Bitter and Sick - One Two

Float - Call Me Karizma

Cette Fanfiction a été écrite dans le cadre du WITCH HUNT FEST organisé par FESTUMSEMPRA. La liste complète des œuvres participantes est disponible sur la collection : /collections/Witch_Hunt_Fest/works

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De l'horreur naît parfois la beauté, la pureté et la grâce.

Le peintre qui caressait en ce moment même sa toile d'une main, et les cheveux blonds de sa belle endormie de l'autre, n'aurait pu être davantage d'accord.

Si ce n'était qu'il aurait enlevé le parfois, afin de le remplacer par un toujours.

On disait des frères Avery qu'ils aimaient autant le beau que le danger. L'aîné vous dira que le premier n'allait jamais sans le second, là où le cadet vous affirmera cependant que c'est en fait le second qui fait naître le premier. Cette seule nuance, très légère, faisait bien là toute la différence entre eux.

Atlas Avery et August Avery avaient grandi ensemble, malgré les deux années qui les séparaient, et qui, chez certaines fratries, creusaient un fossé bien assez suffisant entre deux membres. Atlas Avery était réservé, distant mais d'humeur toujours égale. Il aidait toujours son prochain, faiblesse qui d'après ses parents, attestait de son manque de caractère évident. On disait pourtant de ses sourires qu'ils faisaient la pluie et le beau temps. Le cadet était plus extraverti, sans forcément être jovial. Il avait un charisme évident et si ses sourires ne faisaient ni la pluie ni le beau temps, ils déclenchaient assurément une réaction, allant d'un battement coeur désordonné à un grand frisson d'effroi.

Atlas et August Avery étaient des frères mais ils étaient avant tout des amis. Les meilleurs qui soient.

Atlas tempérait August.
August bousculait Atlas.

Ils étaient le pinceau et le couteau, la douceur et la détermination. Le silence et l'exaltation. Le confort et l'aventure.
Ils avaient toujours fait, à eux deux, la fierté des Avery.
Séparément, ils n'en auraient jamais été capables, l'un comme l'autre, et si cela aurait pu les diviser, il n'en avait jamais rien été.

Pourquoi avait-il fallu qu'August gâche tout ?

Atlas se confiait peu. Mais à la jeune femme qui était assise sur le divan de son atelier, il aurait pu tout dire.

— Dans ma famille, nous sommes peintres depuis toujours, de père en fils. Le mien m'a toujours affirmé que j'avais un don et je suis de son avis. Je crois que c'est bien la seule chose sur laquelle nous nous entendons d'ailleurs.

Atlas avait toujours été très confiant sur ses capacités et sur sa propre valeur.

Les Avery était une famille noble, riche et pure. Ils étaient des sorciers respectés et craints de tous, ils étaient de bon duellistes et des fins connaisseurs des différentes formes de magie qui touchaient à l'esprit. Ils étaient des gens mauvais, d'après Atlas. Des gens avides et cupides, qui se croyaient supérieurs en tout. Atlas disait souvent que s'ils avaient eu le talent nécessaire à la hauteur de leurs ambitions, les Avery dirigeraient le monde.

Heureusement pour le bien de ce monde, d'après Atlas, la plupart des membres de sa famille avait l'intelligence commune du plus crétin des boursouflets.

Atlas, lui, n'avait que son art et ses toiles pour ériger le piédestal qu'il avait mérité à la seule force de ses poings et de ses combats. C'était un homme raffiné, d'une élégance qui transparaissait dans chacun de ses gestes, sûrs et confiants. Atlas savait ce qu'il voulait depuis longtemps.

Toute son adolescence, Atlas avait fait semblant d'adhérer aux préceptes et aux idées de sa famille, pour mieux vivre sa vie, une fois le temps venu. August n'avait jamais cessé de défendre son aîné des réprimandes de leur père, qui craignait d'avoir engendré un petit garçon faible, trop sensible et pathétique, un amouraché des moldus qui ne méritaient pourtant ni pitié ni miséricorde. August était devenu le parfait héritier pour les Avery, obligeant leurs parents à se concentrer sur lui, plutôt que sur Atlas, qui goûtait peu à la violence. August non plus, à vrai dire. Il avait seulement voulu protéger Atlas de toute cette noirceur, de ces cris douloureux, des yeux devenus fous par la torture.

Entre Atlas et August, il n'avait jamais été question d'aucune rivalité.
Les Avery avaient le peintre et le prodigue de magie noire en leurs deux fils.
La relève était assurée.
Tout ce qui manquait à l'un, l'autre l'avait.

— August n'a jamais été assez observateur pour reproduire la couleur exacte du ciel, le mouvement précis et délicat des nuages alors…

Atlas se rapprocha de la jeune femme en face de lui. Elle était dans sa glorieuse vingtaine, et avait des yeux où ne brillait plus l'insouciance de l'adolescence qu'elle avait pourtant à peine quitté.

Il passa une main dans ses cheveux blonds qui cascadaient jusqu'à ses hanches. Il y avait glissé quelques fleurs, d'un bouquet qu'il lui avait acheté la veille et qui était exposé, à côté de tous les autres, sur les tables de son atelier de peinture.

Elles embaumaient un parfum doux et charmant, qui camouflaient l'odeur moins agréable et plus chimique de la peinture.

— Il n'a jamais pu comprendre mon intérêt à passer des heures à vouloir reproduire les courbes d'une femme, à retrouver l'éclat exact de ses yeux et à faire en sorte que d'un seul coup d'œil, les spectateurs puissent sentir la douceur et la texture soyeuse d'une bouche contre les leurs.

Il esquissa de ses doigts le visage parfait de celle qu'il aimait et qui frissonnait sous son touché. Son menton délicat, ses pomettes fines ses lèvres charnues, ses sourcils parfaitement dessinés, son asorable nez et son cou gracile... Ludmila était une oeuvre d'art vivante jamais figée, aux épaules et à la poiteine animés par chacune de ses inspirations.

Tout ce qui était beau ne pouvait se résumer.

Et il aurait pu disserter des heures et des heures, sur cette femme et seulement sur elle.

En regardant Ludmila, Atlas sentait son cœur défaillir et tomber un peu plus amoureux d'elle.

Merlin, qu'elle était merveilleuse.

— Les tableaux magiques sont compliqués, et c'est un art que peu de personnes savent maîtriser. Donner une âme à un portrait, faire en sorte que la peinture capture l'essence même de la personne qu'on a peinte, c'est une tache ardue et incertaine. Il faut chercher la vérité, la belle vérité, comprendre son sujet, les mécanismes de l'esprit de la personne qui pose pour nous. Nombre de mes tableaux sont en fait incapables de tenir une conversation. D'autant plus qu'on ne sait jamais si une peinture est réussie, pas jusqu'à ce que le modèle ne décède et vienne habiter un portrait… C'est le travail d'une vie, je suppose. Il n'est récompensé que par la mort…

Atlas soupira de lassitude et embrassa les coins des lèvres de Ludmilla Thomas qui se mit à gémir. Il aurait pu rester suspendu à ses lèvres des heures et des heures encore, et s'y pendre toute une vie même… Mais Atlas avait toujours été un homme raisonnable, lorsqu'il s'agissait de son art. Il était temps qu'il retourne à ses pinceaux et à sa toile.

Atlas était facilement distrait par tout ce qu'elle pouvait faire. Du plus discret de ses soupirs, de ses longs cils qui caressaient ses joues rondes et aussi blanches que de la porcelaine, jusqu'au bruissement de ses cheveux contre le satin de sa robe de sorcière…

Les tableaux d'Atlas, terminés, s'étaient enthousiasmés de rencontrer une autre personne que leur créateur. Ils avaient à coeur de tenir compagnie à Ludmila et de la divertir autant que possible, lorsque, plongé dans sa tâche, Atlas ne daignait lever les yeux de son ouvrage une seule fois de la journée.

Dans son atelier, ces tableaux étaient quelques voix éteintes qui peinaient à se faire entendre. Elles faisaient l'effet d'un ruisseau, un filet d'eau qui s'écoulait en permanence. Sur l'une de ces toiles, un ancien directeur de Poudlard baragouinait des mots sans intérêt. Une sorcière parlait et caressait en permanence son chat. Un jeune homme prononçait ses phrases en inversant tous les mots.

Des toiles ratées. Certaines inachevées. D'autres, avaient été brûlées.

Atlas Avery avait un caractère réservé, certes, mais impatient et perfectionniste.
Il voulait le beau et il le voulait tout de suite. Il le voulait maintenant, dans le creux de ses mains.

Atlas ne se permettait jamais aucune imperfection. Du plus petit grain de beauté à la forme exacte du visage, il fallait que ses portraits soient aussi fidèles que possible aux modèles qu'ils représentaient.

Il était intransigeant et implacable. Il se serait noyé dans les cascades de toutes ces couleurs pour la perfection.

— Les Avery sont les seuls, depuis la nuit des temps, à être capables de peindre des tableaux qui possèdent, à la mort de la personne qu'ils représentent, un peu de sa conscience. C'est une magie ancienne, un privilège que l'on se transmet dès que nous sommes capables de tenir un pinceau. Mais au-delà de la technique… Notre secret fait notre succès depuis si longtemps… Donner de l'âme à un tableau implique de nombreux sacrifices pour le peintre et le modèle. Ce n'est jamais sans conséquence…

Mais pour le beau, Atlas avait toujours été capable de donner sa personne. De ses mains jusqu'à son coeur.

Ludmila avait les yeux rivés sur ses doigts agiles, qui traçaient les premières lignes de la robe de sa mère qui avait commandé ce portrait. Les traits disparaissaient irrémédiablement, bus par la toile qui scintillait et vibrait presque joyeusement d'être si bien nourrie.

— Seules les familles les plus riches, peuvent s'offrir les services d'un Avery. Nous peignons les Ministres de la magie, les directeurs de Poudlard… La plupart des sorciers pensent que les toiles sont enchantées, que ces portraits sont enchantés. Rien n'est plus faux, s'esclaffa-t-il. Un tel sort, qui enfermerait la conscience, un morceau de l'âme d'une personne, ce serait de la magie noire.

Atlas, lui, avait trouvé une autre façon, bien moins horrible selon lui, de donner de la vie à ses créations.

— Le faire avec tes pinceaux, n'est-ce pas de la magie noire ?

Ludmila sembla regretter instantanément ses paroles et se recroquevilla. Atlas avait les yeux brillant de rage dès que l'on mentionnait la magie noire.

La perfide qui avait noyé Augusut.

— Un pinceau n'a jamais fait de mal à qui que ce soit, ma douce.
— Me peindras-tu moi ? l'interrogea la jeune femme en baissant les yeux.

Atlas quitta sa toile pour retourner près d'elle et relever son menton.

La première fois qu'il avait vu Ludmila Thomas, il était venu visiter sa mère, une riche sorcière qui avait peur de la mort. Elle lui avait dit vouloir veiller sur les Thomas pour toujours, qu'il subvienne quelque chose d'elle après son décès. Alors, elle avait commandé un portrait magique, peint de la main du seul sorcier capable de pratiquer un tel art en Grande-Bretagne. Elle lui avait affirmé avoir de quoi payer ses services et quand elle avait glissé une bourse de gallions dans les mains d'Atlas, il s'était contenté de s'incliner poliment avant de déclarer qu'il se mettrait à travailler sur son portrait dès le lendemain.

Son père aurait été furieux, qu'il gratifie d'un tel honneur, une Sang-Mêlée.
Ces gens-là ne méritaient pas de portraits, selon lui.
Ils n'étaient destinés qu'à l'oubli, qu'à laisser un souvenir à l'image de leur existence, d'une médiocrité qui n'appelait qu'au mépris.

Ludmila, la fille des Thomas, était présente lors de cet entretien. Impertinente et insolente, elle avait déclaré qu'au moins, se débarrasser du portrait de sa mère, qu'elle projetait de cacher dans le grenier, serait plus facile que de se débarrasser d'elle de son vivant. Atlas s'était attendu à ce que la jeune femme se fasse réprimander, mais la mère et la fille avaient ri.

Madame Thomas avait pincé la joue de fille avec tendresse et Ludmila s'était remise à rire.

Il avait ressenti un grand froid s'emparer de lui. Un main avait serré son coeur et les couleurs étaient devenues plus vives. Elle avait glissé deux mèches de ses longs cheveux blonds derrière ses oreilles, en rougissant, et il lui avait baisé la main, sans quitter ses yeux bleus des siens.

On avait souvent dit à Atlas que l'amour désignait une cible au hasard et que lorsqu'on se prenait une flèche en plein corps, le coeur succombait irrémédiablement, sans prévenir.

C'était inévitable, inéluctable, et Atlas n'avait pas lutté. Il avait succombé.

Ludmila était la plus belle jeune femme sur laquelle il avait posé ses yeux d'expert.

— Toi, tu seras mon chef-d'œuvre, ma plus belle toile. Après t'avoir peinte, je ne créerai jamais rien d'aussi splendide.

Elle se mit à sourire tristement, les lèvres frémissantes, et le regarda se concentrer de nouveau sur sa peinture. Les pinceaux étaient en crin de licorne, les couleurs tourbillonnaient gaiement sur la palette, en attendant d'être choisies et Atlas examinait son ouvrage avec intérêt. Le rose roucoulait, le orange boudait dans un coin reculé de la palette, le jaune sautillait, le rouge s'écoulait et gouttait sur le sol, le vert se baladait gaiement, le violet crépitait et le bleu s'évaporait parfois bien trop vite, formant des gouttelettes qu'Atlas rattrapait de son pinceau.

— August devrait se tenir à mes côtés… Il aurait pu apprendre. Tout ça, c'est de ma faute.

Le cadet des Avery avait choisi une autre voie que celle qu'on avait pourtant tracé avec tant de soin et d'attention pour lui.

Atlas était le pinceau.
August était le couteau.
Tous les deux artistes du beau.

Mais là où l'aîné le trouvait en toutes choses, le cadet lui, le cherchait dans l'effroi.

— Il prend tant de plaisir à torturer son prochain…, se désola Atlas. Je n'avais jamais vu ça. Il est mon frère, mon meilleur-ami. Il me défendait contre ceux qui trouvaient que je n'étais qu'un Serdaigle aux idées saugrenues, que je faisais honte au nom des Avery. Il était le plus jeune, mais il a toujours… Il a toujours été le plus fort de nous deux. Il se battait pour moi, autant que je me battais pour lui. C'est moi, qui ai finalement insisté auprès de nos parents pour qu'il fasse ce voyage d'étude pour en apprendre plus sur les différents types de magies occultes, avec ce… Ce Jedusor, cracha-t-il avait amertume. Je n'aime pas la magie noire mais pour August… Pour lui, je l'aurais accepté. August a toujours su quand s'arrêter, quand ne paas franchir certaines limites. Mais aujourd'hui… Il n'a de cesse de les repousser !

August s'était entiché de ce Tom Jedusor lorsqu'ils étaient encore à Poudlard. Un Serpentard aux traits sinueux et aux yeux pernicieux. Il parlait avec de grands mots, un ton calme et sifflant que tous écoutaient avec attention mais qu'Atlas repoussait avec obstination et ferveur.

Il créait le beau.
Il ne ployait pas devant le superflu, devant son illusion travaillée et mensongère.
Atlas aimait le beau. Le vrai beau. La vérité nue. Le véritable. La beauté.

Lorsqu'August était revenu de son voyage d'études, il était devenu tout ce qu'Atlas avait toujours détesté chez sa famille.

Un être froid, qui ne mesurait plus rien. Ni le bon, ni le juste. Un homme qui riait d'user de sortilèges impardonnables, qui avait à coeur de marcher dans les traces de Salazar Serpentard lui-même et de découvrir toute l'étendue de la magie noire, sans jamais craindre le prix à payer.

— La pureté du sang, ça n'existe pas. Ce sont des balivernes que les Sang-purs se racontent pour justifier le fait que nous nous cachons des moldus et que nous en avons peur. Avant le secret magique nous étions persécutés et chassés. Nous avons la magie, mais ils sont plus nombreux et beaucoup d'entre nous refusons d'user de sortilèges à leur encontre. La peur ne doit jamais répondre à la peur. La violence s'additionne et la guerre éclate. Les Sang-purs sont des enfants fragiles et pleurnichards qui pensent que les problèmes que nous traversons sont d'un autre fait que le leur.

Il étrangla un rire dans le fond de sa gorge et trempa son pinceau dans un rouge sombre que la toile se mit à boire avec avidité dès qu'il la caressa avec.

— Je me fiche de ton sang, Ludmila. La pureté, je la vois en toi.
— Je ne suis pas une sainte, le contredit-elle.

À ses yeux elle, l'était.
Mais ses prunelles à elle, étaient vides.
Elle était si jeune…

— Que vas-tu faire, pour ton frère ? changea-t-elle de sujet.

August utilisait la magie noire pour tuer, torturer et contrôler. Il s'amusait de réduire en cendre des familles moldues. La semaine dernière, il était venu avec quelques pauvres miséreux qui avaient survécu à l'attaque et comme des pantins, ils obéissaient à ses ordres, le regard figé, rendus esclaves d'un sort avec lequel August se divertissait. Atlas l'avait vu, se repaître des cris de douleurs de ses victimes.

Ce qu'il faisait était en première page de la Gazette du Sorcier tous les matins. Il se vantait de ses exploits auprès de son frère, effaré, effrayé, apeuré, et se plaignait même que leur auteur reste anonyme. August se languissait du jour où son travail, serait reconnu et où son nom serait apposé sur ce qu'il avait créée. Ses peintures d'horreurs, morbides et sordides.

Comment son frère avait-il pu si mal tourner ?

— Il n'est pas mauvais, refusa Atlas. C'est cet homme, ce Jedusor, il l'a perverti, il lui a mis des idées dans la tête. August ne sait pas… Il est son soldat maintenant, un Mangemort, comme il les appelle. C'est ridicule… Ce Tom Jedusor… Il est détestable.

Il était devenu dangereux et sanguinaire. Mais Atlas le voyait toujours attachant et loyal.

Tortionnaire et bourreau. Mais frère et bouclier.

— Je ne sais pas quoi. Que dois-je faire ?

Les toiles qu'il avait terminé et qui attendaient patiemment leurs acheteurs, émirent toutes un avis qu'il n'écouta pas. Seul celui de Ludmila comptait.

August n'avait jamais été observateur…
Il avait été le couteau qui l'avait défendu contre ses parents et le monde entier.
Seulement, la cause était juste.
Aujourd'hui, elle ne l'était plus, et le couteau était devenu trop tranchant et abreuvé de sang d'innocents.

— Je lui ai proposé mon aide tant de fois… J'ai tenté de le raisonner, de lui faire comprendre que les moldus, les nés-moldus, sont des gens comme toi et moi. La magie noire l'a toujours tellement fascinée… Mais seulement pour des raisons académiques ! Il disait un temps que pour combattre le mal, il fallait comprendre leurs armes. Il ne sait plus quand arrêter…. Il dit que je ne suis qu'un hypocrite. Mais moi… Moi je sais quand m'arrêter. Ce n'est pas la même chose !

Ludmila mordilla ses lèvres et tourna légèrement la tête vers la réserve, où Atlas rangeait tout son matériel. Il surprit son regard et arrêta de peindre, un instant, la voix tremblante et la voix douce :

— Donner de l'âme à un tableau implique de nombreux sacrifices pour le peintre et le modèle. Ce n'est jamais sans conséquence… J'avais prévenu ta mère, ma douce. Tu te souviens ?

Elle opina, ses lèvres, ses parfaites lèvres vermeilles entrouvertes et délicieuses.

Merlin, qu'il l'aimait.
Elle était si belle, si réelle. Si facile à aimer.

— Comment pourrais-je le dénoncer ?

C'était pourtant ce qui était juste.

Il tremblait, pinçait ses lèvres et tapait contre sa poitrine pour refaire partir son coeur.

Atlas, pendant très longtemps, n'avait pu se résoudre à trahir son propre sang, son meilleur ami et confident. Le seul être à l'avoir sincèrement aimé. Son frère.

— C'est pourtant ce qui est juste, fit-il à voix haute.

Et Atlas, lui, il était le frère juste, le pinceau, pas le couteau.
Il faisait ce qui était bien.
Il peignait le beau.
Il donnait de la vie.

Il ne l'arrachait pas. Il ne prenait rien qui ne lui appartenait pas déjà. Ces tableaux étaient les siens. Les couleurs, les formes, l'âme qu'il y mettait étaient à lui et à lui seul.

Mais surtout...

À lui, qu'offrait-on ? August, qu'avait-il donné à Atlas à part la solitude, maintenant qu'il avait à faire ce choix de le dénoncer ou non ?

Rien. Absolument rien.

Atlas reposa sa palette et remarqua les traces de pas rouges qui conduisaient jusqu'à la réserve. Un rouge au plus naturel des pigments.

Atlas peignait l'azur des prunelles de Madame Thomas et leur donnait cette lueur si vivante en diluant leur couleur dans ses pleurs.

Les cheveux blonds de son modèle avaient cet éclat lumineux si particulier et saisissant, seulement parce qu'il lui en avait subtilisé quelques uns, pour mieux extraire leurs nuances.

Il insufflait le beige rosé d'une peau saine en l'irriguant d'un rouge qu'il puisait dans quelques veines.

Il créait. Il transformait. Il prenait et il redonnait. Il distribuait.

August…
Le dénoncer ?
Ne pas le dénoncer ?

Son sang. Son sauveur. Son confident. Atlas serait-il le bourreau d'August ?

August était son frère. Il avait toujours été un meilleur homme qu'Atlas. Meilleur en tout. Adulé pour tout. Loué par leurs parents, si fiers, si heureux… Plus fort, plus intelligent.

Atlas devait rester la bonne âme de cette famille. Pour son propre bien. Pour leur salut. Pour qu'il triomphe.

Il s'installa finalement à son secrétaire et trempa sa plume dans l'encrier. Il écrivit les premières phrases de sa lettre, sans omettre aucun détail. Au moment où il rédigea le prénom et le nom de son frère, ses mains tremblaient et la nausée lui venait. Il pleura, sans honte, laissant ses larmes couler sur le papier.

Son frère. Son protecteur. Celui qui l'avait éloigné de la magie noire pour mieux tomber dedans. Son sauveur à lui, mais le bourreau des autres.

Pourquoi me forces-tu à faire ce que je fais ? À te dénoncer ?

August…

August !

S'il n'avait pas été un Avery, il serait devenu meilleur encore.

Le prénom de son frère, comme une litanie, hurlait dans son crâne et les tableaux qu'Atlas avaient peints, s'étaient tous réveillés en même temps, discutant tous ensemble de sujets divers et variés, allant de la couleur de la robe rouge de Madame Thomas qu'Atlas était en train de peindre, au temps qu'il faisait dehors.

Il leur intima le silence une première fois.

Sans se faire obéir.

Puis il se mit à crier, sa baguette dans les mains, menaçant et froid.

Même dans la réserve de la peinture, on cessa de pleurer et de geindre. Et sa Ludmila, qui avait couru jusqu'à l'autre bout de la pièce pour se tenir loin de la colère d'Atlas, tomba à terre, épuisée, et éreintée de fatigue.

— Donner de l'âme à un tableau implique de nombreux sacrifices pour le peintre et le modèle. Ce n'est jamais sans conséquence… J'avais prévenu ta mère, ma douce. Tu te souviens ?
— Tu l'as déjà dit.

Mais il répétait ces mots, ses propres mots, pour s'en convaincre. Ludmila éclata en sanglot en se recroquevillant dans un coin de la pièce.

— Cette magie a un prix.

Elle le foudroya de ses beaux yeux clairs et détourna la tête.
Elle aurait voulu lui demander pourquoi elle, et pas une autre. Combien de temps allait-il la garder enfermée dans cet atelier ? Un mois ? Un an ? Dix ans ? Toute sa vie ?

Qu'avait-il prévu ?

— Tu n'es pas mieux que ton frère, déclara-t-elle dans un élan de courage. Ces gens, que tu gardes dans leurs cages, cachés dans ta réserve…

Atlas se mit à blêmir.

— Ce sont des violeurs, des meurtriers, des mages coupables des pires crimes et qui ne mériteraient pas mieux qu'Azkaban !

Ludmila se faisait toute petite, pliant son corps en autant de morceaux qu'elle le pouvait.

— Des gens comme ton frère. Comme toi.

Non. Atlas n'était pas comme ça.
Lui, il savait quand s'arrêter.
Mais son art méritait tout.
Les toiles ne prenaient vie qu'avec le sang, qu'avec un sacrifice. Les tableaux n'étaient réussi que si on donnait une âme pour les nourrir. Pour que leurs futurs habitants y prennent un peu vie, il fallait en échanger une autre. Pour la rendre moins éphémère sur une toile, pour capturer à tout jamais le physique d'un modèle qui endurera à tout jamais cette apparence, il fallait en abréger et en figer de réelles à tout jamais.
C'était le secret des Avery.

Atlas était quelqu'un de bien.
Ces gens, là, dans la réserve de son atelier… ils étaient mauvais. Ils étaient dangereux.
Sa cause était juste. Il ne faisait rien de mal.
Il ne faisait que peindre et répondre aux attentes de ses clients.

Il était le pinceau et il aimait seulement le beau.

C'était bien vrai d'ailleurs... qu'il ravageait tout, le beau.