.

.

«Dites-le avec des fleurs !»

~ Chapitre 4 : Aconit & Buis ~

.

.

Malgré toute sa bonne volonté, son extrême motivation et d'acharnés efforts, Draco ne put revoir l'attrayant et torride soldat du feu lors de la cérémonie d'ouverture. Le divin mirage s'évapora inexplicablement, telle Cendrillon aux douze coups de minuit. En conséquence, l'idéale soirée, imaginée voilà près d'une trop longue éternité maintenant, demeura doux rêve. Éphémère illusion. Horripilante et frustrante désolation ! Le prometteur et flamboyant brasier n'eut même pas la brève chance d'émettre la moindre étincelle. Tant les contretemps s'enchainèrent avec une vile fatalité. S'il fut un tant soit peu superstitieux, le prochain prince du festival aurait pu croire à une machination universelle pour faire capoter sa divertissante aventure sexuelle. Draco n'était nullement naïf. Pas au point d'espérer une sincère histoire d'amour d'une furtive rencontre.

Le coquin sort douchant royalement ses espérances de luxurieuse débauche, Draco se contenta d'écouter gentiment sa fidèle Pansy, irradiant alors d'un intense bonheur. Bien qu'elle l'enfouisse admirablement, sous une dalle plombée d'une indéfectible amitié, la dame éprouvait un vif et impérieux sentiment pour son magnifique trésor. Pour lui, elle se damnerait. Sans hésitation ! À défaut de réaliser d'inavouables fantasmes, se rouler dans les mêmes draps ou attendre la plus infime tendresse amoureuse, cette fine guêpe cultivait adroitement l'art du pelotage ou du roucoulement de mélodieux aveux. Certes, jamais pris au sérieux, ces actes anodins n'en étaient pas moins d'apaisants baumes. Effaçant toute trace de jalousie dans son cœur. Car voir des apollons le fréquenter était sacrément rude. Douloureux. Mais, contrairement à eux, avait-elle l'entière satisfaction de lui être sincèrement indispensable !

Désormais, participant consciencieusement aux répétitions, interviews et autres manifestations publiques, évènements ayant le mérite de le distraire de sa dévorante libido et finalement d'un spleen monotone !, Draco n'eut pas le loisir de rejoindre sa suite avant trois heures du matin ce jour-là. Horaire tardif lui ôtant l'opportunité de consulter directement sa traductrice personnelle concernant l'ultime offrande. Cadeau qu'il n'avait relativement pas osé attendre ! Un énième présent auquel pendait, cette fois, une étrange carte. Des excuses ? L'étincelant pompier avait-il des remords à ne pas s'être consumé au contact d'un sulfureux corps-à-corps ? Aussitôt, l'ancien préfet Serpentard se sentit revivre. Malencontreusement, à l'heure actuelle, attendre jusqu'au lendemain, l'ouverture de la boutique, était l'unique option à sa disposition pour connaître le fin mot de l'histoire. Une éternité qui le rendrait assurément fou !

Refusant d'endurer une seconde fois le calvaire de la veille, Draco fit les cents pas dans son somptueux appartement-terrasse. Un instant, il se tâta. Devait-il entretenir Pansy quant à l'énigme ? Rapidement, il se ravisa. Se remémorant l'heure indue. Et franchement, pas la peine de lui offrir l'opportunité de se foutre de sa gueule ! Épuisé, il s'allongea lourdement sur le lit King Size. Triturant davantage son esprit, tout en tripotant distraitement son téléphone. Soudain, il s'aventura à chercher sur internet la signification de l'énigmatique mot accompagnateur. Grossière erreur qui l'indisposa grandement ! Un profond désenchantement lui interdit d'achever la quête de vérité. En effet, la piètre et peu glorieuse transcription de « Mon beau Narcisse » par un aléatoire « Mon bel égoïste, vous qui n'aimez que vous … » eut la fâcheuse et désastreuse conséquence de l'énerver magistralement.

Foncièrement enragé à pareille marque d'irrespect, soulignant pernicieusement un trait de caractère qu'il se faisait fort de ne plus posséder depuis longtemps, de son humble avis !, il ne poursuivit pas plus loin la lecture. Toute lassitude envolée, d'un geste brusque, il balança l'innocent mobile au travers de la chambre. Sérieux ! De qui se moquait l'ignoble mufle déserteur ? Offensé dans sa dignité et son amour propre, l'âme blessée, furibonde, se releva prestement. Puis, saisissant violemment les modestes offrandes du félon, les écrasa méchamment. Les réduisant pratiquement en lambeaux, si ce n'est en poussière. Son ire toujours insatisfaite, Draco abandonna misérablement les restes de son crime au seuil de sa suite. Souhaitant ainsi que le message, nullement sibyllin ou cryptique, serait suffisamment explicite pour l'indélicat sournois. Pour qui se prenait l'infâme Don Juan ?

Là, avec l'infecte forfaiture, ses chaleureuses ardeurs étaient radicalement éteintes. Merveilleusement détrempées par l'inqualifiable affront. Dans sa détresse, Draco fut nettement soulagé que les évènements ne les aient pas menés à se rencontrer finalement. Ni à coucher ensemble d'ailleurs. Pas qu'il fut particulièrement prude ou midinette ! Mais clairement, ce salaud ne méritait nullement de profiter de son corps. L'orgueilleux mec en lui fut d'autant plus agacé qu'il appréciait l'exotique drague, par l'intermédiaire d'inhabituelles fleurs. Durant de brefs moments, oubliait-il la platitude des journées de représentation. Attendant impatiemment ce frêle bouquet anonyme, égayant admirablement sa vie et lui soutirant de sincères sourires. Obole mille fois plus intrigante et séduisante que les énormes compositions lèche-cul envahissant sa suite !

Seul, désemparé, Draco éclata d'un rire amer. Voilà qu'il était fleur bleue ! À vomir ! Dégoûté, se maudissant d'être si faible et perméable aux fielleuses manipulations du monstre sans cœur, Draco n'eut aucun scrupule à brûler spontanément le mot ayant miraculeusement échappé jusqu'ici à ses foudres. Avant le l'incendier théâtralement, calmant légèrement sa frustration, il ne prit nullement la peine de s'épancher sur les candides lignes non parcourues. Humbles témoignages que l'astucieuse et pétillante prêtresse Luna aurait pourtant aisément retranscrit par :

« Mon beau Demi-dieu,

Vous êtes pour moi l'incarnation de l'inspiration. Le plus précieux des porte-bonheur.

En échange d'un rendez-vous, m'offririez-vous un espoir pour l'avenir ? »

Le lendemain, l'équipe de tournage de son film en compétition étant conviée, comme tant d'autres, à des projections privée, Draco fit bonne figure. N'exprimant même aucune rancœur lorsqu'en sortant du penthouse, il foula du pied non les déchets misérablement abandonné mais deux autres brindilles symboliques. Une d'aconit et une de buis.

.

.

********** A suivre **********

.

.

Blablamiaou : Moins gai, je vous l'accorde. Et toujours aucune rencontre entre nos bishosex. Cependant, ne perdez pas espoir ! Tout comme pour le jeu, retentez votre chance.

A toutou bientôt !