Maudlin
Jabura avait envie de le trucider, là, à cet instant.
― Franchement coquelet, j'ai l'impression que t'as envie qu'on se fasse griller !
Bon, s'il devait être honnête, il s'en foutait personnellement mais il savait que le cook l'incendierait si ça venait à se savoir par la faute de l'homme-loup. Et là, pour le coup, il sentait que ça allait être de sa faute, là aussi, alors qu'il n'y était pour rien ! Y avait aucune justice dans ce monde.
Et merde, voilà qu'il se remettait à devenir sarcastique. Le cook était en train de le contaminer parce que ça lui arrivait de plus en plus souvent.
― Roooooh Jabura, détend-toi un peu !
Et c'était lui qui disait ça ? L'assassin eut un coup d'œil désespéré vers son amant.
― T'es complètement pété.
― Naaan, c'est une vision de l'esprit ça.
Une « vision de l'esprit », tient donc. Et les regards choqués des passants sur eux, c'était aussi une illusion ? Le membre du CP9 n'aurait jamais cru que l'alcool aurait autant d'effet sur le maître-coq. De son allure guindé, il devenait un petit dévergondé. Pour être exact, on y était presque.
― Jaja... Bubu... Ou Rara... Qu'est-ce tu préfères comme surnom ?
― Je préfère rien du tout. Arrête de tirer sinon je te lâche !
Le cuistot titubait, mettant péniblement un pied devant l'autre à cause d'un « verre en trop » d'après lui. Jabura aurait plutôt parié qu'il avait une dizaine de verres en trop derrière la cravate. Cravate qui était d'ailleurs à moitié démise. Un des bras du cook passé autour de ses épaules, l'assassin avait dû se pencher légèrement pour se mettre à la même hauteur que Sanji.
― Jabu... J'ai bu...
Et il continuait avec ses jeux de mot à la con. Quoique là, y avait rien de plus vrai.
― Jabura ! chantonna soudainement le cuisinier, euphorique.
― Oui, c'est mon prénom, ronchonna l'intéressé.
― J't'aime !
… Ok, là, il avait pas seulement pris une dizaine de verres en trop. Il était en plein trip ? Un mauvais alors ! Il avait ingéré de la drogue par inadvertance ? L'homme-loup ne s'y connaissait pas des masses dans ce domaine. Ou plutôt, si mais il ne s'y était jamais intéressé. S'était-il pris un coup par inadvertance et l'assassin ne l'aurait pas remarqué ? Il ne voulait pas entendre la suite. Toutefois, il n'avait pas le choix. Le laisser dans la rue lui semblait inenvisageable. Tout d'abord, parce que Sanji allait le tuer une fois qu'il aurait repris tous ses esprits et puis l'endroit ne lui inspirait pas confiance.
Personne ne pouvait toucher à son coquelet !
― Mon Jabura, mon pitit louveteau troooop mignon !
Et c'était repartit... Pourquoi est-ce qu'il était en train de rougir ? Il était embarrassé, oui voilà ! C'était ça, forcément ! Peut-être avait-il, lui aussi, un peu trop bu...
― Tait-toi un peu ! souffla l'homme-loup.
― Mais... mais...
Il vit l'œil visible de Sanji briller. Non, il va pas chialer... si ? Jabura se sentait dépassé par ce qui allait suivre. Son visage s'empourpra davantage, se surprenant à regretter ce qu'il venait de dire. Pourtant, il avait été plutôt soft par rapport à ce dont avait l'habitude le maître-coq. Normalement, Sanji aurait dû l'envoyer balader. Bon, en tant normal, il ne lui aurait pas sortit une déclaration d'amour. Quand Jabura faisait un petit récapitulatif de tous ces moments passés ensemble, il se rendait compte qu'il ne l'avait jamais vu pleurer et il était heureux que ce ne soit jamais arrivé parce que là...
― Tu m'aimes pas ? C'est ça ?
Une larme puis deux, puis une cascade naquit de cet œil si expressif. Non, Jabura, panique pas putain ! Laisse passer, laisse passer ! C'est pas ton genre de paniquer MAIS QU'EST-CE QUE JE DOIS FAIRE ?
― Arrête cook ! Chiale pas ! Tu vas pas faire un foin au milieu de tant de témoins n'est-ce pas ? C'est pas ton truc !
Trop tard, l'inondation venait de commencer. Et Jabura ne savait pas comment faire pour colmater la brèche qu'il venait d'ouvrir avec sa rudesse habituelle.
― Tu m'aimes pas. J'suis trop con ! J'aurais dû le savoir !
― Hééé attend coquelet, j'ai pas dit...
―J'compte pas pour toi...
― Cook, s'il te plaît...
― C'est que de la baise entre nous hein ?
Et là ? Jabura était censé répondre quoi ? Il pouvait bien lui dire n'importe quoi, y avait peu de chance que Sanji s'en souvienne, vu ô combien il était bourré. Il risquait rien, il n'allait pas prendre au sérieux ce qu'il allait dire. Et puis, même s'il s'en souvenait, il pourrait dire que c'était pour le calmer.
― Bien sûr que... que je t'aime.
Il avait stoppé les pleurs, une réussite. Par contre, que le pirate l'attrape par la cravate de sa main libre pour plaquer ses lèvres contre les siennes, ce n'était pas prévu. Mais pas de refus. Le goût d'alcool n'était pas désagréable. Là, le fait qu'une connaissance du cook les voit leur passait par-dessus la tête.
Il laissait les regrets au coquelet. Ce ne serait pas la première ni la dernière crise de colère qu'il allait endurer de sa part.
― J'te l'avais dit, fit Sanji dans un souffle. T'es trooooop mignon !
Putain. Jabura eut le déclic. Il s'était fait avoir et en beauté ! Par un coq complètement bourré en plus ! Il avait envie de mourir. Tout de suite. Le rire du jeune pirate lui donna envie de l'étrangler.
― Tu vas me le payer, le menaça l'homme-loup, les dents serrés. Gare à tes fesses !
Le rire de Sanji redoubla, Jabura n'arrivait pas à déterminer si c'était dû à l'alcool ou si c'était réellement moqueur. Jabura ne devait pas être très crédible avec son ton hésitant.
Bon. Le coquelet avait gagné... Cette fois. Encore.
Plus jamais il ne lui donnerait de rendez-vous dans un bar. Plus. Jamais !
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*Maudlin : larmoyant, sentimental, ivre.
J'aime bien quand Sanji est bourré, je le trouve trop chou. Et je ne me lasse pas de l'écrire dans cet état. Par effet boule de neige, il rend Jabura assez chou. C'est étrange et magique.
Bref, une petite review pour me dire ce que vous en pensez ?
