Salut, tout le monde!
...Woh. Ça fait longtemps, non? Pas loin de deux mois, si je ne me trompe pas.
Je m'excuse pour cette absence prolongée, mais... euh... Eh bien on va dire que ces vacances étaient bien loin d'une partie de plaisir pour moi. J'ai enchaîné les coups durs, les mauvaises nouvelles, les situations que j'avais tenté trop longtemps de mettre de côté et... J'ai craqué. Grosse déprime, qui m'a pour le coup ôté toute envie de toucher à mes fics pendant plusieurs semaines. Et puis, hier, dans une colère noire, je me suis dit que je devais absolument faire quelque chose pour me changer les idées... Et j'ai terminé ce cliché illico presto pour évacuer. J'ignore si ma colère me fait mieux écrire (la réponse a de fortes chances d'être négative), mais en tout cas, elle me fait écrire vite.
A ce sujet, à toutes les personnes avec qui je parle via internet/ que j'étais censée recontacter à mon retour de vacances/ à qui je laisse habituellement des reviews : ne prenez pas mon silence prolongé personnellement, je n'avais juste pas vraiment la tête à discuter. Je m'en excuse sincèrement. Je me rattraperai aussi tôt que possible.
Bon après, ne dramatisons pas : j'ai quand même passé une bonne semaine de vacances et surtout, j'ai assisté à l'une des Japan Expo les plus incroyables auxquelles j'ai pu participé : l'ambiance y était excellente, je ne m'attendais pas à ce que mon cosplay rencontre autant de succès et surtout, j'ai fait connaissance avec des personnes - venant de ffnet ou non - toutes plus charmantes les unes que les autres! Il serait trop long de tous/toutes les citer, mais je les remercie du fond du cœur pour leur gentillesse et les grandes conversations que nous avons pu avoir! (A ce sujet, un grand merci à Scorpio-no-Caro pour les formidables photos de son site Antares : mon ordinateur ne m'a pas laissé accès au livre d'Or, mais je tenais à dire que ce site est fabuleux! Merci également à ses accompagnatrices pour avoir été si adorables!)
Bon, après cette looooooongue introduction, voila mes quelques mots habituels avant de commencer :
-En ce moment, c'est une très bonne chose pour moi de n'avoir aucun droit sur Saint Seiya : je sens que ce serait très risqué pour mes souffre-douleurs ET mes favoris.
-Un très TRES grand merci à Saharu-chan pour son soutien constant et ses excellentes fics, qui ont constitué une véritable source de réconfort pour moi. Également merci à ces Ladies Seveya et Gajin pour m'avoir inspirée un petit bout de cet OS grâce à une petite conversation : je me suis beaucoup amusée :)
-Onzième cliché exploité, l'inévitable "Confide in Someone" (se confier à quelqu'un) : ce cliché n'a pas vraiment de nom particulier, mais on le retrouve dans à peu près toutes les fics un tant soit peu "longues". En clair, on va désigner un personnage A qui, pour une raison logique ou non, se retrouvera dans le rôle de confident, que ce soit pour des soucis personnels, des histoires de cœur, des secrets à peine avouable. A cherchera donc à tout prix à aider les personnes concernées, le tout avec empressement, discrétion et bon cœur. Sans jamais s'en plaindre ou changer d'avis. ...Vraiment?
Sur ce, merci d'avoir pris en compte cette petite introduction et bonne lecture à tou(te)s!
Confide in Someone :
Le grattement continu et régulier de la plume contre le parchemin finit enfin par s'estomper, alors qu'il reposait cette dernière dans l'encrier. Il se leva ensuite de son siège, s'étira longuement jusqu'à sentir craquer un os ou deux - il grimaça - , puis souffla l'une après l'autre les innombrables chandelles du bureau après avoir classé méthodiquement chacun de ses rapports. Ce ne fut qu'une fois son éternel rituel achevé qu'il porta ses mains jusqu'à sa tête pour y déloger l'immense casque, ainsi que son masque qu'il reposa bien en évidence sur la surface de travail. Et lorsque son visage se réhabitua au contact de l'air, il risqua un regard vers la vieille horloge de l'armoire opposée, qui lui indiquait d'un air presque narquois minuit trente.
Shion soupira : parce qu'après tout, il avait fini par prendre l'habitude de terminer ses journées de travail une fois la nuit tombée et la lune déjà bien haute. Car entre les documents à traiter, les séances de doléances à assurer, les entraînements à superviser, les stocks à gérer et les chevaliers à entourer, la fonction de Grand Pope, bien que prestigieuse, avait ruiné de sa vie sociale jusqu'à ses heures de sommeil.
A cette pensée, un nouveau soupir lui échappa : il aimait Athéna. Du plus profond de son âme. Et il serait sans hésiter retourner aux Enfers pour elle. Mais lorsque Saori Kido lui avait demandé, seulement deux jours après sa dernière résurrection en date, de reprendre son poste au Treizième Temple, l'Atlante avait un peu hésité : sans trop se vanter, il estimait qu'après plus de deux cent ans de bons et loyaux services, il avait bien mérité un rythme de vie un brin plus posé... Une pensée qu'il n'avait guère osé formuler alors qu'avant même de recevoir une réponse positive de l'ex-Bélier, la jeune réincarnation avait déjà annoncé officiellement le retour de Shion au titre de Grand Pope.
Et on osait traiter Kanon des Gémeaux de manipulateur perfide...
Enfin... Il aurait été bien idiot de commencer à se plaindre maintenant, alors qu'il avait déjà repris le travail depuis plusieurs mois et que son jeune corps commençait à se réhabituer à la pression accumulée, au stress constant et au poids du casque imposant, joint aux cinq kilos de tissu des deux toges superposées. Une situation lourde, dans tous les sens du terme.
Mais ce n'était guère le moment de ressasser toutes ces mauvaises pensées. Le travail était enfin terminé pour ce soir et il n'avait qu'une hâte : retrouver ses appartements et surtout son lit, pour profiter au maximum des quelques six heures de sommeil qu'il lui restait. C'était à se demander combien d'années il tiendrait, avec un tel rythme...
La seule chose qui était sûre, c'est qu'à force de se frotter les yeux et de tituber en direction des flambeaux pour retrouver le chemin de sa chambre, il était plus que temps pour lui d'aller s'échouer entre les bras de Morphée. Et il avait comme la conviction que même une Guerre Sainte ne serait pas suffisante pour le détourner cette idée.
...Pour sa défense, il n'eut pas totalement tort. Car si ce ne fut pas un autre conflit entre Dieux sérieusement pathologiquement atteints, il n'eut même pas le temps de faire un pas vers le second couloir qu'une voix douce, familière, mais néanmoins perturbatrice l'interrompit dans sa progression :
-...Maître Shion?
L'état de fatigue du Pope était tel que son corps lui refusa jusqu'au sursaut de surprise. Aussi se contenta-t-il de se tourner rapidement vers son interlocuteur, pour faire face à un regard paisible, qu'il ne connaissait que trop bien : les yeux de Mû.
Et si Shion était en général ravi du moindre entretien à son disciple, il se demandait bien ce qui avait pu pousser le jeune homme à lui rendre une visite si tardive :
-Mû? Mais que viens-tu faire ici à une heure pareille, mon garçon? ...Athéna est en danger? Demanda-t-il aussitôt, sa voix débordante d'inquiétude.
-Si tel était le cas, soyez bien sûr que je serais déjà en train d'assurer la protection de mon Temple.
Face à cette remarque indémontable, l'aîné des Béliers se radoucit considérablement, revenant à pas mesurés vers son bureau :
-Eh bien, qu'est-ce qui t'amène au Palais en pleine nuit? Rien de grave, rassure-moi...
Le tout prononcé en espérant à moitié que le jeune homme culpabiliserait pour cette visite quelque peu inopportune, et s'en retournerait vers sa propre demeure. Malheureusement pour lui, Mû baissa alors les yeux, l'air vaguement coupable, prouvant qu'il avait conscience de son attitude cavalière, mais qu'il n'avait en aucun cas l'intention de remettre au lendemain son passage ici.
Et Shion se résigna à remettre son repos pourtant bien mérité à plus tard :
-Que t'arrive-t-il donc?
-C'est un peu délicat, Maître Shion... mais j'aurais souhaité m'entretenir avec vous.
-...Tu es au courant que j'ai mis en place des séances diurnes de doléances accessibles aux Chevaliers, n'est-ce pas?
-Évidemment. Mais ce que j'ai à vous dire est assez personnel et... Eh bien, j'aimerai éviter que quelqu'un ne surprenne cette conversation.
Shion avait toujours méprisé ce genre d'attitudes. Et il aurait pu jurer sans trop de mal qu'il aurait chassé de chez lui n'importe quelle personne s'imposant de cette façon à une heure si avancée de la nuit.
Seulement voilà : Mû n'était pas n'importe qui. Et ne pouvant s'empêcher d'être touché par l'évident désarroi de ce disciple qu'il avait tant chéri, il ne sut se résoudre à le chasser. Aussi reprit-il place dans son siège et, avec un soupir discret, agita gentiment sa main devant lui :
-Eh bien, mon fils, parle.
L'expression du Bélier s'adoucit considérablement et ce fut avec soulagement qu'il vint s'asseoir face à son maître, le remerciant d'un regard avant d'exposer le motif de sa venue, qui demeurait encore un mystère pour Shion :
-Bon... Vous allez sans doute trouver ça idiot, mais... Comment dire... Vous arrivez à vivre avec, vous?
-...Avec? Répéta la Grand Pope, surpris.
-Avec le souvenir des Enfers.
Shion marqua un temps d'arrêt, une évidente surprise inscrite sur ses traits : il ne s'était guère attendu à une telle mélancolie dans les propos du jeune homme. Ni à l'évocation d'un sujet devenu presque tabou dans cette période de paix si durement acquise.
Et pourtant, il enchaîna :
-Cela semble si dérisoire : mon état de «mort» n'a guère duré alors que vous êtes resté plus de treize ans au Royaume des ombres, et pourtant... les souvenirs du Cocyte, du Mur des Lamentations, du néant qui en a découlé... Je ne peux effacer ces images de mon esprit. Ni en parler à qui que ce soit parmi mes confrères, de peur de ranimer ce qu'ils s'efforcent aussi à oublier. Mais je peine à continuer ainsi... Kiki se doute de quelque chose, et je ne peux me résoudre à l'inquiéter davantage... Vous êtes mon dernier recours, Maître. Comment continuer à vivre lorsque la Mort me rappelle constamment à Elle?
Un triste silence s'instaura entre les deux Atlantes. Mû, conscient de la peine qu'il venait sans doute d'infliger à son estimé professeur, baissa la tête de confusion : il aurait souhaité exposer sa situation sur un ton moins morne. Mais la présence de son maître lui avait toujours inspiré la plus profonde honnêteté, indépendamment des années. Et cela ne put qu'apporter un sourire sur le visage du Pope, qui ne comprenait que trop bien cet étrange enfant qu'il avait élevé :
-C'est un sentiment bien naturel que tu éprouves, et personne ici ne songerait à te le reprocher. J'aimerais pouvoir te dire que ce malaise disparaîtra un jour, mais nous savons tous deux que cela est faux. Moi-même, je ne pourrai jamais me défaire de l'horreur des Enfers...
-Vous, mon maître? S'étonna (un peu trop) ouvertement l'actuel Bélier.
-Eh oui, moi. Tout comme chacun d'entre nous, et je ne peux pas te mentir là-dessus. Mais cela ne m'empêche pas d'affronter chaque jour qui passe. Peut-être que découvrir la mort m'a donné une grande envie de vivre, je n'en sais rien... Le fait est que je me sais assez fort pour continuer.
Alors le Pope se releva et avança une main vers le jeune homme, la posant avec douceur sur l'abondante chevelure parme en achevant son discours :
-Et c'est un trait que je t'ai transmis. N'en doute jamais.
Les yeux de jade se rouvrir, comme étonnés par une telle conclusion. Et dans ce regard habituellement si serein, Shion put déceler ce soir un véritable tourbillon d'émotion : de l'inquiétude, un soupçon de doute, de la compréhension, un vague espoir, un peu de tristesse peut-être, mais surtout... de la gratitude. Une vague de gratitude qui gonfla de chaleur le cœur du Pope, sans même qu'il ne l'appréhende :
-Eh bien, je suppose... que c'était ce que j'avais besoin d'entendre.
-Le penses-tu sincèrement?
-Je l'ignore. Mais j'ai envie d'y croire, en tout cas... Je vous remercie, Maître.
-Est-il bien nécessaire de me remercier...
-Pourquoi pas? Après tout, il est si rare de trouver une oreille attentive de nos jours... et au beau milieu de la nuit.
Un sourire un brin mesquin se dessina sur le visage du Pope, arrachant un léger rire à son interlocuteur :
-Il est sans doute préférable que je prenne congé. Si Kiki se réveille et constate mon absence, il va se faire du souci.
-Quand le disciple a-t-il fini par s'occuper du Maître? Plaisanta-t-il doucement.
-Ça aussi, vous l'avez transmis, non?
-...
-Bonne nuit, Grand Pope. Et merci de nouveau.
Et sur cette dernière réplique, en somme positive, Mû s'inclina puis se détourna de son maître, sortant de la pièce aussi silencieusement qu'il y était entré.
Laissant Shion quelque peu vexé, se recalant dans son siège avec mécontentement sous le coup de la moquerie. ...Enfin, se reprit-il néanmoins bien vite, si Mû avait été capable de rompre leur entretien sur un trait d'humour, cette conversation n'avait pas été un échec total. Peut-être même qu'avec le temps, Mû retrouverait un semblant d'équilibre dans son esprit... Ce qui lui rappela qu'il donnait de fichtrement bons conseils pour un homme qui venait de cumuler près de trente-six heures sans sommeil.
Son inquiétude pour son ancien élève passant aussitôt à la trappe - les Béliers n'étaient-ils pas connus pour leur sens aiguë des priorités? - , Shion se tortilla peu élégamment sur son siège pendant quelques minutes, se massant le dos à plusieurs reprises, et se releva enfin, se saisissant de la dernière torche pour l'éteindre...
-Mes respects, Grand Pope.
Pour la deuxième fois de la nuit, un léger tressaillement parcouru son corps épuisé et il parcourut le bureau des yeux sans pour autant y distinguer la moindre présence humaine... Ou plutôt, la faute à l'obscurité et à la fatigue grandissante, il lui fallut un certain temps pour remarquer la silhouette agenouillée devant son bureau, dont les yeux sombres le fixaient intensément :
-...Shura? Articula finalement l'Atlante.
-Bonsoir, Votre Altesse. Veuillez me pardonner cette intrusion, mais il était impératif pour moi de vous voir.
-Mais enfin, que se passe-t-il, Shura? Le Sanctuaire est menacé?
-Cela sera peut-être bientôt le cas!
Affolé, car il savait hélas que le Chevalier du Capricorne était un homme loyal qui n'aurait jamais plaisanté sur un sujet aussi grave, s'empressa de revenir à sa place, l'invitant à s'asseoir à son tour avec des gestes tremblants :
-Bon, gardons cet entretien secret. Quelqu'un t'a vu entrer?
-J'ai fait mon possible pour rester d'une discrétion absolue.
-Parfait. Alors? Quelle menace nous guette, mon jeune ami?
Une immense détresse se refléta alors sur le visage de l'Espagnol, pourtant connu pour son sens de la mesure et du sang froid. Ce qui fit grimper d'un cran supplémentaire l'inquiétude du Pope :
-Ce que je m'apprête à vous dire risque d'être dur à entendre, mais c'est mon devoir de vous faire part de mes impressions.
-Parle, Shura. J'ai une confiance en toi absolue.
-...Eh bien, Grand Pope, je crains que je ne sois plus digne de mon titre de Chevalier.
Quand bien même ses résidents s'étaient rendu compte qu'au Sanctuaire, on apprenait assez tôt à ne plus être surpris par quoique ce soit, il existait malgré tout des révélations auxquelles l'on n'aurait jamais pu se préparer, et ce peu importe les circonstances.
Une révélation, donc, qui ne manqua pas de causer un immense choc chez le Pope. Et cette fois-ci, l'épuisement ne fut en rien à l'origine du relâchement de ses bras, qui se mirent à pendre mollement de chaque côté de son corps : allons bon, qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? !
-Mais... Je... Enfin, Shura, je peux savoir ce qu'il te prend?
-Je comprends votre réaction. Après tout, je sais que mon dévouement pour Athéna est devenu légendaire...
-Tu es un homme d'honneur.
-Et que sans moi, la Chevalerie s'effondrerait probablement...
-Et modeste, avec ça...
-Mais ma décision est irrévocable! Je ne mérite pas le titre de Chevalier d'Or. J'ai donc pris la décision de laisser ma place à un autre chevalier ou apprenti, qui saura bien mieux que moi honorer cette fonction.
Et pour prouver ses dires, il se débarrassa alors de son casque cornu, qu'il reposa sans regret sur le bureau du Pope, allant même jusqu'à détourner son regard avec humilité. Ce qui laissa l'ex-Bélier d'autant plus perplexe et désemparé :
-Ma vie en tant que Chevalier n'a été qu'une suite lamentable d'échecs! Se lamenta alors le jeune homme, manquant presque d'écraser une larme. Au cours de la bataille du Sanctuaire, je n'ai pas su reconnaître les vrais défenseurs de ma Déesse bien aimée! J'ai participé à l'ignoble carnage causé par le Mal de Saga et le jeune Shiryu a failli perdre la vie par ma faute!
-Mais Shura, tu n'étais pas le seul dans ce cas! Tenta de le rassurer Shion. Athéna n'a jamais eu la moindre rancœur à ton égard et le Dragon t'a pardonné cet affrontement depuis bien longtemps!
-Ensuite, poursuivit imperturbablement le Capricorne, j'ai renoncé jusqu'à mon honneur de Chevalier en revêtant les ignobles surplis d'Hadès! J'ai même douté de la rédemption de Kanon des Gémeaux et de sa fidélité...
-C'était un sacrifice nécessaire pour notre Déesse! Et nous avons tous remis en cause le serment de Kanon, même si nous savons désormais que c'est un chevalier digne de confiance.
-Mais ce n'est pas le pire, Grand Pope! Je suis l'être le plus abject qui soit! Même involontairement, j'ai attenté à la vie de ma Déesse Salvatrice...
-Shura, je te répète que toutes tes erreurs ont été pardonnées et que...
-Mais j'ai également été responsable de la mort d'Aioros du Sagittaire! Comment pourrais-je rester dans le même rang que lui après un crime d'une telle atrocité ? !
Silence.
...Ah, c'était donc ça, songea alors le Pope en reprenant paisiblement son souffle. Évidemment : comment avait-il pu seulement s'attendre à être dérangé pour quelque chose d'important, cette nuit?
Non pas qu'il dédramatisait la détresse de son jeune pair, loin de là. Mais à force de le voir constamment revenir vers ses supérieurs pour les mêmes raisons, il avait fini par s'habituer à ses pseudo-crises existentielles, qui - curieusement - concernaient très souvent le brave Chevalier du Sagittaire, depuis quelques temps...
Il y a un ou deux siècles de cela, Shion aurait sans doute trouvé une telle attitude des plus charmantes. A l'heure actuelle, il avait davantage envie de rire au nez du pauvre Capricorne et de lui coller une ou deux baffes, histoire qu'il se remette un peu les idées en place.
Fort heureusement, il ne céda à aucune de ces deux possibilités. Au lieu de ça, il récupéra le casque doré abandonné sur son bureau et le replaça de force entre les bras du dixième Gardien incrédule, avant de l'aider à se relever. Tout en ignorant les quelques protestations qui ne tardèrent pas à se faire entendre :
-Inutile de chercher à me faire revenir sur ma décision, Grand Pope. Je ne changerai pas d'avis!
-Je n'en doute pas, Shura. Mais je te propose quand même qu'on en rediscute demain, au calme. D'accord?
-...Nous sommes déjà 'demain', Grand Pope.
-Alors tout à l'heure. En attendant, tu vas me faire le plaisir de retourner à ton futur ex-temple, de dormir un peu et de réfléchir à nouveau à tout ça...
-Inutile, je suis formel! Je n'ai pas su être utile à ma vénérée Athéna, j'ai suivi Saga dans ses projets démoniaques et j'ai ôté la vie d'un homme si admirable! Je ne méritais pas d'être ressuscité aussi!
-Mais oui, mais oui. Donc, à plus tard. Au passage, essaye de voir si tu ne peux pas avoir une petite conversation toi-même avec Aioros...
-Lui parler, moi? Mais il ne me laisserait même pas lui adresser la parole, il a toutes les raisons de me haïr! Parfois, je le vois même me guetter de loin avec cet étrange regard, comme s'il préparait une vengeance personnelle!
-Quelque chose me dit qu'il y une autre raison derrière une telle attention. Mais bref, tu rentres chez toi, tu me fais huit bonnes heures de sommeil et tu te montres aussi discret que ce soir quand tu reviendras tout à l'heure.
-...Pourquoi de telles précautions, Votre Altesse?
Shion répondit à cette question par un sourire discret, alors même que Shura s'en était retourné vers le couloir de sortie, casque sous le bras et position de garde-à-vous en guise d'annonce de prise de congé. Ce qui n'empêcha pas l'Atlante d'étirer ses lèvres encore davantage vers le haut et de lui souffler, l'air de rien :
-Eh bien, peut-être qu'avec ça, le brave Aioros cessera de m'en vouloir personnellement et de me questionner sans cesse sur les raisons pour lesquelles «notre cher Shura» me rend aussi souvent visite, jusqu'à s'aventurer chez moi au beau milieu de la nuit...
Impossible de savoir si le Capricorne comprit la réelle subtilité de cette remarque sur le moment. Toujours fut-il qu'il recula de plusieurs pas, pris d'une soudaine rougeur, et bredouilla quelques paroles maladroites avant de s'incliner et de quitter les lieux à une vitesse remarquable, manquant à plusieurs reprises de se prendre une colonne dans sa précipitation.
Ce qui aurait sans doute amusé le Grand Pope s'il ne s'était pas lassé avec le temps des visites continues de Shura... Mais bon, se dit-il en éteignant le dernier flambeau qu'il avait gardé en main, peut-être qu'avec ça, le Capricorne allait enfin se poser les bonnes questions et cesser de l'importuner à chaque manque de discrétion d'Aioros envers lui. C'était à espérer. Parce qu'après tout, une histoire se terminant bien, ça commençait à manquer, par ici...
Cette pensée se dissipa de son esprit à l'instant où la flamme mourut, alors qu'il s'apprêtait à se diriger vers sa chambre, son corps habitué au trajet malgré l'obscurité. ...Enfin, le manque d'obscurité, plutôt. Comment la pièce pouvait-elle encore être si lumineuse alors qu'il venait de supprimer la totalité du système d'éclairage?
Et ce ne fut qu'en se retournant qu'il put comprendre la source de cet halo étrangement solennel, qui semblait baigner la totalité du bureau dans un éclat doré :
Shaka de la Vierge, lévitant en méditation face à lui, son corps irradiant de lumière.
-Salutations, Shion du Bélier, Grand Pope, déclara l'Indien, ses lèvres remuant à peine alors qu'il énonçait cette formule.
-Bonsoir, Shaka, répondit plus sobrement le concerné.
Après le mélancolique en puissance et le fanatique religieux, c'était au tour de l'illuminé. Logique, se désola-t-il avec un profond soupir.
-J'ai une nouvelle de la plus haute importance à vous communiquer.
-Tu m'en vois ravi, mais cette nouvelle n'aurait pas pu attendre demain matin? Articula péniblement Shion en essayant de ne pas paraître trop désagréable.
-Je ne serai peut-être plus là demain matin, Grand Pope.
...Bon. Quelque chose lui disait que cette fois-ci, la révélation avait peut-être de quoi y prêter oreille attentive. Aussi se résigna-t-il à se rasseoir derrière son bureau en se frottant régulièrement les yeux pour éviter qu'ils ne se ferment, puis se décida à accorder tout ce qu'il lui restait d'attention au sixième gardien :
-Très bien, je t'écoute.
A ces mots, ce qui pouvait se rapprocher le plus d'un sourire prit place sur les lèvres de l'Indien : en clair, sa bouche se souleva d'un demi-millimètre. Et ce fut le moment qu'il choisit pour reprendre la parole :
-Eh bien, je suis heureux de vous annoncer que cet après-midi, Grand Pope, j'ai enfin atteint l'Éveil.
-Très content pour toi, rétorqua mollement Shion en étouffant un bâillement avec peu de discrétion.
-Et voyez-vous, à l'instant-même où mon esprit a su atteindre le plus haut stade de savoir... J'ai eu une révélation.
-Passionnant.
-Une épiphanie, même!
-Encore mieux...
-J'ai encore du mal à croire que pendant tant d'années, je sois passé à côté d'une telle aberration.
Si Shion avait été un peu plus réveillé ce soir-là, sans doute de telles paroles auraient davantage interpellé son esprit attentif et percutant. Il en avait pleinement conscience. Mais là, rester debout et garder les yeux ouverts constituait déjà un exploit surhumain pour l'Atlante. La sollicitude avait depuis un bon moment sombré dans le facultatif :
-Et quelle est-elle, cette «aberration»? Demanda-t-il donc plus par politesse que par réel intérêt.
-Grand Pope, je suis la Réincarnation de Bouddha.
-Ouais, il paraît... Même s'il nous arrive encore de remettre en question ton état mental.
-Je suis donc l'incarnation d'un Dieu sur terre.
-...Siddhartha n'était pas vraiment un Dieu, mais bon.
-Donc, enchaîna Shaka sans même l'écouter, comment expliquez-vous que moi-même, un Dieu, ai été placé sous les ordres d'une Déesse, théoriquement mon égale? ...Voir même mon inférieure si on s'en fit à l'actuelle enveloppe corporelle.
-Ce n'est pas vraiment une question sur laquelle j'ai envie de me pencher ce soir.
-Inutile. J'ai déjà trouvé la réponse moi-même à travers mon infinie sagesse.
-Hourra...
-Et la solution était évidente! Athéna a son Sanctuaire ici, en Grèce. Poséidon son palais sous les mers. Et Hadès son armée aux Enfers. Voilà donc ce qu'il me reste à faire : fonder mon propre domaine et recruter mes propres guerriers protecteurs, qui instaureront ma bonne parole et la religion Bouddhiste - seule croyance acceptable, par ailleurs.
-...
-Grand Pope?
Shion ne lui répondit pas. Encore une fois, s'il avait été en pleine possession de ses moyens, sa réaction aurait sans le moindre doute été bien différente devant de telles ambitions, surtout de la part d'un homme dont les rares occupations se limitaient à la méditation, la déclamation de sermons assommants et la confection de bijoux en perles. Et au lieu de s'en inquiéter, une vision assez étrange s'imposa à son esprit : à savoir, un Shaka vêtu d'une longue robe blanche évasée, brandissant un sceptre au sommet d'un temple Indien et entouré d'une cinquantaine de chevaliers en sari...
Autant dire qu'à ce stade-là, Shion n'était plus vraiment certain de rêver ou non. Et ce fut finalement avec un sourire idiot et un brin moqueur qu'il resta prisonnier de sa petite fantaisie, n'ayant même plus conscience de la présence de son visiteur alors que ce dernier achevait leur entretien :
-Voila. Il me semblait de mon devoir de vous avertir de cette décision. Je pars à l'instant-même pour l'Inde dans le but d'y rassembler mes fidèles. Je vous laisse donc le soin d'annoncer ma démission à Athéna : soyez sans crainte, je n'ai pas l'intention de rompre contact avec elle. Une lettre de déclaration de guerre sainte lui sera d'ailleurs envoyée dans les dix jours - avec mes salutations respectueuses, ça va de soi.
Il n'obtint aucune réaction notable de la part de son interlocuteur. Ce qu'il prit évidemment pour un signe d'acceptation.
«Qui ne dit mot consent», non?
-Ravi de vous voir si coopératif. Je suis bien aise d'avoir eu une telle discussion. Sur ce, je vous quitte, Grand Pope. Et Gloire à Moi!
Ce fut sur ces absurdes paroles qui lui ressemblait pourtant fort bien que l'ex-Chevalier de la Vierge prit congé, disparaissant du bureau en l'espace d'une seconde. Si bien que Shion se demanda un bref instant s'il n'avait pas tout bonnement imaginé la totalité de ce surprenant entretien.
...Et une fois de plus, il se dit avec une sagesse discutable qu'il aurait tout son temps pour revenir sur cette question après quelques heures de sommeil. Aucune personne sensée - ou connaissant un minimum le cinquième Gardien - n'aurait songé à le lui reprocher.
La règle du «Jamais deux sans trois» ayant maintenant été appliquée, le Pope se permit finalement de mettre son système cérébral en mode off, utilisant ce qui lui restait d'énergie pour faire - une fois encore - le trajet jusqu'à sa chambre, qu'il avait bien l'intention d'achever, cette fois!
...Ou pas.
-Grand Pope? Vous êtes pas couché?
C'eût été trop beau, n'est-ce pas?
Comprenant que cette fois également, le repos salvateur devait être remis à plus tard, Shion se mordit violemment la lèvre inférieure pour retenir un cri d'exaspération et tourna un visage passablement furieux vers le nouvel enquiquineur.
Et quand, à travers les quelques braises mourantes des torches, il parvint à distinguer le chevalier qui lui faisait face, il lui fut extrêmement difficile de ne pas céder à l'envie de le mettre à la porte avec un bon coup de pied au derrière en prime : de tous les crétins qui composaient le plus haut grade de la chevalerie, il avait fallu qu'il tombe sur le plus insupportable de tous!
Mais il parvint à se contenir. Du moins, en partie. Et au lieu de le frapper son visage comme le lui susurrait doucement la petite voix de son désir, il articula péniblement ces quelques syllabes, sa voix inexplicablement métamorphosée en un ignoble grincement :
-Bonsoir, Chevalier du Scorpion.
Le jeune Grec, qui était assez attentif pour constater l'évidente animosité de son supérieur, fit prudemment trois pas en arrière avant de courber l'échine dans une profonde révérence, espérant ainsi adoucir l'ex-Bélier. Ce qui ne fut pas un échec total : les deux-cent cinquante ans passés, même la plus pure des âmes devenait sensible à la flatterie.
-Grand Pope, je suis navré de vous déranger aussi tard...
-Si cela te navrait réellement, tu ne m'aurais pas dérangé.
-Mais il fallait absolument que je vous vois. Et le plus vite possible!
-En ce cas, pourquoi n'as-tu pas demandé une audience dans la journée, Chevalier? Demanda Shion avec un agacement grandissant.
-Mais c'est ce que j'ai fait!
Et pour prouver ses dires, il sortit de nulle part une feuille volante, que Shion finit en effet par identifier comme une demande officielle d'audience auprès du Pope, datée d'aujourd'hui et signée par son secrétaire. Un document authentique, d'où la vivacité du Grec à s'expliquer :
-Et j'avais fait la demande il y a de cela une semaine, impossible de trouver un creux dans votre emploi du temps plus tôt! J'étais si impatient! Et quand je me suis présenté dans l'après-midi à l'heure exacte de notre entretien, on m'a renvoyé en m'annonçant que la séance avait été annulée! Non mais vous vous rendez compte? Les gardes m'ont même interdit l'accès à votre bureau, j'ai dû attendre la fin de leur service pour me faufiler ici et ne pas faire de scandale! Mais franchement, vous avouerez que c'est hallucinant!
-Ah non, c'est normal..., affirma l'Atlante entre deux bâillements. C'est moi qui ai annulé cette demande et ordonné aux gardes de te tenir à l'écart de mes appartements...
L'expression outrée du Scorpion valait le détour. Et à travers sa fatigue, Shion ne put réprimer un petit sourire et s'empressa d'imprimer cette image dans son esprit, histoire de se divertir la prochaine fois que le huitième Gardien viendrait l'emmerder. Hélas, l'ahurissement de Milo ne parvint néanmoins pas à le maintenir silencieux :
-V-Vous ? ! Mais enfin, Grand Pope, qu'est-ce que je vous ai fait? Pourquoi me traitez-vous ainsi? Alors que j'ai tant besoin de vos bons conseils!
-Parce que, jeune homme, je sais exactement pour quelle raison tu avais demandé un tel entretien...
-Vous n'en avez aucune idée! Protesta vigoureusement Milo.
-Et honnêtement, je n'ai aucune envie de perdre mon temps à t'écouter me compter tes infructueuses parades auprès de notre cher collègue du Verseau.
Si les pensées avaient pu se lire directement sur le visage d'un homme, le mot «GRILLÉ !» se serait affiché en lettres capitales sur le front du pauvre Scorpion, qui ne savait plus vraiment où se mettre après s'être fait démasqué de la sorte. Ce qui rendit ses tentatives de déni d'autant plus pitoyables :
-J-Je... Je ne vois pas du tout à quoi vous faîtes allusion.
-Et moi je pense que tu le vois très bien. Sache d'ailleurs que je suis loin d'être le seul de cet avis au Sanctuaire.
-Mais je vous dis que ça n'a rien à voir! D'ailleurs, c'est même pour moi que j'avais demandé audience! C'est... C'est pour un ami, voilà!
-Un ami, répéta le Pope avec une expression narquoise. Fort bien, comment s'appelle ce monsieur?
-Mi... Euh, Miguel. Mon ami s'appelle Miguel!
-Bien évidemment. Et quel est son problème?
-Eh bien, ça fait un moment qu'il a des vues sur un cop... une copine! Voilà, sur sa copine qui s'appelle Ca...rrie. Carrie, c'est ça, une fille superbe. Et donc, ça fait un bout de temps qu'ils se connaissent et je... IL ! Il se demandait comment il pouvait bien s'y prendre pour l'aborder parce que... il y a quelques tensions entre eux, et leur boulot leur permet pas toujours de se voir régulièrement, alors...
Milo ayant enfin choisi de s'interrompre pour entremêler ses doigts d'un air embarrassé, il fut permis à Shion de savourer les quelques secondes de silence qui suivirent et de pencher la tête en arrière, prenant une grande inspiration pour ne pas céder à l'envie de lancer un Starlight Extinction. Pas très discret, mais efficace. Assez esthétique, même. Et pas besoin de se casser la tête à trouver comment planquer le corps...
Se sentant de nouveau très légèrement divaguer, il préféra en stopper là ses rêves sordides et se tourner de nouveau vers le Scorpion, qui n'avait pas l'air particulièrement pressé de partir. Pas avant d'avoir obtenu une réponse, en tout cas. Il était de ces hommes qui ne pouvaient jamais laisser une situation irrésolue, peu importe à quel point il donnait à son entourage une violente envie de l'égorger... entre autres.
Shion se résolut donc à reprendre la parole, sa voix un peu plus posée :
-Mon brave Scorpion, sache que cette histoire d'amour tragique me touche au plus haut point!
Dire que le jeune homme fut surpris par un tel changement d'attitude relevait de la litote. Et ce fut donc une face ravie au plus haut point qu'il braqua devant le Pope, un sourire d'une joie poignante sur ses lèvres :
-Vous êtes sincère, Grand Pope?
-Je vais te le prouver dès à présent, Chevalier. Si tu souhaites encore entendre mes bonnes paroles, évidemment...
-Plus que jamais!
Shion lui sourit :
-Eh bien, voilà ce que je conseillerai à ton ami.
-Oui ? !
Son sourire toujours maintenu et aussi doux que possible resta tranquillement en place sur son visage angélique, alors qu'il reculait insensiblement à l'intérieur de ses appartements privés, en empoignant la porte avec une lenteur calculée :
-A mon humble avis, il pourrait commencer par arrêter de faire chier son supérieur à deux heures passées pour des problèmes dont tout le monde se contrefout...
Et la mine déconfite du Scorpion fut la dernière chose qu'il vit avant de claquer violemment la planche de bois :
-...Et aussi, il devrait commencer à réaliser que si cette «jeune femme» préfère s'exiler toute l'année au fin fond de la Sibérie pour bouffer du poisson cru et se taper la discut' avec des putains de phoques plutôt que de passer par son Temple, c'est que, peut-être, il y a une foutue raison à cela!
Et après avoir verrouillé l'entrée de ses appartements (Milo serait peut-être tenté de s'imposer jusqu'ici, connaissant le bougre), il se plaqua dos contre la porte et attendit un moment... puis soupira de soulagement en entendant fuser une véritable déferlante d'insultes grecques, dans un registre et un niveau de langage très variés, qui se transforma presque en cri de rage alors que le Scorpion sortait à pas lourds du bureau, ponctuant cette retraite avec, à n'en pas douter, un bon nombre de gestes de main obscènes à son égard. Un manque de respect qui ne surprit pas outre-mesure le Grand Pope, plus qu'habitué à l'excès dans cette bande de cinglés : c'était à se demander comment la Chevalerie d'Athéna avait pu se maintenir sur autant de siècles... Ce qui le ramenait à cette frustrante interrogation :
Il ignorait pourquoi ou comment cela avait pu se produire, mais il semblait désormais évident à chaque habitant du Sanctuaire que la fonction de Grand Pope comprenait également une option «confident» à plein temps. Et si un jour, celui à l'origine de cette idée avait le malheur de croiser sa route, on déplorerait une mort inutile de plus au Parthénon d'Athènes.
Mais bon, en attendant... La position de la lune indiquant déjà plus de trois heures et les pires gêneurs du coin ayant été renvoyés chez eux ou confortés dans leurs délires tordus, une poignée d'heures de repos semblaient enfin lui être accessible. Et si un malheureux inconscient se risquait de nouveau à lui faire perdre le peu de santé mentale qu'il se tuait à conserver, les Dieux aient son âme!
Toc toc.
...Par Athéna.
C'était finalement arrivé : l'un de ces abrutis venait de signer son arrêt de mort auprès du Grand Pope. Pope par ailleurs prêt à écorcher vif et à balancer sans regret dans le Styx le pauvre diable qui venait de frapper à la porte.
Du calme, le modéra alors la douce voix de sa raison, retenant de justesse une émanation meurtrière de Cosmos : après tout, il ne fallait pas céder à la violence. Et celui-ci s'était donné la peine de frapper lorsqu'il ne l'avait pas vu dans son bureau. Alors, s'il n'obtenait pas de réponse, peut-être qu'il aurait la bonne réaction en rebroussant chemin et en attendant une dizaine d'heures avant de revenir et de...
Toc toc.
Okay. Il ne pouvait plus rien pour lui. S'il était venu de son propre chef répéter un acte suicidaire, son vœu allait s'accomplir dans les minutes à venir : plus de pitié pour ces dégénérés, quels qu'ils soient.
La porte s'ouvrit donc à la volée, offrant pour toute vision à ce nouvel arrivant les iris luisants de l'Atlante, alors que leur éclat d'un rose pâle renvoyait à son vis-à-vis toute la haine et la rage accumulée sur plus de deux siècles. De quoi faire détaler toute personne plus ou moins saine d'esprit, voir même lui faire perdre toute envie de fermer l'œil pour les cinq mois à venir.
...Hélas, chacun savait ici que Saga des Gémeaux était tout SAUF un homme sain d'esprit. Et à l'heure actuelle, il n'était plus qu'un être vivant en sursis. Une condition qu'il n'améliora guère en s'inclinant profondément et en déclarant d'une voix calme, un doux sourire aux lèvres :
-Bonsoir, Grand Pope. Navrée de cette visite, mais comme j'ai entendu du bruit en arrivant, je me suis dit que vous étiez sans doute encore debout...
De toute évidence, Saga ne réalisa même pas que cette entrée en matière était une nouvelle erreur de sa part. Et que le visage crispé de Shion qui commençait vaguement à montrer les crocs n'était clairement pas un bon signe. Pour sa défense, dans l'obscurité, cela aurait pu trèèèès vaguement s'assimiler à un sourire.
Ce qui ne l'empêcha pas de remarquer une nette tension dans la voix de son supérieur :
-Saga. Je te donne exactement dix secondes pour m'exposer la raison de ta présence ici. Et j'espère très sincèrement pour toi qu'elle est valable.
-Oh, ce n'était pas réellement urgent, s'empressa de répondre Saga (sans réaliser qu'il venait de commettre une faute de plus). Néanmoins, je voulais vous...
-Rien d'important, bien sûr. Alors, qu'est-ce que t'as, cette fois? Tu viens encore te plaindre du comportement de ton frère?
-Hein? Non, pas du tout, Kanon va très bien et...
-Non, parce que je dois te dire que ta stratégie est très bien pensée : à force de critiquer les quelques excentricités du cadet, on en oublierait presque que l'aîné fut un schizophrène psychopathe.
Cette remarque, fouettant sinistrement l'air, fit à l'ancien maître du Sanctuaire l'effet d'une douche glacée. Voir d'un petit séjour dans le Cocyte. Voir encore de l'image qu'il se faisait d'une étreinte de Camus du Verseau. ...Pas des plus agréables, c'est le moins que l'on pouvait en dire.
Ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre, d'une voix un peu moins assurée :
-Je suis très conscient de mes erreurs et j'ose espérer qu'un jour, je saurai m'amender de ma dette envers Athéna. C'est d'ailleurs à ce sujet que je souhaitais vous voir car...
-Oh, évidemment. Tu es venu pour que l'on parle de toi. Rien de bien surprenant. Tu es sûr que toi, la «perfection humaine», tu ne viens pas encore pour critiquer? Tu es bien certain que tu ne vas pas trouver à redire sur les tendances taxidermistes de DeathMask? Les retraites de Camus avec des élèves mineurs en Sibérie? Les visites régulières d'Aphrodite à Omonia? (1)
-Que...? Non, je n'ai en rien le droit de critiquer les choix de mes collègues, voyons!
-Bien! Parce qu'en ce qui concerne le comportement malsain et l'attitude putassière, tu es loin d'être le dernier sur ma liste.
La température de la pièce sembla encore baissé d'une bonne dizaine de degrés, statufiant Saga sur place, qui ne s'était en aucun cas préparé à un tel accueil. Ce qui n'empêcha pas Shion de poursuivre, l'œil mauvais et le sourire plus sarcastique que jamais :
-Non, vraiment, j'ai du mal à deviner... Tu n'aurais pas fait un pari avec tes pairs du style «Qui arrivera à emmerder le plus Shion ce soir»? Si tel est le cas, tu n'as pas à t'inquiéter : tu remportes cette manche haut la main!
-Mais non, enfin! Se récria finalement Saga. J'étais juste venu pour vous dire que...
-Oh, je sais! Tu n'arrivais pas à dormir, tu t'ennuyais un peu alors tu t'es dis : «Tiens, et si j'essayais de tuer le vieux Pope une deuxième fois, pour voir»?
Cette fois-ci, ce ne dut pas un vent glacial qui frappa le Chevalier des Gémeaux en pleine poitrine, mais la sensation d'une lame qui l'aurait lacéré jusqu'au cœur. Une sensation que Kanon avait déjà expérimenté : pour ce qu'il avait cru en comprendre, Saga n'était pas particulièrement pressé de l'imiter. Se demandant au passage comment il était humainement possible de rester lucide en éprouvant une telle douleur, l'aîné des Gémeaux sentit s'effondrer son maigre sourire et son attitude détachée qu'il avait mis des années à peaufiner. Et dans un accès de rage qu'il n'avait plus ressenti depuis bien longtemps, il se mit à gronder, sa voix débordante de souffrance :
-Très bien, Sire Shion. Vous voulez connaître les raisons de ma venue ici? Vraiment? Alors sachez que depuis votre réhabilitation au poste de Grand Pope, je n'ai pas trouvé un moment pour vous parler seul à seul et vous communiquer mes plus sincères félicitations et encouragements! Et bien que plus personne ici ne semble me juger pour ma folie d'antan, il m'est encore impossible de me pardonner les ignobles fautes que j'ai commis! Aussi, vous voir revenir à la tête du Sanctuaire, c'est comme une deuxième chance à mes yeux! Un retour en arrière où je serais capable de faire les bons choix! ...Voila. Navré que votre présence ici ai autant d'importance pour moi!
Si Saga s'était attendu avec ce discours d'une sincérité poignante à émouvoir l'Atlante, qui aurait pu également consentir à le pardonner pour sa visite tardive et à accepter de nouveau sa présence à ses côtés en tant que suivant et successeur potentiel... Eh bien, il fut pour le moins déçu.
Car Shion se contenta d'entrouvrir la bouche d'ennui et de rouler ostensiblement des yeux, l'air profondément blasé :
-«Moi», «Moi», «Moi»! Change un peu de refrain, Saga, tu veux? La tirade du repenti éplorée, c'était touchant les trois ou quatre premiers jours, mais là, ça devient franchement lassant! Et tu sais, si plus personne ne t'en parle, ce n'est en aucun cas une marque de pardon : on en a juste marre de toujours t'entendre te plaindre pour les mêmes raisons! Même Kanon l'a compris et à cesser de ressasser à haute voix ses propres erreurs. Alors si je puis me permettre, mon jeune ami, tu peux garder tes félicitations. Et si ma présence représente autant à tes yeux et que tu souhaites à ce point me porter assistance, la meilleure chose que tu puisses faire est encore de quitter ces lieux le plus vite possible et de me laisser profiter du peu de sommeil qu'il me reste avant l'aube si tu ne veux pas avoir aussi mon troisième décès sur la conscience! Compris?
Là encore, l'effet espéré ne fut pas obtenu. Shion s'était réellement attendu à voir Saga perdre son masque de self-control, contester vivement ses propos avant de s'en retourner furieux et vexé vers son Temple, avec quelques mèches grisonnantes en prime. Mais le Gémeau ne lui fit pas l'honneur d'une réaction – modérément – digne. Ni même contenue. Car Shion eut la stupeur de voir les yeux bleu sombre se remplir de larmes disproportionnées, qui s'écoulèrent comme de petites cascades le long de ses joues, défiant toute vraisemblance biologique et physiologique, alors qu'il semblait lutter de toutes ses forces pour garder un visage impeccablement fermé. Ce qui ne l'empêcha pourtant pas de se retourner vivement, ses cheveux prenant des ondulations démentielles dans le mouvement, et de s'enfuir de la pièce en laissant échapper un sanglot mal contenu. Et de disparaître les Dieux seuls savaient où.
Laissant le Grand Pope pétrifié l'espace d'un instant, ne sachant clairement pas comment réagir après une telle démonstration. Et ce fut finalement l'horloge de l'armoire qui le ramena à un semblant de réalité, lui faisant dans la foulée oublier les éventuels remords qu'il aurait dû ressentir à la suite de cette conversation. Après tout, il était loin d'être le seul à penser ici que les Chevaliers d'Or avaient grand besoin d'un peu de plomb dans la cervelle. Parfois même au sens propre du terme, se plaisaient à dire les mauvaises langues... Bref. L'horloge était donc en train de sonner quatre heures, le quator de «Dong !» résonnant cyniquement dans la pièce. Et le Pope, désespéré, commença à se demander si cela valait encore la peine de s'étendre maintenant... Merci à tous ces abrutis.
Une décision s'imposait donc à lui, désormais. Et honnêtement, aucune des deux alternatives ne le réjouissaient : aller rejoindre directement sa couche pour se relever à peine deux heures plus tard avec la sensation d'être encore plus épuisé qu'à son coucher? Ou passer ces mêmes heures seul dans son bureau à attendre le prochain imbécile qui viendrait le pousser à bout?
Choix cornélien.
Si bien que Shion demeura plusieurs minutes immobile, une main sous son menton, pesant le pour et le contre avec application.
Et finalement, l'évidence lui vint : dans une telle situation, il n'y avait clairement qu'une seule solution envisageable pour lui...
De tous les plaisirs du Monde, il n'y avait rien de plus délectable que de se laisser plonger entre les bras de Morphée. La douce fatigue qui rendait l'esprit flou et cotonneux avant de vous emporter lentement jusqu'au pays des songes dans une vague de douceur...
«Eh...?»
La tête plongée dans un oreiller, moelleux ou non. Le corps étendu de tout son long et enroulé dans une couverture : y avait-il sensation plus plaisante? Rien n'aurait pu égaler la joie procurée par un beau rêve au beau milieu d'une nuit d'été.
«Eh.»
Et décidément, rien n'aurait su troubler le sommeil du juste. Le sommeil mérité. Le vrai sommeil qui vous entraînait au cœur d'une foule de fantaisies toutes plus merveilleuses. De souvenirs magnifiés. De fantasmes inavoués.
Oui, vraiment, rien n'aurait pu l'arracher du royaume d'Hypnos cette nuit...
«EH !»
...Sauf peut-être l'ignoble grincement de la porte de sa chambre qui s'ouvrit lentement, alors que trois petits coups y étaient portés :
-Eh! ...Tu dors?
...Plus maintenant.
Essuyant plus par réflexe que par réelle conscience le léger filet de bave qui s'écoulait de ses lèvres, il rouvrit péniblement les yeux et tenta de refaire surface, détachant à contre-cœur sa tête de son oreiller. Après quoi il scruta la pièce plongée dans l'obscurité, sans parvenir à s'y repérer :
-...Qui c'est? Marmonna-t-il d'une voix pâteuse.
-C'est moi, andouille! Qui voudrais-tu que ce soit d'autre?
Qui d'autre, en effet...
Il ronchonna un peu, mais parvint à articuler distinctement :
-Qu'est-ce qu'il t'arrive?
-...Tu aurais un moment pour discuter?
-Hein...? Mais on est au beau milieu de la nuit et je viens à peine de me réveiller.
-...S'il te plaît?
-...
-...
-Bon, ça va, j'ai compris... Allez, entre.
La mine encore chiffonnée de sommeil, Dohko laissa échapper un grommellement sonore et tâtonna machinalement la table de nuit à la recherche d'une boite d'allumettes, en craquant une pour rallumer la lampe à huile à ses côtés. Et dès que la faible lueur commença à se diffuser dans la pièce, il eut le «plaisir» de voir son plus vieil et meilleur ami, Shion, passer la porte sans plus se soucier des politesses pour s'asseoir aussitôt à l'autre bout du lit, lâchant une longue plainte avant de se tourner vers le Chinois. Lui signifiant assez clairement qu'il avait bien l'intention de lui imposer un bon moment sa présence. Et qu'elle ne serait pas silencieuse.
Ce qu'il confirma en s'exclamant avec un désespoir quasi-théâtral :
-Ah, mon pauvre ami... Tu n'imagines même pas la nuit que je viens de passer.
Non, en effet. Mais il était presque persuadé qu'il en aurait tous les détails d'ici une petite demi-heure, qu'il le souhaite ou non...
Résigné, il étouffa donc un bâillement derrière la paume de sa main et se prépara à écouter religieusement le discours de l'Atlante, ses pensées divaguant pourtant vers des préoccupations bien moins nobles :
Il ignorait pourquoi ou comment cela avait pu se produire, mais il semblait désormais évident à Shion que la fonction de Vieux Maître comprenait également une option «confident» à plein temps. Et si un jour, celui à l'origine de cette idée avait le malheur de croiser sa route, on déplorerait probablement un nouveau décès prématuré au sein de ce fichu Sanctuaire!
(1) : Quartier d'Athènes, notamment connu pour être devenu le principal point de rendez-vous nocturne des toxicomanes / prostitué(es) / refourgueurs clandestins : j'ai comme dans l'idée que les «charmes» du Poisson et ses roses empoisonnées ne seraient pas dénoués de succès en ces lieux.
EDIT : Je ne me rends compte que maintenant que dans ma précipitation, j'ai oublié de répondre à mes reviews anonymes. Je m'excuse donc auprès de SAINT ANGEL : merci beaucoup pour tes reviews qui m'ont fait très plaisir (oui, à la fin du troisième chapitre, je te confirme qu'il s'agit bien de Rhad' XD). Pour répondre à ta question, maintenant... La beauté toujours mise en valeur d'un personnage est déjà un cliché dans les mangas eux-mêmes, en particulier Saint Seiya. Il n'y a pas de terme précis pour désigner cela, mais c'est définitivement un cliché, oui. Après, concernant l'ultra-féminisation des persos, il y a plusieurs catégories : la relation "uke/seme" en effet, où un couple ne pourra en aucun cas être interchangeable et où on mettra en avant tout ce qui fait du dominé un être effeminé et soumis et tout ce qui fait du dominant un mâle puissant et viril (assez ridicule), le "Cross-dressing" où les personnages se retrouvent affublés de costumes exclusivement identifiés au sexe opposé ou encore le "gender-bend" où l'on inverse le sexe des personnages (fanservice power! :D mais en fanart, c'est assez drôle). Je ne me pencherai peut-être pas sur tous ces clichés-là, mais je vais faire de mon mieux! Encore merci à toi!
