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/!\ Trigger Warnings :
Référence au suicide, autodestruction, dépression et noyade.
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Alisone Davies vivait à bord du Tardis du Docteur depuis maintenant cinq mois. Aussi surprenant que cela puisse paraître, pour elle en tout cas, elle tomba amoureuse du ténébreux et super-vilain, au nom de :
Le Maître.
Et, aussi surprenant et impossible que cela puisse paraître, pour lui, l'amour était réciproque.
Leur vie n'était qu'une constante aventure, allant de galaxies en galaxies, de lignes temporelles en lignes temporelles et de découvertes toutes plus intéressantes et magnifiques que les précédentes.
Alisone était une jeune Terrienne, ayant la trentaine, la peau blanche, la silhouette fine et portant toujours des robes noires avec ses longs cheveux châtain noués en une grande tresse dans son dos.
Tandis que le Docteur, 'Ten', pilotait son vaisseau à coups de pieds ou de marteau, le Maître aimait le charrier et lui envoyer des piques sans discontinuer.
Bref, le Maître agissait comme un enfant, traînant dans son survêtement et son Hoodie noir, ses cheveux teints en blond et un sourire espiègle qui ne le quittait presque jamais.
Lorsque le Maître ne passait pas son temps à hurler sur son homologue Seigneur du Temps, il aimait discuter avec Alisone. Étrangement, elle était la seule Humaine qu'il arrivait à apprécier à sa juste valeur. Il lui fallut beaucoup de temps pour comprendre que ses deux cœurs battaient pour elle. Mais, il était toujours trop fier pour le lui avouer.
Et elle était trop timide pour faire quoi que ce soit.
De fait, le Maître et Alisone ne faisaient que parler, rire et passer du temps en tête-à-tête lorsque le Docteur ne déposait pas son Tardis vers une nouvelle destination.
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Néanmoins, derrière cette vitrine d'étoiles, d'aventures et d'amour naissant, quelque chose de sombre et de terrifiant grandissait chaque jour un peu plus dans la tête de la pauvre Alisone.
Une chose qu'elle n'arrivait pas à contrôler, qu'elle ne pouvait enlever, comme les tambours qui résonnaient dans le crâne du Maître, en quatre-temps, sans arrêt.
Un, deux, trois, quatre.
Et pourtant, le mal qui rongeait Alisone était totalement Humain. Un tourment sournois résultant de ses nombreux Troubles de Stress Post-Traumatiques et de sa dépression profonde. Une pensée malfaisante qui cheminait à travers les synapses de son cerveau.
Tout empira après leurs expéditions à Pompéi.
L'aventure se passa extrêmement bien, cela dit. Dieu merci, le Docteur n'avait pas atterri au moment de l'éruption du volcan. Le Maître souriait jusqu'aux oreilles, jetant des regards vers Alisone, de temps en temps, pour vérifier qu'elle s'amusait autant que lui et que le Docteur.
Oh oui, ses yeux aimaient ce qu'ils voyaient. Ce retour vers le passé, cet étrange mode de vie, les gens, les rues, la nourriture, les villas, la monnaie...
Sur Terre, dans sa ligne temporelle, Alisone avait ce don improbable de toujours trouver des pièces de monnaie sur le sol, au hasard des rues, ou même dans les magasins. Cela lui arrivait tellement souvent que, parfois, elle avait même la flemme de se baisser pour ramasser les pièces en question.
Étrangement, ce don la suivit même dans le passé, parce qu'elle fut attirée par un rond argenté, au milieu de la poussière d'une ruelle. Cette fois-ci, elle se baissa pour récupérer l'objet qu'elle fit tourner entre ses doigts. C'était un simple Sesterce, en laiton, légèrement abîmé et usé.
Elle sourit et glissa la pièce dans une poche cachée de sa robe.
Puis, en reprenant le cours de l'aventure, ses pensées intrusives et destructrices arrivèrent jusqu'à son cerveau pour imaginer un plan sordide.
Il y avait des installations thermales au cœur de la ville. Le Maître souhaitait ardemment s'amuser dans l'eau, comme un requin au milieu des poissons. Alisone souriait en imaginant le Maître dans cette situation. Ils étaient côte à côte, à marcher dans la rue, juste derrière le Docteur, lorsque la jeune fille avoua :
- Ce sera sans moi, Maître. Je ne sais pas nager.
Il se retourna, choqué, vers elle :
- Quoi ? Vraiment ?
- Je coule comme une pierre.
Contre toute attente, le Maître sourit et murmura :
- Il y a une piscine géante dans le Tardis. Si tu le souhaites, je pourrai t'apprendre à nager.
Alisone acquiesça.
Puis, son ventre se noua.
Son mal, qui rongeait ses synapses, venait de terminer son plan final.
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Lorsqu'ils retournèrent tous les trois à bord du Tardis, Alisone s'enferma dans sa chambre. Le Maître trouva cela étrange, mais il ne dit rien. Au lieu de ça, il rejoint le Docteur au centre du vaisseau, au niveau des commandes, pour l'embêter encore un peu plus.
Son jeu favori.
Pendant ce temps, dans sa chambre, Alisone jouait avec sa pièce entre ses doigts. Elle la faisait tourner encore et encore, puis son corps agit contre sa volonté. Son esprit était déjà parti loin de l'Espace, mais ses jambes marchèrent automatiquement vers la piscine du Tardis.
Impossible de savoir combien de temps elle erra entre les couloirs labyrinthiques du vaisseau. Éventuellement, elle trouva la salle qu'elle cherchait. En ouvrant la porte, elle découvrit un lieu immense, sans fenêtre, mais avec des lumières tamisées aux murs et en son centre, une piscine géante digne des Jeux Olympiques. Le mouvement de l'eau à la surface réfléchissait sur le haut plafond en métal. Il y avait des échelles et un plongeoir.
Alisone s'avança lentement pour admirer et analyser l'endroit. Le bassin faisait quatre mères de profondeur. Le plongeoir se situait sur la gauche et le saut donnait directement accès au centre du rectangle d'eau. L'échelle pour grimper en haut de la planche blanche faisait trois mètres de hauteur, un sacré plongeons pour les nageurs.
Ce qu'Alisone n'était pas, et pourtant, elle marcha doucement vers l'échelle, toujours de cette façon automatique. Elle mit quelques longues minutes avant d'arriver en haut. Mais, une fois qu'elle se trouva debout sur la planche, elle sortit la pièce de monnaie de sa poche.
Elle tenait l'objet de sa main gauche. Elle posa la pièce à l'horizontale sur le bout de son pouce et de son index. Alisone inspira un grand coup, puis elle lança la pièce dans les airs. Cette dernière tournoya sur elle-même encore et encore, jusqu'à ce que la jeune femme récupère l'objet de sa main droite pour ensuite la plaquer sur le dos de sa main gauche.
En jetant un coup d'œil sur le Sesterce, elle esquissa un étrange sourire.
La pièce était tombée sur 'Face'.
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Le Maître tournait autour de la console en jetant des regards noirs vers le Docteur. Il ne pouvait pas toucher aux manettes à cause du Contrôle Isomorphique, puisque son 'ami' ne lui faisait pas totalement confiance. Il cherchait une autre horreur à dire ou à faire, mais il n'avait pas l'esprit à ça. Étrangement, il pensait à la jeune Alisone et à la façon dont elle était partie après leur aventure. D'ordinaire, elle aimait reparler de leur escapade pour faire durer la magie.
Mais, pas cette fois-ci.
Non.
Le Maître se gratta le crâne, signe que les tambours frappaient avec plus d'intensité dans sa tête. Son ventre se noua et il avait du mal à respirer sans vraiment comprendre pourquoi.
Le Docteur le scruta en coin, avant de demander :
- Maître ? À quoi tu penses ? Tout va bien ?
- Pas si tu me parles, non.
Le Docteur ne releva pas la remarque. Il appuya sur quelques boutons tout en observant furtivement son camarade, qui questionna tout à coup :
- Où se trouve Alisone ?
Le Docteur haussa les épaules :
- Aucune idée. Probablement dans sa chambre, pourquoi ?
Le Maître se rapprocha de lui. Le Docteur découvrit un voile de peur traverser ses yeux noisette, lorsqu'il reprit :
- Est-ce que tu peux utiliser la carte du Tardis pour la localiser ?
Le Docteur secoua la tête :
- Non. Je n'utilise pas cette option sur mes compagnes de voyage. Elles ont le droit à leurs libertés.
Le Maître s'énerva :
- Je ne peux pas le faire à cause de ton stupide Contrôle Isomorphique ! Alors, s'il te plaît, localise Alisone !
Le Docteur tiqua et étudia longuement le Maître, dont la panique et la colère ne tarissaient pas.
- Maître ?
- Où est Alisone ?!
Sa voix paraissait plus triste que malveillante. Le Docteur plissa des yeux, ne comprenant pas ce soudain changement d'humeur. Mais, comme le Maître paniquait de plus en plus, avec sa respiration saccadée et ses mains tremblantes, le Docteur se dirigea vers l'écran qui affichait la carte intérieure du Tardis, qui changeait très souvent, puisque le vaisseau avait sa volonté propre. Pendant que le Docteur cherchait le petit point rouge qui localiserait Alisone, le Maître resta près de son homologue, se rongeant les ongles de la main droite, en attendant de savoir où son amie se trouvait.
Après quinze secondes, qui parurent une éternité, le Docteur intercepta le petit point rouge sur la carte.
- Ah ! Trouvé !
Il posa le doigt sur l'écran en disant, fier de lui :
- La piscine. Elle se trouve à la piscine. Probablement pour faire quelques longueurs.
Le visage du Maître se décomposa et il étouffa un cri, en murmurant :
- Oh, non. Non, non, non !
Avant que le Docteur ne puisse réagir, le Maître quitta la salle de commande et se mit à courir à toute vitesse à travers les couloirs.
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Le Maître courut sans s'arrêter, essayant de faire taire les tambours dans son crâne, essayant de ne pas imaginer le pire. Pourtant, il ne voyait que ça, le pire.
Il déboula en trombe dans la salle où se trouvait la piscine et se dirigea vers les bords du bassin. Lorsqu'il découvrit Alisone, ses deux cœurs ratèrent un battement et son souffle se coupa. Le corps de la jeune Humaine flottait à la surface, le visage tourné vers le plafond, les yeux fermés comme si elle dormait sur l'eau. Mais elle ne dormait pas, et le Maître le comprit très vite.
Sans réfléchir, il se jeta dans la piscine, tout habillé, plongeant droit devant lui pour nager vers le milieu le plus vite possible. Il réussit à atteindre Alisone et il l'attrapa par la taille pour la traîner vers le bord le plus proche. En une minute à peine, il sortit de l'eau et porta la pauvre Humaine sur le sol.
- Please, please, please, Alisone...
Il posa deux doigts, l'index et le majeur, sur la veine de son cou pour prendre son pouls.
Aucun battement.
- Non, non, non, non...
Il décida de tenter un massage cardiaque, au rythme des tambours dans sa tête :
Un, deux, trois, quatre.
Néanmoins, il trembla légèrement au moment de faire le bouche-à-bouche. Ce n'était pas comme ça qu'il avait imaginé leur premier baiser...
- Sorry, Love...
Il reprit et continua son sauvetage inespéré.
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Le Maître ne sut dire combien il resta ainsi, au-dessus de la pauvre Alisone, essayant de la réanimer.
Encore et encore.
Il pria tous les Dieux de Gallifrey et tous les tambours de sa tête de ne pas laisser la jeune femme mourir dans ses bras. Alors, il continua jusqu'à ce que les lèvres d'Alisone reprennent des couleurs et jusqu'à ce qu'elle revienne à elle.
Alisone s'étouffa en crachant l'eau qui restait dans ses poumons. Le Maître l'aida à la tirer sur le côté pour qu'elle puisse faire sortir le reste de liquide de son corps. Après de longues secondes, elle réussit à ouvrir les yeux et ses iris encore vitreux découvrirent le Maître au-dessus d'elle.
Il souriait.
Mais pas de ce sourire espiègle qui lui était si propre. Non, c'était un véritable sourire, qui représentait la joie. Il était agenouillé sur le sol mouillé, tenant Alisone dans ses bras.
Elle vit des gouttes couler le long des joues du Maître, mais elle ne sut dire si c'était des larmes ou l'eau de la piscine. Il lui caressa les cheveux et demanda, avec une voix tremblante :
- Oh... Ali... Pourquoi ?... Pourquoi ?
Elle bougea enfin son bras gauche et ouvrit sa main. Le Maître n'avait même pas remarqué que, pendant tout ce temps, son corps tenait de façon automatique, ou post-mortem, la pièce de monnaie. Alisone ouvrit les doigts et montra le Sesterce, en répondant :
- I tossed the coin.
Le Maître tiqua :
- What ?
- Je suis désolée... Tu as des tambours dans ta tête et j'ai des démons dans la mienne. Je... Je ne suis pas normale... Ils veulent me tuer. Me noyer. Alors, j'ai tiré à pile ou face. Et j'ai perdu. Je ne suis pas normale...
Le Maître caressa encore le visage d'Alisone en murmurant avec peine :
- Parce que tu crois que je le suis ? J'ai perdu toute ma famille et ma planète. Je suis prisonnier du Tardis du seul Seigneur du Temps qu'il reste dans tout l'Univers. La folie de mes tambours m'empêche de dormir, de réfléchir, ou de penser correctement. Pourquoi crois-tu que je veux tuer tout le monde ? Dominer les planètes ? Je n'en peux plus... Et, je me suis déjà laissé mourir, dans les bras du Docteur. Lorsque j'ai refusé de me régénérer, je savais ce que je faisais... Parce que je ne voulais pas être seul, prisonnier du Docteur...
Alisone toussota et esquissa un sourire :
- Alors, pourquoi restes-tu ? Pourquoi n'essayes-tu pas de quitter le Tardis ?
Cette fois-ci, Alisone comprit que le Maître pleurait, tout en lui caressant la joue, glissant ses cheveux mouillés derrière son oreille. Il révéla enfin :
- Parce que je ne suis plus seul. Tu n'es pas seule non plus. Je suis là. Toujours. Ne me quitte pas...
Il se pencha vers elle pour l'embrasser.
Pour de vraie, pas pour la réanimer.
Elle pleura également en lui rendant son baiser.
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Le Docteur se tenait sous le battant de la porte qui menait à la piscine. Il avait les bras croisés sur la poitrine en regardant ses deux amis. Ils leur tournaient le dos, ils ne pouvaient pas le voir.
Mais lui, il pouvait les voir.
Il esquissa un sourire avant de reprendre le chemin du centre de commande.
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THE END
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Pour cet étrange récit, j'ai pris mon inspiration d'une histoire tout aussi triste, en Anglais, du nom de :
'Invisible Monsters' par Michael Alexander (orphan_account)
Mais surtout, j'ai pris mon inspiration d'une scène horrible de la série 'The Lakes'. John Simm joue le personnage de 'Danny', un jeune homme de 24 ans. Et, à la fin de la Saison 1, Danny est en proie à une dépression atroce. Il prend une barque en pleine nuit et il rame jusqu'au milieu d'un lac. Puis, il lance une pièce en l'air. Elle tombe sur 'face'. Il réfléchit, se lève, et plonge dans le lac pour se noyer.
Bon, il n'y parvient pas, mais la scène m'a grandement perturbée. En revenant sur le pont, il découvre sa femme, qui lui demande :
'Why ?'
Ce à quoi il répond simplement :
'I tossed the coin.'
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17.05.2023
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