Salut, tout le monde!

Non, non, vous ne rêvez pas, je suis encore vivante!

...Haha. Encore une fois, mille pardons pour être si longue à actualiser mes chapitres T-T Les raisons sont les mêmes que d'habitude : du travail, encore du travail... Enfin, j'ai quand même validé haut la main mon premier semestre, mais avec les concours qui approchent, je n'ai que peu de temps à accorder à ffnet, aussi bien en terme de posts que de reviews. J'ai donc beaucoup de retard à rattraper sur certaines fanfics, je m'en excuse sincèrement : je vous promets d'essayer de gérer ça après les sessions d'Avril!

Du reste, je n'ai pas non plus le temps de réfléchir à de nouvelles histoires... Enfin, pas exactement : j'ai pas mal d'idées qui me trottent dans la tête, mais ni le temps ni la volonté d'en faire quelque chose de concret. Raison pour laquelle ce cliché là a été quelque peu rédigé à l'arrache car, bien que récurrent et impossible à laisser de côté, il ne m'emballait pas et ne m'inspirait des masses. J'ai fait ce que j'ai pu avec, j'espère que cela vous conviendra... Mais je n'en suis clairement pas satisfaite.

En tout cas, c'est toujours avec autant de plaisir et d'émotion que je constate que vous continuez à me soutenir et à me laisser des commentaires, ce qui est extrêmement important pour moi : merci à vous tous! Hélas, je crois que je n'ai pas eu le temps de répondre à tout le monde... Dans le doute, merci à history et à Julia13verseau pour leurs brefs, mais gentils commentaires :)

Merci également à SAINT ANGEL : Houla, je ne m'attendais pas à te laisser aussi dubitative! XD La dernière réplique de Minos s'explique ainsi : elle vise à déconstruire toute l'argumentation et la réticence entièrement justifiée de Shun dans la première partie, en insistant sur le côté immoral des relations incestueuses dans la mythologie. Minos serait même prêt à utiliser un lien familial comme tactique d'approche. Navrée que ce soit resté ambiguë... Et c'est vrai qu'on retrouve ça souvent mais si personnellement, je n'en raffole vraiment pas. Thanks! :)

Allez, passons aux choses sérieuses... Hourra.

-Saint Seiya, toujours aucun droit, mes personnages adorés toujours hors de portée... Damn you, Kurumada-sama!

-Honnêtement, même s'il fallait aborder ce sujet là, j'étais extrêmement réticente à me lancer dans une réelle parodie, de peur de ne pas réussir mon coup ou de manquer de second degré... ou pire, d'originalité. Mais je l'ai fait quand même... La faute à Saharu-chan pour être envers et contre tout le plus adorable des soutiens, et dernièrement ma plus grande source de motivation pour continuer à écrire, quand bien même je doute sincèrement du résultat : c'est d'ailleurs elle qui m'avait proposé ce cliché, à la base. Néanmoins, merci à toi, ma chère belle, pour ne jamais douter de moi et faire de ton mieux pour soutenir la loque je suis.

-Merci également à mon irremplaçable meilleur ami, pour rester aussi terre-à-terre face à toute forme de lyrisme, ce qui m'a donné l'inspiration nécessaire pour clore mon premier passage ici.

-Quinzième cliché exploité, la si populaire "Love Confession"... Et jusque là, pas de problème, on connait tous : que ce soit "A est fou amoureux de B mais ne sait pas comment lui déclarer sa flamme", ou "C et D s'aiment depuis toujours, mais chacun ignore les sentiments de l'autre : que va-t-il se passer?" ou encore "E déteste F, mais F se meurt d'amour pour E : vont-ils s'aimer un jour?" . Même si presque toutes mes histoires sont orientées "Humor/Romance", la déclaration en elle-même, ce n'est pas vraiment mon truc et comme de base, j'ai tendance à trouver ça risible (sauf lorsque c'est bien écrit), je ne savais pas vraiment comment la détourner, en encore moins avec qui, sans tenter dans l'habituel quiproquo ou bien ce que j'appelle "l'amour collégien"... Du coup, j'ai tenté pas moins de CINQ APPROCHES. Désolée pour cela, d'ailleurs : pour compenser, je me suis donnée des longueurs limites. J'espère que ça vous plaira tout de même.

-...Et enfin : bon sang, je crois que je n'ai jamais écrit autant de fois les mots "je t'aime", même dans tous mes posts réunis -.-'

Sur ce, bonne lecture à tous et à toutes!


Love Confession

Camus

«Ainsi je voudrais, une nuit,

Quand l'heure des voluptés sonne,

Vers les trésors de ta personne,

Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,

Pour meurtrir ton sein pardonné,

Et faire à ton flanc étonné

Une blessure large et creuse [...]»

Camus s'interrompit alors, le visage aussi dur qu'à son habitude, pour fixer son regard glacial sur l'homme qui lui faisait face.

Il ne comprendrait jamais pourquoi les habitants du Sanctuaire se bornait à voir en lui un homme romanesque et sensible : à croire qu'à leurs yeux, la froideur qu'il s'efforçait de maintenir au quotidien avait pour seul but de dissimuler une âme passionnée. Était-ce d'avoir commis l'erreur de servir de mentor au Cygne qui avait à ce point altérer sa réputation? Ou la totalité de la Chevalerie était-elle trop stupide pour réaliser que c'était justement son austérité qui lui avait permis de garder sa raison intacte, après sept ans en compagnie de l'adolescent geignard et incompétent...? Ridicule, donc. Camus s'estimait assez justement dénué de la moindre délicatesse, du moins pour tout ce qui concernait les relations humaines : concept très abstrait pour un Chevalier des glaces, voir même parfois pour un Chevalier tout court. Le jeune Phénix aurait probablement approuvé.

C'était peut-être d'ailleurs une partie du problème... car s'il restait un homme considéré cultivé (titre relativement accessible, par procédé de comparaison avec ses collègues), cela ne lui avait en aucun cas apporté la fibre romantique. Ne parlons même pas du tact. Aussi se trouvait-il fort démuni lorsque d'aucuns nommeraient l'amour de sa vie, et qu'il avait préféré rebaptisé son intérêt semi-sentimental, entrait en compte... Milo.

N'ayant jamais vraiment su comment ouvrir les yeux de cet homme qui s'obstinait envers et contre tout à le présenter comme son «meilleur ami», malgré les signaux plus qu'évident que ce dernier faisait en sorte de lui laisser, le Verseau avait bien cru désespérer à de nombreuses reprises devant les échecs cumulés de son entreprise : l'on se devait d'admirer la ténacité du Scorpion à s'enliser dans le déni le plus total... ou de souligner amèrement sa stupidité. Camus n'avait pourtant pas renoncé, multipliant les tentatives pour atteindre le huitième Gardien borné : offrandes diverses et injustifiées, invitations suspectes pour tout individu doté d'un tant soit peu de bon sens, et tout ce qui aurait pu convaincre le Scorpion que s'ils devaient vraiment ne rester qu'amis, rien ne les empêchait de partager un lit, une table ou un mur à l'occasion... Mais rien n'y fit.

Aussi, à son grand agacement, s'était-il résolu à une déclaration plus directe.

Le Verseau n'avait rien d'un sentimental désintéressé, à l'unique recherche du retour d'une quelconque pensée amoureuse : ses attentions étant concrètes, sa confession se devait de l'être également. Baudelaire lui avait donc semblé fort approprié.

Et sa restitution orale désormais achevée, Camus attendait plus ou moins patiemment une réaction de la part du Scorpion, qui s'était figé sous l'impact des mots, et renvoya au Verseau un regard profondément déstabilisé :

-Camus..., murmura-t-il alors, comme hypnotisé par ses paroles.

Le Français réfréna un sourire, qui aurait pour le coup donné trop d'ampleur à son discours, et préféra garder un visage aussi sérieux que possible pour recevoir une réponse plus élaborée de Milo : il avait après tout suffisamment attendu pour donner libre cours à sa possessivité.

Encore que les mots du Scorpion n'entrèrent pas dans ses calculs, ayant pourtant pris en compte le léger retard de Milo pour tout ce qui ne touchait pas à l'affrontement physique et mortel, et ce fut avec une exaspération à la limite du désespoir qu'il dut supporter en guise de retour :

-Si tu veux passer la soirée ici, tu sais très bien que c'est sans problème, mon vieux... Mais on a déjà eu droit à deux entraînements aujourd'hui, alors pourquoi diable voudrais-tu qu'on se batte encore?

Et face à ce nouvel et cuisant échec, Camus enfouit son visage dans une de ses mains, hésitant sur la technique à appliquer à son prochain essai... mais un bon coup de poing dans la gueule commençait hélas à grimper sensiblement dans la liste de ses options.


Kanon

Avec lui, il préférait fermer les yeux.

Ou plutôt, il avait décidé qu'il s'agissait de la meilleure attitude à adopter. Cela valait toujours mieux que de prendre le risque d'entrevoir son visage... et de croiser son regard. Kanon émit un grognement, pourtant sans lien avec son activité : il n'aimait pas cette position. En général, il s'arrangeait pour qu'ils n'aient pas à se faire face. Ou que les lumières restent assez basses pour qu'il ne devine que sa silhouette. Étrangement, cela le rassurait. Et tout aussi étrangement, cela avait le don d'exaspérer Rhadamanthe, qui aujourd'hui avait imposé ses préférences au Gémeau, par des moyens qu'il tairait : un juge des Enfers pouvait parfois se montrer fort persuasif.

Allongé sur le dos, mains liées aux épaules d'un spectre insatiable, il laissa échapper un soupir bien plus équivoque. Alors il fermait les yeux. Détournait la tête. Ou s'accrochait farouchement à sa nuque, jusqu'à ce que seules ses mèches blondes ne traversent son champ de vision. Et dans ce genre de moments, il ne peut s'empêcher de se poser cette question... Pourquoi le choisirait-il, lui, exactement? Kanon n'était même pas sûr de la réponse... pourquoi, en effet? Il restait un ennemi plus ou moins officiel. Aucun de ses traits de caractère ne le rendait agréable au quotidien. Lui chercher un quelconque attrait physique semblait risible. Alors quoi...?

Eh bien, parfois, il convenait de se rappeler que cet être lui avait offert le droit à une mort honorable et un ultime combat. Qu'il restait l'un des seuls hommes à avoir voulu voir en lui un combattant de valeur. Ce même homme qui l'avait désiré et accepté, sans qu'il n'y comprenne rien. Aussi le plus à même d'exaspérer Saga au quotidien. Et finalement, peut-être pas le plus désagréable à regarder...

Un mouvement plus ample du spectre fit rapidement perdre à Kanon le fil de ses pensées. Et dans ce genre de moments, il préférait se poser cette question, pour éviter d'admettre qu'il était trop tard : il l'avait déjà choisi. Et en prendre un jour pleinement conscience le terrifiait. Au plus haut point.

Rhadamanthe s'immobilisa brusquement, à la surprise du Gémeau... et également à sa grande frustration. Qu'il exprima clairement en lâchant un grognement à son adresse et en l'incitant à reprendre immédiatement, d'un coup de bassin. Le juge gronda de plaisir sous le mouvement, mais n'y répondit pas. Impatient, Kanon voulut s'accrocher à ses bras pour inverser leur position et reprendre la cadence, initiative que le spectre accueillait en général fort bien. Mais sa tentative fut de nouveau rejetée, Rhadamanthe le plaquant cette fois-ci sur le matelas. Violemment.

Pas besoin d'ouvrir les yeux pour deviner que le spectre était en colère. Et là était le problème : le spectre ne réprimerait en rien son irritation, ni ne reprendrait leurs activités, jusqu'à ce qu'il les ouvre... et se décide à le regarder. Il devinait dans sa respiration et son grondement constant la requête redoutée. Et désormais incontournable. «Look at me

Kanon n'était pas homme à abandonner facilement, aussi garda-t-il ses yeux obstinément clos et détourna la tête. L'instant d'après, la main de Rhadamanthe se referma autour de sa mâchoire pour l'inciter à lui faire face : plus le moindre doute, le juge était furieux.

...Alors quitte à confronter une réalité trop longtemps mise à part, autant le faire directement, décida Kanon avec dépit, soulevant prudemment les paupières pour croiser les iris dorés qui semblaient presque briller dans la semi-obscurité. Et lorsque le juge, loin d'être calmé, ouvrit enfin la bouche, le Gémeau sentit son corps se tendre douloureusement, prêt à faire face à la vérité :

-Kanon... C'est quoi, ça?

...Silence.

Car il fallut un certain temps à l'ex-Général pour comprendre que «ça» désignait le simple cordon de tissu retenant ses cheveux – habitude prise à l'entraînement – en une queue de cheval de plus en plus approximative, et qu'il n'avait pas eu le temps de défaire avec son arrivée.

-Une preuve de sens pratique, répondit-il avec prudence, ce qui fit grogner le juge à nouveau.

-Tu peux le retirer? Ça m'insupporte.

Circonspect, le Gémeau s'exécuta, libérant ses cheveux qui retombèrent en cascade sur le lit et relâchant le cordon par terre. Et le spectre eut enfin l'air satisfait, le laissant totalement abasourdi :

-...C'était tout? Se sentit-il obligé de demander.

-C'était tout, lui assura le juge en haussant les épaules. On reprend où nous nous sommes arrêtés?

-Euh...Va pour ça.

-Bien. Et tant que nous y sommes, Kanon?

-Oui?

-I love you.

Et avant même de donner à Kanon le temps de réagir à cette annonce rien de plus que factuelle pour lui, il s'empara à nouveau des jambes du Gémeau sur un «Back to business, then!» et reprit aussitôt ses mouvements, comme si leur échange n'avait jamais eu lieu.

Et alors que le Gémeau se raccrochait au cou du blond dans un cri étouffé de plaisir, une seule pensée trouva sa place dans son esprit avant qu'il n'abandonne de nouveau toute réflexion :

S'il lui prenait comme tant d'autres, un jour, la fantaisie de s'avouer amoureux... par tous les Dieux, faîtes que ce soit de cet homme !


Shura

Il était revenu. Comme à peu près tous les soirs de la semaine, pour tout dire. Et ce depuis déjà presque un mois.

Shura ne fut donc pas surpris en arrivant dans le hall principal. Et ôtant nonchalamment son casque, il vint tranquillement s'asseoir aux côtés de DeathMask, une cigarette à la main, adossé contre une des colonnes du Temple du Capricorne :

-Bonsoir.

Le Cancer ne répondit pas, tirant de nouveau une bouffée de tabac d'un air agacé, sans même lui accorder la moindre attention. Comme d'habitude.

C'était presque devenu un rituel entre eux, à présent... En fait, à peu près depuis que les choses avaient commencé à mal tourner entre DeathMask et Aphrodite. Bien évidemment, les querelles et les crises de rage n'avaient jamais été exemptes de leur relation tumultueuse, mais passionnée... Il n'en était pas moins qu'elles semblaient s'être considérablement multipliées ces derniers temps. Shura n'avait jamais cherché à en comprendre les raisons. Il n'était pas si indiscret, après tout. Mais la présence de plus en plus fréquente du Cancer dans sa demeure aux premières lueurs du soir, conséquence directe de ses rapports dégradés avec le Poisson, avait fini par lui donner le sentiment que, d'une façon ou d'une autre, il était désormais mêlé à cette histoire. Et pas forcément de la meilleure façon possible.

Et ce fut sur ce constat qu'il décida que cette nuit était peut-être la bonne pour enfin lui parler :

-DeathMask?

-Quoi? Grogna cette fois-ci l'Italien sans le regarder.

-Je t'aime.

Le silence retomba rapidement entre eux. En fait, à peu près aussi vite que la cigarette du quatrième gardien s'écrasant pathétiquement par terre, s'étant échappée de la main de son propriétaire. Qui fixait à présent Shura d'un air interloqué, la bouche stupidement entrouverte :

-...Pardon ? !

-Je t'aime, répéta très calmement le Capricorne. Ou je suis tombé amoureux de toi, si tu préfères.

-Si je préf... ? Mais... putain, je peux savoir ce qui t'prend, Shura ! !

-Je t'aime, ça ne s'explique pas. Et comme cela fait près d'un mois que tu passes tes nuits ici, il me semblait malhonnête de te cacher la vérité plus longtemps.

Cela acheva d'estomaquer l'Italien qui se releva d'un mouvement brusque, reculant prudemment de trois pas face aux yeux sombres de l'homme qu'il avait toujours considéré comme son camarade sinon plus, et qui l'effrayaient au plus haut point en ce moment-même :

-Okayyy... Tu sais quoi, Shura? J'ai peut-être justement passé TROP de nuits chez toi et... bah, ça se serait peut-être pas plus mal que je rentre dans ma propre piaule, ce soir.

-Oui, je comprends, tu as sans doute besoin d'y réfléchir...

-...Réfléchir à quoi? Se força à questionner le Cancer, presque à contre-cœur.

-Eh bien... à nous, éventuellement.

S'il s'agissait manifestement de la dernière limite de self-control de DeathMask, elle fut brisée par ces quelques paroles, et le regard toujours aussi insistant, profond, de l'Hispanique. Si bien que le fier et terrible guerrier du Cancer ne se trouva en rien le courage d'une nouvelle confrontation verbale, et préféra marmonner avec maladresse que 'oui, il y penserait, promis, à la prochaine'.

Et si Shura admettait parfois n'être qu'un imbécile, il pensait pouvoir affirmer que DeathMask trouverait bien au contraire toutes les excuses possibles pour ne plus jamais avoir à passer par son Temple, ni même prendre le risque de le croiser sur son chemin. Encore moins de ré-aborder un jour le sujet avec lui.

Et ce fut finalement satisfait que le Capricorne récupéra la cigarette échouée plus tôt et miraculeusement encore allumée pour la porter à ses lèvres, croisant les bras derrière sa nuque pour savourer le silence et la tranquillité enfin retrouvés dans sa demeure.

«Technique absolue pour déloger rapidement et efficacement n'importe quel parasite ayant pris sale habitude de se taper l'incruste»... Décidément, se dit-il avec un sourire apaisé, soit les Italiens se comprenaient fort bien entre eux, soit les conseils en matière de relationnel de Shina de l'Ophiuchus avaient en réalité bien plus de crédit qu'il ne leur en aurait jamais accordé.


Marine

-Marine.

Plus au son légèrement tendu dans la voix du Lion que pour l'appel de son nom, elle relève son visage masqué vers lui. Sans dire un mot, elle resserre la prise de ses doigts autour des siens. Mieux vaut le laisser continuer sur sa lancée.

-Je t'aime, Marine. ...Tu le sais, n'est-ce pas?

Elle hoche tranquillement la tête, bénissant une fois encore la plaque de métal glacée qui recouvre son visage, seul accessoire qu'elle se force encore à conserver lorsqu'elle partage la couche d'Aiolia. Il ne le lui a jamais reproché. Il n'est pas toujours d'accord avec l'idée, mais il l'accepte néanmoins. Elle a toujours su lui en être reconnaissante.

-Et pourtant, je pense que c'est la première fois que je te le dis...

Hochement de tête, à nouveau : c'est exact, après tout. Et elle s'est souvent demandée, plus ou moins sérieusement, ce qu'il se passerait le jour où l'un d'eux se déciderait à l'avouer. Elle n'avait néanmoins jamais envisagé une révélation si calme et maîtrisée de la part de son impétueux compagnon.

Et pourtant, constata-t-elle en réprimant de toutes ses forces un sourire...

C'est peut-être ce qu'elle a toujours souhaité.

-Alors si je demandais à la Déesse Athéna le droit de t'épouser, accepterais-tu?

L'Aigle se fige, un bref instant. Juste le temps de comprendre quels mots viennent de sortir de la bouche du cinquième gardien. Et tout ce qu'ils pourraient signifier pour eux.

C'est pourquoi la seule réponse qu'elle se sent capable d'apporter est la suivante.

-...Je t'aime, Aiolia.

Le Lion sourit à cette annonce et saisit l'autre main de la jeune femme entre les siennes, perdant pourtant un peu de sa confiance en la voyant demeurée immobile et silencieuse, son visage face au sien, et son expression toujours inaccessible.

Mais cela n'est pas bien grave. Il n'a pas besoin de savoir de quelle couleur sont ses yeux pour les adorer. Il se contrefiche de la forme de ses lèvres, puisque la moindre de ses paroles l'enchante. Tout comme les mouvements de ses sourcils, les courbes de sa mâchoire et les plissements de son front n'ont aucune importance... puisqu'à cet instant précis, il peut dire exactement quelle pensée la traverse.

-...Oui, t'as raison, en fait. Pas besoin de foutre quelque chose d'aussi beau en l'air avec un fichu mariage.

-Et des invitations à des gens que l'on déteste!

-Et des préparatifs infernaux...

-Et une stupide robe que je ne porterais de toute façon qu'une fois.

-Et des discours que l'on raterait de toute façon.

-Et une abondance d'alcool qui aura lieu avec ou sans cérémonie.

-...Marine?

-Oui?

-Je t'aime, répète Aiolia.

Et un sourire fleurit enfin sur les lèvres du Chevalier d'Argent, qui d'un geste dont elle n'a déjà plus conscience, soulève peu à peu son masque sous le regard bienveillant du Lion.


Dohko

-Shion... Je peux te poser une question?

L'Atlante rouvrit brusquement les yeux, ses cheveux retombant de part et d'autre de son visage à nouveau jeune, mais fatigué. Dohko venait tout juste de le débarrasser de son casque, le laissant sans douceur choir sur le trône du Grand Pope. Shion fronça les sourcils de mécontentement : malgré les années, il n'était jamais parvenu à s'habituer à la désinvolture à la limite de l'irrespect avec laquelle le Chevalier de la Balance considérait son titre officiel... Mais bon. Cela devait sans doute faire partie de son 'charme', comme Dohko se plaisait à se définir. Il décida donc de ne pas s'en offusquer :

-Qu'y a-t-il?

-Je me demandais juste... Depuis combien de temps sommes-nous «ensemble»?

Shion le regarda à nouveau, un peu étonné par une telle question. Mais imperturbable, il y répondit :

-Eh bien... Environ deux cent cinquante ans, je pense.

-Deux cent quarante six, pour être exact.

-Tu tiens bien tes comptes.

-Il faut bien que l'un de nous deux s'en charge.

-Tu me vexes, Dohko. Et pardonne-moi de te le rappeler, mais nous n'avons pas vraiment eu le luxe de vivre ces deux siècles ensemble.

Cela restait vrai, et le Bélier eut le plaisir de voir la bouche de l'ex-Vieux Maître se refermer un instant. Un très bref instant.

-Certes. Mais ce n'est pas précisément là-dessus que je comptais débattre.

-Eh bien, parle, Dohko. Je dois bientôt m'entretenir avec Athéna et Shiryû t'attend déjà à l'extérieur.

Dohko hocha la tête, le visage sérieux et le regard étrangement pensif : la sagesse de ses deux siècles d'expérience semblait alors envahir tout son être, ce qui ne manquait jamais d'amuser et de surprendre le Grand Pope. Jusqu'à ce que le Chinois ne déclare, sa voix devenue très basse :

-Disons que je viens de réaliser qu'en deux cent quarante six ans... Nous ne nous sommes jamais dit que nous nous aimions, Shion.

La surprise se lut clairement sur le visage du Bélier, qui renvoya un regard quelque peu inquiet à la Balance. Pourtant, ce dernier n'ajouta rien et anxieux, il croisa les bras sur sa poitrine en attendant une réponse, une raison, qui tardait trop à son goût.

Mais finalement Shion, son visage et sa voix aussi doux que possible, ne lui rétorque avec une brève hésitation :

-...Je pensais que nous en connaissions tous les deux la raison, Dohko.

Le Chevalier, déstabilisé par la simplicité de cette remarque, dut se donner un certain temps pour retrouver l'usage de la parole... avant de comprendre qu'il n'y avait, finalement, peut-être rien à en dire.

Puisqu'après tout, les choses lui avaient toujours semblé évidentes : quelle importance pouvaient bien avoir les mots dans une relation comme la leur, eux qui avaient su s'attendre plus de deux cent ans sans jamais cesser d'espérer? L'amour n'avait plus à se justifier entre eux, et ce depuis déjà bien longtemps.

Et satisfait de la simplicité de cette constatation, il adressa un regard apaisé à l'homme de sa longue vie, lui signifiant silencieusement que oui, il comprenait, maintenant. Et concluant leur entretien par un bref baiser, ce fut le sourire aux lèvres qu'il quitta le Palais pour rejoindre son jeune disciple à la sortie du bâtiment... laissant derrière lui un Bélier tout aussi souriant et satisfait.

Puisqu'après tout, les choses lui avaient toujours semblé évidentes : quelle importance pouvaient bien avoir les mots dans une relation comme la leur, alors que la totalité du Sanctuaire savait pertinemment que le Grand Pope sautait sur la moindre occasion de tromper son compagnon intemporel en attendant de trouver une façon suffisamment délicate de le larguer définitivement? L'amour n'avait plus la moindre importance entre eux, et ce depuis déjà bien longtemps.

Et satisfait que Dohko l'ai enfin compris, ce fut avec un regard empli de quiétude qu'il quitta le Palais, pour enfin débuter son entretien avec sa charmante Athéna...