Saga

Kanon.

Tu ne sais peut-être pas mais j'ai appris ton nom avant de connaître le mien. Ce nom si mélodieux m'a toujours fasciné. Kanon, Kanon… il tinte à mes oreilles et c'est une des plus belles musiques qui me sois donné d'entendre. Et il est présent dans mon cœur comme dans ma tête. Comme si « Saga » ne pouvait pas exister sans « Kanon ». Et tu sais quoi ? Je pense que c'est la vérité.

Mon frère.

C'est notre premier lien, la première chose qui nous lie. Tu es mon frère. Mon jumeau… Tu sais tout de moi, mon petit frère au regard d'océan. Nous partageons tellement de choses et parfois j'ai l'impression que nous ne faisons qu'un, que je ne suis qu'une extension de toi. Ou toi une extension de moi ? Je ne sais plus. J'ai tendance à perdre la tête quand il s'agit de toi.

Le Sanctuaire.

Notre berceau, notre enfance. J'avoue qu'il me manque maintenant que nous en sommes loin. Et pas seulement les pierres blanches des temples où les armures d'ors reluisantes mais aussi l'esprit de camaraderie et les autres chevaliers, cette étrange et atypique « famille » que nous formons. C'est difficile de quitter son foyer même si c'est pour mieux y revenir après.

L'entraînement.

Le temps qu'on a passé à forger nos caractères, à devenir des hommes, à grandir prématurément pour pouvoir protéger Athéna, ce temps nous a écarté l'un de l'autre. Tu voulais briller, paraître, tu ne pensais qu'à obtenir l'armure. J'ai été jaloux… Pourquoi te consacrais-tu autant à un bout de métal doré ? N'étais-je donc rien à tes yeux ? Je me suis mis à m'entraîner dur, rien que pour voir ta déception quand l'armure me choisirait. Il est né entre nous une rivalité qui n'existait pas avant. Et quand l'amure m'a recouvert, j'ai bien vu ta face déconfite et rageuse… Mais curieusement, je n'en ai pas éprouvé satisfaction.

Etre ta lumière.

Je suis devenu quelqu'un d'important, le fier et noble chevalier des Gémeaux, l'ange incarné chuchotait-on sur mon passage. Je trouvais – et je trouve encore – ces commérages ridicules. Je ne suis pas un ange. Et j'aurais aimé voir parfois autre chose dans les yeux des autres que de l'admiration ou de la crainte. Seul Ayoros me parlait encore normalement, d'où notre rapprochement. Et toi, pendant ce temps, tu te renfermais.

Ma gloire.

Je n'aurais jamais imaginé un tel succès, mais je dois avouer que je m'y plaisais. Je suis devenu soucieux de mon image, conformant cette idée de pureté que les gens se faisaient de moi. J'ai voulu paraître parfait et j'avoue, je t'ai jugé comme ternissant mon image. Par orgueil, par vanité, par crainte que tes fautes rejaillissent sur moi, je t'ai caché, nourrissant sans savoir cette haine brûlante que j'ai aperçue en toi le jour où tu m'as proposé de tuer Athéna. Mais il était trop tard à ce moment…

Cap Sounion.

Tu ne parles pas de ton emprisonnement ou alors quand on te questionne, tu évites le sujet au possible, répondant par des mots vagues et quelques haussements d'épaules. Mais pour t'avoir entendu crier dans tes cauchemars, je sais que cet endroit t'a traumatisé plus que de raison. Je t'entends encore hurler et chaque hurlement est un coup de poignard dans mon âme. Et pendant que tu disparaissais sous l'eau, je suis devenu fou, selon ta prédiction.

Sans toi.

Ces treize années sans toi, entre mes reprises de conscience furtives, furent atroces. C'est à peine si je pouvais penser et quand je fermais les yeux, c'était toi qui revenais sans cesse, m'implorant ou me maudissant et toujours tes yeux pers finissaient par se fermer et ton cœur à ralentir. Combien de larmes ai-je versées devant les barreaux vides du Cap Sounion, pour toi, mon jumeau maudit mais si cher à mes yeux que je croyais mort pour toujours ?

Ma chute.

Athéna a fini par avoir raison de ma folie et pour cela, je ne lui suis que plus reconnaissant. Elle m'a offert une rédemption que je ne pensais pas mériter et grâce à elle, j'ai pu mourir l'âme en paix… Mon ultime souhait était que tu m'aies attendu dans la mort. Ne serais-ce que pour rire de moi ou me balancer tes idées vengeresses. Mais que tu m'aies attendu…

Mon retour.

Pour Athéna, j'ai à nouveau trahi, j'ai revêtu ce surplis noir qu'Hadès nous a accordé en échange de la vie d'Athéna. Shion avait un plan et même s'il était risqué, nous devions jouer le tout pour le tout. J'ai encore entraîné des chevaliers au cœur noble dans ma déchéance, qu'Athéna me pardonne. J'avais vaguement suivi l'épisode de la bataille de Poséidon mais j'ai reconnu le rôle que tu y avais joué. Etais-je furieux que tu te sois avancé sur le chemin du mal ou heureux que tu sois vivant et en bonne santé ? Les deux, je pense…

Face à face.

Si j'avais su plus tôt, j'en aurais ri. Face à face… Moi, l'ange déchu incarnant la traîtrise contre toi, l'ange sacrifié et repentant, défendant la justice et la paix. Pourtant, quand j'ai ressenti ton cosmos à travers cette armure, quand j'ai ressenti ton pardon sincère et ton désir de changer, j'ai été fier de toi pour la première fois, tellement fier que j'en ai pleuré d'émotion. Si tu savais, petit frère, à quel point ta vue avait rempli mon cœur de joie. Ma mission me semblait moins lourde.

Shaka.

Le combattre a été difficile, le tuer encore plus. J'ai ressenti ton désarroi et ta colère face à cette mort injuste et j'avoue m'être dégoûté. J'avais tué un compagnon, un ami et les larmes se sont remises à couler, dans l'espoir de me repentir de ce nouveau péché, de cette nouvelle mort arbitraire que j'avais donnée.

Te revoir.

Je suis arrivé devant Athéna, notre chère Déesse. Et tu étais là, à ses côtés, si grave et si charismatique. J'en fus un instant retourné : tu n'avais plus rien de l'adolescent colérique et rebelle, tu étais devenu un homme qui n'avait rien à m'envier. Tes traits s'étaient creusés, ta silhouette affinée et il y avait cette étincelle sauvage dans ton regard. Tu étais beau et majestueux devant moi, mais tes yeux reflétaient la douleur. La mienne ? Un instant, j'ai été tenté de te serrer dans mes bras mais ton regard s'est détourné et j'ai saisi cette dague. Puis Athéna m'a souri et elle a guidé ma main. Je l'ai tuée, pour de bon cette fois.

Mourir.

J'ai tenté de rester dans ce monde le plus possible, principalement pour ressentir ton cosmos. J'ai insufflé un peu de mon cosmos dans mon armure, pour rester avec toi, le temps que tu te rendes au Enfers. Je suis mort dans les bras de Seiya à défaut des tiens. J'aurais aimé que tu me serres contre toi une dernière fois. Mais la mort n'a pas duré longtemps, puisque nous avons été rappelé au Mur des Lamentations, tous les Ors.

Ta mort.

Toutes les armures étaient là, sauf la mienne. La nôtre. J'ai senti ton combat contre Rhadamanthe. Un moment, l'armure t'a quitté et est revenue vers moi. J'ai compris que tu te sacrifiais pour ta cause et j'ai voulu courir t'en empêcher. Mais on avait besoin de toi. J'ai senti ton cosmos exploser puis disparaître, laissant un vide innommable en moi. C'est à ce moment que j'ai réalisé que je t'aimais, Kanon.

Le Mur des Lamentations.

J'ai retenu mes larmes et enfilé mon armure, prêt à en finir avec ce mur. Ayoros m'a serré l'épaule pour me montrer qu'il partageait ma peine, lui aussi tenait à toi. Et j'ai vu Milo écraser une larme. Mais nous avions un mur à détruire et pas le temps de pleurer ta perte, tous conscients que nous allions te rejoindre bientôt. Ayoros a bandé son arc et la flèche d'or est partie, union de nos douze cosmos, se ficher dans le Mur, le détruisant et créant un passage qui permettrait au Bronzes de rejoindre Hadès. Puis, alors que nous disparaissions, j'ai de nouveau pensé à toi. Cette fois, j'étais sûr que nous serions réunis, petit frère…

La résurrection.

J'ai ouvert les yeux et je t'ai vu te jeter sur moi. Je n'ai pas réalisé tout de suite ce qui se passais, ni où j'étais. Puis je me suis rendu compte que tu étais là et que tu me serrais contre ton cœur, hoquetant et me suppliant de te pardonner. Je t'ai enlacé et t'ai soufflé mille excuses. Tu étais là. Ta chaleur contre la mienne m'électrisait et tu odeur me grisait. Puis tu m'as lâché et nos regards se sont croisés. Alors, j'ai su que nous avions une deuxième chance et que je ne voulais pas la gâcher.

Les autres.

J'ai un peu essayé de me faire pardonner de tout le monde, c'est vrai. Aider Shion à gérer le Sanctuaire quand il avait trop de travail, donner un coup de main pour les réparations de temples, renouer avec les autres et faire la paix avec les Spectres et les Marinas. J'avoue avoir un peu tremblé en attendant la réaction de Julian Solo te concernant mais j'ai été agréablement surpris qu'il ne t'en veuille pas. Et puis je me suis fait quelques amis… Pandore, par exemple. Une femme charmante et imprévisible. Elle a eu du mal à gagner le cœur d'Ikki mais bon, ils sont heureux ensemble maintenant.

Etre à tes côtés.

Je t'ai vu me lorgner timidement, me regarder en coin avec cet air doux et dur à la fois, cet air qui te caractérise si bien. Je te savais réticent à aller trop vite donc j'ai adopté ta politique. Moi aussi, j'ai pris mon temps pour t'admirer de loin, pour détailler ton physique parfait, tes yeux de mer déchaînée, ta démarche sensuelle et ton visage serein et fragile lorsque tu t'endormais à mes côtés.

La jalousie.

Quand ai-je vraiment réalisé que j'étais amoureux de toi ? Peut-être quand j'ai vu Rhadamanthe t'embrasser. Bon d'accord, vous aviez pas mal bu et il ne devait plus être très conscient de ses actes, n'empêche que ce semblant de baiser m'a donné une telle rage que je suis sorti balancer quelques Explosions Galactiques sur des rochers innocents.

L'espoir.

Avec une joie non dissimulée, j'ai appris par Camus que tu avais gentiment repoussé Milo et Rhadamanthe, qui avaient néanmoins su se consoler en se jetant dans les bras l'un de l'autre. Ton refus a fait monter une bouffée d'espoir en moi mais je ne voulais plus ressentir le démon de la jalousie et c'est pour mettre les choses au clair entre nous que je suis aller te trouver ce soir là.

Moi à toi.

Je me suis assis près de toi, avec lenteur et recul, de peur de t'effrayer ou de te choquer. Mais tu n'as pas paru dégoûté, au contraire, tu semblais heureux de me voir. J'ai posé ma main sur ta joue avec tendresse et j'ai commencé à te parler d'un tas de choses que j'ai oubliée. Seul comptait toi et tes yeux apaisés qui se rapprochaient des miens.

Toi à moi.

Puis, sans préméditation, sans réfléchir, tu t'es avancé et tu as posé tes lèvres sur les miennes. Un baiser d'un amant à son amant, à la fois tendre, empressé, passionné et chaste. Un baiser d'amour. Je t'ai répondu, te surprenant. Ce fut notre premier baiser et rien n'avait meilleur goût que celui de tes lèvres.

Nous.

Je t'ai fait l'amour, avec la passion et la douceur qu'il te fallait. Je t'ai presque senti quitter la terre pour atteindre quelque chose d'ultime, d'unique. Nos cosmos ont fusionnés, se réunissant, ne faisant plus qu'un et aujourd'hui encore, ils sont liés de cette manière. Entre tes bras, je me suis redécouvert aimé et capable de t'aimer autant que toi tu m'aimes. Plus rien n'eut d'importance à part nous.

Après.

J'avais peur des réactions extérieures… Nous sommes frères après tout et notre union est condamnable et réprouvée par les bonne mœurs et la justice. Mais ils se sont montrés compréhensifs, tous. Même si je sais que ça a choqué certains, comme Aiolia et Shura, ils sont quand même venus nous présenter leurs vœux de bonheur. Et Shion nous a offert de vivre hors du Sanctuaire, cadeau qu'il a fait à tous les couples. Une maison blanche dans le Sud-ouest de la France, loin de tous et avec seulement toi avec moi.

Mon aimé.

Il fait chaud et comme je n'ai pas envie de finir brûlé, je me peinturlure de crème solaire. Tu ris et me traite de mauviette. Mauviette ? Vraiment mon amour ? Je te tire la langue. Ca t'apprendra, na ! Puis, dans une impulsion tendre, je me penche pour t'embrasser. Tu me réponds avec enthousiasme et douceur. Tu sais quoi, Kanon ? Je pense que j'ai atteint le bonheur. Avec toi.

Je t'aime.