Rêves Solitaires

Disclaimer : Cette histoire est inspirée de la chanson « Sparkle », tirée du film d'animation japonais « Your Name ». Les paroles de la chanson ne m'appartiennent donc pas.

Mada kono sekai wa boku wo kainarashitetai mitai da

Nozomi doori ii darou utsukushiku mogaku yo

Une prairie verte s'étendait à perte de vue. Une brise chaude parcourait l'herbe haute, pliant les brins à sa volonté. Le ciel d'azur, libéré de tout nuage, laissait les doux rayons du soleil illuminer la prairie de leur lumière, recouvrant l'endroit d'une chaude lueur dorée. Le paysage était désert. Aucun humain ne connaissait ce lieu, préservant la nature de ses mains hostiles. Le tout ressemblait à l'idée que l'on pourrait se faire du paradis. Le son étouffé du vent, mêlé à celui de la faune habitant ces lieux rendait la prairie vivante. On aurait presque pu la voir sourire tant tout ici paraissait préservé.

Tagai no suna dokei nagamenagara kisu wo shiyou yo

[Sayonara] kara ichiban tooi basho de machiawase you

Tout en elle paraissait déplacé. Seule humaine au milieu de la nature, sa présence était pour le moins étrange. Comment était-elle arrivée ici ? Nul ne le savait. Pas même elle. Qui était-elle ? Que faisait-elle ici ? Elle n'en avait aucune idée. La seule pensée qu'était capable de former son esprit embrumé était une musique. Comment la connaissait-elle ? La jeune fille essaya de chercher, mais ses efforts furent vains. Assise par terre, elle essayait de se remémorer ce qu'elle aurait dû savoir. Rêvait-elle ? Elle n'en était pas sûre. Une mélodie passa la barrière de ses lèvres. Quelle était cette musique ? Aucune idée. Mais peut-être, juste peut-être, était-ce une trace de sa vie, qui la guiderait vers son identité perdue. Alors la jeune fille chanta ce que son esprit lui murmurait.

Jisho ni aru kotoba de dekiagatta sekai wo nikunda

Mangekyou no naka de hachigastu no aru asa

Les mots s'envolèrent, comme poussés par le souffle du vent. Autour d'elle, la nature semblait se mouvoir au rythme de sa musique. Les brins d'herbes s'agitaient, tandis que les animaux sauvages gambadaient joyeusement autour d'elle. Un sourire s'épanouit sur son visage. Instinctivement, elle connaissait les paroles. Nul besoin de se concentrer, les mots sortaient tout seul, libérant son esprit de cet étau. Se levant doucement, la jeune fille tourna son visage vers le ciel. L'étendue azur, seulement parsemée de quelques nuages la dominait. Bleu. Elle connaissait le bleu. Bleu comme des yeux. Mais les siens ? Son esprit lui soufflait que non. Non, bleu comme les yeux d'un garçon qu'elle connaissait. Comment ? Encore une fois, elle ne savait pas. Mais le regard perdu dans les affres du domaine d'Ouranos, un sourire recouvrit ses traits finement sculptés, illuminant son visage.

Kimi wa boku no mae de hanikande wa sumashite miseta

Kono sekai no kyoukasho no you na egao de

De vie elle resplendissait, comme si le bleu du ciel mêlé à la mélodie avait insufflé une nouvelle flamme en elle. Son regard autrefois fatigué retrouva enfin sa teinte émeraude si caractéristique. La brise souffla avec plus d'intensité, entraînant la robe qu'elle portait dans sa danse. Le tissu de soie s'agitait sur ses jambes, caressant la peau d'albâtre qui recouvrait le corps de la jeune fille. Elle ne savait peut-être pas où elle se trouvait, mais tout dans ce paradis l'apaisait. Enfin elle vivait. Le soleil réchauffait sa peau, la berçant de sa chaleur. Un picotement agréable parcourut ses jambes, surprenant la jeune fille. Son regard se détacha du ciel, pour venir se poser en face d'elle. Sans pour autant fermer la bouche, elle s'élança en courant, répondant au besoin que son corps venait de manifester. Ses petites jambes frêles gravissaient la colline. La corolle de sa robe vagabondait autour d'elle, volant librement. Elle courut, et courut sans s'arrêter, seulement freinée par un petit mur de pierre qui s'élevait au bord de la falaise. En contrebas, les eaux tumultueuses accueillirent le regard de la jeune fille. Les reflets turquoises qu'arborait la surface de l'océan invitaient la jeune fille, mais le souffle du vent la retint de s'approcher du bord. Ainsi se rendit-elle compte que c'était dangereux. Mais comment un océan de beauté pouvait-il être mortel ? Aucune idée. Son esprit ne connaissait pas le mot danger. Ou plutôt, il ne connaissait plus. Alors, sa voix se fit plus forte. La force de ses mots, transportée par le vent, se mêla aux vagues qui rugissaient, aussi belles que menaçantes.

Tsui ni toki wa kita kinou made wa joshou no joshou de

Tobashiyomi de ii kara koko kara ga boku da yo

Keiken to chishiki to kabi no haekakatta yuuki wo motte

Ima da katsutenai SUPIIDO de kimi no moto e daibu wo

Paradis. Les syllabes se dessinaient dans son esprit, inondant ses pensées. Elle n'avait aucune idée de ce que c'était, mais son instinct lui souffla que ce mot désignait la prairie. C'était le paradis. Paradis de verdure et de nature, paradis de liberté ou les mots coulaient sans douter. Amie du vent, reine de l'océan, voilà ce que signifiait désormais pour elle le paradis. L'idée de demeurer éternellement en ce lieu émergea, surprenant la jeune fille qui s'arrêta de chanter. Pourtant, cela faisait sens pour elle. Un sourire éblouissant se peignit sur son visage tandis que l'idée se faisait plus vivace. Certaine de son choix, sans même douter une seule fois, elle désirait ardemment demeurer en ce lieu, qui l'avait accueilli sans rien demander. Et sur cette pensée, elle reprit la mélodie, chantant avec autant d'ardeur que sa voix de velours ne le lui permettait. Mais tandis que son sourire atteignait ses orbes émeraude éclatant, l'image de la prairie devint flou, s'effaçant lentement.

Madoromi no naka de namanurui KOORA ni

Koko de nai doko ka wo yume mita yo

Kyoushitsu no mado no soto ni

Densha ni yurare hakobareru asa ni

Turquoise s'assombrit jusqu'à devenir ébène. L'herbe n'était plus, laissant derrière elle un lit de paille en mauvais état. Plus un bruit. Un silence de plomb occupait les lieux, seulement rompu par son souffle erratique. Le vent s'était tut, accablant la jeune fille de solitude. Le souffle tremblant, les larmes aux yeux, elle fut submergée de souvenirs oubliés. Qui était-elle ? Elle ne le savait toujours pas. Mais elle se rappelait de lui maintenant. Lui, aussi doux que le vent, aussi vif que le soleil, aussi lumineux que l'herbe, aussi téméraire que l'océan. Lui, qui toute sa vie l'avait suivie, pour l'abandonner comme l'avait fait le vent ce jour-là..

Aishikata sae mo kimi no nioi ga shita

Arukikata sae mo sono warai koe ga shita

Les yeux brillants d'émotion, la jeune fille regarda autour d'elle, se demandant un instant si elle rêvait. Mais désormais, elle savait. Le paradis n'existait pas. Le paradis était un rêve. Un rêve qui s'était envolé aussi vite que lui l'avait fait. Ses yeux brillaient dans la pénombre, abritant toute la tristesse qui la transperçait. Les larmes dévalèrent ses joues, pleurant ce qu'elle savait avoir perdue. Car dès qu'elle franchirait le seuil de la porte qui la maintenait dans la sécurité de sa solitude, elle le verrait vivre. Mais désormais, elle n'avait plus le droit de le voir. C'était ce qu'il voulait. Comme tous les habitants de ce lieu qu'elle reconnaissait. Ils avaient tous voulu cela. Et elle avait accepté. Les heures s'écoulèrent sans qu'elle ne bouge, préférant retarder l'échéance.

Itsuka kiete nakunaru kimi no subete wo

Kono me ni yakitsukete oku koto wa

Mou kenri nanka ja nai gimu da to omounda

Le jour se leva sans qu'elle ne s'en rende compte, et elle n'eut d'autre choix que de quitter son havre de paix. L'air était souillé, mais elle ne s'en souciait pas. Au travers des fenêtres, des nuages sombres déversaient leur colère. Un silence pesant régnait, inquiétant. Au détour d'un couloir apparu le garçon qu'elle connaissait, riant de à gorge déployées avec d'autres personnes. Des amis. Un jour, elle aussi avait pu connaître la signification de ce terme. Amis. Mais désormais, elle ne savait plus. Comme son identité, elle ne savait plus. Ou plutôt, elle ne voulait plus le savoir. Oublier, se détacher, se distancer, étaient les mots qu'elle avait inscrit avec violence au plus profond de son esprit. Le timide sourire qui illuminait son visage en le regardant s'envola, libérant son regard de l'éclat qui jadis faisait étinceler les orbes d'émeraude.

Unmei da toka mirai to katte kotoba ga doredake te wo

Nobasou to todokanai basho de bokura koi wo suru

La réalité la rappela violemment, enfermant la jeune fille dans une tristesse solitaire qu'elle tentait par tous les moyens de bloquer. Elle avait réussi la première fois. Faire disparaître ses émotions était son rêve, ne plus jamais s'attacher sa raison de vivre. Elle avait cru pouvoir y arriver. La prairie en était d'ailleurs le plus beau reflet. Car elle savait désormais qui elle était. Elle était la fille qui vivait dans ses rêves.

Tokei no hari mo futari wo yokome ni minagara susumu

Sonna sekai wo futari de isshoiya, nanshou demo

Ikinuite ikou

FIN