Guillermo était agité. Assit dans un bus, il n'arrêtait pas de se tortiller sur son fauteuil et jetait constamment des coups d'œil à sa montre. Le trajet n'était censé durer qu'un petit quart d'heure, mais il était incapable de patienter tranquillement. Sa nervosité distordait le temps et lui donnait l'impression qu'elle cela faisait une éternité qu'il roulait.

Quand il arriva enfin à destination, le jeune homme se jeta pratiquement, lui et son unique bagage, hors du véhicule mais, alors qu'il atterrissait précipitamment sur le trottoir, son souffle se coupa.

Face à lui, se dressait une grande et sombre bâtisse, entourée par un immense jardin où la nature avait visiblement reprit ses droits. Le tout était délimité par une vielle clôture rouillée qui le séparait des habitations situés à proximité.

Les lieux étaient lugubres et semblaient vétustes. Le contraste avec le voisinage dénotait encore plus et donnait l'impression que cette résidence s'était figée dans le temps. N'importe qui aurait pensé, en voyant la maison, que cette dernière était abandonnée depuis plusieurs années. Cependant, un néophyte tel que Guillermo, savait très bien que c'était le genre de repaire idéal pour un vampire.

Bien que cela puisse paraitre ironique, c'est dans un silence religieux qu'il observa avec attention, dans un mélange entre de l'émerveillement et de l'inquiétude, cet étrange endroit. Néanmoins, il ne put s'empêcher de penser qu'un bon coup de nettoyage n'aurait pas fait de mal.

Les événements de la veille lui revinrent en mémoire et il sentit son cœur se mettre à battre la chamade. Il avait enfin rencontré un vampire !

Il allait maintenant devoir le servir et en échange, ce dernier le transformerait. Après tout, il lui avait promis…

Guillermo espérait que, s'il travaillait suffisamment dur et bien pour plaire à son nouveau maître, ce dernier le ferait peut être d'ici un an ou deux…

Oh bon sang ! Ce qu'il excité ! Il ne tenait plus en place. Cela faisait tellement longtemps qu'il attendait ça.

Il regarda une dernière fois sa montre. Il était en avance.
Son impatience prenant finalement le dessus sur son stress, il traversa d'un pas rapide la route qui le séparait de son destin, avant de s'élancer vaillamment dans l'allée qui traversait le jardin et menait à la porte d'entrée de sa nouvelle demeure.

Toutefois, et malgré ce court trajet, il remarqua que, bien que le terrain soit envahi par de nombreuses mauvaises herbes, certains buissons étaient élégamment taillés en forme de… vagin ?!
Choix curieux… bien que le jeune homme, les joues rouges, préféra éviter d'y penser. Dans tous les cas, leur entretien était la seule preuve vivante qu'il y avait bien âme qui vive ici… enfin façon de parler.
C'est vrai que les vampires n'ont pas d'âme, se rappela Guillermo.
Se détournant des topiaires, Il continua d'avancer, trainant sa valise péniblement derrière lui. Cette dernière, bien que dotée de roulettes, peinait à avancer sur le chemin caillouteux. C'est comme si, elle aussi, savait que les lieux dans lesquelles ils allaient pénétrer étaient maudits.

Atteignant rapidement le porche, il prit tout de même le temps de se calmer et de reprendre une respiration normale avant de pénétrer pour la première fois dans la résidence. Après avoir hésité pendant quelques secondes, il toqua d'une main timide à la porte. Il était aussi impatient que nerveux.
Cependant, après plusieurs secondes d'attente, il n'y eut aucune réponse.
Il leva le bras, s'apprêtant à frapper de nouveau, mais alors le battant s'ouvrit tout seul, dans un grincement sinistre, comme pour le laisser rentrer.
On dirait que je suis dans un film d'horreur, ne put s'empêcher de penser le jeune homme.
D'un pas incertain, il pénétra tout de même dans la résidence.
- Bonsoir… c'est moi Guillermo… Est ce qu'il y a quelqu'un ?
L'écho de sa propre voix lui répondit alors qu'elle se réverbérait contre les murs du grand hall d'entrée.
Tout à coup, un courant d'air glacé se fit sentir.
CLAC !
Guillermo sursauta violemment, laissant tomber sa valise au sol et se retourna d'un geste vif. La lourde porte venait de se refermer derrière lui d'un coup sec.
Ça doit être le vent, ne put s'empêcher de penser le jeune homme de plus en plus mal à l'aise. Il avait beau essayer de rester rationnel, quelque chose lui disait qu'une simple bourrasque n'aurait pas pu la faire bouger de la sorte.
Mais alors qu'il essayait de se rassurer, il sentit soudainement la chair de poule recouvrir sa peau. Il se retourna de nouveau et vit qu'une femme se tenait à présent devant lui.
Un frisson lui parcourut l'échine. D'un simple coup d'œil, il sut que cette personne n'avait rien d'humain. Pas étonnant qu'il ne l'ait pas entendu arriver.

Elle était très belle et devait avoir dans la trentaine. Les cheveux noirs, la peau pâle, elle était vêtue de vêtements sombres qui semblaient provenir d'un autre temps. Guillermo savait à qui il avait à faire avant même qu'il n'aperçoive des dents pointus brillaient dangereusement entre les lèvres, qui s'étiraient maintenant en un sourire malicieux.
Son cœur commença à s'emballer alors qu'il palpitait de plus en plus vite.
- Bonsoir, je suis Guillermo, tenta-t-il de se présenter, pour cacher son mal être.
Il sentait des gouttes de sueur commençaient à couler le long de son dos. Il essaya de se calmer. Après tout, il savait dans quoi il s'embarquait… par contre, le vampire qui l'avait engagé ne lui avait pas dit qu'il n'était pas seul.
De plus, le regard de l'être, qui était devant lui, luisait d'un éclat dangereux. On aurait dit un prédateur qui lorgnait une proie.
- Ravie de te voir, petit humain. Je suis Nadja, finit par répondre la femme après quelques secondes de silence.
"Petit humain" ?! Si Guillermo avait encore eu le moindre doute quant à la qualité surnaturelle de son interlocutrice, il n'en n'avait plus aucun à présent.
Toutefois, bien que ce soit le deuxième vampire qu'il rencontre, celle-ci était beaucoup plus terrifiante que celui avec lequel il avait passé un marché.

Le jeune homme déglutit faiblement, avant de reprendre la parole.
- Enchanté de vous rencontrer Nadja, je suis...
- Tu es une petite chose qui a l'air absolument délicieuse, le coupa soudainement quelqu'un sur sa droite.
Guillermo tressaillit légèrement, avant de se tourner vers le nouvel arrivant. Lui aussi, il ne l'avait pas entendu se déplacer.
Il s'agissait d'un homme, un peu plus âgé que la femme. Elégamment coiffé, la barbe taillée, il devait avoir dans la quarantaine. Il portait également le même style d'habit sombre que sa congénère. Sans doute étaient-ils frère et sœur… ou amant peut-être.

Cette dernière pensée le fit légèrement rougir. Il n'avait hélas, jamais connu cela. Mais c'est bien pour ça qu'il était ici. Une fois qu'il serait transformé en vampire, sa vie s'améliorera, c'était certain.
Le garçon se ressaisit. Il ne fallait pas qu'il soit intimidé pour si peu.
Cependant, la démarche féline qu'avait l'homme en se rapprochant, lui donnait l'impression qu'un lion s'apprêtait à le dévorer sur place. Il avait beau essayer de se calmer, son cœur était aussi affolé que celui d'un petit lapin effrayé.
Néanmoins, il tendit quand même sa main et se présenta de nouveau, ignorant les battements sourds contre sa cage thoracique.
- Enchanté de vous rencontrer également. Je suis Guillermo de la…
- Laszlo Cravensworth, le coupa le vampire en lui prenant la main.
Mais, au lieu de là lui serrer, comme n'importe qui le ferait, il là porta à la hauteur de son visage afin de lui en embrasser lentement les phalanges.
- Tout le plaisir est pour nous, rajouta t- il d'une voix profonde en le regardant dans les yeux, une lueur inquiétante brillant dans son regard.

Déjà suffisamment tendu comme ça, cela ne fit qu'amplifier les craintes que ressentait le pauvre Guillermo.
Il déglutit faiblement.
- Nous ? Demanda-t-il timidement.
- Bien sûr. Mon épouse et moi-même, répondit Laszlo.
- Nous avons l'habitude de partager un dîner de temps en temps, expliqua Nadja qui venait d'apparaître juste à côté du jeune homme, une lueur prédatrice dans le regard.
- Madre de Dios, s'exclama ce dernier sous l'effet de surprise, alors que son cœur bondissait dans sa poitrine.
Les vampires sifflèrent méchamment à l'appellation religieuse, et tournèrent un regard menaçant vers l'humain en montrant leurs crocs. Leurs pupilles se mirent à luire d'une aura maléfique alors qu'elles se teintaient d'une couleur jaune démoniaque.
- Mierda ! s'écria le jeune homme en se précipitant vers la porte.
Il fallait qu'il sorte rapidement d'ici avant de se faire vider de son sang, mais à peine s'était-il retourné, qu'il se retrouva plaqué contre le mur.
Il sentait les corps morts et glacés de ces créatures se coller contre le sien. La froideur de leur être surnaturel filtrant à travers l'épaisseur de ses vêtements.
Ils le tenaient. Toute fuite était impossible à présent, et il se retrouvait incapable de se défendre.

Il possédait bien une croix mais, il avait décidé de ne pas la prendre avec lui… pour ne pas offenser son hôte. Quelle imbécile il avait été !

Impuissant, il tenta une dernière fois de s'expliquer.
- Je… je ne suis pas à manger, bafouilla-t-il paniqué.
- Ah oui, vraiment ? Lui ronronna Nadja tout près de son oreille, en écartant lentement le tissu qui cachait sa gorge.
- Je… aaaah !
Guillermo laissa échapper un halètement. La vampire venait de lécher une bande de peau tout le long de son cou.
- Ma chérie, laisse ce pauvre Guizmo parler. Ce sont ses dernières volontés après tout, dit le vampire à son épouse.
Dans un grognement, Nadja s'écarta à contre cœur du pauvre garçon.
- En vérité, mon prénom est Guillermo, corrigea inconsciemment ce dernier.
Un grondement menaçant lui répondit.
- Mais vous… vous pouvez très bien m'appeler comme vous voulez. En fait, je suis justement ici pour servir l'un des vôtres, tenta-t-il d'expliquer.
- Et quel est le nom du vampire que tu dois servir, car j'ai bien peur que tu te sois trompé de maison, se moqua Laszlo en jouant à son tour avec le col de sa chemise.
- Bien sûr, il s'appelle…
Les doigts gelés du vampire effleurèrent sa peau, l'empêchant de réfléchir correctement.
- Nous t'écoutons.
- Il s'appelle…
Guillermo se figea pendant un instant... merde ! Ne me dis pas que…
Il n'arrivait plus à se souvenir du nom du vampire qui l'avait engagé… bordel !
Le couple sembla se coller d'avantage contre lui, comme s'il ressentait son désespoir. Comme s'il savait que rien qu'il ne puisse dire ne pouvait le sauver à présent.

- NADJA ! LASZLO ! Je vous interdis de toucher à mon nouveau familier, rugit une voix derrière eux.
Guillermo leva les yeux et son cœur rata un battement. Il reconnut immédiatement le nouvel arrivant. Il s'agissait justement de celui qui lui avait proposé le poste d'assistant.

Se tenant de façon impérieuse à l'entrée de l'un des couloirs, un homme, du même âge que Laszlo et portant le même type de barbe soigneusement entretenu, mais visiblement plus grand que ce dernier, se dressait avec colère. Il se démarquait également par sa longue chevelure ébène qui descendait en cascade sur ses épaules robustes, le faisant d'avantage ressembler à un guerrier que son congénère aristocrate.

- Oh non, voilà le rabat-joie, râla Laszlo en s'écartant.
- Maître…, lâcha Guillermo, les larmes aux yeux.

Il sentait l'espoir renaitre en lui, telle une flamme brulante éclosant dans sa poitrine. Il lui était tellement reconnaissant qu'il les ait arrêtés à temps.
- Ne me dis pas que ce délicieux petit humain est à toi ? Questionna Nadja avec surprise en se tournant vers le vampire qui les avaient interrompus.
- Oui, et à moi seul, déclara ce dernier avec fierté. Alors, vous n'avez pas le droit de le manger.
- Mais il est vierge, gémit-elle.
- C'est hors de question ! S'emporta son semblable. Si vous voulez boire le sang d'un familier, vous n'avez qu'à prendre celui de June.

- Il faudrait être un psychopathe pour vouloir la manger celle-là, marmonna l'autre vampire, en parlant de sa vieille assistante.

Nadja jeta un dernier regard féroce à Guillermo, avant que cela ne se change en une moue déçue.

L'humain frissonna tout de même. Il pouvait encore voir un appétit animal luire dans les yeux de la femme.
- Laisse tomber, ma chérie. Si Nandor là choisit, c'est que l'humain doit avoir un problème, déclara Laszlo pour réconforter son épouse. De toute façon, il faut être un simple d'esprit pour s'appeler Guizmo.
Guillermo tiqua. Comment ça, un simple d'esprit ?! C'est ce vampire même qui venait, à l'instant, de lui donner ce surnom ridicule.

Toutefois, et au vue des évènements, encore un peu trop récent, qui venaient de se produire, le jeune homme jugea plus prudent de garder ses réflexions pour lui à ce sujet. Il pourrait toujours les corriger plus tard, et leur prouver qu'il était loin d'être un imbécile.
Ainsi, il regarda le couple s'éloigner.
- Bat, s'exclama alors Laszlo avant de se changer en chauves-souris, suivit juste après par sa femme.
Bien que, lors de leur première rencontre, il ait déjà vu son maître effectuer la même transformation, l'humain ne put s'empêcher de regarder le duo s'éloigner, fasciné.

Un bruit de raclement de gorge se fit entendre.
Le jeune homme détourna le regard gêné et concentra aussitôt son attention sur l'individu devant lui, mais alors qu'il le regardait de plus près, il fut encore plus émerveillé par ce qu'il voyait. L'homme était vêtu de vêtements richement brodés, et serties par endroit de petites précieuses, qui sied parfaitement à sa grande taille ; le tout lui donnant une prestance royale. Aurait-il dit qu'il avait été roi, cela n'aurait pas étonné Guillermo le moins du monde.

Comme la première fois qu'il l'avait vu, le jeune homme sentit son cœur battre chaleureusement dans sa poitrine alors que des papillons se rependaient doucement dans son estomac. Et alors, il sut... il sut que s'il devait vendre son âme au diable, ce serait à ce vampire, et à personne d'autre ; et peut être que… si ce dernier était d'accord avec ça… s'il ressentait un jour la même chose que lui… il aurait la chance de passer l'éternité à ses côtés.

- Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Demanda soudainement le vampire, le sortant de sa rêverie.
- Pardonnez-moi, je… je voulais juste vous remercier pour votre intervention, s'empressa de répondre timidement l'humain. Sans vous, je crois bien que c'était la fin.
- Je n'allais quand même pas les laisser manger mon familier dès son premier jour, s'offusqua son sauveur. Par contre, ne me regardes plus comme ça... c'est assez gênant... je me sens bizarre maintenant et je n'aime pas ça.
- Je suis désolé, cela ne se reproduira plus, répondit le jeune homme en baissant honteusement la tête.
Un silence gênant s'installa.

- Qui sont-ils ? Finit par demander Guillermo, en faisant de nouveau référence au couple.
- Mes colocataires, répondit l'homme en grimaçant.
- Vous ne m'aviez pas dit que vous aviez des colocataires…
- Et toi, tu as oublié comment je m'appelais ! Rétorqua le vampire agacé.
- Je suis désolé, veuillez me pardonner, je…
- Sache que je suis blessé. Pour la peine, cela fera une année de plus pour toi, à mon service, le réprimanda l'homme.
- Très bien, répondit docilement l'humain.
Ça commençait mal.
- Je suis Nandor… Nandor l'Implacable. Tâche de t'en souvenir la prochaine fois, gronda ce dernier. Mais tu ne dois pas m'appeler par mon nom. Tant que tu es à mon service, tu m'appelleras « maître », c'est bien compris ? Expliqua-t-il sur un ton plus doux.
- C'est bien compris… maître, répondit le nouvel assistant en se redressant.
Reprenant un peu d'assurance, il voulut se présenter à son tour, afin de repartir d'un bon pied.
- Je ne vous ai pas dit mon nom non plus, je suis Guillermo de la C...
- Je m'en fiche de ton nom, le coupa Nandor. Maintenant, viens avec moi. J'ai un travail pour toi.
Guillermo n'insista pas. Il ne voulait pas fâcher ou décevoir davantage son nouveau maître dès son premier jour. Il le suivit sagement, laissant sa valise sur place.

Le vampire le conduisit dans un couloir avant de descendre un petit escalier étroit qui donnait sur une sorte de cachot.
- Fait disparaître le corps, ordonna Nandor en désignant un individu, visiblement mort depuis un moment, qui se trouvait au sol.
- Où dois-je le mettre ? Demanda Guillermo légèrement incommodé par cette vision macabre.
C'était la première fois qu'il voyait un cadavre, enfin... il avait déjà vu une de ses grandes tantes dans un cercueil, avant qu'elle ne soit mise en terre, mais il était petit et ce n'était pas pareil.
- Je ne sais pas, tu n'as qu'à l'enterrer dans le jardin. Dès que tu auras fini, reviens me voir. J'ai d'autres taches à te confier, déclara le vampire avant de remonter à l'étage.

Une fois son maître parti, Guillermo poussa un soupir. Il savait pourtant qu'il allait devoir faire ce genre de besogne, mais voir et manipuler un cadavre en vrai c'était autre chose. Ça n'allait clairement pas être la partie la plus agréable de son nouveau travail.

Néanmoins, il s'attela immédiatement à la tâche. Il enroula la dépouille dans un vieux drap qui trainait là, et commença à la remonter laborieusement par les escaliers.

Traîner un corps n'était de base pas une chose aisée mais, grimper en plus des marches avec, c'était un vrai calvaire. Cependant, le jeune homme y arriva tout de même… non sans être passé par plusieurs essais infructueux. Et, si jusque-là il avait trouvé cela difficile, ce ne fut rien à côté du fait de devoir creuser un trou suffisamment grand pour y mettre le corps.

Ce n'est qu'une heure plus tard, à bout de souffle et complètement en sueur, qu'il quitta le jardin, son travail accompli, et pénétra de nouveau dans la résidence.
Néanmoins, à peine eut il franchit le pas de la porte qu'il entendit la voix de son maître l'appeler.
- Guillermo ! Tu en as mis du temps. Dépêche-toi de venir me voir. J'ai encore de nombreuses taches à te confier.
- Je suis là… maître… j'arrive tout de suite… répondit ce dernier en tentant de reprendre sa respiration.

L'assistant se dirigea d'un pas chancelant vers la pièce d'où provenait la voix de Nandor, quand il croisa alors un individu qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer. Guillermo se stoppa sur le coup.

L'homme était aussi grand, et devait avoir à peu près le même âge, que son maître. A la différence, qu'il était chauve, portait des lunettes et était habillé comme s'il rentrait d'une journée au bureau. Sa peau n'était pas pâle et le sourire qu'il fit ne laissait apparaître aucuns crocs pointus.

Guillermo pensa tout d'abord qu'il s'agissait sûrement d'un autre familier mais pourtant, quelque chose dans l'attitude de ce dernier le mettait mal à l'aise.
Bien que jusque-là, l'individu lui paraisse tous ce qu'il y a de plus normal, il n'arrivait pas à se détendre. C'est comme si son intuition lui criait que l'homme en face de lui n'était pas humain.
- Tu es Guillermo, c'est ça ? Je me présente, je suis Colin Robinson, déclara celui-ci en lui tendant la main.
- C'est bien moi. Enchanté de vous rencontrer Mr Robinson, répondit le jeune homme en lui serrant en retour.
Il le regretta aussitôt. Bien que la main de l'homme fût chaude, sa poigne était molle et moite. A tel point que, Guillermo dut se retenir de grimacer. Il savait très bien qu'il ne fallait pas juger les gens sur les apparences, mais cela ne fit que renforcer son idée qu'il y avait un truc bizarre chez se Colin Robinson.
- Oh tu peux m'appeler Colin, répondit ce dernier en lui souriant, tout en maintenant sa poignée de main plus longtemps que de coutume. Apparemment, tu vas rester un long moment avec nous. Tu travaillais à Panera Bread avant, n'est-ce pas ? C'est vrai que travailler dans un fast-food est très pratique quand on est jeune. C'est un lieu convivial et de partage qui attire une grosse clientèle. En famille ou entre amis il permet de se regrouper autour d'une table, d'échanger, de communiquer, de s'amuser, tout en dégustant une cuisine rapide et peu onéreuse…

Guillermo écouta poliment son interlocuteur, n'osant pas l'interrompre.

Ce dernier continuait de parler sans jamais vouloir s'arrêter, et entamait maintenant une longue et fastidieuse explication sur les secrets du marketing de la gastronomie américaine, tandis que le garçon sentait de plus en plus ses yeux papillonner de fatigue. Cependant, cela n'arrêta pas pour autant le monologue de Colin.
- Savais-tu que la restauration rapide, bien qu'elle soit une option pratique pour de nombreuses personnes, a souvent un coût ? En effet, les aliments sont hautement transformés et produits à grande échelle pour réduire les frais. Ce qui signifie que les ingrédients et les plats du menu sont généralement préparés dans un autre endroit avant d'être envoyés aux restaurants. Cela signifie aussi que les aliments ne sont pas toujours frais et qu'ils sont souvent réchauffés ou préparés rapidement pour le confort du client. Mais ça, tu dois déjà le savoir, car tu travaillais sur place, dit-il en rigolant. En conséquence, la restauration rapide est souvent de moindre qualité que les aliments fraîchement préparés…

- GUILLERMO !
Ce dernier se réveilla aussitôt en reconnaissant la voix de son maître.

Venait-il vraiment de s'endormir d'ennui ? Quoi qu'il en soit, Il ne fallait qu'il perde d'avantage de temps. C'était le moment de filer. Là encore, le vampire venait de le sortir d'une situation délicate.
- Je suis désolé, je vais devoir y aller, s'empressa de dire le jeune homme. J'ai été ravi de vous rencontrer.
Puis, sans attendre de réponse, il partit en direction de Nandor.
- J'ai hâte de pouvoir continuer de discuter avec toi, plus tard, déclara Colin. N'hésite pas à venir me voir si tu as besoin de quelque chose, je serais ravi de te renseigner.
Guillermo lui fit un signe de main, pour le remercier pour sa «généreuse offre», bien que l'idée d'avoir de nouveau une discussion avec cet individu provoque chez lui un désagréable frisson.
Il jeta un dernier coup d'œil à cet homme étrange, mais alors qu'il regardait par-dessus son épaule, il fut surpris de constater que ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce et l'observait toujours. Cependant, ce qui était plus bizarre encore, c'est qu'il crut voir ses yeux briller d'une lueur bleue anormale.
Ce Colin Robinson n'était définitivement pas humain. Dorénavant, il prendrait grand soin de l'éviter un maximum.

Bien que la soirée fût loin d'être terminée, elle était déjà suffisamment riche en émotion pour ce pauvre Guillermo, mais ce n'était que le premier jour, d'une très longue série…