Salut tout le monde !
Non, Aliena Wyvern, personne n'est mort (enfin pas plus que d'habitude). J'ai juste un penchant pour les cliffhanger et le mélodrame xD
Salut Sephora4, contente que tu ai réussi à aimer ces deux-là (ils sont assez difficile à apprécier, quand même. Imagine les croiser dans une ruelle sombre... Moi je fuis en hurlant à la mort !). Bonne lecture !
Hey Sakiie-chan x) Tu as vu l'épisode de GOT où Sandor a sa blessure au cou ? La scène m'a aussi donné envie de chialer, la façon dont sa voix se brise quand il parle de son frère et de sa brûlure, et l'acceptation tacite qu'il a d'Arya qui l'aide à nettoyer sa blessure... Enfin bref. La fin de la fic approche, tu vas enfin pouvoir dormir en paix xD
Merci Loupiotte54 ! Du, en effet, d'imaginer les soins "à la barbare" avec lesquels Thalia et Sandor pourraient avoir de l'expérience... Mais finalement j'ai réussi x) Et j'ai même donné une utilité à la petite louve ! x)
Thanks Odeurdeterre ! Thalia ressemblant à Ellana... Oui, peut-être, mais vraiment, de loin. Elles sont toutes les deux indépendantes et un brin sauvage, mais Ellana n'est qu'Harmonie et Liberté. Thalia, elle, est moins... Equilibrée, moins en paix avec elle-même, et beaucoup plus amère et froide. Bref ! Sinon ouais, HBO a fait du bon boulot pour Tyrion (mon deuxième préféré après Sandor x)
Rassure-toi, Tinette, je suis plus gentille que l'auteur de GOT ! Et pis ça me fendrait le coeur de trucider un duo pareil, franchement... Donc, voilà ! Et pur répondre à ta question, oui, je suis une lectrice de Bottero. Je l'ai découvert quand j'avais douze ou treize ans et ça a changé ma vie. Littéralement. Ses bouquins sont toujours dans ma bibliothèque, vieux et cornés et râpés, mais impossible de m'en séparer...Siam, surtout, m'a terriblement marquée x) Petite, joyeuse, une vraie poupée blonde, mais qui bâti sa vie sur le fil d'une lame !
OH MON DIEU Tinette je viens de réaliser pourquoi ton pseudo m'étais familier. TU ECRIS AVEC KING PUMKIN ! TU ES RELUE PAR EVE ET ZOD'A ! Je viens de voir ça sur ton profil et j'ai réalisé... J'ai lu tous tes OS ! Et j'ai adoré les écris de King Pumkin (Amphisiologie, surtout !). Waaaaa, mais tu es dans le cercle supérieur des Maîtres de en fait ! xD
Salut INeedAHero =D Oui, n'hésite pas à lire mes écrits sur Harry Potter ! "Le Parfum des Arums" est assez Gryffondor-bashing (quoi ? J'en voulais à Harry à ce moment-là) mais je suis assez fière de sa suite, la saga "Renouveau"... Pour la petite meute, eh eh, ne renonce pas si vite, ce chapitre-là est celui des rebondissements ! xD
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Voilà donc la suite (non Thalia n'est pas morte xD). C'est aussi le dernier chapitre avant l'épilogue. J'aurais pu continuer (j'envisage d'ailleurs d'écrire une suite) mais je suis tombée en panne d'inpi au moment où j'écrivais ce chap... C'est peut-être en lien avec le fait que, dans les bouquins, ça coïncide avec le mort de Sandor ! Du coup, je ferai une fin ouverte. Voilà x)
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Chapitre 16
Les cicatrices
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Quand Thalia se réveilla, la première fois, elle resta un bon moment à regarder le plafond de bois, l'esprit vide. Elle se demanda vaguement où était Anguy. Se rappela qu'il n'était plus là. Elle espéra que Lysan allait bien. Se souvint que lui aussi, il n'était plus là. Elle songea à Sandor, à Arya. Pensa distraitement qu'ils lui manquaient, même la petite louve. Puis elle referma les yeux et se rendormit.
La deuxième fois, elle s'éveilla quand quelqu'un lui releva la tête. Une voix qu'elle ne connaissait pas lui chuchotait des paroles apaisantes et quelque chose, un bol de liquide chaud, se pressait devant ses lèvres. Sans ouvrir les yeux, Thalia but. On lui caressait les cheveux, et la voix murmurait des choses qui n'avaient pas de sens.
– La petite fille était inquiète pour vous, vous savez. Elle attend d'être sûre que vous serez tirée d'affaire pour s'en aller, m'a-t-elle dit. Elle s'occupe de vos chevaux en attendant. Elle est la seule à oser s'approcher du grand noir, celui qui porte un nom blasphématoire… Au risque de contrarier son propriétaire, nous l'avons brièvement rebaptisé Bois-Flotté. Votre ami sera sans doute mécontent. Mais il n'est pas vraiment en état de s'en indigner, pour l'instant…
Elle termina le bol, et fut rallongée sur son oreiller. La voix continuait à parler, mais Thalia n'écoutait plus. Elle imaginait des maisons entassées le long d'une route sous un soleil de plomb, des femmes aux vêtements fins et chamarrés, et des corbeilles débordantes de fruits. Au bout d'un moment, elle passa d'un rêve éveillé à un vrai rêve, bercée par ses souvenirs de Dorne.
Le troisième réveil fut le bon.
Ce fut à nouveau la sensation d'être redressée qui la tira du sommeil. Cette fois, elle ouvrit les yeux, et tomba nez à nez avec la grosse tête carrée au nez rouge de ce qui semblait être un moine, à en juger par ses vêtements. Ses cheveux et sa barbe étaient broussailleux, et sa carrure assez massive, mais il avait un certain air de sagesse et de sérénité. Thalia cligna des yeux, cherchant dans sa mémoire où elle avait déjà vu ce visage.
– Bonjour, sourit l'homme. Ou plutôt bonsoir, étant donné l'heure tardive. Comment vous sentez vous, Demoiselle Archère ?
Plus que la voix, ce fut le surnom qui rappela à Thalia l'identité de son interlocuteur. Elle avait déjà eu droit à ce pseudonyme lorsque, avec Anguy, ils avaient été recueillis et nourris par les frères de l'île de Repose…
L'île de Repose. Salins. Soudain tout lui revint. La blessure à son cou –elle ne la sentait plus, à peine une douleur sourde–, la petite louve, et…
– Sandor ? croassa-t-elle.
Le doyen inclina la tête avec un sourire apaisant :
– Votre ami ne s'est toujours pas réveillé, mais ses blessures étaient plus sévères que la vôtre. Il s'en sortira, néanmoins.
Thalia esquissa un léger sourire, rassurée. Puis elle demanda à nouveau :
– La petite louve ?
Le doyen rit, cette fois.
– C'est un étrange nom, « Louve ». Mais c'est ainsi qu'elle s'est présentée à nous et ce nom lui va très bien… Oui, Louve va bien également. Elle nous a quittés hier.
Hier ? Depuis combien de temps se trouvaient-ils ici ? Comme s'il avait lu dans ses pensées, le Doyen lui adressa un regard bienveillant :
– Vous vous reposez depuis près de quatre jours, Demoiselle Archère.
Quatre jours. Thalia écarquilla les yeux. C'était énorme. Elle devait avoir eu une fièvre de cheval. Si la petite louve n'avait pas averti les frères de l'île, elle en serait sûrement morte.
– Reposez-vous, lui dit doucement le doyen. Vous aurez besoin de temps pour reprendre des forces. Vous êtes en sécurité ici.
Thalia obéit.
Il lui fallut encore deux jours pour avaler quelque chose de plus solide que du bouillon et se mettre debout dans sa chambrette. Elle réussit à peine à faire deux pas avant que la tête ne lui tourne. Cependant, s'asseoir sur une chaise au lieu de rester couchée dans son lit lui parut être un progrès formidable. Sandor, lui, était toujours alité. Il alternait entre des réveils courts et fiévreux et de longues phases de sommeil agité.
Comme elle détestait rester sans rien faire, elle demanda au Doyen de quoi s'occuper les mains. Il refusa de la laisser aller jusqu'aux écuries pour s'occuper de la sellerie, mais il accepta de lui confier un couteau et des morceaux de bois flotté. Dès lors, la jeune femme se mit à fabriquer de menus objets. Elle commença par une cuillère, puis un peigne.
Elle essayait de tromper l'ennui et l'inquiétude. Sandor était toujours alité. Quand elle allait le voir, une fois par jour, elle voyait ses yeux s'agiter derrière ses paupières closes, et son front se tremper de sueur. Sa fièvre avait diminué, mais elle n'était pas partie. La blessure de sa cuisse s'était infectée. Un des frères avait même parlé d'amputation. Thalia avait bien faillit lui mettre un couteau sous la gorge.
Au bout d'environ cinq ou six jours, Thalia fut assez en forme pour quitter l'île de Repose. Une ou deux insinuations de Frère Doyen lui firent d'ailleurs comprendre qu'il valait mieux qu'elle s'en aille. Elle faisait tâche ici, avec ses manières d'homme, une arme perpétuellement à la ceinture, parlant fort et jurant haut. Et puis, elle était une femme. Aussi peu féminine soit-elle, à la longue, ça risquait de semer un certain trouble dans la communauté exclusivement masculine des moines.
Thalia fit la sourde oreille. Elle ne partirait pas tant que Sandor ne serait pas hors de danger.
Elle tuait le temps comme elle pouvait, en attendant. Un jour, elle se paya même le luxe de prendre un bain. Il y avait une salle prévue à cet effet, creusée à même le sol de roche dans une cabane de pierre, près d'un puits qui permettait d'aller chercher l'eau dans le fleuve. Une cheminée chauffait agréablement la pièce, empêchant les baigneurs d'attraper froid. C'était petit et rudimentaire, mais jamais Thalia ne fut aussi heureuse de se laver.
Seule dans le grand bassin d'eau tiède, Thalia en profita pour examiner son corps. Elle était déjà maigre avant, là c'était encore pire. Ses muscles avaient fondus. Ses os saillaient et elle avait l'impression que ses cicatrices étaient plus nombreuses que jamais, labourant son corps de longues marques disgracieuses.
Il y avait celle, large d'un doigt et très lisse, faite par un coup de fouet sur sa cuisse droite. La cicatrice faisait bien une main de long. Thalia l'avait reçue un jour où elle caressait un beau cheval attaché devant le bordel, quand elle avait huit ans. Le propriétaire de l'animal, ivre et furieux de voir une gamine pouilleuse traîner près de sa bête, l'avait cinglée de son fouet en vociférant. Thalia, terrifiée, n'avait osé revenir chez elle que le surlendemain : et durant ce laps de temps, la blessure s'était infectée.
Il y en avait une autre, qui n'avait quasiment pas de relief, sur sa jambe gauche, de son genou à son mollet. Une mauvaise chute quand elle avait douze ans. Elle s'était littéralement épluchée la jambe sur le sol caillouteux de la route.
Il y avait celle qu'elle avait au niveau des côtes, sur le flanc droit. Un coup de couteau maladroit, de la part d'un soupirant bourré et éconduit, quand Thalia avait dix-huit ans. L'homme lui avait aussi laissé de profondes traces de griffure juste en dessous des seins, avec ses ongles, mais les marques étaient à présent à peine visibles.
Et puis bien sûr, il avait la brûlure, dans son dos. Et toutes les marques, plus ou moins pâles et plus ou moins vieilles, de ses bagarres. Au niveau des doigts et des mains, à force de trifouiller des flèches. Au niveau des bras et des jambes, à cause de ses entraînements avec Alia ou Bronn ou Sandor, parce que parfois une épée dérapait et laissait une estafilade. Au niveau du ventre et des flancs, parce que bien souvent un coup de couteau n'était pas passé bien loin lors d'une bagarre de taverne…
Et maintenant il y avait aussi cette ligne dure, boursoufflée et rouge, plus longue qu'une main. La cicatrice balafrait tout le côté gauche de son cou : elle partait de sous son oreille et dépassait sa clavicule d'un doigt. Les points de suture n'avaient pas été si mauvais. Maladroits et trop larges, mais au moins ils l'avaient empêchée de se vider de son sang. Thalia n'était pas morte. Elle avait juste perdu une partie de sa beauté.
Mais au fond, ce n'était pas si important. Son dos, ses cuisses, ses jambes, son ventre, ses flancs, même sa poitrine : chaque partie de son corps portait les marques de sa vie de paria. Alors, une cicatrice de plus ou de moins…
Évidemment, avec cette nouvelle marque dans le cou, cette marque qu'elle ne pouvait pas dissimuler par des vêtements, ça serait beaucoup plus dur de séduire un homme. Baiser avec une fille qui a une vieille balafre sous sa chemise, pourquoi pas : mais laisser entrer dans son lit une femelle défigurée, là, sûrement pas. Thalia sentit son cœur se serrer. Se sentir désirée était l'une des rares choses qui lui restait encore. Ça allait être dur de faire une croix dessus.
Elle quitta son bain et se sécha vigoureusement. Ses cheveux lui gouttaient dans le dos et elle hésita une fois de plus à les couper. Mais finalement, elle préféra les garder longs. Ainsi, ils pourraient cacher sa nouvelle cicatrice. Ses vieux vêtements étaient trop encroûtés de sang pour être récupérables, mais les frères de la communauté lui avaient fourni une tunique qui lui arrivait aux genoux. Avec une ceinture à la taille et un manteau sur les épaules pour se protéger des températures un peu fraîches, ça allait.
Frère Doyen l'attendait à la sortie, et Thalia marqua un temps d'arrêt en le voyant, avant de demander avec espoir :
– Sandor est réveillé ?
Le doyen inclina la tête :
– En effet. L'infection de sa cuisse est en cours de guérison. Votre ami est tiré d'affaire.
Thalia ne put s'empêcher de sourire, soulagée. Sandor avait bien faillit y rester. Alors que Thalia avait eu du mal à se relever de ses quatre jours de fièvre, Sandor, lui, était resté dans cet état plus d'une semaine.
– Je peux le voir ?
– Suivez-moi.
Thalia emboîta le pas au doyen, même si elle n'avait guère besoin de lui pour la guider. Elle connaissait par cœur le chemin de la chambre de Sandor, à présent.
Il dormait quand Thalia et Frère Doyen entrèrent dans la pièce. Tandis que le moine touchait le front du blessé pour vérifier sa fièvre, Thalia alla s'asseoir sur la chaise rudimentaire placée près du lit, comme d'habitude. Elle jeta un coup d'œil critique à l'homme assoupi. C'était vrai qu'il avait l'air d'aller mieux. Son visage était moins rouge, moins humide de transpiration, et ses yeux ne roulaient pas sous ses paupières comme s'il était en proie à un cauchemar.
– Ne le réveillez pas, lui conseilla le doyen. Et s'il se réveille quand même, ne le fatiguez pas. Il est passé très près de la mort, il a besoin de recouvrer des forces.
Thalia acquiesça, et Frère Doyen quitta la pièce en silence, refermant la porte derrière lui. La jeune femme attendit d'entendre ses pas décroître dans le couloir avant de se pencher vers le visage endormi de Sandor. Il ne bougea pas d'un pouce. Il dormait réellement. Thalia l'observa quelques secondes, avant de poser son coude sur son genoux et son menton sur son poing.
– Bon, et maintenant, quel est le plan ?
Sandor ne remua pas une paupière. Thalia, l'air absent, continua à monologuer :
– Frère Doyen me presse de déguerpir. Curieusement, il a l'air plus enclin à t'aider qu'à m'héberger... Il a probablement la trouille que je dévergonde ses moines. Seulement, je vois mal où je pourrais aller.
Elle marqua une hésitation, puis ajouta avec réticence :
– Surtout toute seule.
Ce qu'elle avait dit à Sandor lorsqu'il la pressait de fuir Port-Réal avant le siège, ce qui semblait être une éternité plus tôt, était toujours valable. Une femme seule sur les routes, surtout en ces temps troublés, avait peu de chances de voyager paisiblement. Clegane avait beau être moche et ronchon, il protégeait Thalia par sa simple présence, dissuadant les éventuels pillards de s'attaquer à eux.
– Retourner à Dorne et à Lysan est exclu. Éventuellement, je pourrais suivre la petite louve dans le Nord… Mais ça me casserait bien les pieds de traverser le pays pour être accueillie par des abrutis en noir qui ont fait vœu de chasteté. À part ça, il me reste la solution d'aller à la recherche d'Anguy, pour recommencer à surveiller cette andouille…
Elle fronça les sourcils, perdue dans ses pensées, et sursauta violemment quand Sandor laissa échapper un rire rauque :
– T'as aucune dignité.
– Va te faire foutre, grommela Thalia par réflexe.
Puis elle réalisa ce qui venait de se passer et s'exclama :
– Tu es réveillé !
Clegane émit un reniflement moqueur, mais avant qu'il ne puisse faire une remarque sur sa vivacité d'esprit, Thalia l'interrogea fébrilement :
– Comment tu te sens ?
– Mal, grogna son ami. Et toi ?
– Plutôt bien. C'est la raison pour laquelle le doyen veut me mettre à la porte.
Sandor resta silencieux quelques secondes. Son regard parcourut la jeune femme, ses jambes maigres, ses cernes, et surtout la cicatrice boursoufflée qui défigurait son cou. Ses yeux restèrent fixés un peu plus longtemps que nécessaire sur la balafre. Puis il reporta son regard sur son visage et lâcha :
– Je peux partir demain.
– Je ne dépends pas de ta protection, se rebiffa Thalia. Je vais me débrouiller et toi, tu vas te soigner. Tu as failli mourir et tu n'es pas non plus passé très loin d'une amputation.
Sandor se renfrogna, faisant ricaner la jeune femme. Elle lissa machinalement sa tunique sur ses genoux, puis réfléchit à voix haute :
– Je vais longer le Trident jusqu'à ce que je tombe sur la Fraternité Sans Bannière. Je n'ai rien de mieux à faire de toute façon, et je peux compter sur l'appui de Thoros et d'Anguy. Et ça me permettra d'avoir quelques nouvelles…
– La bande de Gregor tient Harrendal et ses environs, jusqu'au fleuve.
– Je sais. Je vais passer par les zones boisées. Et je serai prudente.
– Tu n'es jamais prudente.
– C'est faux ! s'indigna Thalia.
Puis elle vit le sourire en coin sur le visage brûlé et émit un grognement. Sandor se fichait d'elle. Elle secoua la tête, blasée, et Clegane lâcha :
– Tu devrais plutôt te trouver un travail dans un village et te planquer.
Thalia haussa les épaules. Pourquoi pas. Elle savait que Sandor pensait à Salins, qui était assez près pour qu'il puisse lui venir en aide. Le Limier avait toujours été surprotecteur… Mais l'archère décida de ne pas aller dans ce village-là. Elle y était déjà allée avec Anguy et son frangin s'y était attiré des ennuis avec un notable : le frère et la sœur archers avaient marqué quelques mémoires. Thalia préférait éviter de tenter le sort.
Elle passa néanmoins cette décision sous silence, et continua :
– Et après… Tu as une idée de direction ?
– Non, grommela Sandor. Et toi ?
Thalia hésita. L'idée lui avait plusieurs fois effleuré l'esprit, mais le dire à voix haute, c'était autre chose… Cette destination-là, c'était un territoire inconnu, où tout serai différent. Partir là-bas lui faisait le même effet que quand, à quatorze ans et terrorisée, elle avait fui Dorne sur un cheval volé, avec son petit frère en croupe.
– Je pensais aux Cités Libres. À Braavos, en fait.
Clegane la dévisagea en silence, et Thalia se hâta d'ajouter :
– Bien sûr, ce n'est qu'une idée. Mais de Braavos, on peut aller dans n'importe quelle autre cité. Et ils ne connaissent pas ton visage. Et les mercenaires trouvent toujours de l'emploi…
– C'est une bonne idée, la coupa Sandor.
Le visage de Thalia s'éclaira. Partir seule pour Braavos l'angoissait plus qu'elle ne l'aurait avoué. Avec Sandor à ses côtés, elle avait moins peur. C'était rassurant de l'avoir. Déjà parce que c'était un guerrier exceptionnel, et ensuite parce que c'était l'une des rares personnes à qui elle faisait totalement confiance.
Thalia n'avait pas besoin d'un chevalier en armure, pas besoin de paroles apaisantes et de mensonges sucrés. Elle méprisait ces hypocrites, elle méprisait leur mièvrerie et leur faiblesse. Elle avait besoin de force et d'honnêteté, et ça, Sandor le possédait absolument.
– On doit partir avant le début des tempêtes, alors.
– Quand ?
– Hum… Je dirais un mois, un mois et demi à tout casser.
Elle jeta un bref regard au corps amaigri de Sandor, à son teint livide et à ses yeux cernés, et soupira lourdement :
– J'aurais préféré te laisser deux mois.
– Je suis plus résistant que ce que tu crois, grogna Clegane.
– Bon. Après tout, c'est ta peau. Dans un mois, on se retrouve à Salins, alors. Sur les quais.
Thalia se leva et hésita brièvement. Elle n'avait jamais été douée pour les adieux. La plupart des gens ne se donnaient pas la peine de lui en faire. Et elle-même préférait s'en aller sans marquer le coup.
– Remets-toi vite, grommela-t-elle d'un ton bourru.
– Ne te fais pas tuer, se contenta de dire Sandor.
Thalia rit, et se dirigea vers la porte d'un pas léger. Avant de la franchir, elle se retourna vers Clegane et lui adressa un sourire sarcastique :
– Il semble que j'ai du talent dans ce domaine.
Une heure plus tard, elle avait quitté l'île de Repose grâce au petit bac des moines. Vol-de-Nuit, ses sacs de selle bourrés de provisions, piaffait d'impatience. La jeune femme tourna machinalement la chevalière des Amantis à son doigt, les yeux rivés sur le fleuve. Quelque part dans cette direction se trouvait Anguy. Et Thoros. Et les hommes de la Montagne. Et la guerre.
Elle poussa un soupir. En longeant le fleuve, si ses souvenirs étaient corrects, elle allait tomber sur une forêt assez dense qui la protégerait des regards trop curieux d'éventuels hommes de la Montagne. Et ensuite, il y avait plusieurs petits villages. Grâce aux bois inhospitaliers, que les armées préféraient contourner, ces villages ne devraient pas être trop touchés par la guerre… C'était là que Thalia allait se diriger.
Et ces villages sont très probablement sous la protection de la Fraternité, songea-t-elle. Je pourrais revoir Anguy et peut-être qu'on réussira à avoir une conversation civilisée.
La dernière fois qu'elle l'avait vu, elle n'avait pu que le frapper. Elle avait ensuite entendu la nouvelle de la capture du Limier et elle avait été trop inquiète pour cet imbécile de Clegane pour perdre son temps à pardonner son lâche de frère.
Elle enfourcha Vol-de-Nuit, et sa monture l'entraîna au galop vers l'amont du fleuve.
oOoOoOo
Thalia commençait à avoir les chocottes.
La nuit allait tomber plus vite qu'elle ne le pensait et, même si elle avait eu le temps de traverser la partie la plus dense de la forêt, elle se trouvait encore loin des villages qu'elle visait. Elle n'était certes plus entourée de hauts chênes dont les frondaisons lui cachaient la lumière, mais le paysage qu'elle traversait était celui d'un sous-bois. Pas beaucoup plus rassurant, avec ses buissons, ses ombres et ses arbustes qui dissimulaient autant de danger potentiels… Vol-de-Nuit était nerveuse, et Thalia avait l'impression que sa monture lui transmettait son angoisse.
À tous les coups ce bois pullule de loups, songea l'archère en jetant un coup d'œil paranoïaque derrière son épaule. À quatre pattes ou bien bipèdes, je n'ai pas envie d'en voir un pointer le bout de son museau.
Il lui restait une heure ou deux à peine avant le crépuscule. Si Vol-de-Nuit accélérait, elle avait une chance de quitter la forêt avant la nuit. Seulement, si elle se trompait de chemin, ou que la jument se blessait en trébuchant sur le sol inégal…
Thalia frémit. Avait-elle rêvé ou bien venait-elle de voir passer un éclair de fourrure grise, là, à sa droite, à trente pas à peine ? Elle se tendit, regarda autour d'elle, mais sa vision exceptionnelle d'archère ne lui permit pas de trouver le moindre poil de prédateur. Elle s'était fait peur pour rien, c'était tout…
Derrière elle, un oiseau s'envola bruyamment, et Thalia sursauta si fort sur sa selle que sa jument marqua le pas. Thalia émit un rire nerveux. Décidément, elle n'aimait pas cette forêt. Elle aurait mieux fait de s'arrêter à Salins au lieu de chercher un lieu plus isolé.
Néanmoins, sa décision était prise : hors de question de moisir dans ce bois. Elle talonna sa jument. Tandis que Vol-de-Nuit hâtait le pas, Thalia jeta un coup d'œil derrière elle, saisie d'un étrange pressentiment. Elle ne vit rien, mais elle ne put se défaire de l'étrange impression qu'elle était observée.
La sensation ne s'estompa pas. Elle se renforça, au contraire, et au bout d'un moment, alors que Vol-de-Nuit battait nerveusement de la queue et luttait pour accélérer le pas, Thalia fut certaine d'avoir été prise en chasse par un prédateur.
Très probablement la meute de loups dont l'idée l'angoissait depuis un moment.
– Pas les sept Enfers et le dieu Multiface, marmonna-telle.
Elle pressa Vol-de-Nuit. La jument ne se fit pas prier, et bondit en avant. Son trot saccadé devant un petit galop fluide, tandis que Thalia se couchait sur l'encolure de la bête, scannant les environs du regard. Au bout de quelques minutes, elle en vit un. Un loup gris, costaud, sur sa gauche, qui suivait le rythme du cheval. Thalia n'osa pas lâcher la bride à la jument, cependant : si Vol-de-Nuit partait au galop, alors la meute passerait à l'attaque afin d'épuiser l'animal. Tant que la jument allait d'un pas mesuré, réservant ses forces, les loups n'attaqueraient pas.
Les loups n'attaquaient que quand leur proie paniquait. Ça, Thalia le savait très bien.
– Il suffit de ne pas paniquer, dit-elle à Vol-de-Nuit d'une voix apaisante. Et tout se passera bien. De toute façon, j'ai mon arc, mon carquois est plein, et je ne manque jamais une cible…
Elle n'avait jamais essayé de tirer une flèche depuis le dos d'un cheval effrayé, aussi. Mais elle préféra ne pas dire ça à voix haute. Au cas où ça lui porterait la poisse.
Les loups étaient toujours là. Un à droite, un à gauche, à présent. Ils essayaient de la faire obliquer pour la diriger dans la direction qu'ils voulaient, sans doute un cul-de-sac, mais Thalia serra la bride à sa jument et garda son cap. Une sourde angoisse pulsait en elle au rythme de ses battements de cœur. Les loups étaient nombreux. Outre ceux qui l'encadraient, elle en devinait d'autres, tout autour. Un éclair de fourrure entre deux fougères, le craquement d'une branche derrière elle. Cinq, six, plus ? Ça devait être une grande meute.
Soudain, Thalia distingua la lisière de la forêt. Plus de buissons, simplement la plaine, et au loin, presque invisible dans la lumière du couchant, la silhouette d'un petit village. Elle talonna Vol-de-Nuit avec l'énergie du désespoir, et la jument bondit comme une fusée. Autour d'elle, les loups se ramassèrent, ceux qui l'encadraient couchèrent les oreilles, Thalia esquissa un geste vers son arc…
Quelque part derrière elle, pas très loin, trop près même, un loup hurla.
Vol-de-Nuit, lancée au galop, jaillit comme une flèche de la forêt et continua sa route vers le village dans un tonnerre de sabots, comme si elle avait l'Étranger à ses trousses. Mais les loups ne la poursuivirent pas.
Ils avaient abandonné la chasse.
Thalia n'eut guère le temps de s'appesantir sur ce mystère, et supposa juste qu'une des bêtes avait trouvé une proie plus facile à attraper, ou que la proximité des habitations leur avait fait peur. Explication bancale s'il en était : Vol-de-Nuit était quasiment entre les crocs des loups, et vu comment ils étaient partis, le fait d'être à trois cent mètres d'un village n'allait pas ralentir les fauves.
Mais Thalia relégua ce point d'interrogation dans un coin de son esprit, et se concentra sur la tâche difficile qu'était celle d'arrêter sa jument paniquée avant qu'elle n'entre en trompe dans le village et ne le traverse sans ralentir.
Les villageois avaient l'air estomaqués de la voir en un seul morceau. Visiblement, entre les bois, les rivières en crues, les routes boueuses impraticables, et surtout cette immense meute de loups qui avait élu domicile dans le coin, ce hameau était totalement coupé du reste du monde.
Lorsque Thalia annonça qu'elle cherchait du travail, les propositions se bousculèrent. La plupart des hommes étaient partis en guerre ou à la recherche d'un avenir meilleur. Le forgeron avait besoin d'un coup de main, le charpentier était débordé, et les trois bûcherons, voyant l'arc de la jeune femme, la pressèrent de les accompagner afin de leur servir de garde du corps pendant qu'ils abattaient du bois. Avec l'hiver tout proche, ils se hâtaient de faire des réserves.
La jeune femme trouva sans problème de quoi se loger dans la modeste auberge du village, et Vol-de-Nuit alla rejoindre deux chevaux de trait et trois ânes dans la petite écurie attenante, qui regroupait visiblement tous les chevaux du village parce que c'était le seul bâtiment en mesure de résister aux loups qui venaient rôder durant la nuit. Il y avait bien une palissade, mais elle était seulement en cours de construction.
Thalia accepta de travailler avec les bûcherons et le charpentier, retrouvant les réflexes et les gestes acquis lorsqu'elle et Sandor avaient travaillé dans ce petit village au pied des montagnes du Val. Manier une hache lui rendit ses muscles, assortis des habituelles courbatures et de longues nuits sans rêves, une vraie bénédiction. Le charpentier, un homme patient qu'on surnommait Le Poncé à cause de son crâne chauve et lisse, lui apprit à travailler le bois. Sculpter de la matière, trouver les nœuds, assouplir les planches avec de la vapeur. Thalia s'intégra au village en une semaine à peine.
Et c'est là qu'elle commença à se rendre compte à quel point sa cicatrice allait lui gâcher la vie.
Le village était petit. Il n'y avait pas de bordel. La tenancière de l'auberge et ses deux filles pouvaient à la rigueur être considérées comme des catins, mais elles ne vivaient pas de ça. Il y avait pas mal de célibataires, pas mal d'hommes qui avaient envie de tirer leur coup, et Thalia, elle, ne demandait pas d'or pour passer la nuit en sa compagnie. Pourtant, les hommes préféraient tous se rendre chez la tenancière, ou faire ça à la main. Ils voulaient bien boire, bavarder ou jouer aux cartes avec la jeune femme, mais la séduire, la baiser ? Certainement pas.
Thalia n'était pas devenue moche ou passable : elle était devenue imbaisable. La balafre ne grignotait qu'un tout petit coin de son visage, pourtant. Mais c'était visiblement suffisant pour la faire passer du rang de « femme » à celui de « mercenaire », un être visiblement totalement asexué et avec lequel toute relation qui ne soit pas platonique n'était pas envisageable.
Elle fit comme si ça lui était égal, et se contenta de boire à l'auberge avec les hommes, et de ne pas tiquer quand l'un d'eux détournait le regard de sa balafre ou se montrait un peu trop entreprenant avec l'une des filles de l'aubergiste. Ce n'était pas si dur. Les villageois l'aimaient bien, cette Dornienne au caractère trempé. Et les bûcherons lui payaient toujours à boire.
– Tu es not' porte-bonheur, lui confia un soir Davin en remplissant son verre.
Davin était le plus vieux des bûcherons, mais il avait à peine trente-cinq ans. Il était blond, massif, un peu niais. Pas moche. Son petit frère, Dickon, était son portrait craché en plus mignon, et Thalia regrettait amèrement de ne pas pouvoir le mettre dans son lit.
– Ouais, approuva Dickon. Jamais les loups nous ont autant foutu la paix que depuis que t'es là, Thalia. Ils ont quitté les abords du village on dirait.
– Sammy dit qu'y sont toujours dans la forêt, objecta Davin. Pas plus tard qu'hier, il les a entendus. Et il dit qu'il a vu un loup géant en allant à la rivière.
Thalia faillit sursauter. Un loup géant… Si loin au Sud du Mur ?
– Ça serait la poisse, fit Dickon. Y a des rumeurs sur cette meute menée par un loup-garou… Ça serait quand même pas la nôt', hein ?
Davin se moqua de son frère et se hâta de parler d'autre chose, mais Thalia était perdue dans ses pensées. Il y avait bien un loup-garou en liberté à Westeros. La louve de la petite louve. Nymeria, qu'elle l'avait appelée. Lâchée dans la nature depuis que Joffrey avait été mordu. Était-ce elle ? Et si c'était elle… Et si c'était elle qui avait hurlé dans la forêt, empêchant la meute d'attaquer Thalia et sa jument ? Elle avait peut-être senti l'odeur d'Arya sur les vêtements de l'archère…
Non, c'était surréaliste. L'odeur devait être ténue. La louve n'avait pas vu sa maîtresse depuis plus d'une année, sans doute même deux. Et c'était un animal. Elle n'était pas assez intelligente pour sentir que Thalia était une amie d'Arya et la sauver pour ça. C'était un loup, bon sang, et Thalia n'avait même pas de preuve que c'était bien de Nymeria qu'il s'agissait.
Elle repoussa cette idée dans un coin de sa tête, et reprit sa routine paisible. Couper du bois, élaguer les troncs, aider à la construction de la palissade. Parfois, on entendait les loups. Pas si souvent que ça. Mais ils n'étaient jamais loin.
Finalement, le moment vint de partir. Thalia reçut de l'or, des provisions, et une outre de vin. Elle avait un nœud dans l'estomac à l'idée de retraverser la forêt, mais elle n'avait pas le choix. Elle partit tôt, afin de ne pas se faire surprendre par la tombée de la nuit. Et elle espéra que les loups resteraient à distance, cette fois.
Thalia avait déjà accompli la moitié du chemin quand Vol-de-Nuit se mit à paniquer, regardant autour d'elle avec nervosité, les oreilles couchées en arrière et sa queue fouettant l'air. L'archère tendit une main vers son arc. Si ces sales bêtes s'avisaient de la prendre pour leur casse-croûte, elles allaient en faire les frais.
Pourtant, Vol-de-Nuit continua à avancer un long moment sans que Thalia ne puisse voir ne serait-ce que l'ombre d'un loup. À plusieurs reprises, elle vit des branches s'agiter, des buissons frémir. Les loups la suivaient, lui tournaient autour et le lui faisaient savoir, mais ne se montraient pas.
Ce n'est pas une méthode de chasse de loups, songea-t-elle avec inquiétude. Ce n'est pas normal.
Elle était quasiment sortie de la forêt quand une gigantesque masse grise quitta les fourrés à sa droite, assez proche pour la toucher. Vol-de-Nuit poussa un hennissement strident qui ressemblait à un cri d'épouvante et rua violemment en direction du prédateur. Thalia, qui ne s'y attendait pas, vola littéralement par-dessus l'encolure de sa jument, et heurta le sol avec violence.
Le souffle coupé et sonnée par le choc, l'archère entendit le bruit d'un galop qui s'éloignait. Par les Sept, Vol-de-Nuit s'enfuyait ! La jeune femme se redressa maladroitement, sa main allant à son épée et son regard cherchant le loup qui avait terrifié sa jument. Elle n'eut pas à chercher loin : l'animal n'avait pas bougé et se tenait à trois pas à peine d'elle.
Le souffle de Thalia se coinça dans sa gorge.
Le loup était immense. De la taille d'un poney. Un grand poney. Gris, le ventre blanc, la fourrure hirsute, et les yeux aussi dorés que ceux de Thalia. Il ne bougeait pas. Debout, immobile, il avait les yeux fixés sur elle. Sa gueule entrouverte laissait apercevoir des crocs luisants. Il n'était pas famélique : maigre, mais musclé, et sans doute assez fort pour arracher la tête d'un homme d'un coup de mâchoire. Sa tête devait bien arriver à la hauteur de la poitrine de Thalia.
Il y eut un grand vide dans l'esprit de l'archère. La seule chose à laquelle elle pouvait penser était que si elle se pissait dessus, le loup sentirait sa peur et l'attaquerait. Comme si elle avait été plongée dans l'eau, la panique lui obstruait les poumons, lui glaçait les sangs.
Puis une partie de son cerveau se remit à penser, et, tout doucement, elle chuchota :
– Nymeria.
Le loup pointa ses oreilles vers elle. Ça lui donnait un air curieusement attentif. Encouragée, Thalia respira –elle n'avait pas conscience jusque-là d'avoir retenu son souffle– et prononça lentement :
– Tu es Nymeria. La louve d'Arya Stark. La louve de la petite louve. Celle qui a mordu Joffrey.
Nymeria émit un léger gémissement, et Thalia eut l'impression qu'elle approuvait. Par tous les Dieux je parle avec un loup. C'était totalement, complètement et épouvantablement surréaliste. Et assez terrifiant, en un sens.
– Qu'est-ce que tu veux ? continua Thalia d'un ton qui se voulait ferme. Est-ce que c'est la petite louve que tu cherches ?
À nouveau, Nymeria gémit, et cette fois elle s'avança d'un pas vers l'humaine. Thalia se figea. La louve n'avait peut-être pas l'intention de la manger mais voir un animal de cette taille avancer droit vers vous restait tout de même très impressionnant.
– Elle est au Mur…
Nymeria remua les oreilles, faisant passer son poids d'une patte à l'autre comme si elle était nerveuse. La queue basse, le regard vers le sol, les oreilles qui se couchent… Le langage corporel des loups était le même que celui des chiens, réalisa Thalia.
– Elle n'y est pas ?
À nouveau, Nymeria pointa ses oreilles vers l'archère, qui se demanda brièvement si elle n'était pas en train de rêver. Elle dialoguait avec un loup géant. Elle lui parlait et l'autre… Et la louve semblait lui répondre. Oh, par les dieux. Décidément sa vie avait décidé d'être compliquée.
Et Arya n'était pas au Mur.
Soit elle était morte, soit elle avait quitté Westeros. Thalia se souvenait de la fascination de la gamine pour Syrio Forel et tout ce qui touchait à Braavos. Si Arya vivait, c'était sans doute là qu'elle était allée. Mais par les Sept, R'hllor et tous les avatars du Dieu Multiface, comment est-ce que Nymeria pouvait le savoir ?
Thalia n'obtint pas de réponse à cette question. Elle se dirigea vers Salins à pied, et l'immense louve se mit à cheminer à ses côtés, la précédant presque dans sa hâte. Thalia observa le manège de l'animal, un peu perdue. Est-ce que la gamine était en danger, pour que sa louve soit si impatiente de la rejoindre ? Et comment est-ce que ladite louve pouvait savoir comment allait sa maîtresse ? Quel genre de lien avait les enfants Stark avec leurs bêtes fauves ? D'abord le Jeune Loup et Vent Gris et maintenant la petite louve et Nymeria…
Étant donné que ça semblait rendre la louve plus attentive à elle –moins sauvage–, Thalia continua à parler toute seule pendant une grande partie de la route. Elle raconta à Nymeria l'échauffourée avec les hommes de la Montagne, puis l'île de Repose, et son rendez-vous avec Sandor. Elle lui raconta aussi leur projet de partir à Braavos.
– Il y a pas mal de bateaux de cette cité qui passent par Salins, expliqua-t-elle à la louve aux yeux d'or. On ne devrait pas avoir de mal à en trouver un.
Puis elle marqua un temps d'arrêt, réalisant soudain quelque chose :
– Tu vas vouloir venir avec nous, non ?
La louve posa son regard doré sur elle et Thalia eut l'impression de revoir le visage d'Arya, avec son air blasé, comme si elle trouvait ses compagnons de voyage stupides.
Ce n'est pas un loup normal, songea Thalia.
Enfin, le fait que la louve marche toujours à sa hauteur, et ce depuis un moment, répondait à sa question. Visiblement, Nymeria allait la suivre jusqu'à ce que… Jusqu'à ce que quoi ? Jusqu'à ce qu'elle retrouva Arya ? Jusqu'à ce qu'elle soit à Braavos ? Jusqu'à ce que Sandor apparaisse ?
Ah oui. Sandor. Il n'allait pas être enchanté. Au moment où elle pensa cela, Thalia réalisa qu'elle avait décidé de garder la louve à ses côtés, qu'elle avait choisi de ne pas la chasser et de la laisser suivre ses pas. Un instant, elle en fut surprise. Elle n'avait jamais aimé la compagnie des molosses ou des chiens de chasses auparavant.
Mais elle avait apprécié la compagnie d'Arya, malgré tout ce qu'elle avait pu dire. Se pouvait-il que la louve ait une part d'Arya en elle ?
À pied, le chemin jusqu'à Salins semblait nettement plus long. C'était quasiment le crépuscule lorsque Thalia parvint en vie du village. Enfin… De ce qui restait du village.
Plus de maisons. Plus de bateaux. Que des carcasses calcinées et une épouvantable odeur de cadavres. L'archère sentit son cœur manquer un battement, tandis que Nymeria couchait les oreilles en fixant les ruines.
– Qu'est-ce qui s'est passé ici ? balbutia la jeune femme.
Puis le souvenir de la communauté des moines la frappa comme une gifla, et elle le sang se retirer de son visage. Si Salins avait été mis à sac, alors l'île de Repose… Les frères… Sandor…
Oubliant la fatigue d'une journée de voyage, oubliant la louve qui la suivait, oubliant même sa prudence, Thalia se mit à courir vers les restes du village. À cinquante mètres, elle fut oubliée de se couvrir le visage d'un pan de son manteau tant l'odeur de décomposition était forte. À dix mètres, elle distinguait nettement les corps, certains intacts et d'autres brûlés, qui gisaient dans les rues. La plupart étaient à moitié dévorés par des charognards. Thalia s'arrêta, hors d'haleine et l'estomac retourné.
Puis elle se plia en deux, et vomit.
Elle avait déjà tué. Et des scènes de carnage, elle en avait déjà vu, durant sa vie. Des pendus desséchés, des hommes éventrés dans la boue, des noyés blancs et gonflés, des corps à demi-dévorés par les loups, elle avait déjà vu tout ça. Mais cette odeur… Et tous ces corps… Ça lui retournait l'estomac. Encore et toujours.
Elle cracha pour se débarrasser du goût de son vomi, et inspira à petits coups par la bouche pour ne pas avoir à respirer l'odeur nauséabonde des corps en décomposition. Le massacre devait avoir eu lieu il y avait trois jours, quatre peut-être. L'odeur était immonde.
Elle jeta un bref regard par-dessus son épaule. Nymeria était toujours là, quatre ou cinq pas derrière elle. Elle regardait la ville calcinée, les oreilles dressées et l'air attentif. Au loin, un cheval hennit. Vol-de-Nuit ? Etranger ? Un ennemi ?
Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir. Thalia porta deux doigts à ses lèvres et émit un sifflement strident, le même qu'elle avait utilisé le jour de l'émeute ou aux Jumeaux.
Un bruit ténu, puis de plus en plus net, lui parvint. Le galop d'un cheval. Peut-être plusieurs. Nymeria coucha les oreilles et se rapprocha de Thalia, exactement comme le faisait Arya en cas de menace. Côte à côte près du charnier, la jeune femme et la louve attendirent que les intrus se montrent.
Ils surgirent d'une partie du village qui avait visiblement brûlé de fond en comble (l'odeur des cadavres devait y être moins forte). Un homme à cheval, tenant une autre monture par la bride. Thalia sentit ses jambes trembler de soulagement en reconnaissant Sandor Clegane. Et le cheval qu'il tenait à la bride n'était autre que Vol-de-Nuit.
La tête de Sandor, quand il vit la créature qui se tenait aux côtés de l'archère, valait tout l'or du monde. Il s'arrêta quasiment aussitôt, tandis que les deux chevaux bronchaient et roulaient des yeux affolés. Thalia se racla la gorge, et lança d'une voix forte :
– Tout va bien. Nymeria est… Plus ou moins inoffensive.
– Plus ou moins ? fit Clegane d'un ton incrédule. T'as vu la taille de cette bête ? T'as intérêt à justifier sa présence avec quelque chose de plus solide que du « plus ou moins » !
Thalia esquissa un sourire un peu tordu et, avec hésitation, elle retint sa respiration et posa une main sur le flanc de Nymeria. La louve tourna son regard jaune vers elle, mais ne bougea pas d'un poil. Thalia poussa un soupir de soulagement.
– Tu vois, lâcha-t-elle à l'adresse de Sandor.
Clegane n'avait pas l'air convaincu. Cependant, il désigna Vol-de-Nuit d'un vague geste du menton, et lâcha :
– Grimpe. On va vers le Sud. Y a des bateaux à Viergétang.
Thalia enfourcha sa jument tout en la traitant de tous les noms pour l'avoir abandonnée dans les bois, ce à quoi Vol-de-Nuit ne prêta aucune attention, bien trop occupée à regarder craintivement Nymeria. Après un dernier juron coloré, l'archère talonna sa monture, et Sandor suivit. Botte à botte et au petit trot, les deux amis prirent la direction du nord.
– Qu'est-ce qui est arrivé à Salins ? interrogea Thalia.
– Raid de bandits, répondit laconiquement son ami. J'en ai une meilleure : d'où sort ta bête fauve ?
Thalia posa un regard songeur sur la louve qui trottait à leurs côtés, faisant rouler des yeux affolés à leurs chevaux.
– Elle m'a trouvée. Elle appartient à la petite louve.
– Et pourquoi elle te suit ?
Thalia haussa les épaules, retenant un sourire en coin :
– Je suppose qu'elle veut qu'on l'emmène jusqu'à la gamine.
Les yeux de Sandor s'écarquillèrent :
– Au Mur ?!
– En fait je pense qu'elle est à Braavos, fit Thalia d'un ton détaché alors qu'elle s'amusait beaucoup de l'expression choquée de son ami. Et comme c'est sur notre route, j'imagine que ça ne te dérangera pas d'emmener ce bon gros toutou.
Clegane ouvrit la bouche, puis la referma, muet de stupeur. Cette fois Thalia ne put s'empêcher de rigoler. Les personnes qui avaient été capable de sidérer le Limier à ce point devaient se compter sur les doigts d'une main.
Le regard de Sandor dériva sur la louve, qui lui rendit son regard sans ciller. Un léger grondement monta cependant de sa gorge, et Clegane se raidit.
– Cette bête va nous égorger dans notre sommeil.
Thalia secoua la tête. Elle était certaine que non. Arya ne leur avait jamais fait de mal, même lorsqu'elle les haïssait. Et la louve… Elle ne savait pas comment dire ça, mais elle sentait que la louve était Arya, d'une certaine façon.
– Fais-moi confiance sur ce coup-là.
Sandor émit un grognement mécontent, mais il détourna son regard de Nymeria et n'objecta plus à la présence de la bête.
oOoOoOo
Ils arrivèrent à Viergétang quelques jours plus tard. Nymeria s'était remarquablement bien tenue, restant à l'écart des chevaux et n'esquissant pas un seul geste agressif à l'égard de Clegane. Elle ne les quitta qu'à l'approche de la ville, mais Thalia savait que, malgré sa disparition, la louve n'était pas loin.
Une fois en ville, Thalia alla aux nouvelles tandis que Sandor s'installait dans une taverne avec la ferme intention de s'y bourrer la gueule. Il y avait bien des bateaux à destination d'Essos au port. Trois, dont un seul qui allait à Baavos. La Mouette Mauve était un navire de petit tonnage, trapu mais solide, et Thalia approuva mentalement.
Elle négocia son embarquement, celui de Sandor, de leurs deux chevaux, et de leur chien. Le prix demandé était exorbitant. D'autant plus que, contrairement à jadis, l'homme n'avait pas l'air d'avoir envie de le baisser en échange d'une petite gâterie de la part de l'archère.
Ça aussi, c'était quelque chose qui allait manquer à Thalia.
Elle négocia âprement, mis en avant ses origines Braaviennes, parla de son père, agita le nom des Adanel comme un étendard, et obtint une bonne réduction… Mais elle fut quand même obligée de se séparer d'une grande partie de l'or offert par Lysan. Et de coucher avec le capitaine.
Ce n'était pas la première fois qu'elle écartait les cuisses pour un type crasseux dont elle voulait obtenir un service. Elle y avait toujours été plus ou moins indifférente. Mais cette fois, elle se sentit mal tout au long de l'acte, et quand elle partit en sentant sur sa nuque le regard lubrique du capitaine, elle eut envie de vomir. Elle refoula vite sa nausée, mais elle avait toujours un arrière-goût amer dans la bouche et un poids sur l'estomac. Quand elle revint à la taverne et se laissa tomber sur la chaise en face de Sandor, elle était d'une humeur massacrante.
– Tas d'escrocs puants, grinça-t-elle en se servant un verre.
– T'as pas eu les places ? grogna Sandor en lui lançant un regard noir.
– Bien sûr que si, s'indigna Thalia. D'ailleurs, on part demain à l'aube. On fera embarquer Nymeria et les chevaux au milieu de la nuit, donc t'abrutis pas trop de pinard, faudra se lever tôt.
Sandor émit un grognement pour acquiescer. Thalia se servit un verre mais, alors qu'elle le portait à ses lèvres, elle s'immobilisa, et demanda d'un ton dégagé :
– Sandor ? Tu pourrais me rendre un service ?
L'homme lui jeta un regard méfiant, et Thalia acheva :
– Si le capitaine rôde autour de ma couchette, prends un air effrayant.
Le visage de Sandor s'assombrit si vite que ça en était presque terrifiant, mais bizarrement, ça rassura la jeune femme. Elle leva le coude et but son verre à trois gorgées. Le capitaine de la Mouette Mauve ne poserait plus ses sales pattes sur elle.
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A suivre...
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(Oui, Thalia a le feu au cul mais faut pas pousse x) ) ET OUI C'EST TIRÉ PAR LES CHEVEUX mais je voulais un truc proche d'un happy end alors voilà u_u
Donc voilà, c'était le dernier chapitre, il ne reste plus que l'épilogue !
