Hey ! Me revoilà pour un nouveau chapitre, un qui, cette fois, s'éloigne définitivement de la trame originale du livre. Et vous allez vite comprendre pourquoi !
Sinon, Elena je suis complètement d'accord avec toi ! HBO abuse ! Jaime est TOUT sauf un violeur ! Il déteste les violeurs (Robert, Aerys, etc.). Et il respecte Cercei ! Dans les livres, ça ne se passe pas du tout comme ça. Pas DU TOUT. Elle lui saute dans le Septuaire, ok, mais pas à la veillée de Jeoffrey. Et elle initie le truc. Et c'est consentant du début à la fin ! Viens, on va jeter des cailloux sur leurs locaux u_u
Salut bc130woody ! Oui je poste toutes les deux semaines, le lundi sans faute (j'ia une alerte sur mon iPod, c'est pour ça xD). Contente de voir que Thalia a du succès ! Malheureusement son histoire touche à s afin, il ne reste plus que deux ou trois chap' avant l'épilogue. En espérant que la suite te plaise autant !
Mwahahahahah, aliena wyvern, j'ai corrompu ton esprit ! Objectivement, Sandor est carrément moche. Et HBO ne respecte pas son personnage : das les livres, il accepte le job offert, au lieu de piquer l'argent ! Grrrr. Mais ça mis à part... Il est costaud, imposant, cool, puissant et carrément badass. Pas étonnant que Thalia craque x)
Yep Loupiotte54, la saison 4 c'est du n'importe quoi. De la TRAHISON ! Je ne m'en suis pas encore remise, là. Grrr. 'fin bref, du coup mon histoire à moi est fidèle aux livres, et il y est hors de question que je l'adapte à la série.
Oui, Annabethfan15, cette scène est dans les livres aussi, quoique Arya ne le tue pas elle-même, elle récupère quand même Aiguille x) Merci beaucoup ! Thalia est l'OC le plus réaliste que j'ai fait, amère et dure et pas vraiment sexy et à des kilomètres d'une Mary-Sue, et je l'adore pour ça x) Bonne continuation !
Salut Lysandra ou Odeurdeterre x) Oui, HBO a dépassé les bornes des limites et je ne suis pas la seule à être outrée. Le violeur est victimisé, et c'est la victime qui est une salope ! C'était si dur que ça de faire une scène de sexe normal, avec des adultes consentants ? Et ailleurs qu'à côté d'un cadavre ? Grrrr ! Enfin, bref. Thalia te fais penser à Ellana ? xD Je suis flattée mais elles ne sont pas du tout pareil ! Enfin, si, dans le sens où elles sont toutes les deux farouchement indépendantes. Mais Thalia aurai plus d'affinité avec les Mercenaires du Chaos. Son équilibre est fissuré... Bon, sinon je te conseille vivement de lire le 4ème bouquin, parce que la 4ème saison de GOT est COMPLÈTEMENT INFIDÈLE, une honte ! x) Enfin bref, merci, et bonne lecture !
Tiens, INeedAHero, le retour x) Eh oui, Le Souffle du Sable est bientôt fini. Après ce chapitre, il y en aura encore un, puis l'épilogue. Et je suis bien d'accord avec toi : j'étais sciée de voir ce que HBO a fait de la scène entre Jaime et Cerci dans le Septuaire. Déjà que c'était limite (à côté du cadavre) dans les bouquins), mais là... ! Enfin bref, on espère que les producteurs vont réaliser leur connerie...
Salut Celra205 ! Non, pas de Jaime à l'horizon, il ne rentre pas dans la trame de mon histoire. Ce qui est dommage, parce que moi aussi je l'aime bien. Merci beaucoup, sinon, et bonne lecture !
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Chapitre 15
Échauffourée sanglante
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Grâce aux collets, ils purent continuer à se nourrir de gibier. Mais les rations étaient maigres et leur réserve de pain commençait à s'épuiser.
Aussi, quand ils arrivèrent en vue d'une auberge solitaire, ils n'hésitèrent guère avant de s'avancer vers elle.
Le bâtiment n'avait pas souffert de la guerre, visiblement. Pas de traces d'incendie ou de sang sur les murs. Le cadavre desséché d'une femme se balançait au bout d'une corde, non loin de la porte : mais en ces temps troublés, c'était devenu monnaie courante. Le gibet craquait sinistrement dans le vent, comme un mauvais présage.
Il y avait déjà des chevaux attachés devant l'entrée : l'endroit n'était pas abandonné. L'auberge avait sans doute de quoi manger et de quoi boire. Cette pensée suffit à mettre l'eau à la bouche de Thalia, qui ignora résolument les réticences de la petite louve.
– On ne devrait pas y aller, marmonnait la gamine.
– Tu sais combien de temps ça fait que je n'ai pas pris une coupe de vin ? riposta Sandor.
Thalia, plus pragmatique, ajouta :
– Et on doit savoir qui se trouve sur notre route, et si le Silure est assiégé.
Sandor et l'archère descendirent de cheval d'un même mouvement, mais Arya resta en selle, hésitante. Thalia lui jeta un coup d'œil :
– Si tu as la trouille, tu peux rester avec les chevaux.
C'était pour la gamine une splendide occasion de s'enfuir. Il lui suffisait de talonner Pétoche et d'emmener avec elle Étranger et Vol-de-Nuit, quitte à les lâcher dans la nature au bout de quelques kilomètres. Mais l'archère savait qu'elle n'en ferait rien. La petite louve s'était attachée à sa drôle de meute. Sans crainte, Thalia suivit Clegane à l'intérieur, laissant Arya dehors avec leurs trois chevaux.
Après être entrée dans l'auberge, cependant, Thalia souhaita presque que la fillette s'enfuie.
Il y avait trois hommes. Un jeune écuyer, un chauve à l'air sournois et au sourire mauvais, et un barbu qui buvait. Thalia sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. À en juger par le silence qui s'était abattu sur la pièce, ils connaissaient le Limier.
Arya entra dans l'auberge –elle devait avoir mis les chevaux à l'écurie– et s'immobilisa alors que le chauve disait à Sandor, un sourire doucereux aux lèvres :
– Alors, tu cherches après ton frère ?
Des hommes de la Montagne, comprit l'archère. C'était mauvais. Mais battre en retraite allait les pousser à l'attaque, tandis que s'ils gagnaient du temps, peut-être… D'autorité, Thalia agrippa le bras d'Arya et alla s'asseoir avec elle à une table proche, assez loin pour être hors d'atteinte des trois hommes et assez près pour ne pas avoir l'air de fuir. Elle sentit la petite louve frémir quand elle la lâcha. Avec sa poigne, elle avait dû lui faire un sacré bleu.
– Polliver, murmura la gamine si bas que Thalia faillit ne pas l'entendre. C'est Polliver. Et le barbu c'est le complice de Titilleur.
Il y avait tant de haine dans son regard que Thalia se demanda ce que ledit Polliver lui avait fait. Elle se rappela alors qu'un jour, Arya lui avait dit que son épée lui avait été volée par un dénommé Polliver. Ce Polliver-là, sans doute.
Puis lui vint une question plus urgente. Comment la petite louve avait pu croiser le chemin de la bande de Gregor Clegane ?
– Après un coup de pinard, rétorqua Sandor en se tournant vers l'aubergiste.
L'homme en question, un type maigre au teint jaunâtre, se hâta d'aller chercher un pichet de rouge.
– Et trois coupes ! beugla Sandor avant qu'il ne disparaisse.
Thalia faillit lui demander d'apporter des provisions, histoire de refaire leur stock avant de disparaitre, puis se contint. Attirer l'attention sur elle était bien la dernière des choses à faire. Elle ne savait pas encore à quoi s'en tenir avec ces trois types.
L'écuyer, cependant, semblait ne pas avoir la notion du danger :
– C'est çui-là, le chiot trouillard qui s'est barré ? demanda-t-il au barbu d'une voix forte.
Puis il adressa un sourire niais à Sandor. Le Limier le regardait sans desserrer les mâchoires, mais Thalia n'avait aucun mal à se figurer la menace qui émanait de lui. Le barbu posa la main sur le bras du gamin et serra, assez fort pour faire couiner le petit et l'empêcher de prononcer un autre truc stupide. Polliver, lui, se leva. Debout, il était presque aussi grand que le Limier, mais beaucoup moins bien bâti.
– Le gamin est saoul, dit-il doucement. Il ne tient pas le vin.
– Faites-le pas boire, dans ce cas, grogna Sandor d'une voix rogue.
L'aubergiste reparut à ce moment-là, avec un pichet de vin et trois coupes sur un plateau. Il se dépêcha de poser le tout sur la table de Thalia et de s'éloigner, sans même réclamer son or. Le Limier saisit une des coupes et la porta à ses lèvres, assoiffé. Thalia fit de même, mais de façon plus mesurée. Le Limier avait toujours mieux tenu l'alcool qu'elle.
– Si tu cherches après Ser, t'arrives trop tard, dit Polliver.
Il regardait Sandor, mais son regard glissa vers Thalia, puis Arya. La gamine resta immobile, même si, sous la table, sa main serrait sa dague à s'en blanchir les doigts, Thalia le savait. L'archère, elle, se contenta de tranquillement rendre son regard au chauve. Il avait trois lames à la ceinture, remarqua-t-elle. Une épée, une dague, et une autre. Trop courte et trop fine pour une épée classique, mais trop longue pour un poignard.
– Il était à Harrendal, reprit Polliver en reportant les yeux sur le Limier. Mais il y est plus. La reine l'a fait rappeler. Le roi est mort, t'sais. Empoisonné pendant ses noces.
Pour le coup, Thalia ouvrit de grands yeux, et serra fermement sa coupe de vin. Joffrey, mort ? Empoisonné ? Par les Sept, mais combien de trucs avaient-ils manqués depuis qu'ils voyageaient ?
– Au temps pour les preux frères de la Garde, renifla Sandor avec mépris. Qui l'a tué ?
Joffrey ne serait pas mort si Sandor lui était resté fidèle, songea Thalia en buvant une gorgée de vin pour s'occuper les mains.
– Le Gnome, qu'on dit. Et sa femme.
Sansa ? Oh, peut-être que le Limier l'aurait laissée tuer Joffrey alors. Thalia continua à boire, impassible. La gamine avait du sang de loup, ça n'aurait pas été étonnant si elle avait finalement cédé à la tentation de se venger. Combien de fois le roi l'avait-il frappée, humiliée, insultée ? Il l'avait fait déshabiller devant toute la Cour, il lui avait fait du mal de toutes les façons possibles. Et il l'avait fait épouser Tyrion Lannister.
Finalement, ce mariage valait mieux qu'un autre, songea l'archère en reposant sa coupe à moitié vide. Le Lutin était sans doute capable de planifier la mort de Joffrey. Et après la mort de sa mère et de son frère, la petite Sansa était sans doute devenue assez désespérée pour chercher à se venger. Elle n'avait plus rien à perdre. Sa famille était morte, le Nord était perdu, et son seul protecteur à Port-Réal s'était enfui. Oui, ça n'aurait pas été si étonnant si la petite Sansa avait tué Joffrey…
– Elle a disparu, continuait Polliver. Mais elle a laissé le nain et lui, ben la reine, elle veut sa tête.
Et elle avait fait rappeler la Montagne au cas où Tyrion Lannister demanderait un duel judiciaire, devina Thalia. Peu de gens pouvaient affronter Bronn et en ressortir vainqueurs, mais Gregor Clegane était sans nul doute de ceux-là.
Autant dire que le nain était mort de toute façon. Soit Bronn refusait de lui servir de champion, soit il se faisait tuer. Il était plus plausible qu'il refuse, d'ailleurs. Même à son amitié avec le nain, Bronn n'accordait pas autant de valeur qu'à sa propre vie.
Sandor se laissa tomber sur le banc le plus près de la porte, avec un sourire sombre qui était à moitié une grimace de dégoût :
– Elle ferait mieux de le faire mijoter dans du grégeois.
Oui, sur ce coup-là, Thalia était assez d'accord. Le souvenir de cette nuit en flammes et illuminée de vert continuait à lui donner des frissons.
Voyant qu'il y avait un blanc dans la conversation, Thalia ne put s'empêcher de demander d'un ton dégagé :
– Et le Silure, il est toujours à Vivesaigues ?
Vivesaigues n'était pas si loin d'Harrendal. Et si les hommes de la Montagne avaient Harrendal, rien n'excluait que leurs copains Lannister soient au pied du château des Tully.
Polliver posa un regard songeur sur la jeune femme, ses yeux s'attardant sur sa poitrine et sur le carquois qu'elle avait en bandoulière, avant de répondre :
– Pas pour longtemps. L'est assiégé. Le vieux Frey va lui pendre Edmure Tully s'il rend pas le château.
Eh bien ils pouvaient dire adieu à leurs plans de vendre la petite louve à Brynden Tully, maintenant. Le Limier remplit sa coupe, puis celle de Thalia, et son regard dériva vers le feu qui brûlait dans la cheminée.
– Alors le petit oiseau s'est envolé, hein ? C'est foutrement tant mieux pour elle.
– Ils la retrouveront, lâcha le barbu. Même si ça doit leur coûter la moitié de l'or de Castral Roc.
– Elle est mignonette, il paraît, sourit Polliver d'un air avide. Douce comme du miel.
Thalia serra les mâchoires. Sansa était mignonne, oui, même avec des cernes sous les yeux et sa pâleur de captive, mais voir ce type doucereux baver sur la gamine lui retournait l'estomac. À bien des égards, Sansa était encore une enfant. Pas seulement à cause de son âge, mais aussi par sa naïveté, sa gentillesse. Elle était bien moins mature qu'Arya par exemple.
Arya, d'ailleurs, regardait le barbu avec une intensité effrayante. Thalia posa discrètement une main sur le poignet de la petite, lui signifiant de ne pas agir. Pendant ce temps, Sandor changea de sujet :
– Il y a des bateaux qui partent à Salins ?
– Salins ? releva Polliver. J'ai rien entendu à propos de ce coin.
Thalia eut à peine le temps de se demander ce que venait faire Salins dans l'histoire, que Polliver se penchait vers eux d'un air de confidence :
– Mais comme ça, tu voudrais te tirer sans dire bonjour à Ser et lui présenter ta putain ?
La question hérissa Thalia en même temps qu'elle lui donna des sueurs froides. À en juger par le tressaillement d'Arya, la gamine aussi avec sacrément la pétoche. Doucement, Thalia ôta sa main du poignet de la petite, prête à agripper l'épée de Gendry…
– Ser, ça lui plairait plus que tu nous accompagnes, dit le barbu d'une voix lente. Oui, je parie que ça lui plairait plus que tu viennes avec nous à Harrendal…
– Ou à Port-Réal, sourit Polliver.
Thalia saisit discrètement l'épée de Gendry.
– Rien à foutre de ça, gronda Sandor. Rien à foutre de lui. Ou de vous.
La barbu haussa les épaules, porta une main derrière sa tête pour se gratter la nuque… Et tout d'un coup tout s'enchaîna : Sandor bondissant sur ses pieds, Polliver dégainant sa rapière, et le barbu lançant un poignard à travers la salle commune. Si Sandor n'avait pas bougé, il l'aurait pris en pleine gorge : mais au lieu de cela, la dague ne fit que lui effleurer les côtes avant de se planter dans le mur d'en face. Thalia avait déjà repoussé Arya pour avoir de la place, et avait dégainé son épée.
Sandor émit un rire rauque, aussi froid et creux que s'il remontait du fond d'un puits.
– J'espérais bien que t'allais faire une connerie.
Son épée jaillit de son fourreau juste à temps pour parer la première botte de Polliver. Sans prendre garde à ce qu'Arya faisait, Thalia bondit par-dessus la table pour s'attaquer au barbu. Connaissant la petite louve, elle n'allait faire qu'une bouchée de l'écuyer : pas de souci à se faire de ce côté-là.
Le barbu était grand, fort et massif. Il avait une épée bâtarde, à la fois pratique à manier et assez lourde pour ajouter son poids à la force de son propriétaire. Dès le premier assaut, Thalia comprit que ça ne serait pas facile. Elle avait bu trop vite et avec l'estomac vide, l'alcool la ralentissait. Et son adversaire était costaud, rapide, et ses yeux brillaient d'un éclat froid et vorace qui ne promettait rien de bon.
Sandor poussa un rugissement de douleur, attirant fugitivement l'attention de Thalia. Le côté brûlé de sa figure ruisselait de sang depuis la tempe jusqu'à la joue. Ça eut l'air de le mettre en rogne, car il se mit à marteler Polliver sans relâche, le faisant reculer sans parvenir à le blesser.
Une botte parée de justesse ramena Thalia à la réalité de son propre combat. Le barbu et elle ferraillèrent avec fureur, chacun tentant de prendre l'avantage sur l'autre. L'archère remercia avec ferveur Gendry pour son plastron lorsqu'un coup du barbu ripa dessus, puis poussa un grognement étouffé quand elle se décala trop tard pour éviter un coup à la tête. Elle recula assez pour que la lame ne fasse qu'effleurer son cou, mais elle sentit la brûlure de l'acier exploser dans sa blessure, une longue balafre qui partait de devant l'oreille à la clavicule, du côté gauche. Elle recula d'un pas, haletante et livide, sentant le sang chaud lui dégouliner sur l'épaule et le cou.
– Tu sais, t'es pas si moche, sourit le barbu d'un air froid. Si tu lâches ton épée, peut-être bien qu'on pourra s'arranger entre nous…
Thalia afficha un air dégoûté. À sa droite, presque derrière elle, elle entendait l'écuyer et Arya se taper dessus comme des sauvages. À sa gauche, devant, Sandor commençait à reculer sous les coups de Polliver.
– Non merci.
Et elle dégaina sa deuxième épée.
Avec ça, elle n'avait que quelques secondes avant que le barbu ne s'ajuste à son nouveau style et n'en exploite les faiblesses, à commencer par le fait que Thalia avait besoin de place. Quelques secondes, ça suffit. Avec l'énergie du désespoir, elle bondit sur son adversaire, feintant d'une lame et frappant de l'autre.
Et ça marcha. Elle lui allongea un coup de pointe qui lui aurait crevé un œil, si le barbu n'avait pas tenté de se protégé avec sa main gauche. Au lieu d'emporter la cervelle de l'homme, l'épée de la jeune femme ne fit que lui couper la main en deux, traversant la paume et arrachant un doigt en se retirant. Le meuglement de douleur du type fit même sursauter Polliver et Sandor, qui se battaient un peu plus loin.
Thalia profita de son avantage pour jeter un œil à ses alliés. Sandor était acculé dans un angle, s'appuyant au mur, un banc entre lui et son adversaire. Il pissait le sang par la blessure de sa tête et il avait une sale balafre à la cuisse. Il respirait comme un soufflet de forge et tout le rouge qui avait dégouliné de sa tête avait imbibé les trois quarts de sa tunique. Il n'avait même pas l'air en état de se battre.
– Jette l'épée, fit Polliver.
Le Limier poussa un grondement sourd, ses yeux lançant des éclairs.
– Si tu me veux, viens me prendre.
D'une poussée, il se décolla du mur et se ramassa comme pour bondir, son épée en travers du torse. Polliver secoua la tête :
– T'es saoul.
– Possible. Mais toi, t'es mort.
D'un coup de pied, il envoya le banc dans les tibias de Polliver. Le chauve parvint, les dieux seuls savent comment, à ne pas perdre l'équilibre : Sandor se coula sous l'effroyable taillade qu'il lui envoyait, et riposta d'un coup vicieux, de bas en haut. L'épaule, le bras et la moitié de la tête de Polliver volèrent dans les airs.
Le barbu battit en retraite, puant la peur. Ses yeux allaient de Thalia au Limier tandis qu'il se glissait vers la porte. Il ne vit pas Arya, écumante et poignard à la main, et la gamine lui sauta sur le dos avec un rugissement, planta sa lame entre les omoplates du type comme dans du beurre :
– Y a de l'or dans le village ? hurla-t-elle en frappant une deuxième fois. Y a des pierreries ? Où est la Fraternité ? Quels villageois les aident ? Où est lord Béric ? Y a combien d'hommes avec lui ? Combien de chevaux ? Combien, combien, combien ? Y a de l'or dans le village ?
Thalia la regarda un moment, immobile, respirant lourdement. Le sang lui coulait dans le cou, sur l'épaule, le bras, sur la poitrine, à grand flots écarlates. Elle avait un mal de chien mais elle se sentait comme anesthésiée. Le choc, peut-être. La retombée d'adrénaline.
Puis elle trébucha jusqu'à la gamine, et la détacha du cadavre. La fillette avait les mains rouges et poisseuses, les yeux fous.
– Assez, fut tout ce que l'archère dit.
La petite louve ne protesta pas. Thalia porta une main à son cou qui pissait le sang, s'efforçant de respirer lentement. Maintenant que l'adrénaline retombait, la douleur pulsait avec une force effrayante dans sa blessure, et tout ce sang… Il lui coulait déjà sur les doigts, malgré la compression.
– Il en reste un, lui rappela Arya.
Elles se retournèrent vers l'intérieur de l'auberge. Sandor, recouvert de sang et boitant lourdement, s'était déjà approché de l'écuyer. Le môme avait les deux mains pressées sur son ventre, essayant d'endiguer l'hémorragie. La petite louve avait dû lui foutre un coup de dague dans les tripes. Radical.
Lorsque le Limier l'empoigna et le mit debout, l'écuyer se mit à chialer et glapir, comme un nouveau-né.
– Grâce ! pleurnichait-il. Me tuez pas ! Par la Mère Miséricorde !
– J'ai l'air d'être ta putain de mère ? grogna Sandor en le secouant.
Il n'avait l'air de rien d'humain à ce moment-là.
Il se tourna vers Arya, et désigna le gamin d'un vague geste du menton. Son visage recouvert de sang lui donnait l'air terrifiant.
– Celui-ci est mort, il va juste mettre un bout de temps à crever. Il est à toi, louve. Charge-toi de lui.
Thalia s'appuya sur une table de sa main libre, l'autre toujours fermement pressée contre son cou, pendant que la gamine se dirigeait vers Polliver. Elle ne prit pas la dague, comme Thalia s'y attendait, mais la troisième lame. Celle qui était longue et fine. Et parfaite pour ses mains.
Puis elle revint vers eux, et Sandor émit un vague grognement :
– Te rappelles où est le cœur ?
– Grâce, geignit l'écuyer.
L'épée se glissa entre ses côtes et exécuta son vœu. Thalia voulut hocher la tête pour approuver, mais le geste renvoya une onde de souffrance dans tout son cou et son épaule, et elle se contenta d'un grondement de douleur, avant de lâcher :
– Si ces trois-là sont venus ici, c'est que la Montagne doit avoir repris le gué tout comme Harrendal. Il pourrait arriver à tout moment d'autres toutous à lui.
– Je sais, lâcha Clegane.
– Nous irons où ? demanda Arya.
Sandor tangua, et posa brièvement la main sur l'épaule de la fillette pour ne pas tomber. Arya ne se déroba pas. Puis le Limier se redressa, et parcourut du regard l'auberge couverte de sang :
– À Salins. Aboule-nous du vin, petite louve. Et toute la bouffe possible. On peut rejoindre le Val par la mer s'il y a des bateaux à Salins.
– Faudra déjà y arriver, grogna Thalia en s'asseyant sur un banc.
Elle jeta un coup d'œil à la cuisse de Sandor. Sa jambe était recouverte de sang. Puis elle jeta un coup d'œil à sa tête. Il n'avait déjà plus grand-chose d'oreille, là c'était encore pire. Tandis que la petite louve se dépêchait de rafler tout ce qu'ils pouvaient emporter, Thalia se leva puis tourna vers elle, et haussa la voix :
– Charge les chevaux. Je vais voir s'il n'y a pas de quoi recoudre dans cette foutue baraque.
– Pas la peine, grommela Sandor.
– Je décide si ça en vaut la peine, fit Thalia d'un ton acide.
Elle se dirigea d'un pas ferme vers la porte par laquelle l'aubergiste avait disparu. Il était bien là, avec trois filles terrorisées, tassés dans ce qui avait l'air d'être la cave. Des jambons pendaient au plafond et il y avait une demi-douzaine de tonneaux.
En la voyant, ensanglantée et le regard étincelant, l'homme se jeta quasiment à genoux :
– Grâce !
– Fais pas chier et tu l'auras, gronda l'archère.
Elle se tourna vers les filles terrorisées.
– Vous. Donnez-moi une aiguille et du fil. Et bougez-vous, j'ai pas de patience en ce moment.
La plus jeune des filles, une quinzaine d'années à tout casser, fut la première à bouger. Elle se précipita vers un petit meuble bas et, avec des mains si tremblantes qu'elle faillit tout mettre par terre, y prit son matériel de couture. Thalia le lui arracha quasiment des mains. Elle prit trois aiguilles, deux fines et une plus solide, et une petite bobine de fil qui conviendrait. Après avoir planté les aiguilles sur le revers de son manteau pour ne pas les perdre, elle fourra la bobine dans sa poche et prit un des jambons qui pendaient au plafond. Puis, sans un regard de plus, elle quitta la pièce en claquant la porte derrière elle.
Sandor s'était noué une bande de linge autour de la cuisse, et avait raflé le manteau de l'écuyer –qui avait été soigneusement accroché à une patère jusque-là– pour le compresser contre sa blessure à la tête. Sans un mot, il tendit à Thalia une bande de tissus pour sa blessure, et la jeune femme noua le linge autour de son cou avec une grimace de douleur. Très vite, l'étoffe s'imbiba de sang.
C'était son premier vrai combat. C'était sa première vraie blessure. Putain, ça faisait un mal de chien.
Au moment de partir, Thalia dut aider Sandor à monter en selle. Il avait perdu tellement de sang… L'archère craignait qu'il ne s'évanouisse dès les premiers pas d'Etranger, mais non, il tenait en selle, comme par miracle.
Thalia prit la tête du groupe. Clegane ne protesta même pas.
Ils ne pouvaient pas continuer dans la direction qu'ils suivaient auparavant : il était hors de question de tomber sur les troupes de la Montagne au niveau du gué. Thalia bifurqua vers le sud-est. Ils allaient couper à travers champs et marécages puis longer les rives du Trident jusqu'à Salins. Ça allait leur faire perdre du temps, mais ça valait mieux qu'une autre échauffourée.
À plusieurs reprises, tandis que Vol-de-Nuit suivait docilement les indications que sa maîtresse lui transmettait à coups de talons, Thalia porta la main à son cou, tâtant la blessure. Elle n'avait bandé la plaie que sur toute la hauteur de son cou. L'estafilade se prolongeait sur son épaule, dépassant même la clavicule de quelques centimètres. La tunique et le manteau de la jeune femme étaient imbibés de sang, gluant et poisseux, et des mouches commençaient à tourner autour d'elle. Thalia serra les dents, retenant une plainte lorsqu'un pas un peu plus sec de sa jument lui envoya une onde de douleur dans le cou. Elle n'avait pas à geindre sur son sort. Sandor était dans un état bien plus lamentable.
Ils finirent par atteindre le bord de la rivière. Là, au milieu d'un champ de pierrailles, poussait un bosquet de saules qui formait une fortification naturelle. En s'y installant, ils seraient à l'abri des regards autant depuis la route que depuis le cours d'eau. Thalia interrogea Sandor du regard.
– Pourra aller, marmonna-t-il.
Il avait l'air épuisé. Quand il mit pied à terre, il dut se rattraper à la première branche venue pour ne pas tomber. Thalia, elle, trébucha à peine, même si elle eut besoin de rester plusieurs secondes immobiles pour que sa tête cesse de tourner.
Puis elle pivota vers Arya, dont le regard passait de l'archère au Limier d'un air incertain.
– Rassemble du bois, petite louve. On va faire un feu. Tu as appris à coudre ?
La gamine afficha un air perplexe tout en descendant de cheval :
– Oui. Mais je n'étais pas très douée.
Thalia esquissa un geste vague :
– Je ne vais pas te demander de faire de la broderie. Tu sais manier une aiguille, ça me va. Mais commence par rassembler du bois.
Pendant que la gamine obéissait, Thalia se mit en devoir de laver le manteau de l'écuyer souillé du sang de Clegane, puis de le découper en longues bandes. Ses mains tremblaient. À côté d'elle, affalé contre une saillie rocheuse, Sandor avait l'air à moitié inconscient. Elle prit une des outres de vin embarquées par la petite louve, et la lui passa.
– Gaspille pas, l'avertit-elle tandis qu'il l'ouvrait avidement.
Il ne lui répondit pas, mais après quatre longues gorgées, il reboucha l'outre et la lui rendit. Thalia céda à la tentation, à son tour, et but à grands traits. Le vin était mauvais, mais c'était du vin, et la douleur lancinante de son cou cessa de faire trembler ses mains. Elle reboucha l'outre, satisfaite de voir qu'il en restait presque la moitié.
Arya alluma un feu, et Sandor y cala son heaume de Limier. Thalia y versa tout le reste du vin, avant d'y balancer aussi les longues bandes issues du manteau de l'écuyer, et d'y faire tremper le fil prit à l'auberge ainsi que le bout d'une des aiguilles Elle se rappela avec un sombre amusement le début de son voyage avec Sandor, quand ils venaient de fuir de Port-Réal. Cette fois, elle était en aussi mauvais état que lui, et c'était la gamine qui les détestait qui allait les soigner. Ô joie.
– Va me chercher un bâton, ordonna-t-elle ensuite à Arya. De cette longueur-là, à peu près, assez épais. Et rince-le avant.
La gamine s'exécuta. Le temps qu'elle revienne, le vin bouillait méchamment. Le rythme cardiaque de Thalia accéléra, tandis qu'une vague de sueurs froides la traversait. Oh, par R'hllor et les Sept, elle détestait ça. Elle détestait le vin bouillant, son odeur, les cloques qu'il laissait. Thalia ne l'avait expérimenté que deux fois dans sa vie. Un jour, quand elle avait huit ans, un fouet avait cinglé sa cuisse droite, laissant une plaie profonde et sale, et elle n'avait pu soigner ça que deux jours plus tard. Un autre jour, quand elle avait dix-huit ou dix-neuf ans, un homme dont elle avait refusé les avances lui avait donné un coup de couteau qui avait ripé sur les côtes, mais qui avait laissé une sale balafre. À chaque fois, elle avait hurlé comme un démon tandis qu'on versait l'alcool bouillant sur les plaies, et elle avait chialé comme un bébé. L'idée de revivre cette douleur lui flanquait la nausée.
Elle respira profondément, une fois, deux fois. Avant qu'elle n'ait pu parler, ce fut la voix de Sandor qui s'éleva :
– On va commencer par moi.
L'archère en fut si soulagée qu'elle se sentit s'affaisser. Clegane continua :
– Toi, la louve, prends la timbale dans mon couchage et remplis-la à moitié. Fais gaffe. Tu en renverses une seule goutte et je te renvoie à cette putain d'auberge pour aller me chercher du rab. Tu puises, et tu verses sur mes blessures. T'en es capable ?
Arya hocha la tête, muette. Thalia esquissa un pâle sourire :
– Ensuite, petite louve, je te monterai pourquoi c'est utile de savoir faire de la broderie.
– Qu'est-ce que t'attends ? aboya Clegane en fixant la gamine.
Lorsque la petite louve versa le vin sur la plaie à la cuisse de Sandor, ce dernier émit un brusque hoquet, les dents serrées sur son bâton à s'en faire éclater la mâchoire. Son poing s'était crispé et martelait la terre. Thalia pâlit en imaginant la douleur qu'il devait subir… Et qu'elle allait subir, aussi.
Quand vint le tour de la blessure au visage, Thalia se plaça devant lui, et lui fit délicatement tourner la tête pour que la petite louve ait un meilleur accès. Les yeux de Sandor ne reflétaient qu'une terreur pure, et Thalia raffermit sa prise sur lui, autant pour l'empêcher de bouger la tête que pour essayer de l'ancrer dans la réalité à travers son étreinte.
La petite louve versa doucement le vin sur la plaie, et des langues de sang brunâtre et de gros rouge se mirent à dégouliner sur la mâchoire de Sandor. Cette fois, bâton ou pas, il gueula, faisant violemment tressaillir Thalia. Puis il s'affaissa dans les bras de la jeune femme. La douleur l'avait fait s'évanouir.
Thalia respirait rapidement, à petites goulées. Elle redressa Sandor avec toute la délicatesse qu'elle put, l'appuyant contre la saillie rocheuse. D'un geste doux, elle repoussa ses cheveux trempés de sueur.
– Passe-moi le fil. Et l'aiguille.
Ses mains tremblaient et elle dut s'y reprendre à trois fois avant de passer le fil dans le chas de l'aiguille. Puis elle fit signe à la petite louve de s'approcher, et se pencha sur la blessure de Sandor. Ça s'était remis à saigner, et ça n'était pas beau à voir. Elle rapprocha les deux bords de la plaie et, d'un geste vif, piqua dans la chair, tira, repiqua, serra. Un point de fait. Aussitôt, elle en fit un autre.
– Regarde bien, petite louve, parce qu'après tu feras ça sur mon cou. Ça n'a pas besoin d'être beau ou régulier. Que ça soit propre et solide, c'est tout.
Un point, un autre. Un point, un autre. Le sang lui coulait entre les doigts, dégoulinait sur ses poignets et dans le cou de Sandor, mais elle ne s'arrêtait pas.
– Tu vois la largeur de ton petit doigt ? Pas plus de ça de distance entre deux points. Tu as compris, petite louve ?
Arya hocha la tête. Thalia avait achevé de raccommoder la tête de Sandor. Grâce à ses points, le sang ne coulait quasiment plus. Elle coupa le fil et s'attaqua à la blessure de sa cuisse.
– Tu sauras le faire ?
Nouveau hochement de tête. Thalia commença à suturer la balafre. Un point, un autre. Un point, un autre. Elle flottait dans une sorte de brouillard, accomplissant chaque geste de façon mécanique. Elle ne pensait plus à rien d'autre.
– Prends les bandes dans le heaume et panse ses plaies. Celle de sa tête, puis celle de sa cuisse quand j'aurai terminé. Ensuite…
Elle marqua un temps d'arrêt puis se remit à coudre. Un point, un autre. Ne pas penser. Ne pas penser à la douleur qui lui sciait le cou, ne pas penser à l'odeur du vin qui chauffe, ne pas penser à sa morsure quand il coulerait sur elle.
– Ensuite ça sera mon tour.
Un point, un autre. Puis ce fut terminé et elle s'écarta pour laisser Arya bander la plaie de Sandor. Elle remit le fil et l'aiguille à tremper dans le vin chaud, la respiration heurtée. Puis elle récupéra le bâton que Sandor avait mordu, s'assit contre un tronc afin de ne pas basculer si elle s'évanouissait, et inspira un grand coup.
– Vas-y.
Elle avait l'impression d'être sur le point de vomir. Elle regarda la petite Stark approcher, sa timbale à demi-pleine et fumante à la main, et plaça le bâton entre ses mâchoires. Elle allait avoir mal. Oh par les dieux, elle allait vraiment avoir mal. Elle savait que c'était nécessaire, pour éviter l'infection et la gangrène, mais bons dieux, elle allait avoir tellement mal…
Le liquide bouillant se déversa dans son cou, brulant la plaie, la peau, la chair, et Thalia brisa le bâton par la pression de ses mâchoires. Et elle hurla.
Puis elle s'évanouit.
oOoOoOo
Dancy la regardait d'un air réprobateur. Elle était en train de se faire les ongles, toute parée de soieries et de bijoux, et semblait toiser Thalia avec agacement.
– Tu ne fais vraiment jamais attention.
– J'ai fait de mon mieux, plaida Thalia.
– Ce n'est pas assez, ma belle, lança Bronn. Tu te feras tuer si tu te contentes de ça.
– Oh, la ferme.
– Il a raison, soutint Tyrion Lannister en se juchant sur un tabouret.
Bronn rit :
– J'ai toujours raison.
– Pas toujours, fit lord Cyan Amantis d'un ton pincé. Mais en cette occasion, c'est le cas.
Lysan hocha la tête, regardant Thalia avec inquiétude, puis soudain, il sourit :
– Tu t'occupes bien de Vol-de-Nuit ?
Ser Emeric regarda Lysan d'un air réprobateur :
– Ce n'est pas le sujet !
– Où es-tu ? demanda soudain Gendry.
– Je ne sais pas, fut tout ce que fut capable de dire l'archère.
Des loups hurlèrent au loin. Quelque part, elle distingua la voix rieuse de Morden, son premier amour, et le timbre rauque de Willos. Elle se retourna, mais elle ne vit qu'Arya, qui le regardait d'un air indéchiffrable. Thoros, assis en tailleur derrière elle, astiquait son épée. Il releva la tête pour la regarder :
– Galien était un de mes amis, tu sais.
– Pourquoi es-tu partie ? murmura Anguy à sa droite.
Elle se tourna vers lui, prête à lui hurler dessus ou bien le supplier de lui pardonner, elle ne savait pas trop, mais la voix de Bronn s'éleva de l'autre côté :
– Oui, pourquoi es-tu partie ? Je t'ai cherchée.
– Pourquoi es-tu partie ? demanda en écho Gendry derrière elle. Pourquoi tu n'as pas essayé de me sauver ?
Elle se retourna, mais il faisait trop noir, elle ne les voyait plus. Elle les entendait pourtant, qui l'appelaient, à droite, à gauche, de tous les côtés. Pourquoi les avait-elle abandonnés ? Pourquoi s'être enfuie ? Pourquoi ne pas les avoir protégés ? Ils étaient nombreux, et parfois une voix se distinguait, celle d'Anguy ou de Gendry ou de Sansa Stark ou de Sandor, mais souvent tout ce fondait en un brouhaha de plus en plus faible, de plus en plus lointain, comme s'ils s'éloignaient et la laissaient dans le noir. Elle n'arrivait pas à prononcer un mot, elle n'arrivait pas à bouger ou à les appeler, et tout devenait noir, noir…
– Pourquoi es-tu partie ? murmura un homme juste à côté de son oreille. Je t'aurais protégée. Je t'aurais chérie et élevée, Thalia. Pourquoi t'es-tu enfuie ?
La voix éveilla quelque chose de profondément enfoui dans sa mémoire. Choquée, elle releva la tête, écarquillant les yeux pour tenter de percer les ténèbres.
– Père ?
– Pourquoi être partie ? murmura encore la voix.
– Père ! Père, ne partez pas !
Mais cette fois il n'y eut que le silence. Alors Thalia appela, hurla. Elle appela Anguy, son père, sa mère. Sandor, et Bronn, et à nouveau Sandor. Elle cria les noms de Gendry, de Thoros, de Dancy, de maître Mott, même celui d'Alia. Puis à la fin elle se souvint du nom d'Arya Stark et elle aussi, elle l'appela à l'aide. Petite louve. Et Sandor, Sandor Clegane, elle l'appela à nouveau, encore et encore. Puis il y eut un grand bruit de déchirure, et la lumière l'inonda.
Thalia cligna des yeux.
Sa vision était floue. Lentement, les images et les couleurs se précisèrent. C'était l'aurore. Arya était penchée au-dessus d'elle, un air inquiet sur le visage, mais elle redevint impassible dès que les yeux de l'archère se posèrent sur son visage.
– Thalia, l'appela Sandor.
Ça ressemblait tellement à son rêve que la jeune femme sursauta, avant de se tourner vers Clegane. Il tenait la bride d'Etranger, prêt à grimper en selle. Il avait toujours l'air faiblard, et lorsqu'il se pencha vers elle, son mouvement était lent et pataud. Mais les bandages à sa tête et à sa cuisse n'avaient pas beaucoup saigné.
Elle porta la main à son cou, sentant sous ses doigts un épais bandage. Son cou, une partie de sa tête et son épaule étaient bandés. Il y avait encore l'odeur du vin. Et la douleur aigue et lancinante de sa plaie commençait à revenir, maintenant qu'elle était réveillée.
Visiblement satisfait de la voir consciente, Sandor se redressa et grogna :
– On part. Tu peux te lever ?
– Je suis pas encore morte, marmonna Thalia.
Cependant, elle eut besoin de l'aide de la petite louve pour se mettre sur ses pieds. La douleur irradiait dans toute la partie supérieure gauche de son corps, et elle trébucha plus qu'elle ne marcha jusqu'à Vol-de-Nuit. Elle se hissa en selle avec beaucoup de difficultés. Mais ce fut elle qui prit la tête, à nouveau. Arya, en dernière position, jetait de fréquents coups d'œil derrière eux pour s'assurer que personne ne les suive. Heureusement, ce n'était pas le cas.
Sandor était affalé en selle, suant et vacillant. Il avait perdu pas mal de sang, et à coup sûr, il avait de la fièvre. Thalia se sentait malade, aussi, quoique sans doute pas autant que lui. Elle arrivait quand même à garder les idées claires, à savoir dans quelle direction aller : plein est. Salins, se répétait-elle comme un mantra. S'ils atteignaient Salins… Il devait bien y avoir un mestre…
Vers midi, cependant, malgré le brouillard de douleur et de fièvre qui obscurcissait son esprit, elle commença à reconnaître le paysage. Elle était déjà passée par là, avec Anguy. C'était il y avait trois ou quatre ans. Elle reconnaissait ce rocher en forme de pommeau d'épée, là, dans un coude de la rivière, et ce chêne immense…
Salins était à deux jours d'ici. Plus vraisemblablement trois, dans leur état. Mais à une petite journée de marche se trouvait le marécage qu'on devait traverser pour accéder à l'île de Repose. Il y avait un monastère là-bas. Elle et Anguy s'y étaient arrêtés, mourants de faim, après avoir été chassés de Salins par le père d'une des conquêtes du jeune homme…
Thalia se retourna à demi sur sa selle, malgré la douleur de son cou qui envoya un flash dans son crâne, et jeta un œil à ses compagnons de route. Sandor avait l'air plus mort que vif. Arya semblait sur des charbons ardents. L'archère, comprenant que la responsabilité lui incombait à présent, se racla la gorge et lâcha d'une voix rendue rauque par trop de silence :
– Changement de plan. On va à un monastère assez proche d'ici.
Sandor ouvrit la bouche, toussa, puis lâcha :
– Loin ?
Rien qu'à la pensée de la journée de chevauchée qui les attendait, Thalia sentait ses muscles mollir et un rire nerveux lui remonter dans la gorge. Ça semblait insurmontable.
– Moins que Salins, se contenta-t-elle de dire.
Personne ne protesta quand elle fit légèrement tourner Vol-de-Nuit, les écartant de leur route initiale. Ils continuèrent à avancer en silence.
Néanmoins, il restait de longues heures avant le crépuscule quand Thalia se rendit compte qu'elle était sur le point de tomber de sa selle. La tête lui tournait, ses bras étaient aussi faibles que ceux d'un nouveau-né, et si son estomac avait contenu quoi que ce soit, elle l'aurait vomi instantanément. Elle mit plusieurs secondes à se souvenir de la direction qu'ils suivaient. Elle n'avait pas les idées très claires et, pendant un instant, elle aurait juré entendre le rire railleur de Bronn.
Puis elle entendit pour de vrai Etranger s'arrêter, et lorsqu'elle se retourna, elle vit Sandor dégringoler de sa selle. Il tomba plus qu'il ne descendit, et Thalia s'étonna qu'il trouve encore la force de ramper jusqu'à un arbre proche, au tronc duquel il s'adossa :
– Faut que je me repose, grogna-t-il à l'adresse de Thalia.
La jeune femme émit un vague bruit affirmatif, incapable de hocher la tête. Au lieu de ça, elle fit signe à Arya de s'approcher, et la gamine l'aida à descendre de cheval sans se casser la figure. Thalia se laissa tomber à côté du Limier. Des points colorés dansaient dans son champ de vision et elle n'avait jamais eu si mal au cou. Chaque inspiration lui donnait l'impression de la brûler, chaque déglutition lui faisait mal et lui donnait envie de vomir.
– Je donnerai n'importe quoi pour un peu de vin, laissa tomber Sandor.
– Moi aussi, rauqua Thalia avant de tousser. Moi aussi, Sandor.
Arya les regarda l'un après l'autre, puis leur apporta de l'eau. La jeune femme sentit une bouffée de reconnaissance stupide la submerger. Quand Sandor eut terminé de boire, il ne tarda pas à sombrer dans un sommeil fiévreux. Thalia lui toucha délicatement le front. Il avait la peau brûlante.
Encore une journée ou deux à ce régime et le seul soin qu'on pourra lui donner sera le coup de grâce, pensa-t-elle en retirant sa main. Et c'est probablement valable pour moi aussi. Quoique… Anguy sera sans doute incapable de m'achever.
Puis elle se rappela qu'elle ne voyageait pas avec Anguy mais avec la petite louve. La petite louve, elle, n'hésiterait pas à frapper. Arya. Arya Stark, c'était son nom. Par les sept Enfers, elle avait du mal à se rappeler de son nom…
– Arya, appela-t-elle d'une voix cassée.
C'était la première fois qu'elle appelait la gamine par son vrai nom et elle vit ses yeux s'écarquiller tandis qu'elle s'agenouillait près d'elle. Thalia inspira à petits coups, tentant de faire abstraction de la fièvre qui la faisait grelotter, de la douleur sourde de son cou et des courbatures de son corps, et s'efforça d'articuler nettement malgré sa bouche pâteuse :
– Va vers le nord-est. Quelques heures, peut-être jusqu'au crépuscule, et tu vas arriver devant le monastère… Cherche pas à traverser les marais. Trop dangereux. Juste… Dis à quelqu'un que Thalia Sand a besoin d'aide… Non, pas Sand. Archer. Thalia Archer, c'est comme ça qu'ils me connaissent.
Elle inspira à nouveau, à petits coups. Anguy saurait où trouver le monastère, lui. Et Anguy l'aurait trouvé, aurait ramené de l'aide. C'était son frère. C'était un putain de lâcheur mais c'était son frère et il aimait sa sœur. Il devait l'aimer. Thalia l'aimait, elle. Tellement.
– Ensuite…
Ses yeux brillants de fièvre cherchèrent ceux de la petite louve. Arya était tendue comme un arc, tendue vers elle, ses yeux de Nordienne écarquillés, buvant les paroles de l'archère comme si elle allait expirer. C'était peut-être le cas, songea Thalia avec un sourire tordu.
– Ensuite tu iras où tu voudras. Tu veux aller où, dis-moi, petite louve ?
La gamine resta silencieuse un instant. D'un geste lent, elle porta la main à sa poche, là où elle gardait la pièce qu'elle avait utilisé un jour pour berner les Frey et en poignarder un.
– Le Mur.
Thalia faillit hocher machinalement la tête, mais la douleur l'en empêcha. D'un ton vague, absent, elle chuchota :
– Il vaudrait mieux Braavos. Tu peux faire tout ce que tu veux là-bas. Mon père voulait m'emmener à Braavos un jour. Il y vit, tu sais ? Adanel, il s'appelle. C'est un beau nom… Adanel. J'aurais pu être Thalia Adanel s'il m'avait aimée juste un tout petit peu plus.
Elle avait la gorge sèche. Elle déglutit, retint une quinte de toux. Elle ne savait même pas pourquoi elle parlait de son père à la gamine, mais ça lui semblait important. La gamine avait eu un père aussi. Elle avait aimé son père, et il l'avait aimée aussi, et il ne l'avait pas bêtement abandonnée un jour comme celui de Thalia.
La jeune femme ferma les yeux. Elle était tellement fatiguée.
Un éclair de douleur, ou peut-être juste un frisson plus fort que les autres, lui fit rouvrir les yeux ce qui lui sembla être un instant plus tard. Il faisait quasiment nuit, et elle fut désorientée. À côté d'elle, elle entendait toujours la respiration lourde et hachée de Sandor. Vol-de-Nuit et Etranger broutaient non loin. Mais la petite louve et son cheval avaient disparu.
À côté d'elle, Sandor émit un grognement. Thalia chercha son bras à tâtons. Elle n'arrivait pas à tourner la tête. Elle sentit la poigne ferme de Clegane se serrer sur son bras, et esquissa un pâle sourire au crépuscule. Elle se sentait aussi détachée que si elle était ivre.
– Je suis pas morte, dit-elle étourdiment.
Sa voix n'était qu'un chuchotement rauque et douloureux, sa voix était tellement cassée que ça en était méconnaissable. L'étreinte de Sandor sur son bras se resserra. Ça faisait presque mal.
– Tu fais bien, grogna la voix à peine audible du Limier.
Un soupçon de son ancienne hargne s'entendait néanmoins. Thalia ferma les yeux, bizarrement rassurée. Elle avait toujours eu la trouille d'être toute seule. Mais là, avec cette main serrée de manière presque insupportable sur son bras, et cette respiration heurtée à côté d'elle, elle savait qu'elle n'était pas toute seule. Malade, blessée, mourante peut-être, mais pas toute seule.
Anguy sera dans la merde si je meurs, pensa-t-elle avant de sombrer dans le noir. Il sera dans la merde et il a intérêt à beaucoup chialer s'il veut que je lui pardonne.
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A suivre...
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