Salut, tout le monde... enfin, pour ceux qui sont encore là.

Je ne vous le cache pas, je me pose énormément de questions en ce moment... Je me connecte, et je suis toujours un peu attristée par ce que je vois : des départs à la pelle d'auteurs que j'aime beaucoup, sans espoir (je le crains) de retour... J'avais déjà remarqué il y a peu un climat approximatif et des changements dans le coin, j'essayais de mettre ça sur le compte du regain de popularité du fandom avec les séries annexes à Saint Seiya pour finalement arriver à des productions plus "mainstream"... mais là, je ne sais plus trop où j'en suis, pour la première fois depuis que je suis arrivée ici.

Bien évidemment, je n'ai pas envie de partir. Depuis que je suis inscrite ici, j'ai passé de merveilleux moments, j'ai lu des travaux admirables et j'ai rencontré des gens absolument fantastiques (je ne vais pas m'amuser à citer des noms : j'ai bon espoir que les concernés se reconnaissent sans trop de mal). Je ne souhaite en aucun cas que cela s'arrête ! Et zut, j'aime écrire : je ne me leurre pas sur la qualité réelle de mes productions, mais je n'ai pas non plus envie de m'arrêter juste parce qu'une ambiance un peu moyenne se propage (peut-être temporairement)... mais honnêtement, j'hésite. Je n'ai jamais aimé les conflits, et là, je suis un peu blasée... Je considère donc pas mal d'éventualités en ce moment.

Cela risque de se ressentir sur l'écrit d'aujourd'hui, qui ne sera pas du meilleur goût ni d'un humour décapent. Mes excuses. Je n'oublierais quand même pas mes notes introductives :

-Déjà, envers et contre tout, un grand merci à tous ceux et celles qui continuent à me lire et à m'adresser des encouragements via reviews. Un petit mot, donc, pour leia26, Kangoo et SAINT-ANGEL : vos messages m'ont fait très plaisir, et je vous en remercie. Quant à l'identité du monsieur, je vais vous apporter la même réponse qu'à tous ceux qui ont demandé avant vous : je ne dirai absolument rien :) J'ai pour ma part son identité en tête, mais c'est beaucoup plus drôle et même intéressant d'écouter les théories de chacun. Je vous laisse donc satisfaire vos fantasmes en choisissant la personne de votre choix U-U

-Bon, je ne vais pas m'amuser à réclamer des droits sur Saint Seiya... C'est pas trop le moment, là.

-Dix-neuvième cliché exploité, le déprimant "Death Fic" : là encore, tout est dans le titre. En clair, une fic de ce style (très souvent un one-shot) inclura dans l'intrigue la mort d'un des personnages principaux (ou du moins majeurs) de la série, le ressenti de son entourage vis à vis de l'événement et n'aura en général pas d'autre but que de vous faire verser un litre de larmes. Je le dis, je le répète, l'Angst n'est pas fait pour moi. Faire mourir mes adorés comme mes détestés m'est toujours très difficile, j'ai donc trouvé une solution... spéciale, dirons-nous. J'ignore si vous apprécierez.

-J'ai pris connaissance des rites funéraires grecques, mais on peut imaginer Athéna assez souple pour accorder à un de ses proches les obsèques de son choix, en fonction de ses origines ou de ses traditions (elle accueille bien un Bouddhiste dans ses rangs, non?)

-Sinon... "mauvais goût, quand tu nous tiens"? Non, sérieusement, mes excuses pour ce que vous allez lire. Vraiment.

Sur ce, bonne lecture et peut-être à bientôt.


Deathfic :

-Bon, ils sont tous là? ...Parfait. Nous allons pouvoir commencer.

De vagues hochements de tête accueillirent cette déclaration, et un silence solennel se fit alors que Shion du Bélier, un air grave inscrit sur ses traits, se détachait de l'assemblée pour monter sur l'estrade de fortune qu'ils avaient monté dans la matinée.

Pour un été grecque, le ciel se présentait bien gris, cet après-midi là. Un climat ironiquement bien adapté, alors qu'un immense cortège de Chevaliers d'or et d'argent envahissait le cimetière Sanctuaire, à l'endroit précis où les plus braves porteurs d'armure avaient fini par trouver le repos éternel. En relevant légèrement la tête, Shion aperçut également, légèrement en retrait, cinq Chevaliers de bronze aux visages fort familiers. Un sourire dénoué de joie se dessina sur ses lèvres, alors qu'il s'interrogeait sur la raison de leur présence : sans doute rien de plus qu'une marque sincère de respect et de soutien...

Cela n'allégea en rien sa peine. Mais cette présence restait appréciable. Le resterait toujours.

Le Grand Pope prit une profonde inspiration, son esprit comme aspiré par la foule silencieuse qui lui faisait face, et se décida enfin à parler, ignorant le discours sous ses yeux qu'il connaissait déjà par cœur :

-Chevaliers. Mes amis, mes très chers frères. Nous nous sommes réunis aujourd'hui... pour rendre un dernier hommage à notre camarade. Camarade qui nous a quittés bien trop tôt...

Quelques cliquetis se firent entendre, bruits de métal qui s'entrechoquait, alors que chacun retirait casque ou diadème et apposait main sur poitrine, dans un geste humble et respectueux. Milo du Scorpion dut néanmoins à plusieurs reprises quitter cette position pour essuyer les larmes qui commençaient à perler au coin de ses yeux. Shion déglutit avec difficulté, mais se força à continuer, luttant à chaque instant avec sa gorge nouée :

-Adieu, esprit généreux. Adieu, âme tant chérie et respectée. La nuit impitoyable a pour toujours emporté ton regard suave et paisible. Ta discrète, et pourtant indispensable présence n'enchantera plus notre quotidien.

Ça n'allait pas. Il pouvait déjà sentir ses mains trembler, serrées à s'en blanchir les jointures autour des feuilles froissées de son discours.

Mais il devait tenir. Il le fallait. Pour tous ces hommes qui ne se tournaient désormais plus que vers lui pour chercher un soutien. Une lueur. La moindre parole qui leur donnerait la force d'accueillir le jour suivant et de continuer à se battre...

Alors Shion ferma les yeux et poursuivit, se disant qu'il pourrait toujours utiliser ce rôle pour combler ce gouffre béant qui envahissait son âme. C'était toujours un sentiment auquel il était possible de se raccrocher. Au moins en attendant que le Monde retrouve un peu de ses couleurs... En attendant longtemps.

-Mais jamais ne s'effacera le souvenir de ta tendresse, ni de ton acharnement à embellir nos vies. Ton sourire ne perdra pas sa place dans nos cœurs. Ta voix n'hantera plus ces lieux, mais demeurera dans notre mémoire. Et ton incomparable soutien restera à jamais un exemple, et ce pour toutes les générations qui se succèderont. ...Adieu, camarade. Adieu.

Un sanglot à demi-étouffé, mais néanmoins bruyant, fit perdre à Shion le fil de sa pensée, le forçant à relever la tête : dans la première rangée, Saga des Gémeaux avait enfoui sa tête dans son avant-bras pour y noyer son chagrin, le Sagittaire ayant couvert son épaule d'une main réconfortante. Et ce fut cette vision qui convainquit le Grand Pope qu'il lui serait impossible de continuer sans perdre à son tour son apparente impassibilité :

-Le discours que j'avais préparé est encore long, mais les mots ne nous apporteront aucun réconfort... rien ne saurait plus en apporter. Alors, mes frères, unissons-nous dans une dernière prière... pour cette âme admirable.

Larmes et gémissements de douleur se turent tant bien que mal alors que chacun baissait la tête dans un recueillement silencieux, uniquement troublé par le bruissement des branches d'oliviers. Et lorsque Shion quitta son estrade pour s'emparer d'une rose blanche (Aphrodite, effondré, avait absolument tenu à les fournir lui-même), la laissant sombrer avec solennité sur le cercueil en bois vernis avant de s'éloigner, chacun prit son exemple, formant une longue file macabre et silencieuse, fleur à la main.

Cette opération dura près d'une demi-heure, au cours de laquelle pas un seul mot ne fut prononcé : les paroles étaient déjà superflues. Et lorsque chacun eut droit à son passage, une montagne de pétales immaculés recouvrant désormais la dernière demeure de l'âme, Shion rassembla tout ce qu'il lui restait de courage et leva une main en l'air, quatre gardes descendant enfin le cercueil en terre et un dernier s'approchant avec une pelle, démarrant sa tâche avec un visage neutre.

Ce fut le moment que les chevaliers choisirent pour finalement s'éloigner, la mort dans l'âme, puis finalement regagner leur Temple et baraquement respectif, ne goûtant pour la plupart guère à l'envie d'une compagnie pour ce soir. Le malheur était contagieux. Aussi Dohko de la Balance se contenta de poser sa main sur l'épaule de son plus vieil ami avec un hochement de tête approbatif, puis reparti seul vers sa demeure, tête baissée. Shion l'en remercia silencieusement : car pour sa part, il n'y avait que deux êtres dont il tolèrerait la présence ce soir. Et son fidèle compagnon d'armes n'en faisait pas partie.

-Maître...

La voix paisible et toujours teintée d'une légère mélancolie l'envahit aussitôt de douceur, et Shion se retourna sans surprise vers son précieux disciple, qui lui renvoya une expression sincèrement navrée avant de s'incliner.

-Mû. Je suis heureux que tu sois venu.

Le jeune Bélier décida d'ignorer la remarque, estimant que les remerciements étaient plus que superflus et que son absence aurait sans le moindre doute été remarquée s'il avait changé d'avis à la dernière minute. Éventualité qu'il avait, avec un peu de honte, considéré. Mais le simple soulagement de son maître à l'idée de sa venue lui raffermit l'esprit.

-...Alors? Comment m'as-tu trouvé?

-Concis, répondit calmement son disciple. Les hommages courts sont bien souvent les plus fidèles et les plus sincères.

-Merci pour ta franchise, lui accorda Shion avec un doux sourire.

-Néanmoins, si je puis me permettre, Maître...

-Qu'y a-t-il, mon petit?

-Eh bien... Je ne veux en rien paraître irrespectueux, mais tout ceci n'est-il pas un peu... «exagéré»? La Déesse Athéna elle-même a fait une apparition en début de cérémonie...

Shion leva un moment les yeux au ciel, avisant les larges nuages noirs à l'horizon et l'averse qui se profilait.

En effet, même leur vénérée Déesse avait eu la délicatesse de faire acte de présence avant son discours, puis s'était retirée bien vite après avoir apporté prières et formules de politesse, déjà rappelée par sa fonction au palais. Shion ne s'en était pas offusqué : et les bras que la jeune fille avait passé autour de ses épaules pour lui transmettre le dernier soutien dont il avait eu besoin pour ne pas s'effondrer... Il n'avait pas eu à parler. Peut-être qu'elle seule avait réellement compris tout ce que cela impliquait pour lui.

Pour eux.

Aussi se contenta-t-il de poser une main affectueuse sur la tête du jeune homme, lui délivrant sans la moindre méchanceté ces quelques paroles :

-Crois-moi, mon enfant, si tu avais eu la chance de grandir ici avec le reste de tes compagnons... Tu saurais tout ce que cette cérémonie représentait pour nous.

De toute évidence, Mû n'était pas convaincu. Mais il eut la délicatesse de garder le silence et d'incliner brièvement la tête devant son Maître, avant de s'éloigner à son tour vers sa propre demeure, serrant dans sa main celle de son jeune disciple. Les deux silhouettes ne tardèrent pas à disparaître dans la lueur terne du jour.

Shion, lui, demeura encore un peu auprès de la tombe fraîchement creusée, ne pouvant détacher son regard de chaque pelletée de terre qui s'accumulait déjà en un tas pathétique, recouvrant la blancheur délicate des roses et le bois d'olivier. Et lorsque l'averse éclata enfin, ce fut finalement un amas de boue qui s'étala sur l'abris de cette âme tant aimée, final et indigne présent de la surface. Ce ne fut d'ailleurs qu'à cette vision qu'il réalisa pour lui-même le torrent de pluie qui s'abattait désormais sur lui, inondant ses vêtements et noyant son visage sous l'épaisseur de ses cheveux trempés. Ce qui était probablement une bonne chose.

Le Pope du Sanctuaire se devait d'être le modèle absolu de stabilité en ce genre de circonstances tragiques. Son titre-même se devait de rester symbole de justice et de droiture, mais également de courage.

Un sentiment qui lui manquait aujourd'hui cruellement, la vision grotesque de cet être qu'il avait tant chéri enseveli sous plusieurs couches de terre menaçant à tout instant de le faire lâcher prise. Il sut aussitôt qu'il avait atteint sa limite, et se détourna sans plus de cérémonies de cet atroce spectacle. Il n'aurait pu en supporter davantage, aussi se contenta-t-il d'adresser d'une voix morne, mais solennelle au garde responsable du triste honneur :

-Faîtes cela bien, mon brave. Sans une sépulture décente, le repos éternel ne saurait lui être accordé.

-Bien, Votre Altesse.

Et sur ces dernières paroles, le Grand Pope cacha d'une main son visage meurtri et, la mort dans l'âme, repris le chemin du Palais d'Athéna.

La vie finirait bien par reprendre son cours. C'était après tout dans l'ordre des choses. Il était peut-être le mieux placé pour le savoir... mais à ses yeux, rien de tout ceci ne saurait être possible pour lui. Pas avant qu'il n'est pu faire son propre deuil... et seuls les Dieux savaient quand cela aurait la chance de lui arriver.

Sur cette atroce pensée, il entama enfin les marches zodiacales, ne voyant ainsi pas le jeune garde en service interrompre sa tâche... et lui jeter un regard mauvais.

«Faîtes ça bien, té' », grommela-t-il, posant sa pelle pour adresser un geste grossier de la main à la grande silhouette qui s'éloignait déjà, exprimant ainsi tout le ressentiment de ses camarades face à cette mascarade.

Mais le jour où les gardes du Sanctuaire auraient un droit de parole sur ce genre d'évènements n'était pas prêt d'arriver. Ce fut d'ailleurs sur cette pensée qu'il repris sa pénible besogne, jetant un regard écœuré au cercueil partiellement recouvert de la quinquagénaire décédée il y avait de cela deux lunes, régulière du treizième Temple et favorite certifiée du Grand Pope, tout titulaire du poste confondu : Saga des Gémeaux n'avait semblait-il pas tardé à profiter de tous les avantages de la fonction.

Et – cela n'était guère un secret parmi la garde – l'on pouvait affirmer sans le moindre risque que les 'services' de cette femme, présentée officiellement auprès de Saori Kido comme dame de compagnie par souci de bienséance, avaient été amplement appréciés par la majorité de la chevalerie d'Or, de l'initiation à la vingtaine passée... jusqu'à ce qu'un mal mystérieux, dévastateur et incurable, ne vienne la faucher dans ce que les anciens du Sanctuaire nommaient aveuglément «la fleur de l'âge». Le 'mal' en question, étrangement, n'avait guère été révélé au cours des obsèques, mais on s'en faisait facilement une idée au sein des basses instances, ce qui avait déclenché son lot de médisance et de prévisions déplacées sur l'espérance de vie moyenne de l'entourage proche de la demoiselle.

Et malgré tout cela... "Mieux vaut offrir son cul que sa vie ici", songea avec amertume le pauvre homme en balançant sans la moindre application une nouvelle pelletée de terre, maudissant dans la foulée la plus haute élite de cet endroit soit-disant sacré :

En ce lieu où on était prêt à enterrer une catin dans les champs divins des braves et des purs, il n'avait pas le souvenir que la grande Athéna ait un jour eu la décence de réserver aux gardes de son domaine une sépulture plus glorieuse que la fosse commune...