline voisine, le trio de cavalier fixa le hameau un moment avec que Sandor ne lâche :

– Ils nous faut à bouffer. Ils ne savent probablement pas ce qui s'est passé aux Jumeaux, et avec un peu de chance, ils ne me reconnaîtront pas.

Thalia hocha la tête. Ce coin perdu n'avait sans doute aucune nouvelle du monde extérieur depuis un bail. Et, comme Sandor, elle aurait donné n'importe quoi pour avoir un lit confortable, une outre de vin et un repas chaud. Elle en avait plus qu'assez des rations de pain rassis ou du gibier maigre et souvent roussi.

– Allons-y, alors, lança-t-elle en talonnant Vol-de-Nuit.

En s'approchant, ils remarquèrent que les habitants étaient en train de construire une palissade en bois autour de leurs maisons. À voir venir trois cavaliers, dont un homme de la carrure du Limier, ils commencèrent par reculer. Mais visiblement, le fait que deux femmes accompagnent le guerrier fut une assurance suffisante quant aux intentions pacifiques de Clegane. Ils leur offrirent le gîte, le couvert et même un peu d'argent contre un coup de main.

– On se dirige vers Eyriés, grogna Sandor. Pas le temps de s'attarder.

Un vieil homme secoua la tête :

– C'est trop tard, il y a déjà du gel au-dessus de nous et les cols sont totalement bloqués. Vous allez crever de faim ou de froid, ou bien les bêtes sauvages auront raison de vous. Ou les clans qu'y a là. Les Faces Brûlés reculent plus devant rien, et ils ont du bon acier maintenant…

Thalia poussa un juron qui lui attira plusieurs regards goguenards. Sandor, plus philosophe, haussa les épaules et descendit de cheval :

– Va pour le boulot alors, si y a du pinard à la clef.

Il n'y avait que de la bière, mais ça sembla suffire.

Thalia, Sandor et Arya se retrouvèrent maîtres de deux chambres à l'étage d'une bicoque un peu plus grande que les autres, qui semblait faire office d'auberge. Arya partageait une pièce avec Thalia, et Clegane avait l'autre pour lui seul. Mais ce fut la petite Stark qui passa la plupart de ses nuits seule. L'archère préférait partager un lit avec Sandor plutôt qu'avec la petite louve.

Le village était assez tranquille. Sandor passait ses journées à abattre des arbres ou charrier des rondins. Au départ, Thalia donna un coup de main, surprenant les villageois par sa force. Puis elle remarqua qu'Arya, non contente de se mettre les villageoises à dos parce qu'elle les traitait de lâches ou déchirait les vêtements de fille qu'on lui donnait, passait ses journées à crapahuter dans les bois. Un de ces jours, elle allait se faire manger par une bête, ou se perdre, ou se blesser.

Thalia ne savait pas pourquoi elle éprouvait le besoin de surveiller la petite. Après tout, c'était une noble, un truc que la bâtarde détestait. Une peste, qu'elle était aussi, la petite louve. Teigneuse et méchante et incapable d'obéir. Avec un caractère de merde. Et une sacrée tendance à la dépression en ce moment. Pas un cadeau.

Mais Thalia avait toujours consacré sa vie à veiller sur quelqu'un d'autre qu'elle-même. Anguy, puis Lysan. Et Sandor, aussi, d'une certaine manière. Elle retombait facilement dans les vieilles habitudes.

Un matin, elle suivit la gamine pendant que celle-ci entrait dans la forêt. Il fallut plusieurs minutes à la petite louve pour comprendre qu'elle était suivie. Plusieurs autres pour repérer l'archère. Dès qu'elle la vit, elle se renfrogna.

– Qu'est-ce que tu veux ?

Sans un mot, Thalia lui tendit un bâton droit et long, de la taille d'une épée courte. Elle en avait un deuxième à la main. Elle les avait ramassés sur la route, tandis qu'elle pistait la gamine.

Le regard d'Arya se posa sur l'arme, puis sur Thalia, puis à nouveau sur le bâton. Finalement, elle s'en saisit, et adopta naturellement une posture défensive. L'archère hocha la tête, scrutant la position de la gamine.

– Pas trop mal. Tu tiens ton épée trop haute mais comme tu es petite…

Elle laissa sa phrase en suspend et prit à son tour position. Les leçons de son père étaient loin dans sa mémoire. Et le style des danseurs d'eau, qu'elle avait allégrement mêlé aux coups massifs des chevaliers ou aux ruses sournoises de Bronn, ne lui était plus si familier. Mais elle avait encore de bonnes bases, et lorsqu'elle dirigea la pointe de son bâton vers Arya, elle vit le visage renfrogné de la gamine se défroncer, devenir plus calme, plus attentif.

Thalia esquissa un petit sourire puis, immédiatement, frappa. Elle n'avait pas tapé assez fort pour désarmer la petite louve, mais elle écarta son bâton et lui asséna un coup sec, de la pointe, juste sous le sternum. La gamine en eut le souffle coupé.

– Allez, petite louve, la provoqua Thalia. Tu as eu un grand maître, essaie un peu de lui faire honneur !

Arya chargea comme une furie.

A compter de ce jour, Thalia partagea sa journée entre la construction de la palissade et les combats avec la petite louve. La gamine était vive et déterminée, mais elle était franchement trop petite et trop inexpérimentée pour menacer Thalia. C'était amusant, c'était tout. Et ça distrayait suffisamment la fillette pour qu'elle ne passe pas ses journées dans un état catatonique.

La palissade avançait vite. Thalia était généralement désignée pour l'élagage des troncs, mais après quelques engueulades avec le doyen, et un grognement exaspéré de la part de Sandor (son soutien n'était pas négligeable), on finit par lui confier une hache. Thalia retrouva avec une sérénité féroce les courbatures familières de ses épaules et l'épuisement d'une dure journée. Il était plus facile d'affronter la vie quand on s'abrutissait d'efforts tout le jour et qu'on tombait de sommeil au soir.

– On ferait peut-être mieux de rester là, lâcha Sandor un soir.

Thalia et lui étaient attablés dans la petite salle à manger de leur auberge, et partageaient un plat de cochon et de pommes de terre, qu'ils faisaient passer à grand renfort de bière. Ça faisait quinze jours, peut-être un peu moins, qu'ils avaient fait étape dans le hameau.

– On arrivera jamais aux Eyriés, continua Sandor de sa voix râpeuse. Et les clans barbares doivent rôder dans le coin… Dans les parages, ils ont tout l'air d'avoir besoin d'épées.

L'archère esquissa un mince sourire. Le Limier aussi revenait vite à ses vieilles habitudes. Cheminer seul, ce n'était pas son truc. Il préférait de loin se battre pour quelque chose, même si c'était quelque chose d'aussi minable que ce petit village. Les chiens aiment à savoir qu'ils ont une niche.

– Ils vont nous chasser dès qu'on aura fini, dit-elle néanmoins.

Sandor la regarda fixement. La lumière du feu de cheminée, un peu plus loin dans la pièce, nimbait son visage défiguré d'ombres mouvantes. L'archère porta sa chope de bière à ses lèvres, se demandant distraitement à quel moment elle avait cessé d'être révulsée ou même surprise par les brûlures de son compagnon. Elle y était tellement habituée, maintenant, qu'elle n'y pensait même plus.

– Tu penses ?

Thalia haussa les épaules :

– Ils ont peur. De toi, de moi, de la petite louve. On attire le sang et ça se lit sur nos visages.

Sandor grogna. Il n'avait rien à répondre à ça.

– Où ira-t-on après ? demanda Thalia au bout d'un moment.

Clegane haussa les épaules :

– Vivesaigues.

– Tu penses que le Silure voudra nous acheter la petite louve ? devina l'archère. Il y a peu de chances. Il ne l'a jamais vue. Toi, par contre, il te reconnaîtra, et il te fera pendre.

– Qu'il essaie seulement, grommela le Limier.

Ils terminèrent leur repas en silence, et rejoignirent leur chambre. En les voyant remonter ensemble, le patron de l'auberge avait toujours un drôle de regard, et Thalia ressentait une bouffée de colère. Quoi, c'était vraiment si incroyable que ça qu'elle couche avec Clegane ?

Elle ne savait pas pourquoi ça l'indignait que les gens soient si choqués. C'était vrai, Sandor n'était pas beau, il était même l'antithèse de beau avec ses brûlures, et sa carrure et sa tendance à la violence le rendaient effrayant. Mais il était honnête, une qualité presque totalement disparue à l'époque actuelle, et Thalia aimait ça chez lui. Et tous les gens bien-pensants qui fronçaient le nez de dégoût pouvaient aller se faire foutre.

Elle avait vu juste avec les villageois. Sitôt la palissade finie, ils demandèrent à Sandor de prendre congé. Arya était dans un coin de l'auberge, ses yeux sombres grands ouverts, fixant la scène, quand le doyen entra. Thalia en fut soulagée, d'une certaine manière Si on les avait mis à la porte durant la journée, quand la petite louve était dans les bois, Sandor serait parti sur-le-champ, sans chercher à emmener la gamine. Au moins, là, la fillette était prévenue.

– L'hiver va venir, disait le doyen avec hésitation. On aura bien du mal à vous nourrir, déjà qu'on n'a pas beaucoup de réserves pour nous…

Thalia jeta un regard lourd de sens au Limier. Je te l'avais bien dit. Le visage de Sandor se durcit, et il jeta d'un ton rogue :

– Payez-nous, et on vous débarrassera le plancher.

Ils partirent avec une bourse pleine de pièces de cuivre, une outre de bière chacun, et une épée de mauvaise qualité que Thalia avait tenu à prendre. Elle l'avait échangée contre deux arcs et quelques flèches, qu'elle avait fabriqué elle-même. L'épée était couverte de tâches de rouille et elle ne valait pas celle que Gendry avait faite, mais c'était une lame, et l'archère songeait avec délectation aux ravages qu'elle pouvait faire avec deux épées.

La bière ne tint pas longtemps, deux jours tout au plus. Mais l'épée, Thalia passa chaque soir à la fourbir soigneusement, après son entraînement quotidien avec Sandor, tout en maudissant celui qui l'avait si mal entretenue.

Thalia ne cessa pas de s'exercer avec Arya après leur départ. Elle pouvait aisément deviner que Sandor désapprouvait, mais c'était trop tard, elle s'était habituée à ces petits duels. Généralement, elle réveillait Arya d'un léger coup de bâton au creux des reins, et la gamine sautait aussitôt sur ses pieds, son propre bout de bois à la main.

La petite louve était toujours aussi sombre et hargneuse, mais elle semblait réellement apprécier l'archère. Thalia ne lui avait jamais menti et elle savait que ça jouait en sa faveur. L'avantage, c'était que la gamine était de plus en plus calme avec Sandor. Elle n'était pas prête à devenir son amie, mais au moins elle ne lui cherchait plus des poux à la moindre occasion.

oOoOoOo

– Où allons-nous ? demanda finalement Arya après cinq ou six jours de chevauchée.

Ils venaient de s'arrêter pour bivouaquer, à mi-journée. Thalia avait tué un lapin d'une flèche et le Limier faisait à présent griller la proie sur une broche.

– Vivesaigues, dirent Thalia et Sandor en cœur.

La petite louve se renfrogna :

– Je ne veux pas y aller. Mon grand-oncle ne va pas me reconnaître.

– Il est le seul membre de ta famille qu'il te reste, fit Thalia avec brusquerie.

– Il me reste Jon, s'entêta la gamine. Mon frère. Il est à la Garde de Nuit.

– Trop de Bolton et de Fer-nés entre nous et le Mur, se contenta de dire Sandor. Ça sera le Silure.

– Vous avez la trouille ? le défia Arya.

Le lièvre était cuit à point, pour une fois, bien roussi, sa graisse grésillant et gouttant sur les braises. Thalia ôta la broche du feu, le partagea en deux d'une traction de poignets, et découpa dans chaque moitié une part. C'était toujours comme ça. La petite louve avait ces deux morceaux, tandis que les guerriers se partageaient la part du lion.

– Il n'a pas la trouille, fit l'archère en tendant son tribut à la gamine.

La petite louve prit sa part en jetant un regard surpris à la Dornienne. Habituellement Thalia restait en dehors des conflits entre Sandor et elle. Mais cette fois Thalia avait faim et elle n'avait pas la moindre envie de voir son repas plombé par les jacasseries de la fillette.

– Et je n'ai pas la trouille non plus, ajouta l'archère en arrachant une cuisse de sa part. Seulement nous avons autre chose à faire que de crapahuter au milieu des Nordiens pour toi ou pour ton frère.

Arya grogna, puis s'attaqua en silence à sa part de lapin, maussade. Ils n'abordèrent plus le sujet et reprirent leur route, en silence.

Le chemin jusqu'à Vivesaigues était long et, pour éviter les armées ou les bandes de pillards qui sillonnaient le pays, leur petite troupe devait prendre des chemins détournés et perdre un temps précieux. Néanmoins, Thalia était plus paisible que durant leur fuite des Jumeaux. Cette fois, ils avaient un but à suivre, ils n'étaient pas excessivement pressés, et la petite louve était assez habituée à eux pour ne plus leur empoisonner l'existence.

Thalia, lors de ses entraînements du soir avec Sandor, utilisait désormais ses deux épées. Elle n'était pas aussi douée qu'elle l'aurait cru, et ça la faisait rager. Clegane se contentait de se moquer d'elle ou, de temps à autre, de faire un commentaire narquois sur les compétences de son instructeur. La jeune femme ne relevait jamais l'insulte. Ce qu'il disait de Bronn lui était égal à présent. Bronn n'était plus là, Sandor, si.

Un jour, moitié par moquerie moitié par curiosité, Thalia proposa à Sandor de varier les armes. Ce soir-là, ils se battirent donc sans épées, armés chacun d'un bâton.

Il fut vite évident que l'archère n'avait pas une chance. Privée du tranchant et de la pointe de ses lames, Thalia ne pouvait pas compter sur ses attaques-éclairs et devait se reposer uniquement sur sa force brute, domaine dans lequel Sandor la surpassait largement. Pourtant, le Limier retenait ses coups, pour ne pas lui briser d'os… Ce qui n'empêcha pas Thalia d'écoper de plusieurs coups, suffisants pour lui donner de beaux hématomes. Elle s'acharna à fuir le contact, mais au bout d'un moment, Clegane la saisit au vol de sa main libre, et l'envoya voler à deux mètres de là. Le choc, quand Thalia s'écrasa sur le sol, lui coupa le souffle.

– Perdu, dit simplement Sandor en s'approchant d'elle.

Thalia poussa un gémissement à fendre l'âme et se redressa avec difficulté, essayant de ménager son dos qui la faisait souffrir. Sans ménagements, le Limier la remit sur ses pieds, lui arrachant un grognement.

– C'était une mauvaise idée, marmonna-t-elle.

– J'ai trouvé ça plutôt drôle, commenta Arya un peu plus loin.

La petite louve était impassible, mais elle semblait retenir un sourire moqueur. Sandor lui jeta un bref coup d'œil puis, avec un reniflement amusé, se tourna vers Thalia :

– Pour une fois, je suis d'accord avec la fillette.

Ne trouvant rien à dire, Thalia se contenta de grimacer puis, drapée dans sa dignité, de tourner les talons pour aller s'asseoir près du feu. Elle savait d'avance que le lendemain, elle allait souffrir durant la chevauchée, avec les bleus qu'elle venait de se faire.

Elle ne se trompait pas et le lendemain soir, au lieu de se battre avec Sandor comme à l'accoutumée, elle préféra se tourner vers un adversaire moins redoutable. Sous les railleries du Limier qui se moquait de sa constitution délicate, elle proposa à la petite louve de se battre à mains nues.

La gamine était un vrai chat sauvage, rapide et féroce, griffant et crachant dès qu'on posait la main sur elle. Thalia avait un peu plus de technique. L'une de ses premières relations sérieuses, un voleur qui avait voyagé un temps avec elle et Anguy, lui avait appris quelques tours. Comme dérober la dague d'un homme qui vous tient coincé contre un mur. Comment se débarrasser de la poigne d'un soudard sur votre bras. Comme se défaire de la prise d'un homme qui vous retient les deux mains dans le dos. Pour la petite Stark, c'était sans doute encore plus utile de savoir ça que d'apprendre à se battre avec son épée.

Ils continuaient à s'approcher de Vivesaigues.

L'épée que les villageois lui avaient donnée était presque propre maintenant, même si Thalia continuait à pester contre sa mauvaise qualité et le mauvais entretien dont la lame avait souffert. Mais globalement, elle en était plutôt contente. Elle avait retrouvé ses réflexes et se souvenait des conseils de Bronn, et ses entraînements avec le Limier étaient de plus en plus longs et féroces. Avec deux lames, elle arrivait presque à le mettre en difficulté. Après leur entraînement quotidien, ils étaient désormais deux à être fourbus.

Ils auraient été moins fatigués s'ils avaient eu la possibilité de se nourrir correctement. L'hiver approchait. Le gibier était plus rare et, plusieurs fois, Thalia revint bredouille de sa chasse, n'ayant pas trouvé de cible. Sandor changea leur méthode de campement, les faisant s'arrêter plus tôt afin de placer des collets. À leur grande surprise, ça marcha très bien.

– Je ne savais pas que tu savais braconner, fit remarquer l'archère un soir tandis qu'ils dévoraient un lièvre.

Sandor émit un bruit moqueur :

– Je ne savais pas que tu ne savais pas braconner.

Thalia lui tira la langue, sans prêter attention à l'air vaguement perplexe qu'affichait Arya. La petite louve avait de moins en moins l'air de tomber des nues quand la Dornienne plaisantait avec le Limier, mais elle ne s'y était toujours pas habituée.

– Je ne me suis jamais servie d'autre chose qu'un arc pour chasser. C'est un des inconvénients d'être trop bonne à quelque chose.

– Mourir de faim sur le bord de la route ? railla Sandor.

– Sauf si une âme charitable m'attrape un lapin.

– C'était un lièvre.

– Tu ne nies pas être une âme charitable ?

– Va te faire foutre.

– Oh, c'est une proposition ?

– Non.

Le ton du Limier manquait cependant de conviction, et il échangea avec l'archère un bref regard. Arya leva les yeux au ciel, et Thalia retint un gloussement. La gamine n'était absolument pas dupe de la nature de leur relation, et à chaque fois qu'ils plaisantaient sur ce sujet, la petite louve avait l'air soit excédée, soit dégoûtée. Elle était probablement les deux.

– En tout cas, il faut que tu m'apprennes, reprit Thalia. D'ailleurs, où est-ce que tu as appris ça ?

Sandor haussa les épaules :

– Il y avait une forêt dans les terres de mon père.

Thalia essaya d'imaginer un Sandor Clegane de dix ans en train de gambader dans une forêt, piégeant des lapins ou des perdrix avec des collets maladroitement fabriqués de ses propres mains. Elle avait du mal. Elle se doutait que Sandor avait dû être un gamin un peu sauvage, après ce que son frère lui avait fait. L'imaginer sauvage, ça, elle pouvait. Mais l'imaginer gamin, c'était dur. À en juger par l'expression soudainement pensive d'Arya, ça devait être dur pour la petite louve aussi.

– Montre-moi quel genre de nœud tu utilises, trancha Thalia en sortant de sa poche un lacet de cuir.

Sandor termina sa part de viande, puis saisit le lacet et fit un nœud coulant assez fluide. Thalia nota que la petite louve s'était penchée en avant, attentive. Le Limier ne tenta pas de l'en empêcher, et ce fut à l'archère et à la petite Stark qu'il apprit à tendre des collets ce soir-là.

Finalement, la gamine semblait s'être faite à l'idée d'avoir deux tueurs en puissance pour compagnons de route. Elle parlait peu, mais elle ne les provoquait pas, ne les agonissait pas d'injures… Sauf lorsque Thalia, durant leurs entraînements matinaux, lui faisait un croche-pied vicieux qui la faisait rouler par terre, mais ça, c'était une autre histoire.

Thalia commençait à penser qu'elle aimait de plus en plus cette gamine. Pas chiante, pas empotée, pas bavarde. Une petite louve, en somme. Et quoi de mieux qu'un loup pour voyager avec deux chiens sauvages ?

Sandor semblait s'être également habitué à sa présence. Il ne râlait plus quand Thalia prenait le temps de mettre une monstrueuse dérouillée à la gamine le matin. Il ne râlait plus quand la fillette les écoutait, lui et Thalia, quand ils discutaient batailles, armes et souvenirs communs. Il ne râlait plus quand Thalia apprenait à la petite louve, un soir sur deux ou sur trois, à se battre à mains nues, même si c'était autant de soirs où l'archère ne pouvait pas s'entraîner avec lui.

Thalia commençait à se dire que ce voyage n'était pas si mal. Pas d'Anguy à surveiller, pas de crainte d'être suivie et attaquée –il y avait Sandor pour la protéger–, et pas de risque de s'ennuyer. Le seul problème, c'était la bouffe. Ils évitaient les villages, désormais, et ils n'avaient pas croisé une seule auberge isolée. Du coup, ils commençaient à venir à bout de leur réserve de biscuits et de viande séchée, ils avaient mal partout à force de dormir sur le sol dur, et leurs vêtements étaient tous plus sales les uns que les autres. Thalia avait des poux et des puces qui la démangeaient.

Un jour, ils croisèrent un ruisseau clair qui glougloutait sur un lit de galets. Thalia insista pour qu'ils s'y arrêtent, quitte à perdre l'après-midi. Elle flanqua Arya à l'eau dès que celle-ci s'avisa de protester et, aussitôt, sauta à son tour dans le ruisseau. Malgré le froid, prit un certain plaisir à se nettoyer. Ses cheveux aussi y passèrent : pour la première fois depuis des jours et des jours, elle défit la tresse qui retenait ses cheveux. Même sans le lien de cuir qui la nouait, sa tresse ne bougea pas d'un pouce, au début. Elle était complètement figée par la saleté, raidie et sèche comme de la paille. La jeune femme pesta, puis prit le peigne offert par Lysan pour les démêler, afin d'ôter la crasse qui les rigidifiait et les poux qui s'y étaient installés.

Elle nettoya aussi la petite louve, malgré ses gigotements furieux et ses insultes très imagées. Et Sandor, lui aussi, finit à la flotte. Arya se dépêcha de fuir la rivière et de s'enfoncer dans les bois pour tendre des collets, et les deux adultes profitèrent allègrement de son absence pour rattraper leur longue période d'abstinence. Quand Arya revint prudemment, à en juger par son air dégoûté, elle savait très bien ce qui s'était passé sur la berge du ruisseau.

Ils furent obligés de passer le reste de la journée là où ils s'étaient arrêtés, afin de faire sécher leurs vêtements au-dessus de leur feu de camp. Ce n'était pas une grosse perte. Allégée de toute cette saleté, Thalia se sentait beaucoup mieux. Et visiblement, Sandor aussi. Même la petite louve avait davantage figure humaine.

Puisqu'ils avaient du temps à perdre, Sandor se mit en devoir de brosser les chevaux. Ils avaient de la terre séchée sur toute la hauteur de leurs jambes, et des éclaboussures de boue et de poussière sur les flancs et le poitrail. Désœuvrée, Arya s'assit sur une pierre pour le regarder faire. Thalia hésita à couper sa crinière, puis renonça. Elle se contenta de natter ses cheveux propres en une tresse très serrée, comme avant. Puis elle se tourna vers Arya, toujours assise sur sa pierre, et l'observa d'un œil critique avant de lâcher :

– Amène-toi, je vais te couper les cheveux.

– Pourquoi ? fit la gamine avec méfiance.

– Parce qu'ils sont trop long, fit Thalia avec logique.

Arya n'eut pas l'air convaincue, mais elle ne protesta pas quand l'archère s'assit derrière elle et tira son couteau de sa ceinture. À peine se raidit-elle. Sans lui prêter attention, Thalia se mit en devoir de couper tout ce qui dépassait les oreilles de la gamine. À la fin, satisfaite de son travail, elle s'écarta en lâchant :

– Mieux.

– Pourquoi tu ne te coupes pas les cheveux, toi ? grogna la petite Stark.

Thalia haussa les épaules :

– Quelqu'un de cher m'a demandé de ne pas le faire.

– Ton frère ?

Anguy ne s'était jamais préoccupé de quelque chose d'aussi trivial que la chevelure de sa sœur… Thalia secoua la tête :

– Non. Mon maître.

Arya cligna des yeux sans comprendre, et l'archère rit :

– Tu crois que j'ai passé ma vie avec Anguy ? Quand il est parti je suis entrée au service d'un jeune garçon qui avait besoin d'un garde du corps. Je suis un assez bon chien de garde, tu sais.

L'affection dans le ton de Thalia, quand elle parlait de Lysan, pouvait difficilement être manquée. L'archère s'en rendit compte en voyant Arya plisser les yeux d'un air songeur, avant de demander :

– Pourquoi tu n'es pas restée avec lui ?

L'archère haussa les épaules.

– Il a quitté Port-Réal pour aller dans un endroit où je ne peux pas le suivre. À Dorne.

– Mais tu es Dornienne, releva la fillette. Ton nom est Sand.

– Bien vu, fit l'archère d'un ton acide. Mais il y a une raison si j'ai quitté mon pays natal et que je n'y suis jamais retournée.

La petite louve observa Thalia de son regard sombre et impassible qui la faisait ressembler à une adulte. Finalement, elle laissa tomber :

– Tu as tué quelqu'un.

Thalia hocha la tête. Ce n'était pas difficile à deviner.

– Ouais. Un noble.

Et les nobles ne pardonnent pas aux roturiers qui oublient leur place. Peu importait que le chevalier soit un salaud et que la roturière soit une gamine folle de rage et de douleur qui venait de voir sa mère mourir. Elle avait tué un noble, tous les nobles voulaient sa tête, et Dorne lui était fermée à jamais.

Arya, les yeux toujours fixés sur l'archère, sembla méditer l'information quelques secondes. Puis elle lâcha à brûle-pourpoint :

– Dorne te manque ?

Thalia posa son regard sur la petite louve. Si Dorne lui manquait ? Bien sûr. Comment est-ce que ça aurait pu ne pas être le cas ? La chaleur, les couleurs chaudes du sable et de la terre, les silhouettes tassées des maisons de pierres claires pour repousser la chaleur, les fruits juteux, le goût de la cuisine épicée, le glouglou des fontaines, le chatoiement des vêtements colorés, le contact des tissus légers et fluides, l'accent élégant des natifs du pays, les sourires éclatants de blancheur dans les visages hâlés aux traits fins, le ciel d'un bleu sans pareil… Bien sûr que Dorne lui manquait.

C'était une blessure sourde et secrète, et souvent, les gens n'y pensaient pas. Les gens ne comprenaient pas ce que c'était de devoir fuir son foyer. Personne ne comprenait. Pas même Anguy, qui était trop jeune lors de leur départ pour se souvenir nettement de sa ville natale. Mais Thalia, elle, s'en souvenait. Et Dorne lui manquait.

Bien sûr, pas tout le temps, pas toujours. Il aurait été hypocrite de dire qu'elle était malheureuse loin de chez elle. Thalia aimait les forêts denses et fournies qu'on ne trouvait que dans les Conflants, elle aimait la neige et les ruisseaux glacés qu'on trouvait plus loin au nord. Elle aimait Westeros, elle aimait sa liberté. Et puis, si elle n'avait pas quitté Dorne, tant de choses ne seraient pas arrivées. Elle n'aurait pas appris à se battre, elle n'aurait pas appris à voler. Elle n'aurait pas rencontré Lysan, Bronn, Dancy, Sandor, Gendry, Thoros, Morden et Willos et Steffon. Ou même Arya.

Dorne lui manquait mais si elle y était restée, sa vie aurait été celle d'une prostituée incapable de se défendre, incapable d'être libre. Dorne lui manquait mais elle ne regrettait pas d'être partie.

Alors, comme répondre « oui » à cette question n'aurait pas assez exprimé ce qu'elle ressentait, elle se contenta de hausser les épaules.

– Et à toi, le Nord te manque ?

Arya la regarda, puis hocha la tête, le regard sombre. Thalia comprenait aisément. La petite louve était heureuse dans le Nord, elle avait une famille aimante et une vie confortable. Son pays natal ne lui évoquait que du bonheur. Pas comme celui de Thalia. Pas comme celui de Sandor, non plus.

Sandor, justement, terminait de s'occuper de Vol-de-Nuit. Sans lever la tête de son ouvrage, il ordonna de sa voix rogue à Arya d'aller relever ses collets avant qu'il ne fasse noir. Après lui avoir jeté un regard mauvais, la gamine obéit. Restée seule, Thalia se leva, et se dirigea elle aussi vers la forêt. Leur feu était déjà allumé, mais ils auraient besoin de bois.

Alors qu'elle passait près de Clegane, ce dernier grogna sans tourner la tête de son ouvrage :

– Tu ne devrais pas t'attacher à la gamine.

Thalia haussa un sourcil :

– Tu t'y es attaché aussi.

Sandor émit un reniflement méprisant, que l'archère traduisit par « moi ? Jamais de la vie ! ». Elle retint un sourire. Il avait beau dire, Sandor gardait quand même un œil sur la petite, au cas où il lui arriverait quelque chose. Et cela, qu'elle soit un otage ou pas.

Un peu comme elle, musa la jeune femme en ramassant la première branche de son futur fagot. Quand elle voyageait avec plus faible qu'elle, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable. Lysan. Sansa. Anguy. Dancy. Arya. À chaque fois qu'elle était la plus forte des deux, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir défendre l'autre, de vouloir le protéger.

Et quand elle tombait sur quelqu'un de plus fort qu'elle, comme Bronn ou Sandor, ou ses amours du temps de ses péripéties avec Anguy… Elle couchait avec. Hum. C'était une manière de voir les choses. Thalia décida de ne pas s'y attarder. Disséquer sa propre personnalité pouvait être intéressant pour certains, mais elle, elle savait qu'elle n'aimerait pas trop ce qu'elle y trouverait.

Mieux valait se contenter de ramasser son fagot de bois mort, et de rejoindre Sandor pour attendre Arya et son gibier. Mieux valait se plonger dans la routine habituelle, paisible et confortable. Thalia avait appris à se satisfaire de ce qu'elle avait.

On ne savait pas de quoi demain était fait.

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A suivre...

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