Salut, tout le monde!
Et joyeux Hallo... Ah, non, trop tôt. J'ai cru comprendre que certains d'entre vous s'attendaient à me voir poster le 31 pour parodier cette merveilleuse fête populaire, mais... c'eût été horriblement «cliché», non? :3 D'autant plus que j'avoue un certain attachement pour cette fameuse soirée, alors je vais l'épargner... au moins cette année.
Bref. Je sais que mes posts sont très espacés en ce moment : mon moral n'y est cette fois-ci pour rien. Je vais vraiment mieux. Ce n'est pas encore l'utopie, mais j'arrive à garder le moral : à cela, une fois encore, un grand merci à tous ceux et toutes celles qui m'ont envoyé de si gentils messages de soutien. Ça a vraiment représenté beaucoup pour moi!
La raison, donc, de ces longs délais? Une surcharge de travail cette année : passer des concours, ça ne pardonne pas. Mais je vais vraiment essayer de me trouver du temps pour écrire : sinon je crois que je ne vais pas tenir le coup XD
Malheureusement, je crois que, cette fois-ci, je n'ai pas eu le luxe de répondre à tout le monde en ce qui concerne les reviews. Je m'en excuse sincèrement, mais j'ai un peu manqué de temps ces dernières semaines. Je me rattraperai la prochaine fois, promis! En attendant, mes réponses aux non-inscrits :
SAINT ANGEL : Non, j'ADORE le chocolat : nuance XD Blague à part, tu me rassures grandement, vu que je maîtrise très mal le personnage de Shura, que j'adore pourtant : me voilà soulagée! Par contre, le cliché School Fic... Eh bien, je l'ai déjà parodié. Merci pour ton commentaire! Bises!
leia26 : Simple. Net. Concis. Merci.
elie : Ah, je ne pense pas de mal de Saga (bon, j'ai parfois envie de le frapper, mais n'est-ce pas la même chose pour tout le monde?), c'est juste que je le perçois ainsi à cause de ses états d'âme dans le manga. Mais tout comme toi, je suis toujours contente de le retrouver quelque part! :) Non, je ne sèche pas : j'ai même TROP de clichés en tête pour tous les parodier et cela m'énerve un peu XD Mais je vais voir combien de temps j'arrive à durer à ce rythme. Merci à toi pour tes reviews, en espérant que ce chapitre te plaira aussi :) Bises!
Pour l'OS d'aujourd'hui :
-Mes économies me semblent bien maigres pour obtenir des droits sur Saint Seiya... Mais je n'abandonne pas U.U
-Pour des raisons logiques de chronologie, j'aurais dû poster ça le 31. Mais je n'aurai clairement pas le temps. Vous saurez me pardonner, j'espère.
-Ma gratitude éternelle et toute ma tendresse vont vers ma chère amie Saharu-chan, que j'ai enfin eu la chance de rencontrer! Mon avis n'a pas changé : c'est une personne formidable et des plus généreuses, je suis fière d'être son amie. Cet OS est d'ailleurs pour elle car je lui avais laissé le choix des protagonistes : voilà donc tes deux Scorpions adorés en vedette, ma chère belle! J'espère que tu apprécieras car j'avoue avoir un peu galèré XD Pour les autres, l'échange peut paraître un peu ambigu sur la fin mais personnellement, je ne veux créer aucun sous-entendu douteux entre eux. Après, libre à vous de voir ce que vous voulez voir. Enjoy, Sa-chan... or try to T-T
-Treizième cliché exploité, l'annuel «Birthday Fic». On aime nos petits persos adorés alors on leur rend hommage comme on peut... Et souvent, ça donne ça : «Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de A et tous ses copains lui préparent une petite fête!» ou ça : «C'est l'anniversaire de B mais son bien-aimé C semble l'avoir totalement oublié : quelle surprise lui prépare-t-il?» ou encore ça : «D fête son anniversaire mais son chéri adoré E n'a toujours pas de cadeau à lui offrir : que va-t-il se passer?». ...Eh bien, à mon tour de montrer à ces «chers» guerriers comment je vois une histoire d'anniversaire :D Mes excuses, donc, pour la faiblesse stylistique et scénaristique qui va en découler.
Sur ce, bonne lecture!
Birthday Fic :
31 Octobre, Sanctuaire d'Athéna
-...
-Bon, ils en mettent du temps à revenir!
-Oui.
-C'est quand même bizarre qu'ils s'absentent comme ça.
-Si peu.
-Ça fait un bon moment qu'ils sont partis, en plus.
-Parler sans cesse ne nous donnera pas l'impression que le temps passe plus vite. Loin de là.
Rembarré selon les règles de l'art, Milo du Scorpion choisit prudemment de se taire et de se faire un peu plus petit sur son siège. Ce qui, du haut de son mètre quatre vingt cinq, n'était pas chose aisée. Surtout face à son interlocuteur forcé, immobile, qui ne daignait même pas se tourner vers lui pour lui adresser la parole.
Même défait de son effroyable Surplis, Rhadamanthe de la Whyvern restait un homme potentiellement intimidant.
Jambes croisées sur son siège, le visage à demi caché par un journal qu'il avait eu la chance de trouver dans la pièce, le juge des Enfers fournissaient manifestement de réels efforts pour ignorer jusqu'à la présence de Milo à ses côtés. Sur le principe, le Scorpion ne songeait pas vraiment à lui en faire la réflexion : s'il n'était pas né avec la langue aussi bien pendue, il aurait été fort tenté de suivre son exemple. Mais l'idée de prolonger cet insupportable silence, qui rendait la pièce principale du Temple du Verseau encore plus vide et austère, ne l'enchantait pas vraiment non plus.
Oh, Camus, son cher Camus, allait le lui payer très cher. Tout comme l'abruti Gémellaire qui lui servait de meilleur ami, d'ailleurs!
Il s'était pourtant montré très conciliant depuis la fin des Guerres Saintes, non? Lorsqu'Athéna avait émis le désir d'établir un cessez-le-feu avec ses éternels tortionnaires, il avait gardé pour lui ses récriminations. Quand son bien aimé Camus avait à son tour approuvé cette démarche, dans le but exclusif et personnel de renouer avec son disciple Isaak, Milo ne s'était pas offusqué. Même lorsque Kanon se mit à fréquenter un peu trop régulièrement un spectre au visage désagréablement familier, Milo s'était contenté de serrer fort la mâchoire et de forcer un sourire : un effort que même Saga n'avait pas su fournir.
Bref. Il aimait Camus. Kanon était son ami. Et les Dieux savaient tout ce qu'il aurait été prêt à accomplir pour eux. Mais de là à ce qu'ils se mettent tous les deux d'accord pour abandonner leur «tendres moitiés» respectives au même endroit, dans une sorte de conspiration suspecte, et pour une durée indéterminée, il avait la légère impression qu'on se foutait de sa gueule. D'autant plus que le Verseau et l'ex-Général n'avaient jamais manifesté auparavant le moindre désir de s'entretenir ensemble seul à seul, ni même de développer leur relation au delà du minimum syndical (la plupart de leurs échanges se résumait à : «Oh, salut.» «Bonjour.» «Ça va?» «Fort bien» «Ah, tant mieux. A plus.» «Au plaisir.»). Il aurait été exagéré de dire que les deux hommes ne s'entendaient pas. Seulement, ils ne s'étaient jamais donnés les moyens ni les occasions de mieux se connaître. Raison pour laquelle dans l'absolu, Milo et Rhadamanthe n'auraient jamais du avoir la moindre raison de chercher quoique ce soit à se dire... Jusqu'à aujourd'hui.
Et le Scorpion commençait sérieusement à désespérer, l'atmosphère lui semblant plus lourde à chaque seconde qui passait :
-Euh... C'est intéressant? Demanda-t-il distraitement en désignant le journal dans lequel le blond avait fourré son nez.
-Je ne comprends pas le français.
...Vague silence.
-Alors pourquoi as-tu commencé à le lire?
-Parce que j'avais l'absurde espoir qu'en me voyant occupé, tu m'épargnerais l'effort d'une conversation, soupira le juge en repliant l'édition que Camus avait ramené de son dernier séjour à Paris.
-...Ah.
-Mais maintenant, je réalise que c'est inévitable. Alors parle, Scorpion. Mais uniquement si tu as quelque chose d'important à dire.
Le tout déclaré d'une voix fort peu avenante, Rhadamanthe le dévisageant avec un réel ennui. Si bien que Milo hésita un long moment avant de s'exprimer, incertain de ce que le spectre pouvait bien considérer d' «intéressant». ...Mais décidant qu'il aurait été contre-productif de garder ses opinions pour lui, il se mit à fixer le juge pour lui assener, avec un sérieux qu'il n'arborait plus que peu :
-Eh bien, je pense que nous sommes les victimes d'un complot.
L'accusation ne déclencha rien de plus qu'un clignement désabusé chez son vis-à-vis :
-Un «complot»?
-Tu trouves ça normal, toi, que Camus et Kanon aient voulu s'entretenir ensemble, rien que tous les deux, en nous laissant seuls, alors que je ne les ai jamais vu tenir une conversation de plus de vingt secondes?
-...Ton partenaire et ton meilleur ami se donnent le temps de mieux se connaître et la première conclusion qui te vient, c'est l'idée d'un complot contre toi?
-Contre nous!
-Vous êtes donc tous paranoïaques. J'en prends bonne note.
-Mais enfin, tu ne trouves pas ça sur-réaliste ? !
-Non.
-Eh bien, apprends qu'au Sanctuaire, une attitude pareille n'est pas NORMALE !
-Peu usuelle, modéra le spectre avec une grimace légèrement moqueuse. Et quelle serait la nature de cette conspiration? Éclaire-moi, je t'en prie.
A la grande satisfaction du spectre, sa question perturba quelque peu le Scorpion, qui prit son temps pour y réfléchir, laissant reposer son menton dans une de ses mains, fixant d'un air pensif la porte de la chambre de Camus. Dans laquelle les deux chevaliers s'étaient enfermés depuis bientôt vingt minutes. Un temps terriblement long pour une simple discussion, à son humble avis...
Vingt minutes. Kanon seul avec Camus. Dans une chambre.
Milo se releva brusquement, son sang ne faisant qu'un tour alors que des scénarios des plus incongrus se multipliaient dans son esprit :
-Qu'est-ce qu'il te prend? Demanda Rhadamanthe, surpris d'un tel changement d'attitude.
-Rhadamanthe... J'espère juste pour toi que ton sale conspirateur de compagnon n'a pas l'intention de «connaître» MON Camus plus que nécessaire...
A cette réflexion, le blond ouvrit bêtement la bouche quelques secondes, sidéré, sans prononcer le moindre mot. De toute évidence, la bêtise de cet homme n'avait guère fini de l'étonner. Ce qui ne l'empêcha pas de répondre, aussi platement que possible :
-Nous savons bien tous les deux que Kanon n'aime pas le terme de compagnon. Quant à tes soupçons, je peux t'assurer qu'il porte au Chevalier du Verseau à peu près autant d'intérêt qu'à ses premières cothurnes.
-Tu n'en sais absolument rien! Après tout, vous pouvez vous montrer aussi perfide l'un que l'autre!
-Rien de ce que je pourrai te dire ne saurait te convaincre que ni lui, ni moi ne sommes intéressés, n'est-ce pas?
-C'est pas ça! S'emporta une fois de plus le Scorpion. J'ai horreur de l'incertitude, c'est tout. Et je ne comprends pas ce qu'il se passe! Ils se sont enfermés depuis près d'une demi-heure. Qu'est-ce qu'ils se racontent? Qu'est-ce qu'ils font? Pourquoi c'est aussi long? Est-ce qu'ils...
Soudain, il se tut. Comme frappé par une révélation divine. Et à la simple lueur qui traversa son regard, l'espace d'une seconde, Rhadamanthe comprit qu'une nouvelle idée absurde lui était venue à l'esprit. Aussi se prépara-t-il mentalement au pire lorsque le Grec se tourna vers lui, un sourire idiot aux lèvres, le teint légèrement plus prononcé :
-...Quoi? Osa demander le juge.
-Tu... Tu ne crois pas que si ça se trouve...
-Mais quoi, par tous les Dieux?
-Eh bien... Peut-être qu'ils attendent juste... qu'on les rejoigne.
Silence.
Rhadamanthe jeta un regard insistant au huitième gardien, comme pour lui signaler qu'il craignait de ne pas comprendre où il voulait en venir... ou plutôt, justement, de trop bien comprendre. Une impression qui se confirma lorsque le sourire du Grec s'élargit davantage. Le juge vit rouge :
-Ta réputation n'est plus à faire, Scorpion... Mais t'arrive-t-il parfois de penser à quelque chose qui ne se rapporte pas systématiquement aux instincts primaires?
Milo ne répondit pas, son regard toujours aussi explicite :
-Donc, résumons... Tu ne veux en aucun cas te représenter qui que ce soit s'approcher de ton partenaire, mais t'imaginer de tels scénarios ne te donne aucun scrupule?
-Tu viens bien de dire que Kanon n'était pas vraiment ton compagnon, non? Donc, ce n'est pas un problème...
-Tu sais très bien ce qu'il en est. Alors ne joue pas avec mes nerfs, Scorpion, tu pourrais le regretter.
-Ne te donne pas de grands airs! Je suis sûr que toi aussi tu trouves l'idée... intéressante.
Blanc.
-Absolument pas, maugréa le Spectre en se tournant dans la direction opposée, ayant du mal à croire qu'ils étaient vraiment en train d'avoir ce genre de conversations.
-Mais bien sûr...
-Je ne suis pas insatisfait à ce point. C'est ton cas?
-EH !
-Bref.
-Humpf! Ça ne résout pas ma question!
-Et que veux-tu que je te dise? Qu'ils se sont lassés de ton babillage et qu'ils sont partis faire un somme? Qu'ils médisent tranquillement sur notre compte? Qu'ils méditent sur un moyen de nous tuer? Qu'ils...
Ce fut au tour du juge de s'interrompre brusquement, sans raison apparente. Milo le crut d'abord à court d'hypothèses. Il comprit rapidement que ce n'était pas le cas : tout comme lui il y avait de cela un moment, quelque obscure raisonnement s'était implanté dans le crâne du spectre... et ne semblait pas prêt à s'en déloger.
Milo eut un sourire :
-«Qu'ils»...?
-Non. Rien. Oublie.
-T'as pensé à quoi?
-A quelque chose de ridicule qui ne vaut même pas la peine d'être énoncé à haute voix. Fiche moi la paix.
-Trop tard. Allez, je te jure que ça ne sortira pas de ce Temple. Dis-moi tout.
Le blond lui jeta un regard en biais, lui signalement assez clairement qu'il ne lui faisait en aucun cas confiance là-dessus (ce qui n'était pas forcément une erreur de jugement). Mais les yeux de Milo se faisant à chaque seconde plus insistants et persuasifs, il se surprit à soupirer une énième fois, pour ensuite lever les yeux au plafond avec une profonde lassitude :
-Bon... Tu es Scorpion.
-Remarquable esprit de déduction!
-Shut up.
-Oui, je le suis. Et alors?
-Moi également.
-Ah? S'étonna ouvertement le Grec. Tu es né quand, Whyvern?
-Le 30 Octobre.
-...C'était pas hier?
-Si.
-Bah, joyeux anniversaire.
-Merci.
Nouveau silence. Que Milo s'empressa de rompre, haussant un sourcil alors qu'il marmonnait :
-Excuse-moi, mais j'ai du mal à voir le rapport...
-Quelle est ta date de naissance?
-Euh, le 8 Novembre. Pourquoi?
-A peine dans une semaine, donc.
-«Donc»?
Rhadamanthe ignora la question et récupéra le journal abandonné, le rouvrant pour se cacher le visage, laissant ainsi Milo encore quelques minutes à sa réflexion.
Puis, hébété, il comprit :
-Attends! Tu crois qu'ils...
-Je sais, l'interrompit le spectre. Je t'ai accusé d'idées saugrenues alors que clairement, je viens de te battre à ce jeu-là. Mes excuses.
Il avait espéré clore là cette conversation. Sincèrement. Mais c'était sans doute sans compter sur l'horripilante obstination du Scorpion, qui ne put s'empêcher de finir sa phrase :
-Tu crois qu'ils nous préparent une surprise d'anniversaire?
Rhadamanthe, refusant toujours de lui faire face, n'osa guère affronter la réaction du Grec : il sentait déjà arriver un rire puissant et moqueur. Ou peut-être un sourire narquois et empli de pitié. Ou encore qu'il se lève carrément pour lui flanquer une gifle, histoire qu'il ne laisse plus jamais échapper pareilles imbécilités (honnêtement, il ne lui en aurait pas voulu).
...Aussi fut-il fort surpris lorsque, après s'être permis un coup d'œil vers le chevalier, il réalisa que ce dernier se gardait de tout commentaire acerbe, assis sagement sur son siège, avec au fond des yeux un étrange éclat. Qui ressemblait presque à de l'espoir.
Hautement déstabilisant pour un homme qui ne savait susciter que des émotions négatives auprès d'inconnus.
-Eh... Ça me fait réellement plaisir que tu te sois abstenu de te payer ma tête, mais tu ne vas pas me dire que tu y crois, tout de même?
-Ben, c'est pas tant que j'y crois. C'est juste que...
Il baissa les yeux et commença à entortiller ses doigts, comme un enfant sur le point de se faire réprimander :
-J'ai envie d'y croire.
Blanc.
-Scorpion. Tu penses sérieusement que derrière cette porte se trouvent tes amis, mes collègues et mes frères avec une montagne de présents, tous prêts à crier «Surprise» ?
-Encore une fois, je ne dis pas que c'est le cas. Mais j'aimerais que ça arrive. Pas toi?
L'expression que lui renvoya le juge n'avait rien engageante et semblait hurler à elle-seule «Seriously?». Ce qui ne dérangea pas assez le Grec pour l'empêcher de se lancer dans un nouveau monologue, au grand désespoir de Rhadamanthe :
-Tu sais, ça fait à peine un an et demi que toute cette histoire s'est «tassée». Les choses se sont un peu enchaînées, on avait du mal à réaliser qu'on... qu'on était en vie, tout simplement. Alors, j'avoue qu'on s'est tous montré un peu égoïste. Je crois qu'on avait peur qu'une vie aussi facilement reçue pouvait aussi nous être reprise en un instant. On était heureux, tu sais, et pourtant terrifiés. Alors on s'est intéressé en priorité à nous-mêmes. Et à ceux qui nous étaient les plus chers. Des retrouvailles en dehors des réunions officielles, on en a pas vraiment fait. Aioros a essayé de passer le maximum de temps avec son frère, histoire de rattraper toutes ces années de perdues. La même avec les jumeaux, avant que tu ne viennes y foutre la merde. Et moi... Il ne me restait que Camus. Je ne voulais rien d'autre, d'ailleurs. Mais lui, il avait encore Hyoga et Isaak. Et jamais je ne pourrai le priver d'eux, même si je le voulais : il a autant besoin d'eux qu'eux de lui. L'an dernier, on a pas fêté mon anniversaire. Il était en Sibérie. En Février, il y est retourné. Du coup, rien. Rien du tout. Alors, tu vois, si cette année, quelqu'un - une seule personne - s'en est souvenu... Ça me rendrait heureux. Et toi?
Rhadamanthe se donna du temps pour répondre.
Les confessions, il les connaissait entre les murs sombres et froids de son tribunal. Rien de plus que quelques banales vérités balbutiées par de potentiels pécheurs cherchant vainement à adoucir son jugement. Il les avait en horreur. Mais l'homme qui s'adressait à lui n'était plus le guerrier déprécié qu'il avait sans regret laissé sombrer au cœur des Enfers. En fait, il ne l'avait peut-être jamais été. Cet homme venait de lui ouvrir la porte de son esprit, comme l'on se confie sans réfléchir à un vieil ami... et l'idée n'était pas déplaisante. Pas totalement.
-Tu sais, ça ne s'est jamais fêté aux Enfers, ce genre d'évènements.
Ce fut au tour de Milo d'exprimer sa surprise, bien que par un simple changement d'expression : le Sanctuaire n'avait jamais été très porté sur ce genre de célébrations, mais ça en les avait jamais empêchés, plus jeunes, de se réunir de temps à autres pour féliciter tel ou tel chevaliers d'avoir survécu une année de plus.
-Jamais?
-Pour nous, un anniversaire est un peu dérisoire : nous sommes déjà morts et ce n'est qu'une façon parmi d'autres de nous le rappeler. Et puis, après plusieurs millénaires... on finit par oublier. Et on s'y fait assez bien. Kanon ne connait même pas ma date de naissance, après tout... Ce n'est pas bien grave.
Une affirmation qui prenait des airs de mensonge alors que pour la première fois depuis bien des siècles, Rhadamanthe se penchait réellement sur le problème.
Il aurait été faux d'affirmer que le jour de sa naissance sombrait systématiquement dans l'oubli : chaque année, sans faute, il recevait au moins une carte de vœux signée de ses quatre fidèles serviteurs (bien qu'il soupçonnait fortement qu'en réalité, Valentine soit le seul à s'en rappeler et à forcer les trois autres à signer à leur tour). Mais en dehors de cela, la journée restait ordinaire. Ni plus, ni moins. Et longtemps, il avait tenté de se convaincre que c'était dans l'ordre des choses.
Mais Milo venait de réveiller quelque chose. Une émotion qu'il pensait avoir maîtrisé avec les années. L'envie quelque peu égoïste de valoir, l'espace d'une journée, un peu plus. Rien qu'un peu. Juste assez pour que les yeux de Kanon se posent sur lui, joyeux et espiègles, comme il les aimait. Le temps qu'il lui murmure «joyeux anniversaire...», avec ce sourire qu'il ne semblait garder que pour lui.
Et alors que Milo se levait de son siège, le juge constata avec stupéfaction que, oui, lui aussi voulait croire... à quoi? Une clameur générale leur étant destiné? Une pluie de confettis lâchée par ses frères? Un pâtisserie quelconque ou trônerait une vingtaine de bougies?
...C'était idiot. Et d'une certaine manière, c'était d'autant plus réconfortant. Tout comme cette absurde chaleur qui se mit à envahir sa poitrine lorsque Milo posa sa main sur la poignée et se tourna vers lui, attendant son approbation pour la clancher.
Rhadamanthe hocha la tête, se sentant presque frémir. Et Milo ouvrit la porte.
…
..
.
Rien.
La pièce, plongée dans l'obscurité, ne renfermait plus aucune présence humaine. Pas plus que de présents couverts de papier coloré ou de gâteau. Pas de confettis, de serpentins, ou d'inscriptions ridicules sur une grande banderole. Rien d'inhabituel. Rien de spécial.
Rien.
Milo se détourna lentement de la chambre, lâchant un soupir à fendre l'âme. Rhadamanthe, lui, se contenta de baisser les yeux : dans le fond, ils s'y étaient attendus.
-Bon... Eh bien, tant pis, fit simplement le Scorpion. C'est pas comme si j'avais pas l'habitude qu'ils m'ignorent tous, après tout...
-Parce que tu t'imaginais vraiment que ces égoïstes se donneraient autant de peine pour nous? Lui répondit le juge qui avait retrouvé un visage inexpressif.
-...Pas vraiment. Tu sais, j'aime Camus. Réellement. Mais je reconnais sans mal qu'il est le type le plus insensible de cette foutue planète.
-Et Kanon est le pire opportuniste que cette ai jamais porté : jamais il ne ferait quoique ce soit sans y trouver un intérêt personnel.
-Et les voilà barrés le Dieux savent où, en nous laissant comme des cons.
-Exact. Ils n'ont pas raté leur coup, s'ils souhaitaient vraiment nous humilier.
-Et pour les autres... Tu les voyais nous offrir quoique ce soit, cette bande de pingres?
-Je n'espérais rien... et si tu reparles de foursome, je pars.
Milo n'y refit pas allusion. Il choisit plutôt de se planter devant le spectre - qui lui jeta un regard circonspect - avant de lui demander :
-Du coup... T'as rien reçu, hier?
-Si. Ma fiche de paye, c'était la fin du mois.
Pour la première fois depuis le début de cette horrible journée, Milo rigola franchement. Sa sympathie naturelle, qui envahissait habituellement son visage lorsqu'il délaissait son armure, avait refait surface :
-Tu sais, on a pas grand chose ici-même, au Sanctuaire... Mais en descendant au village en contre-bas, on peut trouver quelques bouteilles. Oh, rien d'exceptionnel, mais ça reste suffisant pour faire passer un coup de déprime. Très utile quand on vit entouré d'andouilles.
-...
-...
-Et alors?
Milo roula un instant les yeux, se demandant quel genre de lavage de cerveaux les spectres d'Hadès avaient bien subir pour devenir irréceptifs à la moindre marque de gentillesse, et reprit de manière un peu plus claire :
-Je commence à me demander si tu le mérites vraiment, mais je t'invite à prendre un verre. A mes frais. Par pure pitié. Sauf si, évidemment, tu tiens à passer une nouvelle année sans que l'on t'offre quoique ce soit. Parce qu'honnêtement, ça m'a tout l'air d'être le cas.
A la tête que lui renvoya le Juge, Milo se demanda une nouvelle fois s'il avait réellement compris ce qu'il cherchait à lui dire. A vrai dire, rien n'était moins sûr : Rhadamanthe se contenta de le regarder, silencieusement, son expression indéchiffrable. Son visage semblait sévère, sa mâchoire ferme... Mais Milo pouvait voir dans ses yeux qu'il était totalement perdu. Comme déstabilisé par cette proposition amicale, dénuée de malice ou d'ambiguïté, que lui faisait cet homme qu'il considérait encore une heure auparavant comme un presqu'inconnu. Ce qui n'était pas si loin de la vérité.
Alors, non. Il comprenait la question. Il ne comprenait pas la raison... Et franchement, ça ne lui posait plus vraiment de problèmes. Ce n'était plus important.
Le coin de ses lèvres se souleva d'un demi-centimètre, dans une esquisse de sourire fugace. Mais pas assez rapide pour que Milo ne l'ignore. Et n'y réponde à son tour par un visage radieux.
-Ça ne m'enchante pas vraiment... Mais c'est peut-être la façon la moins mauvaise de finir cette journée, en effet.
-Tu es d'accord? Se réjouit le Scorpion, le regard lumineux.
-Mais sache que j'ai particulièrement horreur d'avoir des dettes.
-...Euh, je ne comptais pas te faire payer, tu sais.
Une nouvelle ébauche de sourire prit place sur le visage du Spectre. Et Milo comprit que cette fois-ci, il était celui à être tombé à côté du propos. Ce qui se confirma lorsque le juge enchaîna, avec un détachement presque comique :
-Je le répète, je déteste vraiment avoir des comptes à rendre. Alors, j'accepte... mais à une condition.
-...Et c'est?
-De me laisser te rendre la pareille d'ici une semaine... Car vu le merveilleux manque d'attention de ton entourage, tu risques de finir ta journée de la même façon. Et je suppose qu'il sera alors de mon devoir de te faire relativiser... Devant un verre de scotch, si possible.
Et au sourire que lui adressa le chevalier, dont il n'avait plus la volonté de repousser l'amitié, Rhadamanthe sut qu'il n'avait en rien à regretter sa phrase. Ce qui, inexplicablement, l'emplit d'une profonde quiétude : définitivement, il y avait chez cet homme quelque chose qui ne pouvait être repoussé... et malheur à tous ceux qui l'avaient ignoré jusqu'à présent.
-On dirait bien que nous avons un accord.
-Seems so... Milo.
-...Ça me va, admit-il avec un nouveau sourire. Alors, on est partis?
Comme pour lui répondre, la Whyvern se décida finalement à se lever de son siège, prêt à le suivre, pour lui emboîter le pas. Alors que, sans le savoir, la même pensée animait leur esprit : ce n'était pas parfait. Ce n'était rien d'autre que du dépit. Ils ne méritaient peut-être pas mieux. Mais sans doute serait-ce là la meilleure... non, la moins mauvaise commémoration de leur naissance. Loin de tous ces imbéciles qui se disaient leurs amis. Loin de ces deux hommes pour lesquels ils se laisseraient mourir de désespoir, sans jamais croire à la réciproque. Eh bien, oui... Un verre entre «parfaits inconnus», c'était un compromis correct.
Rhadamanthe avait d'ailleurs presque réussi à s'en convaincre lorsque Milo stoppa brusquement sa progression hors du Temple, ses jambes immobiles et le regard en alerte, alors qu'il fixait avec une inquiétante intensité l'entrée de la bâtisse. Et le juge, sachant déjà qu'il le regrettait très vite, ne put s'empêcher de suivre ce regard, se figeant à son tour, le teint rendu blafard par ce qu'il vit sur le seuil de la Maison du Verseau. Et qui devait s'y trouver depuis une bonne vingtaine de minutes.
A savoir, une dizaine de Chevaliers d'Or débarrassés de leurs armures, bras chargés de sachets et boitiers colorés, une colère presque palpable inscrite sur leur visage. Derrière eux, au moins quarante spectres, au milieu desquels il put reconnaître ses frères, tous porteurs de babioles en tout genre et de sacs de serpentins prêts à être lancés, le geste interrompu sur le coup d'une déception mal contenue.
Et en tête de cette furieuse assemblée, le visage fermé de Camus, tenant sur un plateau un gigantesque gâteau couvert de bougies, aux côtés de Kanon qui déclara d'une voix neutre, deux gros paquets richement emballés entre les mains :
-... «Joyeux anniversaire», bande de connards.
