Nuits de déprave, nuits de luxure.
Le royaume serait festif, les échos de la musique se faufileraient jusqu'aux ruelles les plus silencieuses. Le roi, ton roi, y prendrait comme à toutes les fois un bien malin plaisir. Les femmes danseraient, les hommes prendraient un verre à la santé du peuple. Les doux et vils effluves de l'alcool veilleraient sur Sindria qui fêterait jusqu'au petit matin.
Mais ce n'était pas tout.
Les gens ignoraient qu'une fois la nuit bien tombée, ton roi, encore sous l'emprise de l'alcool, longerait doucement les couloirs du palais. Qu'il tournerait à gauche et puis à droite tout en sachant parfaitement où ses pas le mèneraient.
Toi, tu avais quitté la fête il y a bien longtemps déjà. Musique trop forte, maux de tête et l'insupportable vue de ton roi qui profitait des jolies femmes que lui offraient la fête. Tu n'aimais pas cela, cette vue te donnait même un haut le cœur. Mais le dire à vive voix devant les autres généraux n'aurait servi à rien. Alors comme l'être responsable que l'on t'avait appris à devenir avec le temps, tu avais simplement disposé. Tu avais tourné à gauche et puis à droite tout en sachant parfaitement où tes pas te mèneraient. Ta chambre.
Tu attendais. Tu savais qu'il viendrait, parce qu'il venait toujours. Lorsque la nuit serait bien tombée et que le peuple serait déjà trop saoul pour réaliser son absence, Sinbad quitterait la fête à son tour et se rendrait jusqu'ici, dans cette chambre.
Toc, toc, toc.
Il toquerait puis pénétrerait dans cette chambre. Ta chambre.
Vous le saviez, pourtant, que ce jeu était interdit. Vous le saviez, que si par malheur l'un de ces pauvres innocents passerait par-là au mauvais moment et qu'au travers l'écho de la musique, parviendrait à vous entendre, lui et toi, tout prendrait fin. Ces nuits de déprave, ces nuits de luxure. Vous le saviez et pourtant l'idée d'y mettre fin ne vous avait jamais traversé l'esprit. Pourquoi?
Parce que tu le voulais. Parce qu'il le voulait et qu'il l'osait grâce à cet alcool ingurgité.
Or vous n'aviez pas le droit. Toi, Jafar, lui, Sinbad. Un conseiller et son roi.
Un conseiller ne devrait pas recevoir de telles caresses, de tels baisers de son roi. Un roi ne devrait pas prendre tant de plaisir à poser ses lèvres sur la peau de son conseiller, la couvrir de baisers brûlants.
Tu ne devrais pas aimer Sinbad et Sinbad ne devrait pas t'aimer non plus. Vous n'en n'aviez pas le droit.
Et pourtant… Vous le saviez, qu'au prochain Mahrajan, ce petit manège recommencerait. Parce qu'il recommence toujours, et qu'au fond, ça vous allait parfaitement ainsi.
