Salut, tout le monde!

Bon, ça commençait à faire un longtemps, non? J'avoue que je ne suis pas repassée dernièrement sur ce petit recueil... La faute à un emploi du temps personnel assez aléatoire et à une panne d"inspiration franchement frustrante. ...Enfin, me voila de retour! Ou en tout cas, j'essaie... On verra bien!

Une bonne partie de mon temps a également été consacrée aux préparatifs de la Japan Expo, qui se rapproche à grands pas! Et mes costumes me prennent beaucoup de temps à réaliser. A ce sujet : autodérision oblige, j'ai décidé de cosplayer un cliché, cette année (aussi dû au fait qu'avec ma petite taille, peu de personnages sont envisageables pour moi). Aussi, si vous vous rendez au festival et croisez un cosplay genderbend de Saint Seiya... Eh bien, il y a de fortes chances que ce soit moi, si j'arrive à tout terminer à temps! XD

Bref. Je m'attendais à ce que l'OOC récolte moins de retours que les chapitres précédents (en même temps, c'est toujours un sujet délicat à aborder avec Saint Seiya, l'un des mangas où les personnages possèdent les personnalités les moins développées au Monde!), mais je tiens néanmoins à remercier tous ceux et celles qui ont pris le temps de le lire et d'y laisser des reviews : votre avis compte beaucoup à mes yeux!

Mais venons-en au cliché du jour :

-Kurumada-sama ne sera toujours pas à la Japan Expo cette année, je ne pourrais donc pas lui demander en personne des droits sur son oeuvre : Saint Seiya reste donc encore sa propriété... Pour quelques temps.

-Un immense merci à Saharu-chan car même si elle semble ne pas en avoir pleinement conscience, elle représente une formidable source de soutien pour moi. Et je ne sais pas si dernièrement, j'aurais eu le courage de continuer à écrire sans sa présence, et encore moins de me pencher sur certains personnages. Du fond du cœur, merci.

-Dixième cliché exploité, l'actuel "BFF", abréviation pour l'anglais "Best Friends Forever" : comme le nom l'indique, le but est de se centrer sur deux personnages, A et B, et plus particulièrement sur la pureté et le caractère éternel de leur amitié, prête à résister à toutes les épreuves. Quand bien même s'agit-il d'un cliché que l'on tend davantage à appliquer à la vie de tous les jours, je trouve qu'il a parfaitement sa place dans l'univers de Kurumada, bourré d'amitié virile et indestructible... en apparence?

-Vu le cliché exploité, j'ai pensé qu'il était intéressant de séparer ce drabble en plusieurs parties, afin de cibler le maximum de personnages à des périodes différentes de leur vie. J'espère que le résultat vous plaira.

Bonne lecture à tous!

BFF :

Enfance

-Tu sais, Camus...

-Hm?

-...Parfois, j'ai l'impression que tu te fiches de notre amitié.

Le petit Français ne put retenir un léger sursaut à cette annonce et leva aussitôt les yeux de son livre pour se tourner vers son meilleur ami, qui mastiquait sans entrain une pomme chapardée un peu plus tôt sur un étalage du marché. Et quand il fronça légèrement les sourcils pour demander plus de précisions, Milo s'exécuta à la seconde :

-C'est toujours moi qui vient en premier vers toi. Tu parles jamais quand on est ensemble. Tu rigoles jamais à mes blagues et tu fais toujours la tronche quand on joue. Alors si tu veux pas être mon copain, tu peux me le dire tout de suite!

Comme le futur Scorpion s'y était attendu, seul le silence lui répondit, accompagné de longs battements de paupières interloqués. Mais finalement, Camus referma l'ouvrage et le reposa sur ses genoux avant de déclarer, solennel :

-Milo, je peux t'assurer que tu n'as aucun soucis à te faire à ce sujet. Ta présence à mes côtés compte beaucoup pour moi et j'espère sincèrement que tu resteras auprès de moi encore longtemps.

Cela mis aussitôt du baume au cœur du petit Grec, qui cessa de le fixer d'un air dépité et lui accorda un sourire débordant de joie - et de chair de fruits coincée entre ses dents. Ce qui donna à Camus le temps de se replonger dans sa lecture, sachant qu'il avait réussi à clouer le bec de son ami pour un bon quart d'heure :

Après tout, il n'avait pas menti. Avoir Milo à proximité le satisfaisait totalement et tant mieux si ce dernier en était convaincu, songea-t-il en saisissant à son tour une pomme et en croquant dedans avec avidité : il aurait été dommage de perdre la seule personne assez stupide pour commettre tous les délits à sa demande et accepter toutes les punitions de Saga à sa place pour le protéger.

Tout Chevalier des Glaces l'ayant précédé était décidément dans l'erreur : l'Amitié débordait de bienfaits insoupçonnables.


Adolescence

-T'es vraiment un gros nase, Shura!

-Et toi, tu es la personne la plus détestable en ce bas monde, DeathMask.

-Tu te fous de moi? Je pourrai te citer au moins cent personnes bien pire que moi et qui n'arriveront jamais à être aussi chiant que toi!

-Je t'en prie : tu as éveillé ma curiosité.

-D'accord. Rien que le petit nouveau, le Tibétain! Il parle presque à personne, il fait la gueule sans arrêt et pourtant, il sera jamais aussi condescendant que toi!

-Ah oui? Eh bien, sache que même ce sale petit morveux de Milo, qui semble persuadé qu'il vaut mieux que tout le monde ici du haut de ses six ans, n'arrive même pas à être à demi aussi horripilant que toi.

-Camus a beau être un petit enfoiré prétentieux, c'est rien comparé à toi, sale crâneur!

-Quand bien même il y mettrait toute son énergie, le lionceau geignard ne t'arriverait jamais à la cheville en matière d'agacement.

-T'as l'air si niais quand tu parles d'Athéna que même Aldé' peut pas lutter.

-Tu es si orgueilleux que même Shaka est un modèle de modestie en comparaison!

-Ducon!

-Crétin.

-...

-...

-...Hey.

-Quoi?

-Comment ça se fait que t'aies pas pensé à Aphrodite?

-Je pourrais te retourner la question.

-Et que veux-tu que j'en dise? Y a pas de comparaisons possibles! C'est qu'une pauvre chochotte incapable de se battre comme un homme.

-Vrai... Et son obsession pour les fleurs n'aide vraiment pas.

-Et le temps qu'il passe à coiffer!

-Il paraît qu'il commence même à se maquiller...

-Sérieusement, il se croit beau avec sa tronche de travesti?

-Le Sanctuaire n'est pas riche en femmes, mais il ne faut pas abuser!

-A croire qu'il pense vraiment attirer les regards avec ses allures de pédale!

-Franchement, je plains les frustrés qui en sont réduits à fantasmer sur lui.

-Quels abrutis!

-Et comment.

-...

-...

-Shura?

-Hm?

-Combien de fois?

-...Pardon?

-Tu l'as reluqué combien de fois, toi?

-...

-...

-Cinq. Toi?

-Deux, il m'a surpris à mon troisième essai et j'ai pas osé recommencer. Comment t'as fait?

-DeathMask, je te signale qu'il n'y a qu'un temple d'écart entre le sien et le mien. Si je le voulais, je pourrais le voir n'importe quand, dans n'importe quelle situation : mes fenêtres donnent directement sur les siennes.

-...Sérieux?

-Sérieux.

-...

-...

-...Et tu...Enfin, je... Tu me montrerais, un de ces jours?

-...Oui. Bien sûr.

-...

-...

-Shu'?

-Ouais?

-T'es mon meilleur pote, tu sais?

-A moi aussi, vieux. A moi aussi.


Âge adulte

Il se souvenait qu'un jour, quand bien même il lui était impossible de se rappeler précisément qui, un homme lui avait confié qu'il croyait possible que deux êtres humains, ne serait-ce qu'une fois dans leur vie, puissent se montrer capables de se parler l'un à l'autre à cœur ouvert. Et bien que cette idée lui avait semblé excessivement naïve, il estimait qu'elle restait réalisable, une fois sur le point de mourir ou entre deux verres bien chargés.

Et comme il se trouvait actuellement dans la deuxième situation, Rhadamanthe décida qu'il pouvait peut-être tenter sa chance :

-Kanon?

Le Dragon des Mers interrompit la descente de son deuxième verre et le cala entre ses genoux, fixant le Britannique sans lui répondre. Ce à quoi il s'attendait :

-Eh bien, loin de moi l'idée de te reprocher ta présence ici. J'adore que mes anciens ennemis s'incrustent chez moi pour me permettre de vider plus rapidement mes meilleurs bouteilles...

Une grimace machinale, qui aurait pu s'assimiler à un sourire, se dessina sur le visage du Grec.

-...Mais parfois, je m'interroge sur ton obstination à passer tous tes vendredis soirs chez moi.

-Tu ne m'as jamais claqué la porte au nez, répondit posément Kanon en reprenant une gorgée. Et tant que je ne me sens pas clairement indésirable, j'ai du mal à céder à la tentation de faire mon nid quelque part.

-Je devrais accrocher une pancarte de réservation à ton nom sur mon canapé. Ça nous évitera des complications.

Nouvelle grimace amusée.

-Plus sérieusement, Kanon. Pourquoi venir ici?

-Et pourquoi me laisser entrer à chaque fois?

Là encore, la réponse ne fut pas immédiate. Pour la simple et bonne raison que Rhadamanthe ne savait pas vraiment pourquoi, justement.

Kanon venait, buvait, parlait, repartait. C'était aussi simple que ça. Et si les deux hommes ne s'étaient pas encore départis de leur animosité mutuelle, aucun des deux n'avaient songé à mettre un terme à cette curieuse tendance qu'ils avaient établi.

...Pourquoi? Peut-être tout simplement parce que Kanon n'appartenait pas aux Enfers. Parce que Kanon incarnait la preuve que le Monde, d'une manière ou d'une autre, ne se limitait pas au Royaume Souterrain. Qu'une autre réalité existait, au delà des tribunaux glacials et des masques figés qu'étaient devenus les visages de ses frères. De leur sourire mort.

Kanon était en vie, et c'était peut-être tout ce qui importait.

-...C'est parfois agréable de parler à quelqu'un d'extérieur au contexte infernal, je suppose.

-Tu sais que nous sommes près de six milliards de représentants terrestres? Tu pourrais choisir n'importe qui.

-Tu étais là le premier, hélas.

-Certes. Tu me récompenses donc de ma rapidité?

-Non. Mais j'apprécie ta capacité à me rappeler que mon existence ne se limite pas aux sentences que je rends.

-Ça ressemblait presque à un compliment, non? Merci.

-Mais toi...

-Quoi, «moi»?

-Pourquoi diable t'obstines-tu à m'imposer ta présence? Tu ne vas tout de même pas me faire croire que personne au Sanctuaire ne souhaite passer une soirée en ta compagnie?

Le silence retomba dans la pièce, comme à chaque fois que Rhadamanthe essayait d'aborder le sujet considéré tabou entre eux. Et seul le tintement des glaçons lui rappela que l'esprit de Kanon était encore là, quelque part.

Et que ce soir, il serait peut-être prêt à répondre :

-C'est toujours possible pour moi. Milo m'invite souvent. Aldebaran ou Mû, parfois... Mais il y a toujours un risque de tomber sur Saga.

Et voilà. Ce nom décidément bien détestable aux oreilles de la Whyvern retentissait une fois de plus dans le salon, lui rappelant tout l'impact que ce simple mot, prononcé en ces lieux, pouvait avoir sur lui. Sur eux.

-...Tu hais donc ton frère, à ce point?

A sa grande surprise, Kanon ne se mit pas en colère. Et ce fut même parfaitement serein qu'il posa de nouveau son regard sur lui, murmurant avec une étrange douceur :

-Non, Rhadamanthe. Je ne le hais pas. Mais à chaque fois que je me regarde dans un miroir, tu sais ce que je vois? Je vois la tête de l'homme qui a tué des milliers d'innocents. Qui a trahi son propre nom, sa propre Déesse. Et qui, peu importe ce qu'il pourra apporter à ce Monde à partir de maintenant, ne pourra jamais effacer toutes les erreurs qu'il a commis. ...Alors à ton avis, moi qui me tue à essayer d'oublier, à quoi je pense quand je vois le visage de mon frère?

Rhadamanthe choisit tout simplement de ne pas répondre. Quel intérêt, après tout? Il avait compris. Et il était certain qu'un silence inconfortable leur serait à tous deux plus agréable qu'une idiote et maladroite formule de politesse à laquelle ni lui, ni Kanon n'aurait cru.

Le désespoir et le déni les avaient tous deux trop aliénés pour qu'ils souhaitent s'en extirper.

Mais si c'était là la seule et unique occasion de s'exprimer librement, de s'arracher un peu de ce dégoût qui le dévorait chaque jour davantage... Alors dans ce cas seulement, le mensonge comme éternité ne l'effrayerait plus. Plus maintenant.

-Et je te renvoie une image qui te plaît davantage?

-Pour quelle autre raison viendrais-je gâcher mes soirées chez toi?

Touché.

-Donc... Tu me vois pour échapper à un reflet qui ne te convient pas.

-Et tu me reçois pour te libérer d'un quotidien que tu ne supporte plus.

-...Peut-on réellement construire une amitié sur de telles bases?

-A toi de me le dire. Qu'est-ce que tu en penses?

La question était peut-être mal formulée : Rhadamanthe n'en pensait rien. Mais il pouvait sentir quelque chose... D'infime. De stupide. De négligeable, peut-être. Mais quelque chose qui lui plaisait.

Parce que la personne en face de lui ne se limitait plus à un ancien ennemi. Ce n'était plus dans l'espoir de céder un jour à l'envie de lui fracasser le crâne qu'il l'acceptait. Et Kanon ne restait sans doute pas ici pour profiter d'un instant de faiblesse et lui arracher les yeux.

Non. Ils n'avaient et n'auraient jamais rien à se dire, rien à partager. C'était ainsi. Mais en chacun d'eux brillait une illusion : l'illusion qu'un soir par semaine, il leur était au moins possible de rêver quelque chose. D'exister en dehors de leur réalité respective. De vivre à travers un regard qui n'avait plus aucun jugement à porter, et ce depuis de longtemps.

Et face à une telle opportunité, aussi égoïste et intéressée soit-elle, il n'y avait qu'une seule réponse possible aux yeux de Rhadamanthe :

A savoir, se saisir de nouveau de la bouteille si durement acquise pour la lever au dessus du verre de son vis-à-vis...

-Je te ressers?

...Et voir Kanon lui sourire.

-Avec plaisir, mon ami.


Troisième âge

Malgré l'exiguïté de son existence, le jeune Kiki, du haut de ses huit ans, se présentait déjà comme un enfant d'un sens logique et d'une sagacité exceptionnelle. C'était probablement la principale raison qui avait poussé Mû du Bélier à garder cet apprenti auprès de lui. Car en dépit de son manque flagrant de discipline et de maturité, cet enfant portait déjà un regard lucide sur le Monde et le comprenait mieux que certains de ses pairs. Toutefois, il y avait encore quelques petits détails sur lesquels l'enfant bloquait, faute à ses connaissances assez limitées. Et sa plus grande difficulté restait clairement le mode de fonctionnement des adultes, auquel il ne comprenait décidément rien à rien.

En tout cas, c'était ce qu'il se disait alors que, étroitement serré contre le torse de son mentor, ce dernier dévalait à une vitesse un brin exagérée les escaliers du palais du Pope, son disciple entre les bras, dans le but évident de rejoindre le plus rapidement possible le Temple du Bélier.

Pour des raisons que le jeune garçon peinait encore à comprendre :

-Maître Mû?

-Plus tard, Kiki.

«Plus tard» était une réponse qui ne conviendrait jamais à l'impétueux garnement :

-Pourquoi on est parti aussi vite, Maître Mû?

-Parce que.

-Mais je comprends pas! Insista l'enfant. On passait pourtant une bonne soirée, non? Ça faisait longtemps qu'on avait plus passé du temps avec Maître Shion! Et j'étais content de revoir le Vieux Maître...

A ces innocentes remarques, le premier gardien ne put retenir un long soupir et, une fois à l'entrée du Temple des Poissons, reposa l'enfant à terre et se pencha vers lui, le visage extrêmement sérieux malgré la douceur de son ton :

-Écoute moi, Kiki. Écoute moi attentivement, car ce que je vais te dire est très important.

-...D'accord, murmura l'enfant dont la curiosité venait de s'allumer.

-Bon... Comment t'expliquer cela...?

C'était bien la première fois que son Maître avait l'air d'hésiter avant de lui faire la morale, remarqua Kiki alors qu'il observait le Bélier se gratter l'arrière de la tête avec un étrange malaise.

-Eh bien... Tu dois d'abord comprendre que Maître Shion et Maître Dohko sont des amis de longue date. De TRÈS longue date.

-Oui, je sais.

-Ils ont donc une relation exceptionnelle. Une confiance mutuelle et une complicité qu'ils ont mis des années à bâtir.

-Un peu comme vous et le Chevalier du Taureau, Maître?

Avant de répondre, Mû se releva et, tournant la tête, jeta un regard apaisé vers le deuxième Temple en contrebas, son esprit ayant retrouvé un peu de sa sérénité. Mais cela n'atténua en rien la fermeté de son discours :

-Un peu, oui. Sauf que l'amitié qu'ils entretiennent s'est étendue sur plusieurs siècles, Kiki. Et ni toi, ni moi ne pouvons imaginer tout ce que cela implique pour eux.

-...Maître Mû, je suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez me dire.

-Kiki, tu te souviens de ce que les Chevaliers de Bronze te rabâchent constamment sur l'amitié? Que c'est un lien formidable et que deux vrais amis peuvent absolument parler de tout et de n'importe quoi, se faire la moindre des confidences sans aucune crainte, tout partager dans les moindres détails?

-Bien sûr!

-...Eh bien, mon petit, je suis au regret de te dire que tout cela est faux.

La désillusion n'était pas le fort de l'Atlante, et la petite mine attristée et déconfite que lui adressa alors l'enfant manqua de lui briser le cœur. Mais il lui devait la vérité. A tout prix.

-Je sais que c'est dur, Kiki, mais je n'ai pas terminé. Sans doute, un jour, tu trouveras la personne en laquelle tu reconnaîtras le plus précieux de tes amis et ce sera un jour merveilleux. Mais n'oublies jamais que même avec cet homme ou cette femme, il existera quelques sujets qui doivent à tout prix rester tabou. Alors ne refais pas la même erreur que ce soir. Compris?

-Mais, Maître...

-Compris?

-...D'accord.

Et ce fut au tour de Kiki de baisser les yeux, dépité par ces paroles cruelles qu'il n'estimait guère mériter à un si jeune âge. Sur quoi il n'avait peut-être pas tort. Mais cela lui éviterait au moins une trop grande déception en grandissant...

Sa seule consolation pour la soirée lui fut néanmoins apportée par le même homme qui venait de briser une partie de son innocence, le faisant grimper sur son dos pour la première fois avant d'entamer l'immense descente zodiacal, ne se plaignant pas lorsque le petit garçon appuya son front contre ses épaules.

-Maître... J'suis vraiment désolé, vous savez...

-Je sais, Kiki. N'en parlons plus.

-Mais quand même... Vous avouerez que leur réaction était un peu exagérée, non?

-Qui sait, mon garçon... Après tant de temps passé ensemble, il y a des conversations qu'il vaut sans doute mieux éviter.

Le jeune disciple décida de méditer un peu à ce sujet, resserrant insensiblement sa prise autour des épaules de l'adulte et se repassant les quelques heures qui avait précédé leur départ précipité.

D'accord, on lui reprochait souvent d'avoir la langue un peu trop bien pendue. Et de mettre les pieds dans le plat plus souvent que nécessaire. Mais tout de même, alors qu'ils passaient une si bonne soirée en compagnie des deux plus anciens serviteurs du Sanctuaire, Kiki ne s'était clairement pas attendu à déclencher un combat de mille jours entre eux avec cette simple et innocente question, qu'il regretterait probablement jusqu'à la fin de ses jours :

«Quand même, Vieux Maître, notre Déesse vous a fait cadeau du Misopethamenos, c'est pas rien! Et pourtant, c'est Maître Shion qu'elle avait nommé Grand Pope, à l'époque! Alors, je me demandais... C'est lequel de vous deux qu'elle préfère, Athéna?»