Salut, tout le monde!
Eh bien... Voila. Après près de neuf mois chez nos camarades les Anglais, me voici définitivement de retour en France! Jamais je n'aurais imaginé que mon pays puisse autant me manquer! ...Et surtout que ça perturberait autant mes rythmes de parution... En les accélérant! O-O J'ai renoncé à chercher une logique dans mon mode de fonctionnement...
Bref. Encore un immense merci à vous tous pour vos reviews et votre soutien constant : je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans vous, mes chers lecteurs! Quand bien même j'ai le sentiment que plus j'avance, plus ces OS perdent en qualité, vous répondez toujours présents. Et pour cela, je vous exprime ma plus sincère gratitude!
Voila, voila! Pour ce qui va suivre :
-Non, sérieusement, je dois vraiment répéter à chaque que ni Saint Seiya, ni ses personnages ne m'appartiennent? Je ne pense pas que Kurumada-sama ai du temps à perdre au point de guetter chaque fanfiction pour checker la catégorie "disclaimer"
-Cet OS a été ré-écrit et re-travailler plusieurs fois à la suite d'une discussion avec roseredhoney, et je pense que vu la version de base, c'était une bonne chose. Après... Je ne suis pas vraiment sûre du résultat... D'ailleurs, le but premier de cet OS n'était pas réellement de parodier un cliché, mais de se présenter comme un drabble complet où j'épargnerais totalement Rhadamanthe : de toute évidence, et d'après certaines, je ne traîte pas toujours ce personnage de la manière la plus charmante! (Ladies Gajin, Megara et Saharu-chan, pour ne pas les citer XD) Du coup, comme je me suis retenue d'être cruelle avec un de mes souffre-douleur préféré, je trouve le rendu final moins drôle... Enfin, on verra bien.
-Neuvième cliché exploité, l'horripilant "OOC" (abreviation de "Out of Character") : Prenez un personnage A, B ou C, ayant un caractère ou un tempérament extrêmement bien défini par l'oeuvre de base... Puis démontez-le. Massacrez-le. N'en laissez qu'un vague et terrible souvenir pour ruiner totalement ce qu'il avait pu être autrefois.
Done! Bonne lecture à vous!
OOC :
Même après plusieurs milliers d'années de bons et loyaux services, il arrivait encore parfois à Rhadamanthe de la Whyvern de se demander s'il avait bien fait de jurer fidélité au Dieu Hadès...
'Pas qu'il ai quoique ce soit à reprocher à son Seigneur, loin de là. En dépit de la sinistre réputation que ses semblables avaient mis des siècles à lui fignoler, Hadès demeurait un être bon. Dur, parfois cruel, mais jamais sans motif valable. Et Rhadamanthe vénérait cette divinité avec plus de ferveur que n'importe qui d'autre aux Enfers. … N'empêche que le servir apportait aussi son lot d'inconvénients.
D'abord, cela impliquait de supporter sa sœur au quotidien. Et si Dame Pandore était sans nul doute une créature des plus agréables à regarder... Eh bien, tolérer son caractère infect et sa langue acerbe sans céder à la tentation de l'attraper par les cheveux pour lui fracasser le crâne contre le mur le plus proche demeurait une épreuve bien difficile pour toute personne la fréquentant.
Ensuite, il y avait le travail en lui-même. Et si les trois grands rois des Temps Anciens avaient été flattés lorsque le Dieu des Enfers lui-même leur proposa le titre de Juge à leur mort, ils avaient bien vite compris qu'ils s'étaient en réalité fait rouler en beauté par la Divinité : car si le prestige de la profession demeurait à travers les âges, c'était bien mince à côté des horaires inhumains, des conditions de travail stressantes et de la pile de travail qui ne diminuait jamais.
Et enfin, il était jour après jour confronté à la bizarrerie ambulante de tous ses collègues. Alors, oui, avoir son équipe de spectres personnels, ça en jetait pas mal, mais il fallait voir les spécimens qu'on leur refourguait : au fil des siècles, son frère aîné pourtant si juste s'était métamorphosé en véritable sadique et Rhadamanthe s'étonnait parfois de ne toujours pas avoir sombré dans la même tendance.
Donc, oui : si le juge se réjouissait de la fidélité sans faille que lui vouaient ses quatre serviteurs, il aurait franchement préféré qu'ils lui épargnent leur excentricité. En tout cas, c'est ce qu'il se disait à cet instant, assis derrière son bureau, mains croisées devant ses lèvres pour masquer son exaspération, alors qu'il faisait face à son (trop?) dévoué Valentine, qui le fixait avec une inquiétude d'une sincérité effrayante. A côté de lui, tous deux assis sur les seuls sièges restants, se trouvaient son jeune frère, Eaque du Garuda, ainsi que Rune du Balrog, et ni l'un ni l'autre n'avait l'air plus éclairé sur la raison de leur présence ici. Et enfin, quelque peu en retrait, Pharaon du Sphinx surveillait tout ce beau monde, se frottant les ongles sans grand intérêt en attendant que cette petite réunion se termine.
Et pour alléger son fardeau et celui de l'Égyptien, Rhadamanthe se décida à prendre la parole :
-Bon, Valentine, depuis tous ces siècles passés à mon service, il me semble que c'est la première fois que tu me demandes d'interrompre mes jugements pour une audience privée et immédiate. Et venant de toi, je suis certain qu'une telle initiative est justifiée. Néanmoins, il me tarde d'en connaître la raison.
Face à l'infime esquisse de compliment, une immense fierté s'ancra sur le visage de la Harpie. Mais ne diminua pas pour autant son anxiété, lui donnant assez de conviction pour énoncer l'objet de sa demande :
-Seigneur Rhadamanthe, encore une fois, je vous prie de me pardonner pour mon impétuosité, mais l'heure est grave!
-Excuses accordées. Maintenant, la raison de la présence de notre estimé Balrog et de mon imbécile de frère dans mon bureau?
Au fond de la salle, Pharaon s'éclaircit bruyamment la gorge, lui jetant un regard empli de reproches : tiens, oui, il l'avait presque oublié, celui-là...
-Eh bien, Monseigneur, je suppose que vous avez été informé des rumeurs qui circulent depuis la semaine dernière...
Rhadamanthe lui renvoya un visage fermé :
-Crois-tu réellement que je tiens à gâcher mon temps libre en prêtant l'oreille aux inepties des autres spectres? Non, Valentine. J'ignore de quelles «rumeurs» il s'agit.
A cette remontrance cinglante, quelqu'un s'esclaffa bruyamment et tous se tournèrent aussitôt vers le Garuda (pur réflexe).
Mais bien qu'arborant un sourire légèrement niais, Eaque n'avait pas l'air d'être à l'origine de cette interruption. Et ce fut finalement une Harpie effarée qui constata que le Balrog venait de placer une main devant sa bouche, dans le but de dissimuler le reste de son hilarité.
Les bras de Valentine en tombèrent d'hébètement :
-Rune..., articula-t-il péniblement. Par tous les Dieux, est-ce que tu viens de rigoler ? !
L'interpellé sembla progressivement reprendre ses esprits, levant un visage vaguement surpris vers le jeune homme :
-Je crois bien, oui. Cela pose-t-il un quelconque problème?
Valentine semblait sur le point de s'arracher les cheveux. Pharaon lui-même eut un regard désabusé face à ce surprenant spectacle. Eaque continua de sourire, l'air à des millénaires de leurs préoccupations. Et Rhadamanthe, lui, se contenta de reprendre avec désintérêt :
-Et donc, ces colportages?
-Mais vous ne voyez donc pas, Monseigneur? C'est une preuve! Il vient de vous donner une preuve que tout ceci est bel et bien vrai!
-Quoi donc?
-Eh bien, qu'un mal mystérieux frappe en ce moment-même les Enfers jusqu'à rendre tous les spectres complètement fou!
Le silence tomba de nouveau entre eux.
Et Rhadamanthe, l'air plus sceptique que jamais, prit son temps pour contempler tour-à-tour la face d'imbécile heureux que lui présentait Eaque, le sourire d'excuse adressé par Rune et enfin, les yeux terriblement sérieux de son secrétaire rivés sur lui :
-Tu m'as pourtant l'air tout-à-fait maître de toi-même, Valentine.
-Je m'estime juste particulièrement chanceux de ne pas avoir encore été touché!
-Pharaon, tu ne me donnes pas non plus l'impression d'avoir perdu l'esprit...
A cette remarque, le musicien se tourna finalement vers lui et, lui lançant alors un regard noir, s'exclama d'un ton grinçant :
-Ah, ça y est? Vous me remarquez? Bah, merci, c'est pas trop tôt!
Si cela lui avait été possible, Rhadamanthe aurait probablement haussé un sourcil. Au lieu de ça, il choisit de le dévisager, apparemment peu enclin à lui pardonner son évident manque de respect. Et comme il s'y était attendu, ce fut la Harpie qui fut la plus rapide à lui en faire la remarque :
-Pharaon! Comment oses-tu t'adresser de la sorte au Seigneur Rhadamanthe ? !
-Mais je lui parle comme je veux, putain! Si c'est la seule façon dont je dispose pour qu'on se soucie enfin de ma présence, je vais pas m'en priver!
Après quoi il fixa Valentine avec hargne, si bien que le Chypriote préféra faire un pas en arrière :
-Et d'ailleurs! Je peux savoir pourquoi tu as tenu à ce que je t'accompagne? Ça t'amuse à ce point, de me mettre dans ce genre de situations?
Pris de court, son interlocuteur se mit à bredouiller vaguement :
-Euh... En fait, je ne voulais pas vraiment y aller seul. Et comme Queen a refusé et que tu es au service du Seigneur Eaque, j'avais pensé que...
-Alors c'est ça, hein? Je suis juste la solution de secours? La personne qu'on ramène uniquement lorsque personne d'autre n'est disponible?
-Mais pas du tout, enfin, tu...
-Oh, pas la peine de te chercher des excuses, j'ai l'habitude : après des siècles auprès de notre vénéré Maître comme premier musicien de la Cour, il m'a bien remplacé du jour au lendemain par un freluquet de la surface! Mais honnêtement, tu sais quoi? J'ai eu ma dose. Alors ne vous embêtez surtout pas pour moi, je vais très bien trouver la sortie tout seul! Oh, et tant que j'y suis, allez tous VOUS FAIRE FOUTRE !
Et pour illustrer ses propos, il s'empara de la harpe qu'il trimballait toujours avec lui et la jeta violemment au sol (deux cordes se détachèrent sous l'impact). Et ce fut sous le son d'un grincement sinistre qu'il quitta la pièce, lâchant un bon paquet d'exclamations Égyptiennes qui n'avaient – à n'en pas douter – aucune signification amicale, avant de claquer la porte derrière lui.
Laissant Valentine totalement médusé durant plusieurs minutes, au cours desquelles ni Rune ni Eaque ne changèrent d'expression. Une capacité d'abstraction que Rhadamanthe ne tarda pas à leur jalouser :
-Bon..., commença le jeune spectre qui semblait peiner à se remettre les idées en place. Au moins, maintenant, je pense que vous avez pris conscience de l'ampleur du désastre, Monseigneur.
-«Désastre»?
Il ne put s'empêcher de remarquer une note ironique dans la voix de son supérieur, ce qui l'ébranla :
-Mais enfin, vous avez bien vu ce qu'il s'est passé, non?
-Ce que je vois, c'est que Pharaon semble avoir gardé sa rancœur pour lui pendant trop longtemps. Et franchement, je préfère qu'il ai décidé de craquer en privé, plutôt qu'avec d'autres spectres ou au cours d'une réunion officielle : ça nous évitera d'être discrédités - encore - au sein du Sanctuaire ou du Royaume sous-marin.
Malgré le caractère incontestablement sensé de ces paroles, le jeune spectre ne put retenir un grincement de dents, consterné par l'énergie que mettait le juge à passer à côté du problème. Mais Valentine croyait en son maître. Désespérément. Et il avait la certitude qu'il rejoindrait sans peine son camp une fois sa démonstration achevée :
-Bien. D'accord. Pharaon n'était peut-être pas le meilleur exemple. Mais attendez, je suis certain que vous allez changer d'avis après avoir parlé à Rune!
-Vraiment?
-Parfaitement. Rune? Retour à la réalité, s'il te plaît!
Pour accompagner son rappel, la Harpie claqua des doigts, ramenant effectivement le jeune secrétaire sur terre : il avait passé le quart d'heure précédent à fixer sans vraiment le voir le paysage infernal par la fenêtre :
-Qu'y a-t-il, Valentine?
-Si je t'ai fait venir ici, c'est pour te poser quelques questions. Tu veux bien y répondre?
-S'il le faut..., répondit le Balrog en haussant un sourcil.
-Bon... Comment ça va, aujourd'hui?
Silence, de nouveau. Mais cette fois-ci, à en juger par le regard qu'il venait de poser sur lui, Rhadamanthe semblait se demander si ce n'était pas plutôt la Harpie dont le système nerveux s'était déconnecté : car après tout, qui aurait seulement songer à poser une telle question à Rune?
Néanmoins, et contre toute attente, le jeune Norvégien ne se formalisa pas et un léger sourire éclaira son visage d'ordinaire livide et morose, lui donnant (presque) l'air agréable :
-Ma foi, ça va plutôt bien!
Valentine frôla la rupture d'anévrisme. Eaque lui-même, qui ne s'était pour le moment en rien intéressé à la conversation, tourna un visage intrigué vers le secrétaire : car ce dernier ne semblait même pas réaliser l'énormité qu'il venait de leur sortir. Néanmoins, envers et contre tout, Rhadamanthe resta de marbre face à cette nouvelle aberration.
Il en fallait cependant plus pour décourager une Harpie :
-Vraiment, Rune? C'est pourtant bien la première fois que je t'entend dire ça!
-C'est pourtant vrai... D'ailleurs, j'ai passé une très bonne journée. Markino m'a même dit qu'il faisait plutôt beau à la surface, aujourd'hui. Je pense que j'irais me promener un peu à la fin de mon service!
-Te promener?
-Eh bien, oui! Un petit rayon de soleil n'a jamais fait de mal à personne, n'est-ce pas?
Valentine ne releva pas. Personne n'osa le faire,d 'ailleurs.
-As-tu besoin de moi pour autre chose? Ajouta poliment le Balrog, son sourire un peu plus large
-...Non. Finalement, je crois que ça suffira. Désolé de t'avoir dérangé au beau milieu de ton travail.
-Aucun problème. C'est toujours un réel plaisir d'avoir des interactions sociales!
-...Certes.
-Alors, au revoir, Seigneur Rhadamanthe et Eaque. A bientôt, Valentine.
Rhadamanthe fut le seul à incliner la tête pour le saluer avant son départ. Et le Balrog s'éclipsa finalement du grand bureau, la démarche légère et l'air si enjoué que Valentine se demanda avec effroi s'il n'allait pas se mettre à chanter. Ne déclenchant aucune autre réaction chez le Maître des lieux qu'un vague hochement de tête :
-C'est réellement surprenant.
-Ah! Vous réalisez enfin, Monseigneur? S'exclama le Chypriote, son visage illuminé.
-Non. Mais voir Rune aussi jovial, et sans raison particulière, c'est définitivement un miracle. Nous devrions en avertir Minos : il ne pourra que s'en réjouir.
Ce qui laissa Valentine dans un état de profonde perplexité :
-Seigneur... Rien ne vous a préoccupé dans le comportement de Rune?
-En quoi son bonheur devrait constituer une source de préoccupations pour moi?
-Mais il n'était pas dans son état normal, enfin! On parle de Rune! De Rune! Il pourrait recevoir une promotion, gagner à la loterie et trouver le grand amour dans la même journée qu'il trouverait encore le moyen de se plaindre parce que quelqu'un aurait eu le malheur de lui dire «Bonjour» dans la matinée!
-Ce qui n'est pas une raison pour te plaindre, toi, d'un changement d'attitude de sa part.
Plus les secondes passaient, plus la Harpie tentait de contenir un intense cri de frustration. Spectacle auquel la Whyvern n'avait jamais assisté, même au bout de plusieurs centaines d'années : il n'en fut pas pour autant intéressé, ni même inquiet. Tout ce manège commençait simplement à lui taper sur les nerfs. Du moins, c'était la seule impression qu'il donnait à son serviteur.
Et en désespoir de cause, ce dernier mit un genou à terre et joignit ses mains devant son visage, le regard suppliant :
-Seigneur Rhadamanthe, j'ai conscience de vos difficultés à me croire, mais je vous en conjure, faîtes-moi confiance! Je suis et serai toujours votre serviteur, et je n'insisterais pas autant s'il n'y avait pas une réelle menace pour la communauté entière des spectres, peut-être même pour Sa Majesté Hadès lui-même! Alors, observez ne serait-ce qu'un instant le Seigneur Eaque et changez vite d'avis sur la question. Et je vous en prie, croyez-moi!
Valentine ne sut jamais si son maître avait été troublé par sa supplique désespérée, par son dévouement, ou s'il souhaitait simplement qu'il ferme sa gueule le plus vite possible. Toujours fut-il qu'après quelques minutes de silence insoutenables, la Whyvern lâcha un long soupir et se tourna vers son jeune frère :
-Eaque? Tu n'as pas l'intention de contester?
Là encore, le Garuda ne réagit pas immédiatement, prenant tout son temps pour diriger son regard vers le blond, accentuant sa nonchalance d'un haussement d'épaules :
-Écoute, mon frère, je n'ai strictement rien contre tes subordonnées : j'ai même envie de dire qu'un tel dévouement fait plaisir à voir! Mais oui, je pense qu'il y a beaucoup d'exagération dans ses propos.
-Tu ne te sens donc pas concerné.
-Pas le moins du Monde! Même si j'admets que Rune nous a offert une prestation pour le moins curieuse...
-Bon. Dans ce cas, tu aurais pu directement retourner au Tribunal et t'épargner cet interrogatoire, non?
Le Népalais ne répondit pas, mais le léger sourire qu'il avait arboré dès son arrivée commença à s'effriter, jusqu'à lui donner l'air d'un enfant sur le point de pleurer. Et si cela n'interpella pas spécialement le Britannique, il se sentit malgré tout obligé d'en faire la remarque :
-Allons bon. Qu'as-tu encore?
-...Je n'en peux plus, Rhadamanthe.
-De quoi donc?
-De tout ceci! Des jugements, de la pression que l'on met à chaque instant sur nos épaules, de toute la souffrance que je suis forcé d'imposer à ces pauvres âmes! J'en ai assez de n'être qu'un bourreau dans ce Monde pourtant empli de beauté et de douceur!
Pour la première fois depuis le début de ces étranges entretiens, Rhadamanthe eut une réaction adaptée : à savoir, le stylo qu'il faisait tourner dans sa main depuis plusieurs minutes lui échappa, sombrant au sol sans que la Whyvern ne fasse un seul geste pour le récupérer, se figeant dans cette position pendant quelques secondes, comme paralysé.
Ce qui arracha (avec un soulagement qu'il estimerait plus tard déplacé) un long soupir à Valentine, qui se sentit enfin revivre après cette multitude d'explications infructueuses : voilà!
Finalement, il aurait peut-être été plus juste de faire passer le Garuda en priorité, l'affection fraternelle ayant sans doute été le déclencheur pour son Maître. Mais l'important était avant tout d'être tombé en accord sur ce point, le juge lui jetant un regard entendu avant de rapporter son attention sur Eaque :
-Bon, très bien. Je suis heureux que tu ais décidé de m'en faire part. Tu en as parlé à quelqu'un d'autre que moi?
-Je n'en ai guère eu le temps : j'ai eu cette épiphanie il y a seulement quatre jours. Mais j'ai bien l'intention d'en faire part à Minos et de présenter ma démission à Sa Majesté Hadès dès que l'occasion se présentera!
Nouveau temps d'arrêt pour la Whyvern. Moins long que le précédent :
-C'est une grande décision que tu t'apprêtes à prendre.
-Je le sais. Mais je ne peux plus supporter la Mort ou les Enfers au quotidien. J'y ai bien réfléchi... Je crois que je vais me trouver une petite maison à la campagne, au bord d'une rivière, sans cadavres flottant à la surface! Je pourrais peut-être même commencer un jardin, qui sais...? Et rien de ce que tu pourras dire ou faire ne me fera changer d'avis!
-Je ne souhaite en rien te détourner de ton projet.
Silence stupéfait de la part d'Eaque.
-...Vraiment?
-Oui. Simplement, je pense que tu devrais éviter d'en faire part trop tôt à Sa Majesté : c'est un choix de taille, après tout. Le plus sage serait sans doute de rentrer chez toi directement après ton service, de mettre de l'ordre dans tes idées, et si tu le souhaites, j'irais moi-même plaider en ta faveur auprès de lui. Inutile de prendre des initiatives risquées.
Aussitôt, le visage du Népalais retrouva ses couleurs et la lumière de ses yeux se raviva, alors qu'il posait sur la Whyvern un regard empli d'espoir :
-Tu ferais ça?
-Bien entendu, si cela peut t'aider.
-Oh, merci, Rhadamanthe! J'oublie décidément bien trop souvent à quel point tu es un frère exemplaire!
-Tout le monde ne peut pas en dire autant, répliqua-t-il en grinçant des dents. Tu veux bien retourner t'occuper de tes jugements, maintenant?
A cette dernière question, Eaque rechigna quelque peu, pour les raisons citées plus haut, et tenta comme il put d'allonger un peu son entretien avec son demi-frère. Mais le blond, à force d'autorité et d'arguments détournés pour le pousser à reprendre sa fonction, finit par obtenir satisfaction, poussant presque son cadet hors de son bureau pour avoir finalement la paix, sous le regard presque enthousiaste de la Harpie.
Et enfin, un semblant de normalité reprit sa juste place au sein de la pièce, accompagnant à la perfection le silence bien mérité qui imprégnait de nouveau les lieux.
Silence au cours duquel Rhadamanthe revint tant bien que mal jusqu'à son siège, s'y laissant choir avec un remarquable manque de distinction, mais Valentine ne s'en formalisa pas (après tout, qui aurait réagi différemment dans une telle situation?). Tout comme il ne songea pas à le blâmer lorsqu'il passa une main sur son visage fatigué, retenant avec peine un grognement, avant de rapporter son attention sur son subordonné. Le considérant avec un soudain intérêt :
-...Prends place, Valentine, énonça-t-il lentement en désignant les sièges de nouveau libres. Il semble urgent que nous parlions.
Le chypriote ne se fit pas prier et, après une rapide révérence, vint s'asseoir en face de son Seigneur et Maître, qui ne tarda pas à enchaîner :
-Je ne te cache pas que je suis surpris.
-Je le conçois parfaitement, Seigneur.
-Et je pense que je te dois également quelques excuses.
Bien que rougissant de plaisir devant une telle marque de respect de la part de l'homme qu'il vénérait plus que tout autre, Valentine en fut bien vite gêné et secoua vigoureusement la tête :
-Inutile d'en arriver là! Mon rôle était bien évidemment de vous avertir, mais tout ceci a dû vous paraître bien difficile à croire.
Étrangement, la Whyvern sembla ignorer cette dernière réplique :
-Pharaon qui revendique de telles opinions à haute voix...
Valentine opina tristement du chef.
-Rune qui devient optimiste et agréable en société...
Nouveau hochement de tête de la Harpie.
-Et enfin, mon frère qui renonce définitivement aux Enfers et à son titre de juge, pour mener une «vie paisible»...
Le bilan étant fort lourd, Valentine n'en voulut guère à son maître lorsque celui-ci tomba dans un nouveau silence, sans pour autant le lâcher des yeux une seule seconde : chose étrange, le spectre ayant toujours été un homme d'action aux décisions rapides, sinon efficaces.
Mais Rhadamanthe resta encore un bref moment enfermé dans on mutisme, avant de décroiser les mains et finalement d'assener, la voix lourde de reproche :
-Et tu oses définir cela comme un «problème»?
Le silence mortifié refit aussitôt son apparition, s'écrasant dans le bureau sans prévenir, laissant Valentine totalement désemparé, un goût infect ayant envahi sa bouche :
-Mais... Mais enfin, Seigneur!
-Vraiment, Valentine, je suis surpris. Toi que j'ai toujours considéré comme une âme attentive et respectable, tu rejettes d'aussi bénins changements pour un attachement déplacé à tes habitudes et ton quotidien. Ma déception est grande : si le Sphinx s'affirme, si le Balrog a enfin appris que les lèvres pouvaient aussi s'étirer vers le haut, si mon frère a décidé de vivre sainement, qu'est-ce qui te dérange?
Valentine voulut encore protester, mais le Britannique l'en empêcha en levant une main autoritaire devant lui :
-Mais c'est là que des excuses de ma part s'imposent : cela fait déjà plus de deux semaines que tu t'actives à mes côtés pour rattraper le retard pris depuis la dernière guerre, et je pense que tu n'as pas eu une nuit complète de sommeil depuis longtemps. Ce qui pourrait expliquer ton comportement.
-Attendez... Vous pensez que c'est MOI qui ai un problème ? !
-J'en suis hélas convaincu. Aussi, tu vas aller voir Queen de ma part et lui demander de t'octroyer quelques jours de congé. Tu les as amplement mérité.
-Vous... Ma parole, vous cherchez à m'éloigner! Vous n'avez donc pas compris que je suis le dernier être sain d'esprit dans cette fichue armée ? ! Bordel, mais c'est pas possible d'avoir LA TÊTE AUSSI DÛRE !
La Harpie regretta ses mots à l'instant-même où ils quittèrent sa bouche. Et il ne tarda pas à plaquer une main sur ses lèvres, son visage déformé par une expression de pure horreur alors qu'il s'écriait d'une voix complètement démente :
-Par tous les Dieux de l'Olympe, je... Seigneur Rhadamanthe, je suis affecté aussi!
-Affecté par une crise d'angoisse et de paranoïa injustifiée? Articula lentement son maître, de toute évidence très mécontent de cette soudaine attitude. En ce cas, oui, tu es sévèrement atteint.
-Vous trouvez encore le moyen d'ignorer la réalité? Il faut m'aider, Seigneur! Je ne veux pas devenir fou!
-Je vais t'aider. J'irai moi-même auprès de Queen s'il le faut pour te forcer à prendre des jours de repos et à t'éclaircir les idées.
-Vous ne pouvez pas me faire ça, je vais peut-être en mourir! Peut-être que l'on va TOUS mourir!
-ASSEZ, VALENTINE !
Ce véritable rugissement de rage se fit probablement entendre dans tous les cercles infernaux et rétablit aussitôt l'ordre dans le bureau de la Whyvern, qui poursuivit d'une voix d'outre-tombe :
-Je ne suis plus d'humeur à écouter des sornettes auxquelles tu es de toute évidence le seul à croire. Tu as fait perdre suffisamment de temps à de nombreux collègues aujourd'hui et si tu ne veux pas subir ma colère, mettons un terme à cet entretien!
-Mais...
-J'ai bien trop entendu ce mot-là cette dernière heure, l'interrompit-il sèchement. Alors si j'ai un dernier conseil à te donner, c'est de rentrer chez toi le plus vite possible et d'y rester tant que tu n'auras pas sérieusement réfléchi à ton attitude! Et je vais également me retirer : mon service est terminé. Au revoir, Valentine. En espérant que la prochaine fois que tu passeras cette porte, ce sera en tant qu'homme raisonné.
Et sur ces paroles aussi glaciales que celles d'un Chevalier du Verseau, Rhadamanthe se releva de son siège pour la dernière fois de la journée, se défit de son surplis dans une explosion d'énergie – les pièces de l'armure reprirent immédiatement leur forme dragonesque dans un coin de la pièce – et s'empara de sa veste de costume avant de quitter le grand bureau, sans même un regard pour son malheureux subordonné qui n'en avait toujours pas fini avec ses protestations («Revenez, bon sang! - Oh pardon, Seigneur, je ne voulais pas... Mais vous allez revenir, espèce d'abruti ! - OH NON! J'ai recommencé...»).
Et disparaissant dans un dernier éclair de cosmos, le juge de la Whyvern se retrouva finalement au centre d'une entré accueillante, celle de son appartement.
Enfin.
Son premier geste fut de desserrer son col de chemise et sa cravate en laissant échapper une longue expiration, puis d'ouvrir son porte-document pour en sortir sans grand intérêt les dossiers qu'il restait encore à traiter et à classer avant demain matin. Une tâche qu'il aurait dû se rappeler de refourguer à Sylphide ou Gordon avant de quitter les Enfers, se dit-il amèrement...
Jusqu'à ce qu'une voix calme et quelque peu nonchalante ne l'interrompe dans ses pensées :
-Ah, t'es rentré?
Rhadamanthe laissa tomber d'un geste las les rapports sur le meuble de l'entrée, puis se tourna vers le salon d'où il avait été interpellé.
Et ce fut en réalité sans surprise qu'il se retrouva face à une grande silhouette élancée sur son divan, le visage caché derrière le journal du jour, de longues mèches de cheveux azurées tombant le long des accoudoirs.
Depuis déjà quelque temps, rentrer chez lui pour trouver l'ex-Général Dragon des Mers installé dans son salon n'avait plus rien d'inhabituel pour le juge.
-Bonsoir, Kanon, le salua-t-il donc en se débarrassant de sa cravate.
Le Grec lui répondit par un simple hochement de tête, sans lever les yeux de sa lecture.
-Tu es là depuis longtemps?
-Non... A peine un quart d'heure, lui répondit-il de manière évasive en tournant une page.
-Ah.
Sur ce bref échange, Rhadamanthe se détourna de lui pour se diriger vers le bar, saisissant un verre qu'il remplit d'une triple dose de glaçons, avant d'y ajouter une portion de whisky bien plus conséquente que celle qu'il se réservait après une journée de travail. Et il en avait déjà englouti une bonne gorgée lorsqu'il vint s'asseoir aux côtés du Chevalier, qui replia machinalement ses jambes pour lui laisser de la place :
-T'as l'air soucieux, lui fit-il remarquer.
-Ennuyé, plutôt.
-C'est la même chose. Qu'est-ce qu'il t'arrive? Un soucis au boulot?
L'espace d'un instant, le juge se demanda si Kanon souhaitait réellement en savoir davantage ou s'il essayait juste de combler le silence avec un semblant de conversation. Mais lorsque ce dernier referma son journal et le posa sur la table basse, levant enfin vers le spectre ses yeux au coloris si troublant, Rhadamanthe sut qu'il avait toute l'attention du Gémeau. Du moins, toute l'attention qu'il pouvait consacrer à une personne autre que lui-même/sa Déesse/son frère. Et encourager par cette attitude conciliante, la Whyvern hocha vaguement la tête puis entama un long et curieux récit, peuplé de harpies paranoïaques, de balrogs philanthropes, de garudas pacifistes et de sphinxs complexés. Récit qu'il relata d'une voix ennuyée et monotone, le ponctuant même de quelques bâillements discrets. Et pourtant, à aucun moment Kanon ne fit un geste pour l'interrompre, l'écoutant avec patience sinon intérêt : même si Rhadamanthe parvint à le faire sourire une ou deux fois, le Gémeau ne semblait pas très alarmé par cette histoire.
Ce qu'il démontra en faisant l'impasse sur la quantité de détails qui auraient dû interpeller son esprit critique et analyste, résumant ses impressions à un simple :
-Ils me gonflent...
Rhadamanthe tourna vers lui un visage étonné.
Contrairement à ce que beaucoup de gens en dehors du Sanctuaire pouvaient penser, Kanon n'avait pas mauvais caractère. Mais ayant manqué de compagnie saine et de sociabilité pendant de trop nombreuses années, il estimait parfois plus simple de dissimuler son incompréhension de son entourage derrière une antipathie très travaillée. Et avec le temps, Rhadamanthe avait appris à voir au delà des simples mots :
-Pourquoi? Ce n'est pourtant pas toi qui dois les supporter au quotidien...
La réponse de Kanon ne fut pas immédiate. Avant toute chose, il retrouva une position correctement assise sur le divan. Puis, avec une agilité et une lenteur presque féline, vint enrouler ses bras halés autour de la nuque du spectre, avant de laisser reposer sa tête contre son torse.
Et de laisser échapper d'un ton empli de désespoir :
-Parce que même quand ils sont enfin décidés à te libérer et à nous laisser un peu de temps rien que tous les deux ensemble, il faut qu'ils t'embrouillent l'esprit et nous gâchent l'ambiance...
Rhadamanthe le regarda un long moment sans rien dire, alors que le Grec se resserrait un peu plus contre lui, s'abandonnant avec une confiance et une docilité que l'on aurait jugé discutable pour un Chevalier d'Athéna. Pour un Chevalier tout court. Mais le juge décida de ne pas lui en tenir rigueur et passa à son tour un bras autour de la taille de l'ex-Général, laissant courir sa main le long de sa chute de reins – geste qui arracha au Gémeau un incontrôlable frisson, suivi d'un léger gémissement lorsque les doigts du blond se frayèrent un chemin sous sa tunique :
-Tu m'as pourtant l'air tout à fait disposé à me changer les idées...
Kanon feignit d'ignorer son commentaire dans une vaine tentative, la teinte légèrement plus prononcée de son visage démentant son flegme apparent. Néanmoins, il garda sa bouche obstinément close et approfondit l'étreinte, les bras légèrement tremblants :
-Qu'est-ce que tu as? Demanda Rhadamanthe en fronçant les sourcils.
Les crises de mutisme obstiné n'étaient pas si fréquentes chez le cadet des Gémeaux, ce que bon nombre de mauvaises langues ne manquaient pas de déplorer (Rhadamanthe le premier). Et cette soudaine interruption de programme ne plut pas particulièrement à la Whyvern, qui dévisagea avec attention un Kanon aux yeux presque fuyants :
-Oh, rien... C'est juste que parfois, j'ai du mal à réaliser.
-...A réaliser?
Cela causa un nouveau choc au Chevalier d'Athéna, qui haussa un sourcil devant son évident manque de clairvoyance. Et qui l'instant d'après passa une main tendre sur la joue du spectre, lâchant comme si c'était l'évidence même :
-La chance que j'ai! Même encore aujourd'hui, je n'arrive pas à croire que tu ais bien voulu d'un type comme moi à tes côtés...
Face à cette déclaration d'amour à peine dissimulée, probablement n'importe quel être se serait empressé de le rassurer en lui rendant la pareille. Rhadamanthe, lui, fidèle à sa réputation d'attardé sentimental, se contenta d'un haussement d'épaules et, bien loin de lui avouer qu'il aurait été bien mieux placé pour se poser cette question, lui répondit avec un sourire :
-Et pourtant, c'est avec toi que je suis en ce moment, non?
-Eh bien oui, mais...
-Alors arrêtes de te poser des questions aussi inutiles. Et si tu es toujours partant, j'aimerais bien poursuivre ce que je viens de commencer. Avec toi.
-Rhad'..., murmura doucement le Grec, une lueur inédite dans ses yeux turquoises.
-Des objections?
Un simple échange de regards avec le Gémeau lui apporta la conviction que, non, il n'y en aurait aucune. Ce qui se confirma lorsque Kanon lui adressa à son tour un sourire d'une sincérité désarmante, n'opposant pas la moindre résistance quand le juge le rallongea sur le canapé, agrippant fermement sa chemise en susurrant d'une voix terriblement langoureuse un «Je t'aime tant...».
Moment où Rhadamanthe choisit de se détacher définitivement de la réalité, envoyant du même coup tous ses scrupules et sa culpabilité dans les fin fonds de l'Oubli.
Et dire que si le Grand Hadès lui avait confié en premier lieu son poste de Juges des Enfers, c'était pour son «honnêteté, son détachement et son impartialité» : nul doute que le Roi des Morts se serait bien lamenté en le voyant à cet instant précis.
Bien sûr qu'il avait remarqué que quelque chose ne tournait pas rond dans l'Autre Monde, et ce depuis longtemps! Bien sûr qu'il avait été le premier à en informer Sa Majesté Hadès, qui s'était d'ailleurs empressé de rejoindre son frère et sa nièce à la surface dans l'espoir d'y trouver conseils et remèdes! Bien sûr qu'il avait lui aussi frôlé de peu la syncope quand après cela, il avait croisé Dame Pandore qui lui avait adressé un charmant sourire en lui souhaitant une agréable journée!
Et bien sûr qu'il s'était juré de tout faire pour aider son Maître à remettre de l'ordre et un semblant d'équilibre dans l'armée des Enfers! ...Du moins, pendant quarante-huit heures. Parce qu'exactement deux jours après son annonce, des cognements frénétiques contre la porte de son appartement à minuit passé l'avaient tiré de son sommeil, et ce fut finalement Kanon qu'il avait trouvé sur le seuil, le regard sombre et la mine défaite.
Leur dernière rencontre s'étant soldée par une puérile, mais violente dispute, Rhadamanthe s'était aussitôt mis sur ses gardes, se demandant si le Gémeau n'avait pas consciemment choisi de se pointer à une heure si tardive juste pour lui taper sur les nerfs (ce qui n'était pas totalement improbable). Mais lorsque ce dernier lui avait présenté un visage atrocement malheureux, se jetant l'instant d'après dans les bras d'un spectre désemparé alors qu'il s'écriait qu'il était «absolument désolé pour l'autre soir, c'était vraiment une dispute idiote, je ne veux pas qu'on se sépare pour si peu, tu m'as tellement manqué, mon chéri!».
A cela, Rhadamanthe n'avait d'abord rien trouvé à répondre, se demandant s'il était réellement réveillé ou si Kanon était en train de se foutre subtilement de lui. Hypothèses qu'il dut rejeter quand pour appuyer ses dires, le Dragon des Mers releva lentement la tête, les yeux mi-clos, réclamant silencieusement un baiser. Et là, Rhadamanthe avait compris que finalement, cet étrange fléau ne s'était pas uniquement répandu aux Enfers.
Et comme le juge réfléchissait beaucoup plus vite qu'il ne voulait bien le faire croire, il avait tout de suite su comment réagir face à cette situation : en estimant que Kanon retrouve sous peu son état normal et garde souvenir de cet échange, peu importe la réaction du juge, il le tuerait probablement à la seconde pour qu'il n'ébruite jamais cette sinistre affaire – et se suiciderait probablement juste après, écrasé par la honte. S'il n'en gardait aucun souvenir, ...Eh bien, Rhadamanthe aurait été bien bête de passer à côté d'une telle occasion : 'pas qu'un Kanon désespérément docile et attaché lui plaisait tant que ça, mais après tout, on lui avait toujours appris à saisir les opportunités qui se présentaient à lui.
La Whyvern aurait donc bien peiné à trouver une explication logique à son comportement. Peut-être que, dans le fond, une coupure avec le quotidien n'était pas si malvenue. Peut-être que revoir une lueur de joie dans les yeux de ses frères lui avait redonné courage. Peut-être même qu'il avait un jour espéré que Valentine lui fasse part de sa réelle opinion.
Et sans doute que se sentir enfin désiré par l'envoûtant, mais insaisissable Dragon des Mers valait bien la peine d'y risquer la sanité planétaire.
En tout cas, pas besoin à son tour perdu l'esprit pour en être convaincu!
...Right?
