Madame Butterfly (1/2)
La dernière note résonna dans la pièce mettant fin à la prestation du musicien, ce ne fut que quelques secondes plus tard que le public applaudit, sûr qu'aucun autre morceau ne serait joué. Fier de lui, l'homme blond ne se fit pas prier pour saluer le public et le remercier chaleureusement de venir l'écouter comme tous les mois.
— Encore une fois Monsieur Hannes vous nous avez donné des frissons. Je pense que tous les pensionnaires seront d'accord avec moi, félicita la directrice de l'établissement.
— Oh vous savez, c'est un plaisir de partager ma passion avec un public de connaisseur.
Sa main gauche se positionna à l'arrière de son crâne avant qu'il ne se mette bêtement à rire, et tandis qu'il discutait joyeusement avec Madame Fingers, lesdits pensionnaires, eux, retournèrent à leurs activités respectives sans s'attarder. Certains en profitaient même pour regagner leur chambre en quête d'un peu de calme après l'après-midi qu'ils venaient de passer.
Kuchel Ackerman faisait partie de ces derniers, préférant fuir loin de l'innommable prestation qu'elle venait d'entendre. Seul le silence de sa chambre pourrait lui permettre de retrouver sa paix intérieure. Jamais elle ne pourrait pardonner à ce pseudo musicien le massacre qu'il commettait en ces lieux une fois par mois. Que ce soit Mozart, Beethoven ou Bizet, tout se faisait saccager sans vergogne créant ainsi une dissonance obscure dans leur mélodie. Là où le piano sublimait autrefois leur création, il était aujourd'hui leur bourreau, les torturant de façon perverse sans vouloir les achever. La cinquantenaire s'était déjà plainte mainte fois du pianiste à la direction, mais cette dernière n'avait jamais souhaité exaucé sa requête, préférant garder le musicien massacreur de musique.
— Alors Madame Ackerman qu'est ce que vous en avez pensé cette fois ci ?
La voix aiguë de son aide-soignante résonna dans son dos, la faisant perdre le fil de ses pensées.
— Et vous, qu'avez-vous pensé du spectacle ?
Ses mots avaient été mûrement réfléchis, spectacle était le terme qui convenait le mieux à la mascarade qu'ils venaient d'écouter et qui selon elle ne valait guère mieux qu'une attraction de kermesse.
— Oh, j'ai bien aimé. J'ai eu l'impression que Monsieur Hannes mettait plus de sentiment que la dernière fois dans sa représentation, c'est fou l'énergie qu'on peut dégager d'un piano.
La femme soupira longuement interrompant les flots de compliments.
— Vous n'avez pas du tout l'oreille absolue. Je suis certaine que jamais une telle « représentation » (elle fit les guillemets avec ses doigts pour appuyer sur le mot) ne pourrait être donnée dans un opéra. Les spectateurs quitteraient la salle dès les premières notes.
— Pourtant je trouve qu'il joue bien, c'est toujours un plaisir à entendre. Peut être qu'on si on lui demandait de jouer un morceau en particulier il pourrait le faire, vous pourriez même essayer de l'accompagner en chantant.
— Non.
Le ton froid utilisé pour répondre coupa court à la suite de la discussion. Il était très rare pour Madame Ackerman d'élever la voix ou de contredire, préférant l'indifférence à la colère hystérique, mais ce sujet était bien trop sensible pour elle pour rester de marbre. Sans demander son reste, elle fit une révérence silencieuse avant de reprendre son chemin vers sa chambre où elle aurait tout le loisir de s'adonner à ses plaisirs et à ses pensées. Un appel lointain lui assura que son aide ne chercherait pas une fois de plus à creuser le sujet de ses souffrances.
— Suzanne pouvez-vous venir s'il vous plaît ?
L'horloge affichait vingt heures passées quand les joints de la porte grincèrent pour laisser entrer son occupante. D'un pas las et traînant, elle se dirigea vers son canapé, avant de se laisser tomber dessus sans aucune grâce. Encore une fois la journée, n'avait pas été de tout repos, ne laissant qu'une certaine douleur dans ses pieds. Voulant se changer les idées, elle attrapa la télécommande avant d'appuyer machinalement sur le bouton allumé situé en haut à gauche du boîtier. De suite, une image s'afficha sur la télévision, très vite suivie des rires des spectateurs de l'émission, un simple talk-show présenté par des stars insignifiantes qui essayaient de ne pas se faire oublier du public. Suzanne n'avait que faire de ce qui s'y passait, seules les voix qui rompaient avec le silence macabre de la pièce l'intéressait. Dans un dernier élan de courage, la blonde s'arracha de son sofa pour se traîner jusqu'à la kitchenette située juste derrière elle. Tandis qu'elle récupéra son reste de pâte au pesto de la vieille, un nouvel éclat de rire résonna dans le studio. Au moins, les spectateurs de l'émission avaient passé un bon moment, songea-t-elle sans aucune autre arrière-pensée. Le micro-onde sonna la fin de son cycle avant que le bol ne se fasse récupérer. Les pâtes étaient fumantes, cependant l'aide-soignante n'était pas dupe, seules celles sur le dessus avaient été réchauffées, laissant le milieu encore froid et imprégné de l'humidité du frigo. Déjà plus de deux mois que son micro-onde ne fonctionnait plus correctement mais cela ne la dérangeait pas pour autant, à force de manger ses repas froids elle avait fini par s'habituer. Dans ce genre de cas, il lui suffisait juste de mélanger correctement pour ensuite oublier ce qui était dans son assiette.
Son attention se reporta sur la télévision, un des présentateurs avait décidé de pousser la chansonnette. Malgré son talent évident, Suzanne était persuadée que Madame Ackerman n'apprécierait pas la voix du chanteur. Sa patiente était des plus compliquée et têtue dès que cela touchait à la musique. Un premier bâillement rappela à la trentenaire son état de fatigue, sans traîner elle avala le contenu de son bol, laissant certaines pâtes réchauffées craquer sous ses dents. Demain serait une journée tout aussi chargée. Sans en avoir prévenu quiconque, la directrice avait décidé de mener à bien un grand ménage de printemps — sûrement excédée par la montagne de papier éparpillé de part et d'autre dans son bureau. — Son collègue également convoqué pour l'occasion avait vivement râlé avant de se faire rembarrer par le sourire énigmatique de Madame Fingers, le laissant sans voix. Après plus de trois ans à travailler à ses côtés, les deux aides-soignants avaient appris quand laissé tombé pour éviter la fureur de la femme. Un second bâillement coupa court à ses pensées, ses yeux fatigués se fermèrent tout seul. Et tandis qu'elle se laissa porter dans les bras de Morphée, une publicité quelconque sur un air d'opéra résonna dans la pièce.
Bonjour,
Bienvenue sur cette nouvelle histoire qui sera un Livai x Oc
J'espère que ce début vous aura plu et vous donnera envie de connaitre la suite.
Je suis preneuse de retour en tout genre, donc n'hésitez pas si vous avez le moindre conseil ou recommandation pour m'améliorer.
A bientôt~
