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«Dites-le avec des fleurs !»
~ Chapitre 5 : Pavot, Clématite & Lilas ~
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Pourquoi voulut-il, encore, décoder la signification du bouquet sur son seuil ? Draco ne savait pas. Ça avait le don de le contrarier. L'exaspérer ! Était-il masochiste, pour aimer se torturer l'esprit avec une histoire morte avant que d'exister ? Et par Merlin, ce fichu message le perturbait ! Sous-entendant une foule de sentiments contradictoires. Assurément négatifs avec le « Votre dédain me perdra ! » de l'aconit. Et, sensiblement positif avec le « Je suis déterminé à vous attendre ! » du buis. Draco obtint un semblant de revanche. Le contentant brièvement, à défaut d'intégralement. Son tenace admirateur, espiègle adversaire ?, lui apparaissait passablement blessé. Pas assez, cependant, pour stopper son cinéma !
Consolation indifféremment rassurante et agaçante. Foncièrement, une fois la colère essoufflée, Draco ne désirait définitivement pas tirer un trait sur l'invraisemblable cour assidue. Indubitablement, un jour prochain, son vaniteux orgueil le tuerait ! Pourtant, son petit ange-gardien lui murmurait intimement que l'étrange imbroglio valait le coup d'être supporté. Les bleus à l'âme étant souvent inévitables, dans toute relation. Fut-elle éphémère ou durable. D'ailleurs, pour quelle raison les choses s'étaient-elles envenimées à l'origine ? Méritait-il réellement d'être rebaptisé de la sorte ? Une incompréhension subsistait entre eux. Mais laquelle ? À un quelconque moment, son soupirant pensait-il avoir sincèrement été rejeté par Draco ? Quand, exactement, fit-il preuve de dédain ?
Excepté, certes, sa récente réponse acerbe ! Mais, alors, n'était-il pas dans son droit ? Ne pouvait-il, légitimement, s'offusquer d'être qualifié de Narcisse égoïste ? Si l'homme de l'ombre avait de sérieux griefs contre lui, inconnus pour l'heure, il semblait étrangement vouloir également la paix. Revendiquant, via le buis, une sorte de pardon. Lui jurant une infaillible fidélité. Quelle prétentieuse promesse ! Supposait-il le dompter aussi facilement ? Cette piètre feinte devait-elle l'asseoir à ses pieds ? Irrésistiblement, Draco voulait être fier. Tourner la page sur cette affligeante ineptie sans espoir. Néanmoins, l'entêtement manifeste, deviné dans le choix des mots ou plutôt d'une fleur démontrant combien il serait persistant, le touchait. Le chagrinant presque d'y mettre un terme.
Draco était outrageusement tiraillé. L'intérêt était-il authentique ? Sincère ? D'expérience, il craignait toujours qu'il fut truqué. En rien franc. Seulement, cette passion à s'attacher à lui, au risque d'un brutal rejet, était éloquente. Évidemment, l'insistance de l'aimable fleuriste à sagement le ramener à la raison, et de meilleurs sentiments en évoquant la véritable portée du discours qu'elle garda heureusement en tête !, n'était pas étrangère aux multiples interrogations. Une audacieuse nouvelle connaissance s'étant gentiment moquée de lui. En effet, se méprendre sur l'égoïsme des stars était aisé. Sans être particulièrement infamant, la plupart étaient fortement imbues d'elles-mêmes ! Du bout des lèvres, Draco le confirma mollement. Sa conscience, elle, lui signifia qu'auparavant l'ironique éloge aurait été le parfait reflet de sa personnalité.
Était-ce la phobie de retomber dans ce travers qui l'avait passablement importuné ? Ça, couplé à son aversion d'être ignoré, et l'évidente certitude qu'il était éreinté de la très longue journée ! Dans l'intimité de son refuge, Draco fit amende honorable. Regrettant son geste rageur. Sûrement avait-il surréagi. Car, véritablement, la missive incriminée n'avait foncièrement rien d'injurieux. Juste un poil impertinent, à la rigueur. Ne parvenant à réfléchir convenablement, et avant de se précipiter vers un choix aux tangibles répercussions sur sa vie sentimentale, l'étoile montante opta pour une virée nocturne. Au rythme paisible d'une chanson diffusée sur sa playlist, évocatrice d'indépendance, Draco retira doucement chacun des vêtements de grands couturiers. Les abandonnant, négligemment chiffonnés, jusqu'à être totalement nu au milieu du salon privé.
D'une démarche féline, il avança ensuite vers l'immense toit-terrasse de l'hôtel. Offrant, impudiquement, sa svelte silhouette aux étoiles et à la clarté lunaire illuminant la voûte céleste. Du magistral penthouse, la vue était certes exceptionnelle mais rien comparé aux exquises sensations. Excessivement décuplées grâce au vent s'invitant insolemment. Parvenu à la rambarde, Draco respira profondément, avant de s'installer de l'autre côté. Subitement, nullement craintif, celui n'ayant jamais révélé son patronus, du temps de Poudlard, plongea pleinement dans le vide. Invoquant prodigieusement d'heureux souvenirs, aucunement chimériques, Draco usa de l'enchantement de métamorphose. Après des ailes, sa transformation s'acheva en un discret et sauvage faucon pèlerin. Surfant, gracieusement, sur les courants ascendants.
Sentir le vent glisser sur ses plumes était un ravissement, aussi planant que le panorama défilant sous lui. Voler loin de tout, et tous, était grisant. Les frissons parcourant sa chair n'étaient nullement procurés par la fraicheur nocturne, mais véritablement par l'étourdissant bien-être. Depuis des années maintenant, cette récréative évasion était la solution, la plus efficace, pour fuir le monde parfois étouffant du showbiz. En plein ciel, rien ni personne ne pouvait l'atteindre. Ses soucis s'évaporaient instantanément. Ne restait que l'ivresse d'être libre. Ainsi, flegmatique, profita-t-il longuement du subterfuge. Ignorant absolument qu'une bienveillante présence, astucieusement camouflée, contemplait ses acrobaties aériennes depuis la terrasse voisine à sa suite. Un doux sourire aux lèvres.
À l'aurore, revenant de l'excursion, Draco trouva une surprise. Trônant au centre du guéridon marbré, près d'un des canapés de cuir blanc, un vase disproportionnellement imposant accueillait un simple Pavot, une Clématite et du Lilas. Malgré lui, ses lèvres s'ourlèrent, à son tour, de tendresse. Une agréable plénitude envahit son cœur. Nullement troublé qu'un inconnu se soit introduit ici. La sécurité laissait franchement à désirer. Pourtant, présentement, il s'en fichait royalement. Faisant preuve d'une rare générosité, faiblesse ?, Draco décida d'octroyer une seconde chance au mystérieux fantôme. Amoureux de symboliques fleurs. Acceptant, éventuellement, la proposition de rendez-vous. Évoqué, par sa commerçante préférée, lors de la traduction du message honteusement brûlé.
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********** A suivre **********
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Blablamiaou : Draco en dragon serait banal, trop voyant. En faucon (faux-con ^^), c'est pas prétentieux et ça colle à son désir de liberté. S'émanciper de l'amour d'un homme qu'il croit se jouer de lui ? Qui sait ! Sinon, en parlant de jeu, n'oubliez pas la devinette !
A toutou bientôt !
