En réponse au thème de drabble proposé par Almayen depuis le discord Festumsempra : Mettez en valeur un personnage que vous n'aimez pas.

J'ai choisi un ship qui est un peu ma némésis (ne me tapez pas dessus, on fait tous des erreurs dans la vie). J'espère que les fans de Dramione apprécieront - j'espère ne pas avoir massacré les personnages, haha.
C'était un peu long pour un drabble, donc il m'a semblé plus juste de poster à part. Mais merci, Almayen, c'était une bonne expérience !


-Je t'ai rapporté tous les coloris que j'ai pu trouver pour cette référence.

La jeune femme blonde entra dans la cabine d'essayage où son amie et cliente attendait. Son sourire doux ricocha sur les lèvres de celle qui s'habillait dans l'espace étroit, intimiste.

-Merci, Hannah. Tu crois... que ça ira ? demanda Hermione Granger, une moue inquiète au visage.

Son regard brun croisa celui de la fiancée de Neville dans le grand miroir. Elle avait beau avoir demandé à la glace magique de la refléter sous tous les angles, la grimace dubitative persistait. La coupe était bien, mais... la teinte n'était-elle pas trop sombre ? Trop sévère ?
Hannah lui renvoya un nouveau sourire qui réchauffa son cœur.

-Oui, je pense que ce sera parfait. Très... toi, et très seyant.
-Et... ensuite ?

-Oh.

Hannah consulta son bipeur, dont la lueur était passée au rouge.

-Je m'occupe de Luna et d'Astoria, et je reviens à toi, souffla la vendeuse en robe à fleurs d'un ton doux qui s'évaporait à mesure qu'elle s'éloignait.

-Astoria...? Mais tu ne m'avais pas dit que...

Sa voix s'éteignit. C'était trop tard. La silhouette menue de son amie s'était évanouie derrière les rideaux épais, laissant Hermione seule à son désespoir devant le miroir.
Le lilas était beau, aussi, sur sa peau. Lilas ou marron ?

Et que choisir comme cape ? Comme chaussures ? Et comment arriverait-elle à dompter ses cheveux ? Ils ressemblaient aux serpents de Méduse, se dressant dans tous les sens. C'était pire que jamais, comme toujours lorsqu'elle se sentait stressée.

Elle ne put retenir un soupir agacé. C'était un véritable casse-tête. Tout ça pour le bal d'apparat du Ministère. Et Hannah qui ne revient pas, j'espère qu'elle n'est pas trop occupée... Et...

Non. N'y pense pas. Ce n'est pas la peine.

Perdue dans ses pensées, les yeux dans le vague, elle ne distingua presque pas le clignement subtil des lumières au plafond. Toute cette situation la mettait sous tension. Elle aurait dû être sur le terrain, pas ici. En train de défendre les droits des créatures magiques, pas à hésiter sur quelle tenue porter pour le prochain gala fashion organisé par les plus hautes instances de l'élite sorcière.
L'intensité des spots avait changé - d'un coup d'œil dans le miroir, elle vit une forme écarter le rideau. Sans s'annoncer.

-Hannah ?

On ne répondit pas. Ce n'était certainement pas elle...
En quelques secondes, la femme appela sa baguette. La forme émergea du rideau, de son côté, se laissant peu à peu apercevoir. Hermione pointa sa baguette sur l'intrus.

-Doucement, doucement...

Il leva les mains. Le ton était familier ; trop, même. Mais il n'y avait aucune trace de raillerie, de supériorité hautaine, là où l'habitude avait forgé son oreille.

-Drago ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Va-t-en !

La lumière revint à son intensité normale, révélant deux visages surpris.

-Granger ? Par Merlin. Excuse-moi, je ne savais pas que... tu étais là.

Il eut au moins la décence de paraître sincèrement déstabilisé.

Immobilisé à quelques centimètres du rideau, il ne lui aurait fallu qu'un geste pour s'extraire de là, effacer l'erreur. Il n'aurait fallu à Hermione qu'un geste pour le faire sortir. Au lieu de cela, ils restèrent figés, comme s'ils ne s'étaient jamais vus avant.

Depuis quand était-il devenu si... grand ? Sa silhouette élancée accueillait les costumes comme une seconde peau. Avec des talons, tu arriverais presque à la hauteur de...

Arrête.

Il avait changé... et n'avait pas changé à la fois. Toujours les mêmes cheveux blonds tirés en arrière. Un visage un peu plus dur, peut-être. Mais toujours cet air mi-impassible, mi-boudeur. Et ces yeux qui lui provoquaient toujours un frisson. Les pupilles dilatées par le manque de luminosité, il se tenait là, sous le joug d'Hermione, la posture droite mais relaxée, comme s'il ne venait pas de s'introduire dans la mauvaise cabine d'essayage.

Il la fixait droit dans les yeux, tout comme elle. Son sang bouillait dans ses veines, une ombre mesquine s'y glissait. Elle aurait pu faire n'importe quoi, à ce moment-là. Mais Hermione n'en fit rien. En fait, elle n'arrivait même pas à être en colère. Alors qu'elle aurait dû. Elle l'avait été, mais ça n'avait duré qu'une seconde. Une pauvre seconde, juste après la surprise et la peur.

-Je pourrais te dire de dégager, mais tu ne le feras pas. Je te connais, dit-elle finalement, se débattant contre le poids qui cherchait à sceller ses lèvres.

Les coins des siennes se soulevèrent quelques secondes.

-Du calme, Granger. Ce n'est qu'une malencontreuse méprise...

Ses doigts se crispèrent sur la baguette, sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle savait très bien ce qu'il cherchait.

-Mais tu n'es pas encore parti. Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ?

-Pourrais-tu arrêter de me menacer ainsi avec ta baguette, s'il te plaît ? C'est presque insultant, répondit-il, ôtant une poussière invisible de son costume taillé sur-mesure.

Hermione baissa sa garde, se contentant de croiser les bras. Et de lui faire face. Ne jamais tourner le dos à un serpent. Hermione, réveille-toi, la guerre est terminée.

-Je me répète : qu'est-ce que tu veux ?

S'adossant contre l'une des parois de la cabine d'essayage, il leva la tête au ciel, semblant chercher un soutien de la part des sphères célestes. Mais il y avait bien longtemps que les sorciers avaient cessé de vénérer les dieux anciens.
Une sorte de malaise s'installa. Elle n'osait plus le regarder, à présent que l'émotion retombait. Oh, il était toujours une présence sombre qu'elle gardait à l'œil, mais la jeune femme préférait le surveiller depuis le reflet du miroir.
Leurs regards se croisèrent à nouveau par l'intermédiaire de la glace magique, ne sachant où se poser. La situation était si étrange...

-Je voulais te parler, finit-il par lâcher, fixant la paroi d'en face. Une jambe repliée, bras croisés, il donnait l'impression d'avoir toujours été là, à l'arrière de son esprit. De sa vie, peut-être. Non. Jamais.

-Je n'avais pas prévu de le faire de cette façon, sourit-il, mais soit.

Face au miroir, Hermione se tendit alors qu'il quittait son perchoir pour s'approcher d'elle, restant néanmoins à une distance respectueuse de l'ex-Gryffondor. Derrière elle. Ne jamais faire confiance à un serpent.

Le miroir révéla les traits d'une Hermione au sourcil levé, invitant Drago à poursuivre, ce qu'il fit à voix basse, s'assurant qu'on ne les entende pas.

-Je tenais à m'excuser. Pour ce dont je t'ai traitée. Je... je réalise que je ne l'ai jamais fait.

Il dansait d'un pied à l'autre, visiblement mal à l'aise.

Pause. Rembobinage.

Depuis quand Drago Malefoy jouait les timides ? Depuis quand s'excusait-il ?

Un instant de silence fila à travers la pièce exigüe, où chacun restait immobile.

-Tu as changé, fit brusquement Hermione, tournant la tête en arrière.

Elle voulait voir son visage, quand bien même elle savait qu'il n'y aurait rien à y trouver, aucun indice de sa sincérité. Elle ne se sentit pourtant satisfaite qu'en le faisant.

-Astoria m'a aidé.

Quelques mots en l'air qui glacèrent tout. Le regard d'Hermione retrouva le miroir - et tout revint à sa place.

-Elle a l'air d'être une personne très gentille.

Elle ne savait pas pourquoi elle se forçait, à ce stade. Ça ne devait pas sonner extrêmement sincère, quand bien même ça l'était.

Astoria venait du même milieu que lui. Elle exsudait la même sensation de politesse douce, mais froide. La même étincelle noble - en plus nuancé, parce que l'association entre sorciers de sang pur restait une constante chez les Greengrass, mais, pour autant, les sœurs avaient montré, d'une manière ou d'une autre, leur soutien à la cause.

Ils étaient faits l'un pour l'autre. Oui, ils allaient très bien ensemble. C'était presque certain à ses yeux - ils allaient s'officialiser ensemble, dans peu de temps. S'ils sont heureux...

Le regard qu'il lui renvoya la sortit de ces considérations amères. Comme si... comme s'il avait perçu ce qu'elle pensait. Etait-elle toujours si transparente ? Non, impossible. Ses boucliers de Légilimancie étaient toujours là, solides, autour de son esprit.

Les frissons revinrent, tout différents cette fois. Et quelque chose se réchauffa, alors que Drago franchissait l'espace qui les séparait. Oh, juste un peu. Juste assez pour qu'elle puisse ressentir la chaleur de sa présence derrière elle. Et le danger. Que faisait-elle ?

Renvoie-le. Hermione, renvoie-le, avant...

Mais elle ne put esquisser aucun mouvement, comme figée sur place. Son regard se promenait sur ses cheveux, détaillait son visage dans le miroir, longeait la ligne creuse de ses épaules nues, admirait, assombri, la robe qu'elle essayait. Quelque chose lui parut alors évident.

Mais pourquoi, pourquoi ?

Il ne disait rien, se contentait de regarder, et ça la mettait hors d'elle. A fleur de peau.

C'est vraiment ce que tu veux, Hermione ? Les serpents ont le charme facile. Ils vous font sentir comme la plus désirable des proies... avant de vous abattre.

Où était passé le Drago qu'elle avait mis tant de passion à détester ?

-Plus je te regardais, plus je te haïssais, murmurait-il. Toi, la Miss Parfaite, qui réussissais là où nous échouions rien que par ce qui nous avait été donné à la naissance. Je me suis moqué de tes origines, de ton physique, tirant ma fierté de ces avantages. Mais je ne savais pas...

Il s'arrêta quelques secondes, fermant les yeux, comme traversé par un fort courant d'émotion. Il luttait, Hermione pouvait le voir sur son visage. Lorsqu'il les rouvrit, ses prunelles la fixèrent avec tant d'intensité qu'elle crut que le miroir allait fondre. Son cœur battait, battait... sous le coup des mots qui sortaient de lui. Elle voulait, devait les suivre, plonger avec eux dans l'abîme, s'enivrer avec.

-Je ne savais pas que tu étais si... belle.

Le cœur de la jeune femme fit une embardée. Ses joues se colorèrent petit à petit de pourpre, et elle ne pouvait cesser de fixer Drago à travers le reflet.

Si elle se retournait maintenant... c'en était fini.

-Le brun te va bien. Mais ajouter une touche de lilas serait encore mieux, souffla-t-il.

Une brise qui souffla de nouveaux frissons. Qui attisait des braises qu'il ne fallait surtout pas éveiller. Forcée d'écouter l'écho des coups tambouriner contre sa poitrine, elle n'arrivait plus à réfléchir clairement. Et il semblait succomber à l'envoûtement, lui aussi. Hermione déglutit difficilement.

-Tu devrais rejoindre Astoria, finit-elle par lâcher, après plusieurs tentatives infructueuses, peinant à soutenir le regard dans le miroir. Les mots avaient du mal à se former dans sa bouche.

Le nom lui fit comme un électrochoc. Il recula, toute trace de stupéfaction se retirant progressivement de ses traits pour redevenir le visage impassible et froid que tous connaissaient. Le masque des apparences. Il la salua d'un mouvement de tête, puis les rideaux avalèrent sa silhouette.

Le miroir lui renvoya le reflet d'une femme seule, au regard choqué, joues rouges, comme pétrifiée par une apparition. Son cœur battait encore trop fort. Quelques exercices de respiration plus tard, les choses revenaient à la normale. Même si les paroles du visiteur tournaient en boucle, mélangées à tant d'autres.

Je ne savais pas que tu étais si belle.

Tu le crois ? Dis, Hermione, tu le crois ? Toujours se méfier des serpents.

-Alors, lilas ou chocolat ?

La voix d'Hannah fit sursauter la future Ministre. Mais un sourire s'épanouit sur ses lèvres. Une étincelle, dans les iris bruns.

-Chocolat. Et je vais la faire tailler sur-mesure.