Hello!
Me revoici avec une nouvelle histoire. Enfin, quand je dis "nouvelle"... c'est en réalité une réécriture, l'une de mes toutes premières fanfictions. Évidemment, c'est une histoire qui a au moins deux fois l'âge du meilleur cardhu écossais (j'avais 11 ans à l'époque, figurez-vous). Même si elle a été de nombreuses fois remaniée, réécrite, il reste un soupçon de romance, cela étant. Je préfère prévenir.
Cette histoire est plus ou moins la suite du "Testament de Philip Mortimer" ; vous vous rappelez le post-scriptum d'Elie (au tout dernier chapitre) ? Rien ne vous oblige à lire toute la précédente fanfiction (j'apprécierais beaucoup beaucoup, cela étant !), alors pour faire simple, voici ce que cette jeune fille lui demande, par le biais d'une lettre datée du 24 février 2054 :
« Souvent, les livres d'Histoire donnent une version édulcorée des événements... et j'adorerais connaître la véritable histoire de l'Espadon... la version du professeur Mortimer. »
On se souvient tous des propos de Jacobs au sujet de l'absence de femmes dans son oeuvre :
« J'avais dit un jour à un confrère - qui a utilisé, me semble-t-il, l'idée en question - que si j'avais eu l'occasion de pouvoir me servir d'une japonaise ou d'une eurasienne, j'aurais pu employer un personnage féminin dans mon histoire. »
Bon, j'ai juste fait une entorse aux origines qu'aurait souhaitées Jacobs. Mille pardons, maître.

Bonne lecture !


Swordfish Projet Untold

1 –

Official Secrets Act.

« Do not talk at meals. Do not talk in the transport. Do not talk travelling.

Do not talk in the billet. Do not talk by your own fireside.

Be careful even in your Hut... »

(Marion Hill, Bletchley Park People, 2004)

Chère Elie,

Si vous lisez ceci, c'est que votre père n'a pas oublié de vérifier l'arrière du cadre accroché au mur de votre salon, selon le conseil de Sarah Summertown. Dès que j'aurai achevé cette lettre et mon récit, je les glisserai dans une enveloppe, avec le deuxième article de journal, et je cacherai tout cela au dos du cadre.

Il m'aura fallu du temps avant de réaliser la promesse que j'ai faite à votre père, en 1962. Dire que trente ans ont passé depuis qu'il est reparti, avec la nouvelle version du Chronoscaphe, à son époque... Je souhaite tant avoir cette chance infime de le rencontrer de nouveau, et je m'imagine moi-même, vieillard aux cheveux un peu plus blanchis qu'en ce jour, un peu plus voûté, croisant la route d'un tout petit garçon, futur voyageur du temps... Qu'il est étrange de se dire que j'ai connu votre père près d'un siècle avant sa naissance !

Mais je m'égare. Pardonnez-moi.

Si j'ai tant tardé à répondre à vos questions, c'est peut-être parce que j'attendais le bon moment. Or, il s'avère qu'il y a quelques jours, le site de Bletchley Park a ouvert ses portes pour la première fois au public. Je faisais partie des visiteurs. Que de souvenirs me sont revenus, à l'ombre de cet étrange manoir au style éclectique ! Néogothique, baroque et Tudor... déjà un mélange d'époques hétéroclites... Votre père parlait, je crois, de « décalage ». Je n'en avais plus ressenti avec autant d'intensité qu'à cet instant...

Bletchley Park, que l'on présentait comme une « usine de radios », était le principal site de décryptage du Royaume-Uni, le Government Code and Cypher School, pendant la guerre – je veux parler de la Seconde Guerre mondiale. Je suis un « vétéran » de Bletchley. J'y ai travaillé jusqu'en 1946, en tant que cryptanalyste, et j'y ai côtoyé les plus grands noms. J'ai participé à la réalisation de certains travaux, dont l'Espadon. On dit que son invention a révolutionné de multiples domaines, en particulier scientifique, et qu'il a notamment permis de gagner la guerre contre l'Empire Jaune. Mais vous ignorez certainement d'autres choses... sur lesquelles j'aimerais revenir aujourd'hui.

Elie, peut-être savez-vous que, pendant la Seconde Guerre mondiale, tous ceux et celles qui travaillaient au Government Code and Cypher School étaient tenus au secret le plus strict. Nous avons tous signé l'Official Secrets Act, et rien ne devait être divulgué même après la fin de la guerre. Cependant, peu après la défaite de l'Empire Jaune, un premier... récit de l'histoire liée aux travaux sur l'Espadon a filtré. C'était en 1947, je crois. Elle a été présentée comme une fiction, une interprétation édulcorée d'événements réels. Peut-être avez-vous appris cette version, à l'école ou ailleurs. Peut-être est-ce cela qui a attisé votre curiosité.

Cette histoire a beau avoir été admise par le Gouvernement et largement diffusée parmi les citoyens du monde, elle n'en reste pas moins une version imparfaite. Une « version d'Épinal », si je puis dire. Oh, certains épisodes sont si proches de la réalité que c'en est troublant. Mais ce n'est pas toute la vérité... telle que je la connais.

Cette version édulcorée de 1947 est en grande partie liée à la censure draconienne qui régnait alors. Pourtant, vous vous doutez bien que, contrairement à ce que vous avez appris, l'Espadon n'a pas été engendré de la main d'une seule personne. C'est humainement impossible. L'Histoire a largement surévalué le... génie de cette invention, et son créateur a été présenté comme une espèce de savant un peu fou, et faisant cavalier seul. Non... il y avait une équipe, constituée à Bletchley, quelques années avant la guerre contre l'Empire de Basam-Damdu. Et si vous me le permettez, en l'honneur de la promesse faite à votre père et en mémoire d'une personne qui m'était chère, je vais vous relater cette histoire telle que je l'ai vécue...

Bien à vous, à travers les siècles,

P. Mortimer

« La Bove », La Roche-Guyon

11.10.1993