Salut, tout le monde!

Et joyeux Réveillon, au passage! Aaah, Noël... le froid, les cadeaux ratés qu'on fera semblant d'apprécier et les mêmes remarques servies mille fois au repas de famille! :D Ce chapitre n'aura donc strictement rien à voir avec cette joyeuse célébration, j'espère que vous ne m'en voudrez pas!

A ce sujet, je tiens à m'excuser : je sais que je poste de moins en moins souvent mais j'ai eu une année très chargée, et ça n'ira pas en s'améliorant. J'ai beaucoup de travail personnel, pas mal de détails dont il faut m'occuper dans ma «vraie» vie, et ça limite du coup sacrément mon temps et ma qualité de production : en effet, je crains que ce chapitre ne soit pas aussi amusant que les précédents... j'étais pourtant partie dans quelque chose de très parodique et je ne sais pas comment j'en suis arrivée à quelque chose de presque sérieux (il faisait en réalité partie de deux clichés bien avancés depuis très longtemps, dont je n'étais pas vraiment satisfaite mais que j'avais mis de côté si jamais je restais trop longtemps sans poster : eh bien, c'est chose faîte). J'espère que la dernière partie rattrapera le coup.

Je me dois d'ailleurs de remercier les quelques personnes qui continuent de tout faire pour m'encourager à écrire : dans la liste, on comptera bien évidemment notre chère et admirable Saharu-chan, ainsi que mes deux meilleurs amis.

Sinon, un petit mot à tous mes gentils lecteurs à qui je n'ai pas pu envoyer de messages privés :

SAINT ANGEL : Ah mais parfaitement, c'est de leur faute, merci de le souligner U-U Et si tu aimes toujours autant mes clichés, sache que je me réjouis toujours autant de tes reviews! Pour trouver mes clichés, ce n'est pas si compliqué : déjà, il suffit de lire beaucoup de fanfictions et de repérer les petits détails ou les traits de scénario qui reviennent régulièrement. Sinon, en fouillant un peu sur internet, on peut trouver de très bonnes listes qui les répertorient et je prends parfois mes idées dedans : je t'encourage à farfouiller un peu si ça t'intéresse. Merci :)

elie : Oh, navrée de t'avoir mise mal à l'aise, moi qui voulait juste faire rire un peu les gens... mais je peux comprendre ce sentiment, ne t'en fais pas. Merci de m'avoir laissé un commentaire malgré ça.

leia26 : Merci, merci, et euh... merci.

Bon, comme d'habitude :

-Cher Père Noël, comme cadeau, je voudrais que Kurumada me cède des droits sur Saint Seiya et... non, pas possible? Bon... un chocolat fera l'affaire, alors.

-Important : je vous demanderai à tous ici de vous placer dans les évènements du manga, et non de l'anime. A savoir, là où Kido premier du nom n'est pas un enfoiré... mais bel et bien le plus gros connard de l'Univers! :D Et puis, ça me fait plaisir de revenir un peu à nos héros...

-Concernant la toute dernière réplique du chapitre, je vous entend déjà vous récrier et tenter de contester... On va dire que la moyenne reste quand même hautement positive pour un observateur extérieur.

-Quatorzième cliché exploité, l' «Incest» dans toute sa splendeur! Pour le coup, je crois que je n'ai vraiment pas à vous expliquer de quoi il s'agit et ça me réjouit au plus haut point, puisque j'en ai la flemme! :) Au delà de la fanfiction, où c'est étrangement un thème des plus récurrents, les mangas dans leur globalité adorent nous servir ce genre de relations (et l'associer bizarrement très souvent avec la culture Européenne : pauvre de nous!). Je pense que dans un manga tel que Saint Seiya, ayant pour base la mythologie grecque et multipliant les relations familiales malsaines... il s'agissait d'un incontournable. Pour le «Twincest», on verra plus tard si je peux m'y pencher... pas sûr.

Allez, bonne lecture et bonnes fêtes à tous!

Incest

-...

-...

-...Non. Non, je suis désolé, mais arrête.

Retenant de justesse un grognement de frustration, Hyoga obéit néanmoins. Et s'éloignant à contre-cœur du visage collé au sien, il s'adossa à la colonne de pierre derrière lui, sans se priver de lancer un regard lourd de reproches au jeune chevalier d'Andromède. Qui eut au moins le bon sens de paraître un peu penaud. Un mois, songea alors amèrement le Cygne en étouffant une nouvelle plainte.

Hyoga s'estimait un homme patient. Sans être aussi mesuré et flegmatique que son cher maître, il disposait néanmoins d'une incroyable capacité à garder son sang froid et sa raison intacte face à bon nombre de situations. Il n'avait pas sombré dans la folie en assistant à la mort de sa propre mère. Il avait su résister à la dépression après la disparition de son meilleur ami. Il avait plus d'une fois échappé à la Mort, qui semblait pourtant prendre un malin plaisir à le délester régulièrement d'une bonne partie de son entourage...

Car il avait survécu. Ils avaient tous survécu, sans qu'il ne comprenne réellement pourquoi, et une ère de paix aussi soudaine qu'inexpliquée avait alors vu le jour pour ces êtres qui n'avaient jamais connu que la guerre et la perte. Nul n'avait osé s'en plaindre, assurément, ce qui n'avait guère suffi à effacer ce sentiment d'angoisse et d'incertitude agrippé au cœur de chacun. Puis la naïveté et la détresse naturelle de l'Homme avait repris le dessus : les Chevaliers d'Or étaient en vie et aucune marque d'agressivité de la part d'Hadès ou Poséidon n'avait été détecté en plusieurs semaines. Dans l'absolu, il ne leur en avait pas fallu plus pour tirer au maximum profit de cette chance inespérée. Ce qui était peut-être l'attitude la plus saine à adopter.

Hyoga, lui, y était difficilement parvenu. Non pas qu'il se soit montré ingrat face à un tel présent, du moins ce n'était pas son sentiment. Mais la perspective d'un tel avenir lui semblait encore irréelle. Trop lointaine pour s'en saisir...

Mais il ne s'était pas retrouvé seul dans cette situation. Bien vite, la prévenance apaisante d'Andromède s'était posée sur lui pour ne plus l'abandonner. Et la présence discrète, respectueusement distante, de ce garçon qui avait pourtant souffert au delà des mots, devint alors son unique prise avec la réalité. Et la simple pensée de le perdre à nouveau n'était plus envisageable.

Hyoga n'était pas idiot, du moins pas autant que l'impression qu'il en rendait (ce qui n'était pourtant mince) : il comprit rapidement que son attachement grandissant pour son jeune pair n'avait plus rien d'une simple camaraderie. D'un sens, il l'avait peut-être toujours su : il n'avait pas oublié la Maison de la Balance. Ce que Shun avait accompli pour son salut. Il n'avait pas réussi à effacer cette peur innommable qui l'avait envahi en le découvrant réceptacle du Roi des Enfers. Cette crainte de le perdre à nouveau, et peut-être à tout jamais... Une perspective intolérable, dont le souvenir le poussa enfin à tirer les conclusions qui s'imposaient :

Il aimait la présence de Shun à ses côtés. Il en avait besoin. Les quelques sourires timides qu'il parvenait à arracher à cet être meurtri emplissait son cœur d'une chaleur trop longtemps oubliée. Qu'il reconnut néanmoins.

Et profitant d'une visite récente d'Ikki, qui avait suffi à rendre à Shun le visage radieux d'un enfant, Hyoga avait demandé à s'entretenir avec lui. Et lui avait confié dans leur intégralité les sentiments qui l'animaient dernièrement, guettant avec anxiété la réaction du jeune homme.

Il ne savait pas trop à quelle réponse il s'était attendu, ni ce qu'il espérait exactement. Un sourire radieux et une réciprocité immédiate? Une incompréhension de ces propos? Dans le pire des cas, un rejet poli et maladroit? Tout ceci, il avait pu l'envisager... Aussi fut-il légèrement pris de court lorsqu'après plusieurs minutes de silence, le jeune garçon releva enfin les yeux vers lui...

Et éclata en sanglot.

...Clairement, Hyoga ne s'était pas préparé à déclencher par ces quelques mots autant de désespoir chez l'objet de son affection. Paniqué, il s'était alors vivement excusé de son impétuosité en insistant sur le fait que s'il s'agissait là d'un refus, il comprenait. La réponse de Shun fut immédiate : «NON !» s'était-il exclamé aussitôt, avant de fondre à nouveau en larmes.

Le Cygne, de plus en plus incertain, bégaya maladroitement à plusieurs reprises, parvenant finalement à lui demander s'il pouvait donc espérer que quelque chose se construise entre eux. Shun avait alors hoché la tête, à son grand bonheur... et s'était remis à pleurer.

Prenant alors cette affluence de larmes pour une manifestation exagérée de joie, Hyoga avait cru bon de relâcher la pression qui le tenait en s'avançant vers Shun pour déposer un léger baiser sur ses lèvres. Mais cette fois encore, sa réaction ne fut pas celle envisagée : se reculant vivement, Andromède s'excusa avec abondance... et laissa échapper une fois encore un torrent de larmes.

Et c'était, dans l'absolu, tout ce qu'il avait pu obtenir du jeune Bronze jusqu'à présent... et sans la moindre explication. Et cela n'avait évolué d'aucune façon.

Quand il lui demandait s'ils étaient «ensemble», Shun répondait que oui. S'il le prenait dans ses bras, il se figeait d'angoisse et semblait fournir de remarquables efforts pour ne pas sangloter. Et si par malheur, l'envie le saisissait de l'embrasser, Shun trouvait à l'instant un prétexte pour s'extirper de ses étreintes et se soustrayait à sa vue le temps que sa passion retombe. Laissant à chaque fois derrière lui un Hyoga incrédule (ce qui ne différait guère de d'habitude) et passablement frustré. Depuis maintenant un mois.

Un mois que ce petit manège durait. Trente jours. Près de sept-cent vingt heures. Il n'osa même pas se lancer dans le calcul des minutes... Enfin. Un mois, donc, et cela avait largement dépassé les limites de l'humainement supportable, selon le Russe.

D'ailleurs, il était bien préparé à en faire aujourd'hui la démonstration, profitant d'un instant d'isolement du reste du groupe habituel des Bronzes, entraînant Andromède jusqu'aux tréfonds du Temple du Verseau pour se cacher derrière une colonne, ses mains enserrant tendrement ses épaules, son front contre le sien. Rien de plus.

Et il avait décidé de lui échapper. Une fois encore... une fois de trop.

-Mais Shun, je ne comprend pas, enfin! Ça avait pourtant l'air de te plaire!

-Je n'ai pas dit le contraire...

-Alors quoi, par tous les Dieux ? !

Shun pinça les lèvres et détourna un regard douloureux, qui a lui seul montrait à quel point il avait tenté de reporter cette conversation... peut-être même de faire en sorte qu'elle n'ai jamais lieu. Mais Andromède savait désormais qu'il n'y avait plus d'échappatoire.

Car Hyoga ne tolèrerait pas une fuite ou un mensonge de plus. Et au fond de lui, il savait que le Cygne méritait la vérité... si toutefois il parvenait à l'assumer.

Et finalement, au bord des larmes, Shun releva péniblement la tête et, plongeant ses yeux verts dans ceux de Hyoga, il laissa échapper dans un souffle :

-...Ce n'est pas moral, Hyoga.

...Si le Cygne avait cru être au bout de ses surprises, il avait de tout évidence sous-estimé à quel point son existence entière était maudite.

Déjà, une telle réflexion ne lui serait jamais venu à l'esprit, surtout concernant l'être le plus tolérant et ouvert d'esprit de ce triste monde. Mais la vraie question, c'était encore la suivante : qu'avait-il bien pu faire à Shun pour que même lui en vienne à considérer cela contraire à l'éthique?

...Aussi, sans trop de conviction, il tenta une première approche :

-...Je ne pensais pas que l'homosexualité te poserait un tel problème de conscience.

En réponse à cette stupide remarque, Shun le fixa d'un air désabusé, répliquant avec une certaine raideur :

-Hyoga. Les trois quarts de nos amis viennent d'un Sanctuaire Grecque peuplé à quatre-vingt quinze pour cent par la gent masculine, sans le moindre contact avec l'extérieur. Tu crois vraiment que c'est le fait d'embrasser un garçon qui me déboussole?

-En ce cas, explique-moi. Parce que je n'arrive pas à te suivre, Shun. ...Je t'en supplie, dis-moi ce qui te met si mal à l'aise!

-Tu le sais très bien... Je pense juste que tu refuses de l'admettre.

-Ecoute, Shun... Je n'en peux plus. Tu te défiles à la moindre de mes approches, tu rejettes tout ce que je cherche à te donner. C'est à peine si tu me laisses te parler, parfois... et je ne pense pas être capable de supporter ça plus longtemps. Alors, sois clair : si tu veux que nous en restions là, je l'accepterais. Mais s'il y a une autre raison derrière ton attitude, je t'en prie, ne me la cache pas. J'estime être resté dans l'ignorance assez longtemps!

Peut-être que c'était là précisément l'ultimatum dont Shun avait besoin. Ou peut-être que ces détours prolongés avaient fini par le pousser à bout. C'était aussi une possibilité... Hyoga s'en fichait un peu, à vrai dire. Car il savait que le voile serait levé dans les secondes à suivre. Et cette poignée de secondes étaient justement le plus insupportable de tous.

Voir Shun Inspirer et déglutir à plusieurs reprises, le teint plus pâle que jamais. Frotter ses doigts les uns contre les autres pour tenter vainement d'apaiser son malaise. Trembler comme un arbre mort en se mordant péniblement les lèvres pour en faire sortir quelque chose, une explication, un simple mot. Le Cygne aurait pu s'en contenter.

Mais ce fut finalement une phrase qui s'échappa de la petite bouche d'Andromède, laissant couler une première larme, comme une sentence qu'il semblait décidé à s'infliger :

-...Nous sommes frères, Hyoga.

De nouvelles gouttelettes suivirent. Et ce fut bientôt un véritable torrent qui inonda le visage de Shun, qui l'enfouit aussitôt entre ses mains pour ne pas s'humilier davantage.

Là était l'atroce vérité. Ce que les guerriers de Bronze s'efforçaient tous d'ignorer, peut-être plus par confort personnel que par réel intérêt collectif (chacun ses priorités), avait ressurgi de l'oubli, comme une blessure qui ne saurait jamais appartenir au passé.

Une sensation qui tenait de l'habituel, pour des êtres comme eux...

Pourtant, Hyoga ne s'effondra pas face à ce rappel. Il ne flancha même pas. Il réagit à peine, à vrai dire... car il se contenta de relever la tête du jeune homme à sa hauteur, le forçant du même coup à écarter ses mains. Il fit face aux yeux verts et humides, l'air parfaitement serein... avant de lui assener avec une grimace d'incompréhension :

-Et c'est ça qui te pose problème?

Shun s'en retrouva estomaqué.

La situation était sérieuse, Hyoga en avait conscience... mais la tête d'Andromède à cet instant valait tout l'or du Monde et le Cygne se maudirait toute sa vie de n'avoir pu immortaliser la scène. Il fut d'ailleurs incapable de retenir une ébauche de sourire à cette pensée, ce qui scandalisa encore davantage le jeune Bronze :

Ça» ? ! Comment peux-tu à ce point dédramatiser la chose, Hyoga? Ce que nous faisons est totalement contre-nature! Par tous les Dieux, j'ai des sentiments pour un homme qui partage le même sang que moi... et je croyais vraiment que je pourrai vivre en gardant cette tendresse pour moi, si tu ne m'avais pas donné le fol espoir que, peut-être, quelque chose restait possible entre nous. Mais ça ne l'est pas. Nous sommes frères, et je ne me sens pas capable d'oublier cela. ...Pardonne moi, Hyoga, mais nous ne pouvons plus continuer ainsi. Il faut que ça s'arrête, avant que l'irrémédiable ne soit commis...

Là encore, le blond ne sut se retrouver ému face à cette touchante révélation, comme n'importe quel être sensé (le fonctionnement sentimental de Hyoga du Cygne atteignait des sommets désespérants de non-sens, et cela n'était plus un secret pour personne). Disons plutôt que ça aurait pu être le cas... mais tout ce qu'il voyait pour le moment, c'était le doute. L'anxiété. Et ce qui ressemblait fortement à une résolution dans la voix de Shun.

Aussi, avant de se laisser empoter par la moindre émotion, il lui semblait nécessaire de mettre un terme à tout ce paquet de conneries.

-Booon... Je pense qu'il faut mettre quelques petites choses au clair, Shun.

Pour appuyer ses propos, il replaça ses mains sur les épaules de son jeune pair pour le rassurer et fit un pas en avant, ayant soudainement retrouvé toute son assurance :

-Déjà, nous ne sommes pas frères.

-Ne joue pas sur les mots : demi-frères, cela revient au même pour moi. Nous avons la même ascendance paternelle, et ne cherche pas à nier ça!

Hyoga serra instinctivement les dents.

Il y avait peu de choses qu'il était sage de ne pas rappeler au Cygne : dans la liste, on comptait essentiellement le naufrage d'un cargo Russe, le refroidissement de son maître, la perte d'un meilleur ami qu'il n'avait curieusement jamais évoqué avant d'aller lui-même lui porter un coup fatal... et l'identité de son père.

Mitsumasa Kido resterait toujours à ses yeux le pire modèle parental de toute l'histoire. Pourtant, il en avait fréquenté, des Dieux immoraux (et incestueux, tiens – mais peut-être serait-il bon de ne pas le rappeler à Shun) et jamais il ne saurait lui pardonner toutes les souffrances qu'ils avaient tous enduré par sa faute. Aussi rejetait-il toujours aisément cette réalité familiale.

Après tout, lui n'avait jamais juré que par sa douce mère, les Dieux aient son âme. Shun, de son côté, n'avait sans doute eu pour seul soutien qu'Ikki durant son enfance... Et pourtant, Andromède avait raison. Aujourd'hui, il ne servait plus à rien d'occulter la vérité.

-Kido est notre père. Et peu importe à quel point j'aimerais n'avoir jamais eu le moindre lien avec cet homme, c'est un fait. Mais n'oublie pas que nous avons chacun été élevé dans deux familles différentes avant d'arriver à la Fondation. Et qu'il y a encore un an, tu n'avais pas la moindre idée d'un quelconque lien familial entre nous.

-Je ne suis pas sûr de suivre ton raisonnement...

-J'essaye tout simplement de te faire comprendre que nous n'avons pas grandi ensemble, que nous avons toujours privilégié le lien affectif plutôt que fraternel entre nous et qu'il serait stupide maintenant de tirer un trait là-dessus.

Pour toute réponse, il ne reçut qu'un regard de Shun. Un regard qui semblait vouloir dire «J'espère pour toi que tu as prévu une meilleure argumentation». Le jeune homme avait décidément bien perdu en naïveté depuis son court séjour entre les griffes d'Hadès. Et si Ikki s'en lamentait jour et nuit, Hyoga y vit ici une opportunité à saisir.

Mais eut le bon sens de garder cette impression pour lui :

-Ensuite - est-il vraiment utile de le souligner? - si c'est la consanguinité qui te fait peur, je pense pouvoir affirmer qu'on ne prend aucun risque de ce côté-là.

-Ce n'est pas drôle, Hyoga, lui reprocha Andromède en fronçant légèrement les sourcils (ce qui, aux yeux de l'humanité entière, lui donnait l'air bien plus mignon que menaçant).

-Cette discussion a pourtant tout de risible. Mais elle n'est pas encore terminée.

Et voyant la détermination de Shun commencer lentement, mais surement à s'effilocher, le Cygne sut qu'il n'y avait plus à hésiter. Et resserrant sa prise autour des frêles épaules, il conclut, la voix vibrante d'émotion :

-Il y a encore une chose, une dernière chose que je tiens à ce que tu comprennes. Et c'est la plus importante de toutes, Shun. Je ne peux PAS, je ne pourrai JAMAIS te voir comme mon frère. Cela m'est tout simplement impossible. Il en va de même pour Seiya et les autres. Je refuse de vous voir comme ma famille, car le malheur a bien trop pesé sur cette fratrie. Nos «liens du sang» comme tu les appelles ne nous ont apporté que souffrance et déception, pendant de trop nombreuses années. Et je ne veux pas envisager le futur - notre futur - de la même façon. Tu mérites mieux que ça, tu mérites ce qu'il y a de mieux en ce monde! Et je veux être celui qui te l'offrira... mais pas sous ce statut-là. J'attends quelque chose de plus. J'attends quelque chose de différent... et je sais très bien que tu es prêt à me donner cette chance. Je te demande simplement de prendre cette décision, maintenant.

D'abord, ce ne fut qu'un silence.

Un très long silence, qui le laissa la peur au ventre alors que Shun tentait encore d'assimiler toutes ces paroles. De les comprendre. De les accepter? Pour le moment, rien n'était moins sûr... et cette attente le tuait, une fois encore.

Mais Andromède ne fuit pas. Il releva la tête, lentement, comme par crainte de se faire sanctionner de nouveau. Mais il ne bougea pas, soutenant le regard résolu de Hyoga... et comprenant aussitôt qu'il n'y avait plus la moindre raison de lutter - qu'il n'y en avait jamais eu la moindre, d'ailleurs...

Alors, il soupira, tout simplement. Et admit sa défaite (ou peut-être leur victoire) en marmonnant ces quelques mots :

-Quand tu as une idée en tête, tu ne renonces jamais, n'est-ce pas...?

-Si tu me sors que c'est de famille, je risque de mal le prendre...

Shun laissa échapper un léger rire. Sans doute le premier depuis des semaines. Et Hyoga ferma aussitôt les yeux, savourant comme il se devait ce son merveilleux, qui leur avait à tous bien trop manqué...

Pourtant, le rire enfantin se tut bien vite, trop vite au goût de Hyoga, qui se prépara déjà à sortir une nouvelle idiotie pour l'entendre à nouveau. Mais il s'en trouva bien incapable quand il sentit une légère pression sur sa bouche, lui coupant toute tentative de parole.

Une paire de lèvres tièdes, maladroites, un peu hésitantes, qui l'effleurèrent à peine avant de se retirer chastement...

Comme frappé par une décharge électrique, le Cygne rouvrit les yeux, se demanda s'il n'avait pas tout bonnement fantasmé cet échange... mais la légère rougeur et le sourire en coin sur l'adorable visage de Shun lui donna toutes les confirmations qu'il voulait. Et dont il avait besoin.

-...Et ça, je dois l'envisager comment? Demanda donc gaiement le blond.

-Comme un pas en avant que je suis prêt à faire. Ce genre de résolutions, c'est progressif. Précisa Andromède en repoussant d'une petite tape la main que le Cygne avait tendu vers ses cheveux.

-Eh!

-A prendre ou à laisser. Maintenant, dépêchons-nous. Nous avons perdu beaucoup de temps et nous ne pouvons pas nous permettre d'être en retard aujourd'hui.

-Ah, la Cérémonie! Se souvint aussitôt Hyoga. Il fallait que ce soit cet après-midi...

-Tu devrais plutôt louer ce jour : depuis le temps que nous attendions cette décision de leur part...

-...Oui. Je pense que tu as raison. Et justement...

-Justement quoi?

Ce fut au tour de Hyoga de sourire et de faire un pas en avant, déposant rapidement ses lèvres sur le front du Bronze, qui en plissa le nez de plaisir :

-Marquer deux nouveaux départs en ce jour... C'est une idée qui me plaît bien.

C'est finalement un regard tendre que Shun pose sur lui, et les adolecents se résolurent tous deux à admettre que oui, l'heure était décidément bien avancée et qu'Athéna, en dépit de sa grandeur et de son immense générosité, n'aimait pas spécialement les retards. Surtout lorsqu'il s'agissait d'une réunion officielle divine et d'une signature définitive d'un acte de paix : l'absence de deux porteurs d'armures divines, aussi précaire soit ce statut, ne manquerait pas de se faire remarquer.

Alors ils se mettent en route, sortent du Temple pour rejoindre Shiryu et Seiya, quelques centaines de marches plus haut, tous animés d'un espoir qui leur semblent surréaliste, et pourtant à portée de mains. Une contradiction qu'ils ne s'expliquaient pas. Mais le simple fait d'envisager un futur - un avenir - sans bataille, sans tourment et sans douleur... cela suffisait.

Cela suffisait pour Hyoga, qui après s'être assuré que leurs deux camarades marchaient bien devant eux, osa effleurer la main de Shun sur la route...

Oh non, bien sûr, il savait que cette option n'était même pas envisageable. Il faudrait encore laisser passer jusqu'à plusieurs années avant d'aborder ce sujet avec les autres. La révélation, l'acceptation surtout, ne se ferait pas sans mal, même dans un tel contexte... Mais ils avaient le temps, désormais.

Et c'est vers l'avenir qu'ils avancent tous deux, le regard enfin vers l'avant, sans se douter un seul instant du défi qu'ils viennent de s'imposer...


A des kilomètres de cela, et pourtant dans un objectif commun, Rhadamanthe de la Whyvern achevait d'enfiler son surplis, casque sous le bras, l'air vaguement inquiet.

Personne n'aurait su l'en blâmer. En tout cas, aucune personne un tant soit peu familière avec le contexte Infernal. Car n'importe quel spectre ou autre gardien de l'Autre Monde se serait à l'heure actuelle montré aussi méfiant que le second Juge des Enfers, alors qu'il observait son aîné, Minos du Griffon, ajuster consciencieusement son armure et écarter son épaisse frange, prêt à faire profiter le monde entier de ses yeux ravageurs. Fait assez rare pour être noté.

Mais ce qui l'inquiétait réellement dans toute cette étrange démarche, c'était le large et éblouissant sourire qu'arborait son frère. Et il ne savait, hélas, que trop bien qu'une telle expression sur son visage ne pouvait qu'être porteuse de mauvaises nouvelles :

-Tu m'as l'air de fort bonne humeur, Minos, déclara-t-il donc d'une voix aussi posée que possible, maintenant néanmoins une distance raisonnable entre eux.

-Je ne le nie pas! S'exclama vivement le Griffon d'un air enjoué. Mais tu ne m'en voudras pas, je l'espère, de ne pas te retourner le compliment.

-Une visite au Sanctuaire d'Athéna ne me réjouit pas outre-mesure, même pour d'aussi nobles objectifs. Aussi, tu me permettras de ne pas te cacher ma surprise : quelle est la source d'un tel entrain?

-Vois les choses comme moi, mon cher Rhadamanthe : à notre toute première naissance, nous étions les fils de Zeus. Nos âmes sont donc encore liées à son nom, et ce peu importe le nombre de réincarnations.

-...Exact, concéda le blond.

-Et après tous ces siècles de services auprès de notre vénéré maître, nous pouvons, je pense, nous considérer comme un peu plus que ses neveux.

-Estimons que oui...

-Et donc, par extension, nous sommes en droit de voir en Saori Kido l'incarnation très éloignée d'une demi-sœur, n'est-ce pas?

-L'idée ne me plaît pas particulièrement, je te l'avoue, grimaça la Whyvern avec un regard de plus en plus méfiant. Mais je suppose que l'on peut dire que oui, c'est le cas.

-Cette même Saori Kido qui à ce jour possède près de cent Chevaliers... dont elle est plus ou moins en charge.

-Bon, Minos, si tu m'expliquais clairement où tu veux en venir?

Et le Griffon cala enfin son casque sur sa tête, s'observant une dernière fois dans le miroir d'un air satisfait, avant de se tourner vers son jeune frère pour lui assenner, ses lèvres animées d'un sourire des plus joueurs :

-Une centaine de demi quart de frères et sœurs tous plus ravissants les uns que les autres... Je n'ai jamais été aussi pressé d'élargir le cercle familial, pas toi?