Salut, tout le monde !

Et bonnes vacances à tous ceux qui en profitent parce que, haha, ce n'est déjà plus mon cas... haha -.-

Passons. Une fois n'est pas coutume, je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui continuent à suivre cette fanfiction et à me laisser autant d'adorables reviews : j'ai l'impression de découvrir de nouvelles personnes à chaque chapitre et c'est toujours un réel bonheur pour moi d'apprendre que ces drabbles, d'une façon ou d'une autre, continuent à plaire! Encore une fois, merci à tous!

Pour les reviewers anonymes, merci à leia26 pour presque toujours trouver le temps de me laisser une brève, mais gentille trace de son passage :)

L'introduction sera relativement courte aujourd'hui, car je n'ai dans l'absolu pas grand chose de plus à mentionner : l'essentiel a été dit plus haut :) Néanmoins, je tiens encore à laisser quelques notes explicatives avant de démarrer :

-Je commence à me faire à l'idée que je n'aurais jamais de droit sur cette merveille qu'est Saint Seiya... snif.

-Pour les quelques questions qui m'ont été posées via MP sur le drabble à propos de Krishna du chapitre précédent, j'ai rajouté une note explicative en fin de page, chapitre 17. Merci d'y jeter un coup d'œil, je pense y avoir apporté les réponses que vous souhaitiez.

-Je sens qu'on va m'en faire ENCORE la remarque en vue de ce que j'ai écris précédemment sur le personnage, alors soyons claire : NON, je ne déteste PAS Saga. Loin de là. J'admets sans problème préférer très nettement son cadet, mais ça ne change rien à l'intérêt et à la certaine affection que je porte à l'aîné. Seulement, comprenez que mon domaine favori, c'est l'humour : or, un personnage comme Saga, c'est un festival pour la moquerie et le détournement! Je me moque de lui comme je me moque de n'importe quel autre personnage ici (et bizarrement, personne ne me dit rien quand je fais passer Milo pour un joyeux attardé mièvre et dégoulinant). Rien, donc, de personnel contre lui. Merci d'avoir lu :)

-Je dédie le chapitre d'aujourd'hui à Saharu-chan, une de mes auteurs favorites sur le fandom et également une amie très chère. Merci d'être toujours là pour me soutenir, ma chère belle, en espérant que cela te redonnera un peu le sourire. Et puis comme, après tout, c'est toi qui m'avais donné l'idée avec ta fic d'anniversaire (l'excellent "Lying in Bed", que je m'empresse de vous recommander), il était bien normal que je t'en fasse cadeau, même si ça ne vole clairement pas haut (mais bon, je cogne sur Saga, ça devrait aller). Encore une fois, mille mercis, mon amie, spécialement aujourd'hui.

-Dix-huitième cliché exploité, le 'mystérieux' "Stanger in my bed" (rien à voir avec le film XD) : tout est dit dans le titre, et la situation se retrouve assez souvent sur bon nombre de fandoms. A savoir, "A se réveille un beau matin, ne se souvient plus de la soirée de la veille pour telle ou telle raison, et a la surprise de découvrir B, son amour secret, à ses côtés : mais que s'est-il donc bien passé pour qu'ils finissent ensemble? Qu'importe, les malentendus passés, l'amour triomphera! =D" ...Et là, j'ai du mal, même au delà du manque de crédibilité. Seul Sa-chan a réussi à me faire apprécier un tel scénario grâce à son merveilleux coup de plume. Du reste... Erf. J'espère avoir malgré tout réussi à en faire quelque chose de lisible. Votre avis est le bienvenu.

Sur ce, je vous souhaite à tous une agréable lecture !


Stranger in my bed :

Saga avait toujours été un homme méticuleux. Impossible de savoir d'où lui était venue cette manie à la limite de l'obsessionnel, mais il s'était toujours senti un besoin presque vital d'ordre, de netteté et de classification. Sous tous les aspects de sa vie. Allant même jusqu'à cataloguer la moindre de ses émotions par degré d'intensité.

Il songea donc d'abord à cette fatigue effroyable lui gelant les membres, le rendant peu enclin à tenter le moindre mouvement, et ce malgré le désagréable fourmillement qui s'emparait petit-à-petit de sa jambe.

Venait ensuite cet état nauséeux persistant, doublé d'une fringale pour le moins incompréhensible et dérangeante alors qu'il craignait qu'une quelconque odeur de nourriture ne suffise à le clouer au dessus d'une cuvette de toilettes pour une bonne heure.

A cela suivait l'atroce mal de tête qui l'assaillait sans relâche, comme si une quelconque entité malveillante prenait un malin plaisir à fracasser à intervalles irréguliers sa boîte crânienne de l'intérieur.

Et le pire de tout...

Un retour de migraine plus violent que les précédents le coupa dans sa réflexion et il pesta. Tant pis, il y reviendrait en temps voulu. L'important à l'heure actuelle était, lui semblait-il, de rassembler ce qu'il lui restait de souvenirs de la nuit dernière pour tenter de comprendre par quelle sinistre infortune il avait bien pu se fourrer dans une situation aussi embarrassante... et ce n'était là pas tâche aisée. Il se permit un long soupir désespéré, seule action qui lui était encore permis sans que son corps ne se mette à protester vivement : comment une simple soirée entre amis avait bien pu dégénérer à ce point...?

«Entre amis», se dit-il à nouveau sans trouver la force de rouler des yeux. Oui, si la définition de «entre amis» se rapportait à «énorme beuverie sans lendemain pour anéantir jusqu'à la dernière once de gloire au sein de la Chevalerie d'Or» alors oui, clairement, il avait participé à une soirée entre amis. On lui avait d'ailleurs longtemps vanté l'ambiance des réceptions données par Aldebaran, Deuxième Gardien, mais de là à imaginer une telle décadence dans la demeure d'un de ses seuls pairs qu'il avait toujours jugé sérieux et modéré... le Taureau venait de perdre quelques places dans son classement.

Ce qui donnait d'ailleurs lieu à une nouvelle question : comment lui, Saga des Gémeaux, saint parmi les saints (enfin, en faisant abstraction sur un passé relativement lourd de contre-exemples), modèle absolu au sein de la garde rapprochée d'Athéna, être vénéré comme un Dieu par les fidèles du Sanctuaire, avait-il pu se laisser ainsi sombrer dans la débauche la plus totale au même titre que ses collègues aussi nombreux qu'invraisemblables?

Le mystère restait donc entier, ses souvenirs s'étant tout bonnement volatilisés une fois vingt-deux heures passé hier soir. A peu près l'heure à laquelle il avait fini par céder à la tentation d'un verre, proposé aimablement par leur hôte. Puis un deuxième, incité chaleureusement par son frère. Puis un troisième, plus ou moins ordonné par un Cancer fort jovial. Puis le compte se perdait progressivement, Aioros l'ayant convaincu d'ingurgiter des mélanges de spiritueux totalement improbables, sous prétexte que la couleur en était agréable : impossible de se rappeler de leurs compositions, désormais. Ou en tout cas pas avant une douche, un café et une demi plaquette de paracétamol...

Et puis le noir. Plus la moindre réminiscence précise. Quelques brides de paroles, des images toujours plus vagues lui revenaient quelque peu (bien qu'il doutait de leur réelle existence), et rien de plus. Un oubli opaque et total jusqu'à leur de son réveil.

Et là était en fait le vrai problème : plus de souvenirs, donc plus de progression. Plus de progression, donc pas d'explication. Ce qui laissait cette ignoble question sans réponse : à quel moment la soirée avait-elle donc dégénéré au point qu'il se retrouve le lendemain matin dans une pièce à priori inconnue, complètement nu dans un lit qui n'était pas le sien...

...et en compagnie d'un autre représentant de l'espèce humaine dont il n'avait pas encore défini l'identité, mais guère plus vêtu que lui.

Car à ses côtés, enseveli sous le même tas de draps qui le recouvrait actuellement, un autre corps était étendu, les couvertures se soulevant à alternance régulière sous le rythme d'une respiration paisible. Un pied venait parfois effleurer inconsciemment les siens pour s'éloigner rapidement, répugné par leur froideur. Il lui avait même semblé sentir le souffle d'un soupir sur son épaule, avant que l'individu n'effectue un demi-tour sur le matelas, toujours profondément endormi.

Il avait d'abord espéré, de manière sordide, s'être simplement endormi aux côtés de son frère Kanon, lequel l'aurait traîné sur le premier lit possible avant de s'y effondrer à son tour. Mais il se rappelait vaguement l'avoir vu quitter le Temple assez tôt en compagnie de Milo et de Camus, un bras complice passé autour de la taille du Scorpion souriant, sous le regard glacial du Verseau. Il ne tenait guère à savoir comment cette histoire s'était terminée. Mais il était maintenant sûr que son frère n'était pas l'homme étendu près de lui.

L'homme, oui. Car Saga avait ensuite prié toutes les divinités auxquelles il n'avait pas attenté à la vie pour que la forme humaine se trouve dans un état d'habillement plus avancé que le sien (vu ses antécédents, sa propre nudité serait plus aisée à justifier). Hélas pour lui, cette possibilité s'effondra en quelques minutes, le temps que l'inconnu ne s'agite une fois de plus dans son sommeil, offrant à la main pétrifiée du Gémeau un contact direct et indésirable avec son entrejambe. Et l'abondance de détails jouant contre sa faveur lui permit enfin d'accepter l'infecte vérité :

Il avait merdé. Et en beauté.

Pourquoi? A quel moment? Avec qui? Pour le moment, il n'en savait rien... mais il avait déjà la sensation de voir sa vie difficilement rebattie s'effondrer sous ses yeux.

Un Chevalier des Gémeaux avait un certain standard à maintenir, après tout! ...Un standard déjà fort mis à mal, se dit-il avec agacement en se rappelant les rumeurs qui circulaient vivement sur son cher jumeau et co-loueur d'armure, que l'on prétendait capable de se réveiller jusque dans des draps Infernaux après une soirée trop arrosée. Des rumeurs qu'il ne s'était plus senti la force de nier en surprenant un peu trop souvent un spectre au visage un peu trop familier tourner d'un peu trop près autour de sa demeure...

Mais tout de même, en tant qu'aîné, il était supposé montrer l'exemple et maintenir l'image de la famille! ...Encore qu'il gardait un souvenir de son énervant cadet aussi frais qu'un gardon hier soir, ayant eu jusqu'à l'audace de lui sourire ironiquement à ses multiples et souvent hors-propos : «Mais je ne suis pas ivre, Kanon!»

Mais il divaguait de nouveau. Et cela ne résolvait pas le problème principal : quoi de pire que de se réveiller dans une pièce inconnue sans même se rappeler comment on avait bien pu y atterrir la nuit précédente? («Je ne sais pas. Laisse moi y réfléchir... se retrouver sans maître ni figure parentale à l'âge de sept ans et se trouver contraint à l'exil au fin fond du Tibet dans le simple espoir de rester en vie, peut-être?», lui aurait répondu amèrement Mû s'il avait été présent. Et Saga aurait enfin eu une bonne raison de taire ses débats mentaux existentiels)

Finalement, il lui arrivait parfois de ne pas regretter totalement sa 'courte' période d'usurpation de titre officiel : cacher derrière les toges et le masque de Grand Pope, personne ne pouvait lui reprocher directement les orgies monumentales que sa mauvaise partie, dans ce genre de moments bien plus facile à accepter, s'était offerte... Se voir démasquer avait apporté son lot d'inconvénients, et il comptait bien en rester là. Restait à voir comment se tirer de cette situation, maintenant.

Un bref mouvement, suivi d'une légère expiration qui se rapprochait d'un grommellement, se fit sentir à l'autre bout du matelas et par pur réflexe, Saga se figea, peu désireux (et de toute façon incapable) de se retourner. Mais bien vite, le drap cessa de gigoter et la personne à ses côtés s'immobilisa, probablement peu désireuse de quitter les bras de Morphée. Cela ne rassura que moyennement le Gémeau : si le réveil n'était pas encore pour maintenant, il ne s'agissait que d'un report inévitable.

Et il ne se sentait toujours pas en état pour s'enfuir de la pièce, ni même se remettre debout sur ses jambes... ce qui ne lui laissait donc plus qu'une possibilité pour le moment : tenter de trouver la réponse à la question soigneusement rejetée jusqu'à présent.

...Qui, par l'Enfer?

Aldebaran? Impossible. Il était à peu près certain de représenter la portion de poids la plus conséquente sur le matelas.

Shaka? Non, il n'avait même pas daigner se rendre au rassemblement, auquel il était pourtant invité. Ce ne semblait pas logique.

Aiolia? Non plus, le jeune homme était bien trop attaché à son hétérosexualité pour se laisser ainsi aller avec un de ses aînés. Et si cela avait été le cas, une aigle furieuse serait déjà en train de lui lacérer le visage en maudissant jusqu'à l'existence Gémellaire. Il frissonna à cette idée.

Mû? Shion ayant probablement fait une descente de contrôle dans la nuit, il ne serait certainement plus de ce Monde s'il avait osé la moindre approche vers le jeune Bélier...

Bronzes et Argents n'avaient-ils d'ailleurs pas rejoint le mouvement à un moment de la soirée...?

...Oh, par tous les Dieux de l'Olympe et d'Asgard, par Lucifer et Abel (pas le temps de se demander pourquoi de telles figures lui étaient également venues à l'esprit), faîtes qu'il n'aie pas à s'ajouter à l'interminable liste des victimes nocturnes d'Aphrodite! ...Encore que vu l'énergie que le Cancer et le Capricorne déployaient à lui tourner autour en prenant soin d'écarter tout concurrent potentiel, c'était finalement (et heureusement) peu probable.

Non... Aphrodite serait plutôt le genre d'hommes à avoir guetté avidement son départ avec l'inconnu au bataillon, se tenant prêt à en répandre la nouvelle jusqu'aux tréfonds des Enfers avec un plaisir plus qu'évident. Mais pour les autres?

Après tout, les êtres humains n'étaient-ils pas portés vers l'entraide...? Non. Pas au Sanctuaire, en tout cas : les chevaliers n'étaient compatissants ni dans le malheur, ni dans le bonheur. Cette bande de rapaces assoiffés de l'infortune de leurs pairs ne feraient probablement que se réjouir de le trouver en posture si honteuse et s'empresseraient d'anéantir à nouveau sa réputation déjà fort mise à mal.

«Quel intérêt à être heureux si les autres autour de vous le sont aussi?» , prônait souvent DeathMask.

Maudits soient les Italiens, généralisa Saga sans le moindre remord, trouvant finalement assez d'énergie pour se tourner de l'autre côté du lit, faisant face au mur avec obstination. Ce qui, dans l'absolu, ne l'aidait pas forcément à réfléchir plus efficacement. Mais dans cette position, il ne prendrait au moins pas le risque de croiser le regard de 'son' inconnu s'il lui prenait l'envie (ou la force) d'ouvrir les yeux.

Et si Saga ne sut jamais quel Dieu il aurait dû remercier pour cette initiative personnelle de sa douteuse personne, ce fut le moment précis que choisit la forme humaine à ses côtés pour émettre un long grognement d'inconfort, et finalement se redresser sur le matelas avec un bâillement sonore.

Dès lors, l'aîné des Gémeaux adopta la courageuse attitude de se figer, dans l'imitation d'un sommeil assez peu convaincante, même pour quelqu'un sortant probablement également d'une cuite monumentale. Néanmoins, la phase de réveil de l'homme à ses côtés s'annonçant d'ores et déjà aussi laborieuse que la sienne, il comprit qu'il s'était accordé un répit supplémentaire lorsque l'autre homme amorça ce qu'il identifia comme une tentative d'étirement, et qui s'acheva par un déséquilibre et finalement, une chute hors du lit dans laquelle il emporta l'essentiel des draps.

...Apparemment, même dans ses choix les plus aléatoires, Saga des Gémeaux semblait incapable de s'entourer correctement.

L'autre ne mit néanmoins pas longtemps à se relever et après un moment de silence persistant, Saga en conclut que l'individu devait être au moins aussi perturbé que lui à la découverte de son environnement, de sa situation, et le concernant peut-être de sa nudité. La minute d'après, le retour d'un poids conséquent sur le matelas lui indiqua que l'homme s'y était assis un instant, dans un état de perplexité probablement semblable au sien... et qui ne s'améliora en rien lorsqu'à son tour, il constata qu'il n'était seul ni dans cette pièce, ni sur ce lit.

Un vif mouvement de recul lui signala que l'homme manqua une fois encore de tomber du matelas. Et cette fois-ci, Saga ne songea pas à l'en blâmer.

A vrai dire, il était bien trop inquiet pour se soucier réellement de ce qu'il pouvait bien se passer dans le crâne de son supposé partenaire : c'était déjà parfois bien assez compliqué de faire le tri dans le sien. Aussi conserva-t-il sa posture statufiée, ignorant la sueur froide coulant le long de son dos lorsque l'inconnu entama un tour de lit, avec une lenteur et une inquiétude qu'il comprit sans le moindre mal, avant de se figer face à son visage faussement endormi.

La respiration qu'il distinguait jusqu'à présent nettement se stoppa brusquement. A vrai dire, pendant quelques instants, Saga se demanda même si l'inconnu n'allait pas lui claquer entre les doigts sous le choc, lui laissant la tâche ingrate et ennuyeuse de se débarrasser d'un cadavre supplémentaire : de ce côté-là, il estimait avoir eu sa dose pour les cinquante vies à venir.

En dépit de tout cela, il parvint à garder ses paupière obstinément closes, son souffle aussi régulier que possible et son immobilité parfaite. Tâche ardue à l'heure actuelle, alors qu'il se préparait à tout instant à sentir une main lui secouer violemment l'épaule pour le réveiller, un regard encore empli de pudeur ou de plaisir au souvenir de la nuit précédente ou dans le pire des cas, une voix furieuse lui demandant des comptes et l'assomption de leurs cabrioles. Car on imaginait, à juste titre, fort mal que qui que ce soit puisse partager le lit de Saga des Gémeaux sans en revendiquer au moins le mérite, voir le privilège. Les rumeurs avaient la belle vie au Sanctuaire.

L'ex-Grand Pope était donc fin prêt à endurer la pire des éventualités... et pourtant, rien ne vint.

Aucun geste. Pas une parole à son égard. Pas même un mouvement pour mettre fin à son sommeil. Et après un peu moins de deux minutes de silence obstiné, l'homme s'éloigna d'un pas vif, divers froissement de tissus indiquant à Saga qu'il avait récupéré ses vêtements pour se rhabiller en vitesse, avant de s'avancer vers la sortie à un rythme plus modéré, sans doute pour éviter un réveil indésirable du Gémeau, et quitta finalement la pièce, sans demander son reste... et laissant le manipulateur en chef du Sanctuaire dans un état de perplexité totale.

Car il y avait, clairement, de quoi rester perplexe : ...Quoi, c'était tout? La crainte absolue de perdre (une deuxième fois) la totalité de sa crédibilité et de son intégrité pour ça? Pour un départ discret et silencieux, comme si tout ceci n'avait jamais rien été d'autres qu'une grossière illusion? Sur le moment, Saga n'y comprit rien... Il croyait pourtant tous les habitants de ce domaine pourris jusqu'à la moelle, à quelques exceptions près, alors pourquoi donc partir ainsi, sans rien demander, avec l'opportunité offerte par la situation?

...Puis il lui sembla comprendre cette démarche. Car s'il doutait fortement que les dernières âmes suffisamment pures de ces lieux puissent avoir pris le risque de se réveiller dans un lit inconnu, il restait possible qu'au milieu de tous ces dégénérés... il existait au moins un homme assez miséricordieux pour réaliser que Saga des Gémeaux n'avait pas à subir les conséquences de cette influence dégradante. Et avait donc tout naturellement eu le bon sens de lui épargner une nouvelle humiliation en le mêlant à la décadence du Sanctuaire, quitte à faire lui-même une croix sur la merveilleuse opportunité à côté de laquelle il passait.

Car c'en était une, à n'en pas douter. Du moins d'un point de vue Gémellaire.

Et quand bien même il s'agissait là d'une réaction en laquelle il avait encore du mal à croire, l'ex-Grand Pope, désormais bien décidé à rester couché jusqu'à ce que son malaise et son effroyable migraine se calment suffisamment pour lui permettre de remettre la patte sur ce qu'il restait de ses vêtements, ne put s'empêcher de remercier du plus profond de son cœur cet exquis inconnu, peut-être unique homme à avoir compris qu'en dépit de l'honneur que représentait une nuit en sa compagnie, il lui restait au moins encore une réputation à maintenir, lui.


A à peine quelques mètres du Gémeau et de ses préoccupations sans le moindre doute existentielles, le couloir du Palais du Grand Pope renvoya à son silence matinal des bruits de pas rapides, un peu hasardeux, mais discrets : les lendemains de nuits «chevaleresques», étrangement, même les gardes et le personnel local semblaient s'accorder à ne pas reprendre leurs activités trop tôt. Une décision mesquine, mais tout à fait commode aujourd'hui : dans ce genre de situations, il était plus que rassurant d'avoir la certitude de pouvoir quitter les lieux sans prendre le risque de tomber sur un témoin inopportun.

...Mais la certitude était une chose bien vaine au Sanctuaire d'Athéna.

-Bien le bonjour, mon cher ami. Je ne te savais pas si matinal...

Il n'en fallut pas plus pour que l'interpellé se fige d'horreur, reconnaissant sans le moindre mal l'accent nordique et l'intonation tout à fait détestable. Et ce fut donc sans surprise, lorsqu'il retrouva assez de mobilité pour tourner légèrement la tête, que son regard croisa celui joueur et cruel d'Aphrodite des Poissons, adossé contre une colonne.

N'importe quel être censé vivant ici savait qu'une telle rencontre au petit matin ne pouvait en aucun cas être une bonne nouvelle... et encore moins le fruit d'un malencontreux hasard.

-Aphrodite, salua-t-il donc de manière évasive, tâtant le terrain.

-Quel heureuse surprise de te trouver ici de si bonne heure! Mais permets-moi d'être surpris... Je m'attendais sincèrement à te trouver au Temple des Gémeaux, aujourd'hui...

Le Poisson eut alors le plaisir de voir la mâchoire de son vis-à-vis se crisper violemment et ses pupilles se resserrer d'horreur (ou de désaoulage), prouvant une fois de plus sa capacité redoutable à faire regretter à n'importe qui de compter le douzième gardien du Sanctuaire dans son entourage. Et à en juger le sourire d'Aphrodite, cette constatation resterait toujours aussi délectable pour lui.

Ce qui n'empêcha pas son interlocuteur de reprendre partiellement contenance, faisant platement remarquer :

-Tu m'as... Non. Tu nous as vu.

-En même temps, on ne voyait que vous, mon cher...

Un nouveau frisson le traversa, alors que le Poisson reprenait d'un ton ignoblement traînant :

-Sois néanmoins rassuré. Vu l'état de l'assemblée quand vous avez quitté les lieux, je pense pouvoir affirmer que je suis le seul à avoir noté votre départ commun... pour l'instant.

Marquant une brève pause pour se donner plus d'effet, il enchaîna ensuite :

-Alors, dis moi... notre cher ex-Grand Pope mérite-t-il sa réputation? Ça a pas mal jasé à ce sujet, en treize ans...

La question fut tout bonnement ignorée. Et si la raison en semblait évident, Aphrodite reconnut plus tard avoir été passablement frustré de ne pas avoir obtenu de réponse ce jour-là... Mais l'heure n'était plus à la bagatelle, au moins pour l'un d'entre eux.

-Aphrodite... Je n'ai aucune confiance en ta parole, alors je ne te demanderai pas de me jurer quoique ce soit.

-Sage décision.

-Et je sais également que tu es capable de garder ta langue à peu près partout sauf dans ta poche.

Ce fut au tour du Poisson de froncer légèrement les sourcils face au sous-entendu clairement insultant, même pour un être aussi assumé que lui.

-Mais s'il existe une quelconque façon de te convaincre de ne pas ébruiter cette affaire, je te prie de me la dire. Je suis déjà prêt à y consentir.

A cela, le Poisson répondit par un sourire particulièrement mesquin, entamant déjà un demi-tour vers la sortie :

-Et tu penses m'en convaincre ainsi? Navré, mon cher, mais ça fait déjà presque un mois que je n'ai aucune nouveauté intéressante à me mettre sous la dent. Je ne peux pas rater une telle occasion...

-Reconsidère cette décision.

-Tu as donc réellement de telles fantaisies? Taquina le Poisson en l'ignorant, arborant un sourire radieux. Moi qui croyais qu'un chevalier comme toi tenait au moins un peu à sa réputation...

-Mais justement !

Intrigué, Aphrodite eut le bon sens de s'interrompre. Après quoi il croisa simplement les bras contre sa poitrine et l'encouragea d'un signe de tête à poursuivre sa remarque, le considérant pour la première fois de cette discussion avec une réelle curiosité. Et un véritable intérêt pour sa réponse, qui ne tarda pas à lui parvenir.

-Attends, finir sa soirée ivre et se réveiller avec quelqu'un d'autre dans un lit, soit, je pense qu'il ne reste personne ici qui ne se soit pas retrouvé au moins une fois dans cette situation... mais avec pseudo-Saint Saga, monsieur "perfection", le pleurnichard de service psychopathe pourtant toujours à se croire au dessus de tout et de tout le monde? ...Tu m'excuseras, mais j'ai un standard minimum à maintenir, moi!

Et sur cette condamnation glaciale, il adressa au Chevalier des Poissons un regard empli de fierté, rajustant les manches de ses vêtements froissés et mal boutonnés, laissant derrière lui son interlocuteur totalement hébété... car en effet, pour la première fois depuis bien longtemps, Aphrodite ne sut comment réagir face à une situation.

Un certain nombre d'options s'offraient pourtant à lui : il aurait d'abord pu lui lancer une de ses répliques assassines dont il avait le secret, pour remettre l'impertinent à sa place. Pourtant, rien ne lui vint.

Il songea ensuite à descendre de ce pas jusqu'aux arènes en guise de revanche pour y répandre efficacement ce qui ressemblait déjà la nouvelle du siècle (les Guerres Saintes étaient bien peu de choses...). Il ne s'en sentit pas la motivation non plus.

Bon sang, il ne se trouva même pas la conviction de le rattraper pour lui coller la gifle qu'il méritait !

...Car même un être tel que lui savait reconnaître la vérité lorsqu'elle se présentait à lui. Et étant forcé de reconnaître au moins une part de légitimité aux propos du fuyard, il estima préférable d'en rester là sur cette affaire, pris finalement pour lui d'une certaine empathie.

«Tant pis», se dit donc Aphrodite en haussant vaguement les épaules d'un air résigné : il était, après tout, parfois bon que certains inconnus le demeurent... Car si Saga avait déjà acquis depuis longtemps, et probablement à vie, le statut de dégénéré mental sans aucun espoir de guérison... il était peut-être préférable que dans ce domaine à la réputation déjà si malmenée, il reste au moins un homme pour conserver sa dignité.