Cette Fanfiction a été écrite dans le cadre du WITCH HUNT FEST organisé par FESTUMSEMPRA.

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Prompt : Une enfant moldue assiste à quelque chose de terrible. Le monde magique est sur le point d'être dévoilé

Contraintes : Personnage principal : La petite fille ou le sorcier surpris par la petite fille


Insouciante Innocence


Cela aurait dû être une journée comme une autre. Un de ces jours d'automne où le soleil brille, annonciateur de balades en famille, de jeux et de papillons. Le matin avait été doux, avec un petit vent frais revigorant. Emma en avait profité pour sortir en courant, saluer le livreur de lait et rentrer les œufs que la voisine avait déposés devant sa porte. Elle avait ensuite fait un câlin à ses parents, avant que son papa ne parte au travail et que sa maman ne s'enferme dans son bureau. Elle était fière Emma, du haut de ses 9 ans, d'être assez grande pour rester toute seule quelques heures dans la maison. C'était facile de s'occuper entre le jardin, la bibliothèque et la salle de jeu.

L'heure du déjeuner approchait à grand pas lorsque cette belle journée d'automne commença à déraper. Emma jouait dehors, à construire des châteaux de boue grâce au tuyau d'arrosage qui fuyait, lorsqu'elle entendit un drôle de bruit. Une sorte de "Crac" suivit d'un "Boum" en provenance de la rue. Elle fit alors ce que sa maman lui avait toujours interdit de faire… Elle ouvrit le portail de la maison, et risqua un œil à l'extérieur. La petite rue baignait dans une douce lumière bleue qui la surprit quelque peu. Ce n'était pas une couleur habituelle. Elle pouvait être grise, lumineuse, noire et même rose si elle mettait ses lunettes de déguisement de princesse, mais bleue ? Ça, elle ne l'avait jamais vu.

Emma hésita un peu. Juste un instant. Le temps de regarder derrière elle, de voir que tout était calme dans son jardin. Les volets de la fenêtre donnant sur la pièce où travaillait sa maman étaient légèrement clos, pour ne pas laisser entrer trop de lumière dans la pièce. Elle ne la verrait sûrement pas sortir. Elle referma le portail de son jardin doucement, regardant de tous les côtés. Au début, elle ne vit pas grand-chose. Il y avait déjà quelques personnes dans la rue, un petit attroupement d'une dizaine de personnes, sans doute attirées par le même bruit qu'elle. Rassurée, elle avança un peu plus, curieuse. Son père disait toujours que c'était un vilain défaut, la curiosité. Mais Emma avait déjà oublié les recommandations de ses parents. Ne pas sortir du jardin. Ne jamais traverser la rue sans regarder des deux côtés. Ne surtout pas parler aux inconnus.

Emma attrapa la manche d'un curieux qui s'était arrêté pour regarder une scène qui lui était encore invisible.

- Monsieur, il se passe quoi ?

L'homme la regarda à peine. Il avait les yeux ronds, presque exorbités, comme les personnages des dessins animés du matin, quand elle mangeait ses céréales et son lait devant la télévision.

- Deux hommes sont apparus dans la rue, comme par magie… Des couleurs sont sorties des bouts de bois qu'ils tiennent… C'est… Pas normal.

Ce fut à ce moment que la petite fille vit enfin les deux hommes. L'un plutôt grand, brun, musclé… Elle aurait pu le qualifier de beau, mais à son âge la beauté restait bien relative. L'autre était petit, gros, avec des dents proéminentes. Il ressemble à un rat, se dit-elle en fronçant le nez.

- Lily et James ! Comment as-tu pu faire ça, Sirius ? cria l'homme-rat en agitant un morceau de bois devant les yeux de l'autre.

Le grand homme n'eut pas le temps de lever son propre morceau de bois. Une explosion retentit, puis un silence lourd de poussière. Le monde perdit sa gravité et tout son sens. Le ciel devint terre, les pieds quittèrent le sol, les mains rencontrèrent une tête… Sans cou. Emma avait l'impression de voler. Le temps parut s'étirer à l'infini, en apesanteur. Autour d'elle, plusieurs autres morceaux de corps, plus ou moins grands, semblaient créer des arabesques de sang. Elle eut l'impression de voir quelque chose bouger derrière l'un des rideaux d'une des bâtisses encore entière de la rue. Elle crut entendre une douce musique derrière la sourde cacophonie de l'explosion. Où était passé le second homme ? Avait-il réussi à s'échapper ? Pourquoi ne les avaient-ils pas protégés si c'était un sorcier ?

L'atterrissage fut brutal. Aïe, songea Emma, mais elle n'aurait pu dire où elle avait mal, ni même si elle avait réellement mal. Était-elle encore debout ? S'était-il passé quelque chose ? Emma leva une main à hauteur de ses yeux. Elle était rouge et floue. La fillette se mit à genoux et toucha son visage, doucement. Elle pleurait. Elle ne s'en était même pas rendue compte.

- Vite, vite, entendit-elle marmonner pas très loin d'elle.

Emma eut à peine le temps de se remettre sur ses pieds et de se retourner vers la source du bruit que ses yeux croisèrent ceux de l'homme à la tête de rat. Elle ne sut dire lequel des deux fut le plus surpris.

Des geysers sortaient du sol, recouvrant d'eau des corps incomplets. Mais Emma ne le remarquait même pas. Elle ne comprenait toujours pas ce qu'il venait de se passer. Son cerveau d'enfant peinait à assimiler ce que ses yeux voyaient. Elle avait l'impression d'être dans un monde de coton. Les sons lui paraissaient doux, presque duveteux. Son corps était à la fois mou et sensible, comme si une barrière invisible la protégeait du reste de la scène de massacre.

L'homme en face d'elle la regardait, l'air indécis.

Était-ce lui qui faisait pleuvoir ? se demanda Emma.

- Vous êtes un magicien ?

L'homme se recroquevilla sur lui-même.

- Et c'est qui Lily et James ? Et Sirius ?

Emma restait immobile, au milieu des décombres de la rue et de l'eau rouge qui serpentait entre les morceaux de ferraille, à attendre la réponse de l'homme qui lui faisait face. Elle était curieuse, Emma, à 9 ans. Et c'était un âge auquel croire à la magie ne semblait pas impossible.

L'homme sembla se décider, lorsqu'un bruit de pas précipités retentit de l'autre côté de la rue.

- Emma ! Emma !

- Maman ?

Depuis quand s'était-elle autant éloignée de sa maison ? Elle n'avait pourtant fait que traverser la route… Pouvait-elle se téléporter ? Ce serait chouette comme pouvoir, décida-t-elle.

Elle se retourna, oubliant le magicien incertain. Sa maman courait, les cheveux défaits, en chausson. L'enfant sourit.

- Emmaaaaa ! Le cri de sa maman la fit sursauter.

Pourquoi avait-elle l'air si inquiète ? Elle se sentait bien, elle. Elle ne se souvenait même plus d'avoir eu mal.

Ce ne fut que lorsque sa maman fut quasiment à ses côtés, qu'elle remarqua la caméra toute neuve à sa main. Sans doute avait-elle voulu la filmer en train de jouer dans le jardin pour pouvoir regarder la vidéo avec papa le soir... Essoufflée, elle avait du mal à reprendre contenance.

- Ça va pas maman ? demanda Emma en posant une petite main potelée sur celle de sa maman. Rouge. Sa main était encore rouge. Mais elle n'était plus floue. C'est un progrès, pensa Emma. Un peu étrange comme couleur, certes… Aussi étrange que la couleur de la rue tout à l'heure. Au moins, elle n'avait pas mal. C'était plutôt bon signe, non ?

Ce ne fut qu'au cri bref du magicien à tête de rat qu'elle se rappela de son existence. Il tenait un doigt ensanglanté à la main.

- Tu as vu maman ? Le monsieur s'est coupé un doigt, sans couteau. Il n'est pas très doué, ajouta Emma après un bref silence. Tu as mal ?

L'homme la regarda, s'apprêtant à lever sa baguette lorsqu'une sirène se fit entendre. La police était au bout de la rue, encore lointaine et peu visible. Le magicien sembla prendre peur, marmonna quelque chose (une formule magique ?), POUF ! Il disparut.

- Maman, maman, tu as vu ça ? C'est trop cool !

- C'est impossible…

- Dis maman, les morceaux de gens qui sont par terre, on va pouvoir les recoller ?

Ce fut sur ces mots, et l'arrivée de la police en grande pompe, que sa maman s'évanouit, la caméra toujours en sûreté dans sa main.

Les hommes en uniforme descendirent de la voiture et coururent rejoindre Emma, qui ramassait précautionneusement la caméra avant qu'elle ne tombe dans l'eau qui envahissait la ruelle. La couleur de la rivière n'était plus aussi rouge qu'avant… Elle avait pris une jolie teinte rose pâle maintenant, se dit Emma en souriant.

- L'ambulance est en route ! Stabilisez la femme, je m'occupe de la petite, elle a l'air en état de choc. Le reste, regardez s'il y a des survivants dans ce merdier. Et trouvez-moi ce qui a causé ça.

- C'était un magicien, monsieur. Avec une baguette magique. Et une tête de rat… Par contre, il n'avait pas de chapeau. C'est un peu bizarre pour un magicien je crois, indiqua Emma. Elle avait lu quelque part qu'il fallait être aussi précis que possible dans ses descriptions, pour pouvoir retrouver un coupable.

- D'accoooord. Ne t'inquiète pas petite, tu as sûrement un traumatisme crânien, et tu as une jolie plaie au niveau de l'épaule et de l'arcade sourcilière, mais ça va aller. Tu veux bien fermer les yeux et compter jusqu'à 100, s'il te plait ?

- Je vais avoir une surprise ?

- En quelque sorte. Ferme les yeux s'il te plait… Tu t'appelles comment ?

- Emma. Emma Temple.

- Très bien Emma, tu me fais confiance ?

L'enfant acquiesça. La police, c'était les gentils. Elle ferma donc les yeux docilement, égrenant les nombres dans sa tête. 1, 2, 3…

C'était étrange. Même sans plus rien voir, Emma avait l'impression que les images de la rue, sans dessus dessous, restaient collées devant sa rétine.

24, 25, 26…

- L'ambulance est où, bordel ?

- Elle est à une minute d'ici.

- Dites-leur d'accélérer. On a une enfant traumatisée et une femme adulte dans les vapes, qui a réussi à se planter un cable métallique dans le flan. Quelle idée de s'évanouir dans un endroit aussi dangereux, bordel !

67, 68…

Elle entendit des crissements de pneus, un peu plus loin.

- Ah bah c'est pas trop tôt ! Par ici, vite !

99, 100.

- Et 100 ! Je peux ouvrir les yeux monsieur le policier ?

- Tu peux, regarde moi. Voilà, c'est bien. Tu veux bien t'allonger sur le brancard ? Est-ce que je peux te prendre ta caméra s'il te plait ?

- Non ! Je dois la protéger, elle est à ma maman ! Je la garde.

- D'accord, d'accord. Ne t'inquiète pas, tu peux la conserver. Elle est en sécurité avec toi, tout va bien se passer maintenant.

À peine allongée sur le brancard, le monde d'Emma vacilla à nouveau. Tout ne fut plus que lumières vagues, sons étouffés et visages flous.

Emma ne reprit connaissance qu'à l'hôpital, son papa à ses côtés.

- Papa ? Qu'est-ce que tu fais là ? Ça va ?

- Emma ! Tu es réveillée ! Oh mon bébé ! dit-il en se levant et en la prenant précautionneusement dans ses bras. J'ai eu si peur tu sais.

- Elle est où maman ?

- Elle dort encore, elle a besoin de se reposer elle aussi tu sais.

- Sa caméra, j'avais sa caméra, papa ! Elle est où sa caméra ?

- Je l'ai ma chérie, ne t'inquiète pas.

- Maman, elle était en train de faire une vidéo je crois… Les policiers disent que je mens, mais je suis sûre que c'était un magicien papa ! Il a agité sa baguette et tout a explosé et… et… Il y avait un autre homme aussi, mais je sais pas, il a disparu, je ne l'ai pas revu après. Et le magicien, lui aussi il a disparu, et il s'est coupé un doigt sans couteau papa ! Tu me crois dis hein ?

- Bien sûr ma chérie… Je regarderais sur la caméra de maman plus tard, tu veux bien ? il faudra que je trouve un lecteur pour la cassette.

Emma acquiesça vigoureusement de la tête. Ouch. Elle n'aurait peut-être pas dû. Elle avait l'impression que ça résonnait à l'intérieur de sa tête.

Son père la serra un peu plus fort dans ses bras.

- Papa… Il y a un autre magicien à l'entrée de la chambre…chuchota-t-elle dans le cou de son papa.

Il se retourna brusquement, faisant crisser le lit sur laquelle il était assis. Un homme se tenait dans l'embrasure de la porte de la chambre de sa fille, habillé de longues robes noires, d'un chapeau pointu et le visage austère, il semblait sortir tout droit d'un autre siècle. Un M argenté et stylisé ornait la robe au niveau de son cœur.

- Qu'est-ce que… ?

- Brigade de Réparation des Accidents de Sorcellerie du Ministère de la Magie. Le secret magique doit rester secret, je me vois dans l'obligation de vous ôter quelques souvenirs. Ne vous inquiétez pas, c'est indolore.

La voix était sèche, sans empathie. L'homme tenait un morceau de bois, sa baguette magique, se corrigea Emma, d'une main assurée.

- Votre nez, il ressemble à celui d'un cochon, vous pouvez le modifier avec un sort aussi ?

- Oubliette.

L'homme se détourna sans un regard, ratant par la même occasion le départ d'un rat qui n'avait rien à faire dans cette chambre. Si c'était possible, et si Emma avait toujours été consciente, elle aurait pu jurer que ce rat avait l'air soulagé.

Lorsqu'Emma se réveilla pour la seconde fois, son papa n'était plus là. Elle ne le savait pas encore, mais, à son retour, il annoncerait la pire nouvelle de sa petite vie.

Sa maman n'avait pas survécu.

N'a pas survécu à quoi ? se demanda Emma un instant avant d'oublier. La fatigue et la tristesse prirent le dessus sur son étrange sentiment de malaise. Elle se rendormit, la main dans celle de son papa, ses cauchemars peuplés de sorciers au chapeau pointu et de rats terrifiants.

Au petit matin, Emma se réveilla avec une sourde migraine, une phobie des rats et une passion pour les vidéos que personne ne put expliquer. Après tout, la famille n'avait jamais possédé qu'un vieil appareil photo… Quelques jours plus tard, Emma Temple, petite fille curieuse à ses 9 ans, fêta ses 10 ans d'une bien triste manière.

Seul un rat, perdu quelque part dans les égouts londoniens, et qui allait bientôt être accueilli dans une famille de sorciers pas assez riche pour s'acheter un animal décent, aurait pu avoir une explication à ce phénomène. Mais il resta bien caché, trop apeuré par cette journée de débâcles pour oser sortir de son trou.

Le monde magique fut protégé, encore une fois. Mais à quel prix ? Celui de l'innocence à jamais perdue d'une enfant ? Celui de 12 personnes, lâchement assassinées parce qu'elles étaient au mauvais endroit, au mauvais moment ? Ou celui d'un homme fou de tristesse, accusé à tort de crimes qu'il n'a pas commis ?

L'insouciance des uns s'élève toujours sur les cendres de l'innocence des autres.


Il parait que les reviews font arriver plus vite en week-end :)