Salut, tout le monde!

Allez, il ne m'a fallu qu'un mois pour vous concocter la suite, cette fois-ci! ...Une suite atrocement courte et dénouée de logique qui vous fera sans doute regretter d'avoir commencé à lire ce recueil MAIS BON, on va essayer de moins tergiverser avant de commencer la lecture aujourd'hui.

Donc, allons-y gaiement et rapidement : je suis toujours pas animée d'une envie folle d'écrire en ce moment. Ma situation est en train de... eh bien "s'améliorer" serait un grand mot, mais... ça se tasse. Voila, ma situation se tasse, petit à petit. Avec un peu de chance, je pourrai bientôt faire un break. J'ai bon espoir. Dans tous les cas, encore une fois, un immense merci à vous et à vos messages de soutien qui m'ont fait beaucoup de bien. Je sais que je ne suis pas très bavarde sur internet en ce moment et que j'ai pas mal de reviews en retard, mais votre sollicitude m'a énormément touchée. Soyez juste gentils et accordez-moi un peu plus de temps, je vous jure que je fais de mon mieux pour tenir le bon bout.

Pour rester dans ce sujet, je m'empresse d'apporter quelques réponses à mes chers reviewers non-inscrits :

SAINT ANGEL : Bah, je ne pourrai pas dire que mes vacances n'étaient pas pourries, désolée. Mais on va dire qu'il y a quand même eu quelques courtes périodes fort sympathiques. Enfin, ça me remonte quand même le moral de voir que ce cliché a pu faire rire autant de gens! J'ignorai d'ailleurs que c'était une caractéristique commune, chez les Capricornes, de s'adonner à de tels questionnements! J'avoue, de mon côté, m'être beaucoup amusée à rédiger le passage sur Shaka et celui sur Milo. Et de rien, voyons, j'ai été ravie de répondre à tes questions : merci à toi de rester fidèle à ce recueil! Quand au Aioros/Shura... Continue ta lecture, veux-tu?:D

elie : Grand merci pour la review! Par contre, je me dois de répondre à ta question par la négative, navrée. Pour la simple et bonne raison que Saga EST un personnage larmoyant. Je veux dire : dans le manga, les personnages qui pleurent le plus souvent sont les Bronzes... et Saga. On voit parfois d'autres Ors pleurer (Mû, Kanon, ...) mais Saga... A CHAQUE FOIS QU'ON LE VOIT, IL PLEURE! Dans son bain, devant Seiya, après avoir été ressuscité, même des larmes de sang! Et c'est pas juste les petites larmes mignonnes, non, c'est bien le torrent de larmes "made in Kurumada". Alors, en disant ça, je ne ruine en rien son image : Saga est un incroyable guerrier, un chevalier d'une puissance quasi-divine et un personnage clé de l'histoire, mais... voila, quoi. Désolée, ça ne va pas changer chez moi. J'espère juste que tu ne m'en voudras pas. ...Merci quand même d'avoir laissé un commentaire! :)

leia26 : Hello! ...Waoh, 6 commentaires d'un coup? Tu me gâtes! :) Merci beaucoup pour ton enthousiasme et tes appréciations, ça me va droit au coeur! Pour répondre à tes quelques questions, je ne déteste en rien Camus (patriotisme power!) mais comme je ne le trouve pas "si" inexpressif dans la série originale (il sourit pas mal dans les flash backs), j'ai essayé de casser un peu le masque infaillible. Et oui, les enfants sont des démons sortis tout droit des Enfers pour nous pourrir l'existence... Well done, mister Hadès. Well done. Bref XD Merci encore à toi!

Bon, pour la suite :

-Toujours pas de droits sur Saint Seiya, mais qui sait? Si même Star Wars a pu être racheté par Disney, je n'abandonne pas le combat.

-Cet OS n'a pas arrêté de changer en cours d'écriture... A la base, ça devait être un Rhad'/Kanon, qui s'est ensuite changé en CaMilo pour finalement devenir... ça. O-O Ne me demandez pas comment ça se fait, je n'en ai fichtrement aucune idée!

-Mes remerciements éternels vont à Saharu-chan : pour ta présence et ton soutien constant, ma belle amie, merci mille fois. Et bon courage à toi!

-Je sais que pour la plupart des gens, Shura va automatiquement avec DM, et c'est seulement maintenant que je commence un peu à comprendre pourquoi (merci, Alaiya). Mais pour moi... Non. Juste non. Désolée.

-Douzième cliché exploité, le multiforme "Alternate Universe" (restons français, "Univers Alternatif") : vous connaissez tous, mais on va revoir les bases ensemble. Vous définissez votre propre Univers : ça peut se passer dans notre monde, à une époque terminée, dans un futur proche ou lointain, même dans un monde de fantasy ou de science-fiction si vous êtes inspiré! Une fois les bases de votre Univers établies, vous y faites intervenir les personnages de votre fandom et ré-écrivez à votre sauce leur histoire. A ce sens, on peut presque considéré le Cross-over comme un sous-genre de l'AU. Moi, honnêtement, j'ai beaucoup de mal avec ce genre, parce que j'ai du mal à me représenter les personnages dans un monde que je ne leur défini pas comme "propre" (une fois, j'étais tombée sur une fic de Game of Thrones qui se passait dans un lycée... DANS UN ETABLISSEMENT SCOLAIRE, MERDE! O-O). Bon, après, tout n'est pas à jeter et parfois, il arrive que je me laisse séduire par une ou deux de ces histoires (les très rares concernées se reconnaîtront, je pense). Mais comme ce n'est clairement pas ma tasse de thé, je me suis ici grandement éloignée de l'idée principale. On verra bien!

Voila, merci à tous pour votre attention et bonne lecture!

Alternate Universe :

Le calme était enfin retombé dans la chambre.

Les ombres avaient cessé leur danse endiablée à la lueur des lampes, les flammes s'immobilisèrent enfin. Les nombreux grognements avaient fini par se taire, se résumant désormais à quelques souffles apaisés. Et enveloppé dans la chaleur moite de ce silence paresseux, Aioros resserra sa prise autour du corps voisin, étendu à ses côtés sur les draps froissés et trempés de sueur, pour déposer un baiser dans l'épaisse tignasse brune qui lui faisait face :

-Shu'...?

Shura, sentant sans parvenir à s'en émouvoir le souffle tiède du Grec contre son oreille, ignora ce qui ressemblait à un début de question. Il était de ces hommes qui n'avaient guère besoin de discours dans de telles situations : les bras d'Aioros autour de sa taille, ses lèvres contre sa peau, le murmure du vent depuis la fenêtre entrouverte... c'était tout ce qu'il lui fallait. L'After-Love aurait dû se résumer à cela, en évitant toute initiative inutile et prise de parole maladroite. Il en était intimement convaincu.

...Malheureusement pour lui, il avait pris pour amant un homme désespérément sincère et honnête, éprouvant le besoin vital de communiquer à son entourage la moindre de ses idées. Le moindre de ses doutes. ...La totalité de ses pensées. Et lorsque ce dernier se remit à murmurer l'insupportable surnom qu'il lui avait octroyé contre son gré, Shura comprit qu'il n'y couperait pas : la conversation n'était plus évitable.

-Quoi? Articula-t-il avec mauvaise humeur.

Une hostilité à laquelle le Grec était habitué. Aussi ne s'en formalisa-t-il pas outre mesure et se décida enfin à mettre des mots sur ses pensées :

-En fait, j'ai un peu discuté avec Milo, cet après-midi...

-Aioros. Je suis sûr que tu as de très bonnes raisons d'avoir choisi un tel individu pour ami, quand bien même elles m'échappent parfois. Mais qu'il soit la première personne que tu évoques après ce que nous venons de faire...

-Eh bien?

-Je t'avouerai que je commence à avoir des doutes sur votre relation.

-Tu aurais peut-être préféré que la première personne que j'évoque soit Saga?

-...Par l'Enfer, non!

Face à cette expression écœurée, Aioros éclata d'un rire franc, qu'il finit par étouffer dans les cheveux de l'Espagnol. Ce qui ne l'amusa pas outre-mesure.

-Bon. Et que t'a-t-il donc dit de si important, pour que tu éprouves le besoin de m'en parler?

-Oh, rien d'exceptionnel. Il a disserté sur Camus, comme d'habitude... Et ça m'a fait réfléchir.

-La conversation ne me plaisait déjà pas, mais tu ne fais rien pour arranger ton cas...

-Veux-tu bien m'écouter jusqu'au bout avant de tirer les pires conclusions? Soupira Aioros.

Pour toute réponse, Shura haussa brièvement les épaules, lui montrant ainsi à quel point il s'en moquait : après tout, il pourrait toujours faire semblant de l'écouter jusqu'à ce qu'il soit parfaitement rassuré et finisse par s'endormir contre lui – ce qui, trois fois sur quatre, marchait assez bien.

Ce soir, par contre, ça s'annonçait d'avance mal barré :

-Eh bien, tu connais Milo : c'est un être extrêmement passionné.

-Certes.

-Et tu sais comment il se comporte dès qu'il est question de Camus.

-Hmm.

-Eh bien, figure-toi qu'il a une nouvelle théorie des plus intrigantes!

-Oh...

-...Ça ne t'intéresse absolument pas, n'est-ce pas?

-Navré, je n'ai jamais été très bon acteur.

-Shura, s'il te plaît! ...C'est important pour moi.

Vaguement étonné, et surtout vexé d'avoir été perçu à jour aussi vite, l'Espagnol daigna accorder un soupçon d'attention à l'étrange énergumène, dont la voix vibrait d'une émotion mal contenue, avec qui il avait choisi de partager sa couche. Et, hélas pour lui, également son cœur...

Asco de vida.

-...Je suis désolé, concéda-t-il en s'efforçant de se montrer agréable. Quelle est cette théorie, alors?

Il sentit aussitôt le sourire du Grec se dessiner contre sa peau : sans le moindre doute, le pardon lui était accordé. Il y avait de ces indices indiscutables...

-Tu vas voir, c'est une belle idée. Et j'admets qu'elle me plaît bien...

-Faire durer le suspense, ce n'est jamais bon signe, mon cher. Venons-en au fait.

-Très bien, très bien... Essaye d'imaginer les choses comme moi : considère qu'en dehors du monde tel que nous le connaissons, tel que nous le concevons... Il y en ai d'autres.

-D' «autres»?

-D'autres mondes! Plusieurs univers parallèles au notre... Des réalités alternatives, si tu préfères. Toutes existantes, bien que non-vérifiables, dans lesquelles nous existerions aussi, tous autant que nous sommes. Avec des vies un peu différentes... Tu peux visualiser?

-...Oui, je crois. Vaguement. Mais où veux-tu en venir exactement?

Sans doute Aioros fut-il touché par l'évidente confusion dans la voix de son amant, car il déposa une nouvelle série de baisers sur sa nuque avant de lui répondre, sa voix dégoulinante d'une écœurante tendresse :

-Eh bien, notre cher Milo était prêt à affirmer que peu importe le monde en question, peu importe la réalité concernée, ...il n'y en aurait pas une seule où il vivrait séparer de Camus.

-...Et?

-Et tu ne crois pas que ça pourrait aussi être notre cas?

Et avec une douceur toute calculée, Aioros laissa glisser ses mains le long des hanches de Shura, dans une caresse délicate et terriblement sensuelle, qui ne manquerait pas de faire son effet sur l'ardent Hispanique. D'un instant à l'autre, Shura le gratifierait d'un langoureux gémissement, et toux deux se laisseraient plonger dans le romantisme absolu du moment. Déjà, il pouvait sentir les lèvres de son bel Espagnol s'entrouvrir...

Pour lâcher un bâillement.

-BORDEL, SHURA !

-Mais quoi, à la fin! On est déjà ensemble dans cette réalité là! Ça ne suffit plus à te rendre heureux?

-Mais si, voyons! Seulement, ça ne te rend pas curieux, toi, d'imaginer toutes les possibilités que ça génèrerait?

-Bah...

-Allons, penses-y : tous ces scénarios que l'on peut créer... Tu n'y vois aucun attrait?

-Autant te le dire tout de suite, tu n'arriveras pas à me faire participer à tes fantaisies tordues.

-Est-ce que je peux au moins essayer? Supplia le Grec avec un sourire.

-Au point où on en est...

-Regarde, si par exemple... On était tous deux follement attirés l'un par l'autre, mais soumis aux ordres de deux autorités ennemies?

-On se détesterait. Et on finirait probablement par s'entretuer. Ce genre de scénarios n'a guère réussi qu'à Kanon... Et encore, ils essayent quand même de s'entretuer, non?

-...D'accord, le premier point est pour toi.

-Brillant. On peut donc stopper là cette discussion?

-Tu plaisantes? J'ai bien trop d'idées pour m'arrêter tout de suite!

-Oh, joie...

-Voyons... Si tu étais le Prince d'un royaume lointain et moi un brigand venu t'enlever?

-Aucune chance que je me laisse séduire par un vaurien : je m'enfuirais puis te condamnerais à la peine capitale.

-Si moi, j'étais un bel enseignant et toi un nouvel et charmant élève en situation précaire?

-Tu finirais en prison pour attouchement sur mineur, vieux dégueulasse.

-Tu es si romantique, mon amour, soupira le Grec. ...Si j'étais un condamné à mort et toi le bourreau chargé de mon exécution?

-Je ne risquerais pas mon poste juste pour tes yeux. A mon tour?

-Tiens, tiens? Je croyais que ça ne t'intéressait pas...

-Tu réponds ou tu la fermes.

-Okay, okay...

-Donc... Si j'étais médecin et toi mon patient que je saurais condamné?

-...Je mourrais, j'imagine. Et j'ai comme le sentiment que tu ne me suivrais pas dans cette voie.

-Bien vu.

-Si tu savais comme je t'aime... Bon. Et si tu étais une fille?

-Tu es l'individu le plus ouvertement gay que j'ai jamais rencontré. Tu ne me remarquerais même pas. ...Abandonnés tous les deux sur une île déserte?

-On sombrerait dans le cannibalisme, sans doute. Toi, une étoile montante et moi, ton plus grand fan?

-J'aurais bien trop peur d'un coup à la Misery pour vouloir te rencontrer. Si j'étais un écrivain raté et voulais faire de toi ma nouvelle source d'inspiration?

-Sans vouloir te vexer, si tu étais mauvais de base, je ne possèderai sans doute pas la capacité de te rendre lisible. Si je devais partir à la guerre et toi rester au pays pour m'attendre?

-En estimant que tu t'en sortes vivant, je pense que je me serais lassé et que je serais parti avec quelqu'un d'autre. Si tu étais un démon et que j'avais conclu un pacte avec toi?

-Ton âme serait détruite à jamais et je vivrais éternellement dans la souffrance de t'avoir perdu...

-Tu me vends du rêve, là...

-Eh! Et si j'étais un cheval et toi...

-Aioros. Si on part dans la zoophilie, tu dors par terre.

-...J'ai rien dit.

-Parfait. Bon... Enfin à court d'idées?

-Ne te plains pas, tu as participé! ...Mais oui, je commence à sécher.

-Cela veut-il donc dire que tu vas enfin me laisser dormir?

-...

-Oh, bon sang... Qu'est-ce que tu as encore?

-Tu te rends compte que dans tous ces cas de figure évoqués... On n'en a pas trouvé un seul ou l'on pourrait être ensemble?

-Et alors?

-...

-Tu ne vas quand même pas déprimer pour ça?

La mine effondrée du Grec répondit à sa place. Et devant un tel manque de discernement, Shura fut pris d'une envie urgente de s'arracher les cheveux :

Cette capacité quasi-surhumaine d'Aioros à s'inventer mille tracas sur des sujets aussi futiles le surprenait, parfois. L'énervait, souvent. Et malheureusement, il connaissait le Grec... Du moins suffisamment pour savoir que s'il ne trouvait pas un moyen efficace de le rassurer maintenant, il entendrait encore parler de cette histoire pour les trois ou quatre jours à venir. Au minimum. Et en restant très optimiste...

...Mierda, songea-t-il simplement en effectuant un demi-tour sur le matelas, faisant enfin face à son amant pour coller ses yeux ébène sur le visage inquiet du Grec. Qu'il entoura bien vite de ses mains avant d'y déposer un baiser, ignorant le regard surpris qu'il reçut en retour :

-...Shu'? Questionna prudemment Aioros, qui savait l'Espagnol assez avare en initiatives dans ce genre de situations.

-Je suis à côté de toi, non?

-Euh... Oui, en effet.

-Et tu ne trouves pas qu'on est bien, là, maintenant?

-Si, très bien même.

-Et tu n'es pas heureux d'être ici avec moi?

-Aussi heureux qu'un homme puisse l'être! Mais...

-Mais quoi? Ce n'est donc pas ce qu'on a toujours voulu? Une vie simple pour nous deux. Peut-être peu excitante, certes, mais je ne l'échangerai pour rien au Monde, peu importe le nombre de variantes possibles dans tes fameux univers. Je suis au moins sûr de ça. Et tu as intérêt à t'en convaincre toi aussi, si tu ne veux pas pourrir davantage cette soirée!

Aioros ne répondit rien. Ou plutôt, il n'eut guère le temps de répondre, l'Espagnol ayant de nouveau détourné la tête.

Mais après réflexion, qu'aurait-il bien pu lui dire? Comme d'habitude, Shura n'avait pas vraiment compris le message qu'il avait voulu faire passer. Cet homme était décidément trop pragmatique. Comme il était alors tentant de rejoindre son avis...

D'ignorer les images insistantes, trop réelles pour être entièrement fantasmées, qui lui assaillaient encore et toujours l'esprit. A l'en rendre fou...

Et ce fut sans vraiment y réfléchir qu'il se colla une fois de plus contre le corps chaud de son amant, murmurant à son oreille avec un vague espoir :

-Une dernière, s'il te plaît... Imagine - je dis bien imagine – que dans une autre vie, on soit des hommes surpuissants. Une sorte de chevaliers sous les ordres d'une autorité Divine, venue sur Terre pour instaurer la paix et la justice, pour laquelle nous serions prêts à donner notre vie et même notre âme, unis tous les deux sous ce concept et cette mission sacrée... Est-ce que tu penses que là, nous aurions une chance, une seule chance, de trouver le bonheur ensemble?

Voilà. La réelle question qui lui tiraillait les entrailles depuis des lustres avait enfin été posée. Ces flashs incessants, comme un souvenir trop longtemps égaré, une chanson dont une partie des paroles auraient été effacées, une voix indescriptible qui le ramenait faire un passé oublié... Aujourd'hui, il était capable de communiquer ces émotions. De les partager. Et peut-être, ce soir, serait-il en mesure d'y donner enfin un sens...

Mais Shura semblait en avoir décidé autrement. Et tout ce qu'il obtint de l'Espagnol fut une sorte de grognement, suivi d'un soupir et de cette énonciation profondément blasée :

-De toutes tes idées farfelues, il a fallu que tu termines avec celle-ci? C'est la chose la plus ridicule que j'ai jamais entendu. Alors, oui, je sais : on a pas des jobs extraordinaires, ni des vies captivantes, on ne roule pas sur l'or et notre appart' mérite tout juste le nom de logement. Mais même si ça peut te sembler idiot, ça me convient. J'ai mes propres objectifs, aussi insignifiants soient-ils, dont je ne me détournerai jamais. Et surtout, je ne suis pas seul, même si j'ai apparemment choisi de partager ma vie avec un imbécile paranoïaque. Ça pourrait être pire. Aussi, je préfère largement cette vie tranquille à une éternité de gloire et d'aventures inutiles. Alors maintenant, tu me laisses dormir si tu veux que je tienne le coup demain : monsieur Kido m'a enfin recommandé pour les cours de sa petite fille et ton abruti de frère vient diner avec sa rouquine. Alors à moins d'avoir quelque chose d'extrêmement important à me dire maintenant, buenas noches.

-Mais... Shu'...

-Quoi ? !

-...Non, laisse tomber, en fait. Bonne nuit à toi aussi... Et excuse moi.

Enfin satisfait, l'Espagnol hocha deux fois la tête et, acceptant qu'Aioros passe à nouveau ses bras autour des siens, se laissa retomber sur son oreiller, ravi d'avoir pu clore cette conversation et d'en avoir le dernier mot. Pensée assez agréable pour le faire sombrer rapidement dans les bras de Morphée.

Aioros, lui, ne put s'offrir immédiatement ce luxe. Encore perdu dans des pensées qu'il avait du mal à chasser...

Peut-être que Shura avait raison, après tout. Peut-être qu'il avait toujours eu raison. Que ces songes éveillés, ces éclairs dorés qu'il apercevait parfois en fermant les yeux, cette soif constante et intarissable de justice qui l'avait poussé vers des études de droits, cette étrange impression lorsqu'il avait rencontré Shura pour la première fois d'être absolument certain qu'il était la personne qu'il avait toujours attendu... Eh bien, peut-être que tout ça n'avait pas à s'expliquer.

Des chevaliers... Oui, après tout, c'était assez idiot. L'idée même de s'imaginer enfermé dans une armure, partant pour le champ de bataille, avait quelque chose de risible : un empoté comme lui détestant toute complication? Quelle blague! Il n'était pas Sagittaire pour rien...

...Tant pis, concéda-t-il alors en se rallongeant plus confortablement : s'il restait une part d'inexpliqué dans sa vie, c'était sans doute pour le mieux. Et il avait l'idée saugrenue que s'il continuait dans cette voie-là, Shura finirait peut-être par mettre ses régulières menaces de mort à exécution... Haha.

En somme, ce n'était pas une mauvaise vie. Loin de là. Et se laissant enfin plonger à son tour dans un sommeil mérité, il ne put songer qu'à une dernière chose avant de souffler les bougies parfumées sur la table de chevet : du plus profond de son cœur, il espérait que personne d'autre que lui n'avait prêté attention aux concepts de ce satané Milo, et ruiné sa nuit autant que la sienne.

XxXxXxX

-Attends, et celle-ci? Si j'avais contracté une grave maladie mentale m'ayant poussé à essayer de te tuer et que tu m'en aurais voulu au point de souhaiter te venger auprès de l'humanité entière?

Silence.

-...Saga?

-Oui, mon frère?

-Ta gueule et dors.