Après une éternité, j'ai finalement un peu de temps pour me remettre à traduire. Le chapitre suivant l'est déjà, il devrait donc être mis en ligne très bientôt. Comme toujours, l'histoire ne m'appartient pas. Bonne lecture ! :)
Deuxième après-midi de solitude
Après qu'elle eut pris son bain, Hermione s'était presque sentie renaître. Ses idées étaient moins embrouillées et ses pensées avaient plus de sens. Lorsqu'elle sortit du tube, elle enveloppa la serviette autour d'elle et chercha de nouveaux vêtements dans sa valise; elle était heureuse de ne plus porter le vieil uniforme à l'odeur douteuse. Elle y trouva son jeans favori (c'était vraiment son favori - déchiré et usé) et un chandail rouge. Elle sourit malicieusement lorsqu'elle mit le chandail : la couleur de Gryffondor. Il s'agissait d'une rébellion subtile, mais tout de même d'une rébellion. Ça la faisait se sentir un peu mieux.
Alors qu'elle s'habillait, elle se demanda pourquoi Drago demeurait si secret avec les valises. Où les avait-il cachées? Pourquoi ne pouvait-elle pas voir cet endroit? Y avait-il quelque chose d'autre dans cet endroit secret qu'elle n'était pas censée connaître l'existence? Il y avait de nombreuses possibilités, mais elle revenait toujours à la seule chose qui était presque certaine : il y avait quelque chose qu'elle n'était pas censée savoir. Mais même pour sauver sa propre vie, elle n'arrivait pas à trouver ce que c'était!
Se rassoyant sur sa chaise, elle jeta un sort rapide à ses cheveux.
« Est-ce que tu es décente, Granger? » La voix de Drago semblait provenir de l'autre côté de la bibliothèque.
« Oui », grogna-t-elle, et elle se cala dans les coussins de la chaise. Drago apparut alors à leur endroit. Il ressentit son regard noir et elle fut heureuse de voir le regard de dégoût qui traversa son visage lorsqu'il remarqua son choix de chandail. Elle lui sourit avec arrogance, se sentant un peu courageuse. « Quel est le problème, Malefoy? »
Surpris, il cligna des yeux face à son sifflement de colère, mais son visage retrouva rapidement sa neutralité. Toute émotion quitta ses traits et, de nouveau, il fut un véritable Malefoy : mystérieux et certainement dangereux.
« Rien, » répondit-il, s'assoyant sur sa chaise. Hermione ne put empêcher son regard de le détailler. Lui non plus ne portait pas l'uniforme de l'école; à la place, il avait revêtu un pantalon bleu foncé en denim et un chandail noir au collet d'un vert foncé. Bien qu'elle détestait l'admettre, l'uniforme de l'école ne rendait vraiment pas justice à son corps. Son torse était parfaitement sculpté et son chandail collait parfaitement à sa peau, mettant en valeur tous les endroits qu'il fallait. Si ce corps avait appartenu à qui que ce soit d'autre que Drago Malefoy, Hermione n'aurait peut-être pas été capable de lui résister. Mais il s'agissait du torse, des abdominaux et des muscles de Drago, et, pour cette raison, Hermione ne ressentait absolument aucun besoin de s'en approcher. Absolument aucun besoin...
« Maintenant, qui est-ce qui fixe, Granger? » La voix satisfaite de Malefoy la sortit de son rêve réveillé.
« Je ne fixais pas », répondit-elle sèchement, retrouvant rapidement sa présence d'esprit. « Je ne te fixe pas, il n'y a que toi pour faire ça. »
« Si ça ne s'appelle pas fixer quelqu'un, je ne sais pas ce que c'est. »
Hermione soupira exaspérée.
« C'est facile : fixer quelqu'un, c'est lorsque tu regardes toujours une personne même lorsqu'elle te demande de ne pas le faire! »
Il ne répondit pas. Le sourire arrogant, ce fichu sourire malveillant et énervant, la narguait et la faisait enrager.
« TU fixes, Malefoy. Je regarde une fois de temps en temps. »
« Bien, » capitula Drago, mais il était clair aux yeux de Hermione qu'il ne l'avait dit que pour la faire taire. Il était loin d'être d'accord avec elle. Connard égoïste. « Et maintenant? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par " et maintenant »? »
« Qu'est-ce que tu veux faire? »
« Qu'est-ce que je veux faire? » répéta Hermione dans un petit rire ennuyé. « Eh bien, voyons voir. Pour commencer, j'aimerais sortir d'ici, mais ça n'arrivera pas. J'aimerais également que tu me laisses seule, mais tu hésites à le faire. Alors, tous mes voeux sont à l'eau. »
Lorsqu'elle regarda Drago, elle réalisa à quel point il semblait fatigué. Et pas le genre de fatigue ordinaire -celui où vous êtes resté éveillé toute la nuit et avez eu seulement trois heures de sommeil avant d'aller en classe. C'était l'autre genre de fatigue. Celui qui criait : « JE SUIS FATIGUÉ DE ÇA, EST-CE QUE ÇA PEUT JUSTE SE FINIR! » Elle ne parvenait pas à déterminer la raison pour laquelle il paraissait ainsi. Mais étant la fille indiscrète et curieuse (et utile, gentille, sympathique) qu'elle était, elle ne put s'empêcher de lui demander.
« Drago, qu'est-ce qui te trouble? » Elle n'avait pas eu l'intention de prononcer son nom. Il lui avait juste échappé. Ça lui semblait la bonne chose à faire que d'utiliser son prénom dans cette situation.
Drago ne répondit pas. Il plaqua son bras sur ses yeux et bascula sa tête vers l'arrière jusqu'à ce qu'elle repose durement contre le dossier de la chaise. Hermione ne put retenir un flot de pitié. Pour la première fois, elle pouvait se dire qu'elle voyait une véritable vulnérabilité chez Drago.
« Drago, dis-le-moi. » Elle parvint à rendre sa voix à la fois suppliante et exigeante.
« Je ne peux pas, » fit la voix lasse de Drago. « Je ne peux tout simplement pas. »
« D'accord, » dit Hermione, faisant attention à ne pas pousser sur les mauvais boutons. À l'instant, il semblait vulnérable, mais elle avait appris dès le début que rien n'était comme il paraissait avec Drago Malefoy. Bien sûr, pour l'instant il semblait pathétique et faible, mais si elle le poussait juste comme il fallait (ou comme il ne le fallait pas ?) il pourrait exploser. Et passer tout ça sur elle. Mieux valait se la jouer sécuritairement que d'être désolée. « Alors parle-moi simplement? »
Drago rit d'un rire qui se voulait probablement moqueur, d'un rire acerbe, mais qui se termina par un long soupir fatigué. Hermione était stupéfaite par la vulnérabilité qu'il montrait soudainement. Deux minutes plus tôt, il était encore lui-même, méchant et tourmenteur. Maintenant, il n'était rien de ce qu'elle avait déjà vu de lui auparavant. Et d'une certaine façon, ça ne la faisait pas se sentir aussi bien qu'elle aurait cru que ça le ferait. Il était évident que quelque chose pesait lourdement sur lui, quelque chose qu'il ne pouvait pas partager avec elle. Peut-être que ça avait quelque chose à voir avec le fait qu'ils soient piégés dans la bibliothèque. Peut-être qu'il y avait finalement un brin d'humanité quelque part dans ce sombre garçon (homme, réalisa-t-elle) qui était assis devant elle.
« Parle-moi, » répéta-t-elle, et elle tendit la main, cherchant à amener Drago à retirer son bras de son visage. Il ne résista pas, il n'arracha pas son bras à sa prise. Il se contenta de rester assis là, passif, et il la laissa faire ce qu'elle voulait. D'une certaine façon, ça la troubla plus que quoi que ce soit d'autre qu'il aurait pu faire. S'il avait hurlé, s'il s'était débattu or s'il l'avait maudit, elle s'y serait attendu, elle aurait pensé que c'était typique de lui. Mais ça non. Elle avait toujours pensé que s'il y avait une chose que Drago Malefoy n'était pas, c'était bien d'être passif. Apparemment, elle avait tout faux. Elle soupira et ancra son regard dans ses yeux gris fatigués. À propos de quoi d'autre pouvait-elle avoir tort lorsqu'il était question de lui?
« Tu es enfant unique, n'est-ce pas? » Sa voix était aussi fatiguée que l'étaient son visage et ses yeux. Elle hocha la tête. « Est-ce que tes parents demandent beaucoup de toi dans ce cas? »
Elle fronça les sourcils.
« Je ne suis pas certaine de te suivre... ? » Elle laissa sa phrase en suspens. Drago soupira et retira gentiment ses mains de son bras. Elle n'avait pas réalisé qu'elle le tenait toujours.
« Bien sûr que tu ne me suis pas, » dit-il avec un petit sourire probablement destiné à lui remonter le moral. Eh bien, il échoua misérablement. La tristesse transparaissait clairement de ce sourire et toucha directement le coeur de Hermione, touchant une corde sensible. Ça avait toujours été son plus grand défaut, on le lui avait maintes fois répété. Elle se sentait toujours désolée pour les autres, peu importe ce qu'ils lui avaient fait par le passé. On l'avait traitée de naïve beaucoup trop de fois pour son propre bien.
« Alors, explique-moi, » demanda-t-elle, se redressant sur sa chaise. Drago rit et, cette fois, le rire semblait sincère. Hermione se sentit tout de suite mieux.
« Tout à fait toi, » songea Drago, en laissant ses yeux vagabonder sur son visage. « Toujours l'étudiante, avide d'apprendre. »
Hermione se sentit devenir défiante face à ses mots et s'apprêta à se lever. Rapidement, la main de Drago s'éleva et prit place sur l'épaule de Hermione. Il la repoussa sur sa chaise.
« Ne t'emporte pas, » lui dit-il. « Ça ne se voulait pas une insulte. »
« Qu'est-ce que j'étais censée penser que ça voulait dire? » demanda-t-elle, se sentant toujours défiante. « Venant de toi, je ne suis habituée qu'à des insultes. »
« Je sais, » soupira Drago, elle il caressa sa propre joue avec deux de ses doigts. « Mais, s'il te plaît, essaie de ne pas sauter à des conclusions hâtives. »
Hermione ne dit rien. Elle n'était pas certaine si elle devait considérer ça comme une autre attaque envers elle ou s'il pensait vraiment ce qu'il disait. Drago n'attendit pas une réponse avant de continuer.
« C'est assez commun pour les parents d'attendre beaucoup plus de la part de leur premier-né que de la part du deuxième ou du troisième, » déclara Drago, donnant l'impression qu'il était en train de lui faire un sermon. « J'ai comme théorie que si un couple n'a qu'un seul enfant, toutes les attentes qu'ils auraient dû avoir envers un futur enfant sont transférées sur cet enfant. Ce qui fait en sorte qu'ils subissent beaucoup plus de pression que les enfants avec des frères et des soeurs. »
Il s'interrompit et il était évident qu'il attendait que Hermione dise quelque chose, seulement, elle ne savait quel genre de réponse il attendait. S'attendait-il à ce qu'elle confirme sa théorie? Si c'était le cas, elle ne pouvait pas le faire.
« Mais parents n'ont jamais mis sur moi une quelconque sorte de pression, » finit-elle par dire dans un murmure, regardant le visage de Drago retrouver sa tristesse.
« C'est ce que je pensais, » dit-il avec un retroussement bizarre et désolé de ses lèvres.
« Est-ce que tes parents mettre de la pression sur toi? » La question était craintive et hésitante. Elle ne s'attendait pas à une réponse.
« Pas de la pression en soi, » dit Drago aussi hésitant qu'elle l'avait été en formulant la question. « Ils ont seulement... certaines ambitions pour moi. »
« Est-ce que tu partages ces ambitions? » Cette fois, la question était moins hésitante.
« Quelques-unes. Bien sûr, je veux bien réussir en ce monde. Mais je ne suis pas nécessairement d'accord avec leurs méthodes. »
Hermione fronça les sourcils, mais n'émit pas de commentaires. Elle connaissait trop bien les méthodes de sa famille. Cette dernière les avait utilisées sur elle; elle en avait toujours une pâle cicatrice sur son coude gauche.
« Vers qui te tournes-tu quand tu as besoin d'aide? » La question de Drago fut soudaine, sortie de nulle part.
« Quoi? » demanda Hermione confuse.
« Quand tu as besoins d'un conseil, à qui demandes-tu? Je veux dire, si tu ne demandes pas à tes parents ? »
Hermione se demandait d'où tout ça venait soudainement. Elle était en train d'avoir une conversation civilisée et qui n'était pas vide de sens avec Drago Malefoy, son tourmenteur, son ennemi, son rivale, et son ravisseur. Souffrait-elle du syndrome de Stockholm ou de quelque chose du genre? Elle secoua la tête pour se débarrasser de ces idées et ramener son esprit vers la question.
« Je demande généralement à mes parents, » admit-elle, « mais tu sais, ça dépend surtout du problème. Les parents ne peuvent pas aider avec tout. Je demande aussi à Harry parfois. Tu penses peut-être qu'il n'a rien de spécial, mais il est un véritable ami. Je peux toujours compter sur lui. Mais si ni lui ni mes parents ne peuvent aider, je demande à ma tante Ariel. Elle a toujours la bonne réponse. »
« Tu as de la chance de l'avoir, » dit Drago, et Hermione crut détecter de l'envie derrière ses mots.
« Je le suis, » convint-elle avec précaution. « Elle est super. Mais pourquoi demandes-tu ça? »
Durant une longue seconde, Drago la fixa, l'évaluant de son regard. Puis, il ferma les yeux, soupira et se leva. Il se tint, imposant, devant elle, regardant son visage de haut.
« Pour rien, » dit-il. Un mensonge, Hermione le sentit dès qu'il ouvrit la bouche. « J'étais simplement curieux. »
Après un dernier regard vers elle, il s'éloigna.
« Pourquoi fait-il toujours ça! » se demanda Hermione, le regardant s'éloigner d'elle. « À chaque fois que nous parlons de quelque chose, il finit toujours par me laisser seule. C'est comme s'il avait peur de dire quelque chose de mal ou quelque chose qu'il ne devrait pas dire. »
Cette pensée réveilla quelque chose en Hermione. Avait-il vraiment peur du fait qu'il pourrait dire quelque chose qu'il allait regretter? Et c'était quoi, cette histoire de pression et de famille? Il n'avait certainement pas demandé par simple curiosité. Mais alors, c'était quoi? Perdue dans ses pensées, Hermione se laissa retomber dans la chaise, sa tête entre ses mains.
