Je suis contente de voir que le premier chapitre à plutôt plus ! J'espère que ce sera pareil pour la suite.

Je l'écris pour que ce soit clair pour tout le monde, les fautes dans les dialogues d'Harry, vous le comprendrez aisément, sont volontaires pour représenter au mieux le vocabulaire et la façon de parler d'un enfant de cet âge.


Ne les lâchant pas des yeux depuis le début, Severus fut le premier à voir le petit garçon montrer des signes d'éveil. Doucement, Draco se redressa et retira sa main des cheveux d'Harry.

Emmitouflé dans sa cape trop grande, Harry remua, étira légèrement ses jambes, puis finit par battre des paupières. Il se sentait vaseux, étrange. Comme s'il venait de se réveiller d'un très, très long sommeil. Tous ses membres étaient engourdis, à tel point qu'il peinait à lever suffisamment le bras pour se frotter les yeux, histoire d'y voir un peu plus clair. Ce qui était étrange, aussi, c'est que peu importe l'endroit où il se trouvait, ce n'était ni sombre, ni froid. Personne n'avait toqué trop fort à la porte pour le réveiller et personne ne lui avait crié dessus non plus.

Battant encore des paupières, Harry tourna le nez vers un visage qu'il n'arrivait pourtant pas à distinguer, malgré la faible distance. Au prix d'un effort de concentration, il vit des cheveux blonds et deux petites tâches bleues. Des yeux.

Un sourire tremblant fleuri sur le visage de Draco, après un léger soupir de soulagement. Il avait eu peur de ne jamais plus le voir ouvrir les yeux. Pour rassurer Harry, il lui offrit le plus doux sourire dont il était capable. En le voyant froncer les sourcils, Draco se sentit stupide d'avoir mis plus de quelques secondes à comprendre. Il tira de sa poche les lunettes qu'il avait gardées et les tendit à son parrain.

- Est-ce que tu saurais les rapetisser ?

Lui jetant un drôle de regard, Severus se résigna. Draco était sérieux. Levant rapidement les yeux au ciel, il attrapa l'objet et se mit à réfléchir. Il n'avait jamais eu à utiliser ce genre de sort, et la dernière des rares fois remontait à bien longtemps. Tirant un livre de sa bibliothèque, il le parcourut en diagonale pour retrouver le sort. Une fois les lunettes suffisamment petites pour un enfant, il les ramena à Draco. L'adolescent aurait aimé que les choses se passent bien, qu'elles soient simples, mais Harry s'était recroquevillé au fond du canapé d'un seul coup.

- Tu n'as pas à avoir peur, lui souffla-t-il. Je vais te mettre tes lunettes.

Délicatement, il prit sur lui pour les lui poser sur le nez. Il aurait préféré prendre d'abord son temps pour le mettre en confiance, au moins un peu, mais Draco se disait aussi que tant qu'il ne verrait rien, ça risquait de compliquer les choses.

Essayant vainement de se protéger avec ses maigres bras, Harry ne fit pas long feu face à Draco. Il le sentit lui enfiler une paire de lunettes, puis plus rien. Curieux, Harry baissa ses bras tout en ouvrant les yeux.

- Tu me vois maintenant ? Demanda Draco avec un sourire.

Mal mise, Harry replaça ses lunettes en les enfonçant sur son nez, plaquant les paumes de ses mains sur les verres. Il n'y voyait toujours pas très bien, mais c'était mieux que sans.

- En douze ans, sa vue a dû évoluer, il lui faudra une paire plus adaptée, déclara Severus en observant le garçonnet.

Attiré par la voix, Harry tourna le menton et se figea instantanément lorsqu'il vit Severus. Ce grand homme, vêtu uniquement de noir et à l'air sévère lui fit plus peur que son oncle. Il se recroquevilla à nouveau, commença à trembler, et voulu disparaître d'un seul coup. Des larmes lui piquèrent rapidement les yeux, mais il se fit violence. Il ne devait pas pleurer. Quand il le faisait, son oncle Vernon se mettait en colère. Draco glissa doucement un doigt sous son menton pour lui relever la tête.

- N'aie pas peur, tout va bien. Tu sais qui je suis ?

Harry essaya d'y réfléchir en oubliant sa peur, mais il ne voyait pas. Son cœur battait vite dedans, et ça faisait mal. Il n'arrivait pas à se concentrer. Pour l'apaiser, Draco lui fit un léger sourire et passa sa main dans ses cheveux. Par réflexe, Harry ferma les yeux, aussi fort qu'il put, et ramena ses bras devant son visage. Il ne sentit rien d'autre que des doigts lui caressant la tête et finit par se détendre, appréhendant tout de même un soudain retournement de situation.

Rouvrant les yeux, il les posa sur Draco. Il était surpris face à la sensation des caresses. Il n'y était pas habitué. C'était même en réalité quelque chose qu'il avait très peu connu. D'ailleurs, peu de gens lui faisaient des sourires, d'habitude, mais le drôle de garçon, lui, il souriait. Harry l'observa longtemps et fini par se souvenir qu'il lui avait posé une question. Il secoua doucement la tête en guise de réponse. À part sa famille, le monsieur du magasin et Mrs Figg, il ne connaissait personne. Ah, si, le monsieur du courrier. Quand il vit une expression ressemblant à de la tristesse passer dans les yeux de Draco, il ne comprit pas.

Le cœur de l'adolescent s'était alourdi dès qu'Harry lui avait dit ne pas le reconnaître. Ce fichu vieux fou avait tapé juste, Harry était sans doute totalement retourné dans son ancienne enveloppe et ses souvenirs n'étaient plus là.

- Je m'appelle Draco, souffla-t-il en s'assurant de ne pas avoir l'air méchant. J'ai seize ans. Toi, tu as quel âge ?

Harry le fixa encore un peu avant de baisser les yeux sur ses doigts. Il y réfléchit sérieusement, sourcils froncés, et fini par montrer quatre de ses doigts au drôle de garçon.

- Tu as quatre ans ? Redemanda Draco.

- Oui.

Sa voix était fluette, très aiguë. Totalement différente de celle que Draco connaissait. Pour l'instant, tout ce qui semblait rester du Harry qu'il connaissait, c'était le vert si particulier de ses yeux.

- Je suis où ? Demanda Harry en observant la pièce. J'ai peur…

Cette petite phrase, cette plainte, venait de très loin, des tréfonds de son âme. Il se recroquevilla à nouveau et se remit à trembler, il n'aimait pas du tout être là. Draco se demanda si c'était le fait de se réveiller dans un endroit inconnu qui l'effrayait, ou si, à l'époque, cette peur était continue. L'adolescent se jura que si un jour il croisait la route des moldus qui s'étaient occupés de lui, il les tuerait. Ne serait-ce que pour avoir laissé un enfant aussi jeune être aussi frêle. Il avait l'impression de pouvoir lui briser les os rien qu'en lui prenant le bras.

Tout doucement, Draco posa ses mains sur les petits bras d'Harry et les frictionna.

- Tu es dans ton école, Harry.

- À l'école ? Répéta le garçonnet en levant les yeux.

- Oui, à l'école. C'est un très grand château.

Une fois qu'Harry eut percuté ce qu'il venait d'entendre, il secoua la tête.

- Je vais pas à l'école.

Puis il le répéta, encore et encore. Il venait d'entrer dans une boucle et continuait de secouer la tête. De peur qu'il ne finisse par se blesser, Draco prit sa petite tête entre ses mains et la redressa vers lui.

- Harry, appela-t-il plusieurs fois jusqu'à obtenir son attention. Tu m'écoutes ?

Le petit garçon, à défaut de pouvoir rentrer la tête, ramena davantage ses jambes contre lui et resserra ses pieds l'un contre l'autre, par peur, mais acquiesça. Le drôle de garçon avait l'air gentil, il ne lui avait pas fait mal et Harry ne voulait pas qu'il se fâche. Content, les commissures des lèvres de Draco s'étirèrent brièvement.

- Je vais te dire un secret.

- Un secret ?

- Oui, affirma Draco. Tu n'es plus un petit garçon.

- Je suis un grand ! S'offusqua-t-il aussitôt.

- Oui, tu es un grand.

Dans d'autres circonstances, Draco s'en serait amusé.

- Mais tu sais, normalement, tu es un grand comme moi. Tu comprends ?

Harry secoua à nouveau la tête. Comment est-ce qu'il pouvait être grand comme ça ? Il n'avait que quatre ans. Portant la main à son front, Draco le massa en réfléchissant. Comment est-ce qu'il allait pouvoir expliquer ça à une personne si jeune et intellectuellement limitée ? Un vrai casse-tête.

- Normalement, tu es un grand de seize ans, comme moi. Mais tu as bu quelque chose et tu es redevenu un petit garçon de quatre ans.

Draco le regarda froncer les sourcils, comme s'il cherchait à comprendre sans y parvenir, tout ça étant trop abstrait pour lui.

- C'était de la magie.

- La magie ? Répéta Harry, les yeux pétillants.

- Oui, de la magie.

Un premier vrai sourire se dessina sur les lèvres de l'adolescent, rassurant son parrain bien qu'il ne l'avouerait jamais. Depuis le début, Severus faisait en sorte de rester en retrait. Il était conscient que son apparence et son attitude risquait d'effrayer un enfant si jeune.

- Ça esixte ? Demanda Harry. Pour de vrai ?

- Vrai de vrai. Je te montre ?

Harry hocha vivement la tête. Si la magie existait, il voulait la voir. Draco observa la pièce en réfléchissant. Quel sort est-ce qu'il pourrait utiliser ? Son regard se fixa alors sur la carafe d'eau posée sur une petite table près de la fenêtre.

- Tu as soif ?

Le petit ne répondit rien, son regard soudain fuyant. Draco ne chercha pas à comprendre pourquoi il réagissait ainsi mais la réponse à sa question lui parut évidente. Il tira sa baguette de sa poche et la pointa sur la carafe avant de lancer un sort de lévitation. Il remplit ainsi le verre de cristal posé à côté, sous le regard d'Harry. La carafe à nouveau à sa place, il relança le sort pour amener le verre jusque dans les mains du petit garçon. Harry fixa le verre qu'il tenait entre ses deux mains et l'eau à l'intérieur.

- Tu peux tout boire si tu veux, il y en a encore plein.

Harry avait trop soif pour se poser plus de questions et bu à petites gorgées, ne s'arrêtant que lorsque le verre fut vide. Draco le reprit pour le poser sur la table derrière lui et étira légèrement le bout de sa manche pour essuyer le coin de la bouche d'Harry. Il le regarda ensuite dans les yeux et lui sourit.

- Tu as vu, ça existe la magie.

- Oui, répondit Harry avec un petit sourire.

Severus les observait en essayant de comprendre le langage corporel d'Harry. Depuis que Draco avait entamé la conversation avec lui, il semblait se détendre. Doucement, très doucement, mais sûrement. Peut-être que d'ici quelques heures, Draco aurait noué avec lui un lien suffisant pour pouvoir s'en occuper.

- Harry, reprit Draco. Comme tu es un grand comme moi, toi aussi tu vas à l'école. Dans ce château. Il ne faut pas avoir peur, d'accord ?

- Je vais êt'e puni ? Demanda le garçonnet, le regard accroché à celui de Draco et ses petits sourcils légèrement froncés d'appréhension.

- Non !

Draco fut si surpris et choqué de la demande qu'il ne maîtrisa pas le ton de sa voix. Heureusement Harry n'eut pas l'air de prendre peur.

- Pourquoi tu serais puni ?

- Je suis pas à la maison…

- Écoute Harry. Quand tu es à l'école, ta maison c'est le château. Ton oncle et ta tante, ils savent que tu es ici. Tu comprends ?

- Alors je serais pas puni ?

- Non, assura Draco. Personne ne va te punir.

Harry resta un long moment à fixer Draco dans les yeux. Il aimait bien qu'il lui fasse des caresses dans les cheveux. Toute la pièce tomba dans le silence. Draco se demandait s'il y avait autre chose qui lui permettrait de se rapprocher d'Harry. Il était hors de question qu'il le laisse seul ou qu'on l'écarte mais pour ça, Harry devait avoir confiance en lui. Puis, il eut une idée.

- Tu sais, quand tu étais grand comme moi, on était copain tous les deux.

L'information sembla surprendre le petit garçon davantage que d'apprendre que la magie existait. Voir ça fit mal au cœur de Draco qui comprit aisément qu'à cette époque de sa vie, il en avait été autrement. Peut-être qu'Harry n'avait jamais eu d'amis avant de rencontrer ce sale rouquin de Weasley dans le train, en première année.

- Tu veux bien qu'on soit encore copain tous les deux ?

Harry hocha si vivement la tête qu'il allait finir par se faire mal. Il avait toujours voulu avoir un ami. Draco lui fit un sourire et il leva les yeux vers son parrain. Il lut dans son regard sombre qu'il fallait qu'il explique de nouveau à Harry quelque chose de compliqué pour lui.

- Harry, appela-t-il pour avoir son attention. Tu vois le monsieur, là ?

Il lui montra Severus et le petit se recroquevilla, gémissant. Il avait peur.

- C'est rien, tout va bien, le rassure immédiatement Draco. Il fait peur mais il est gentil, je te le promets. Il s'appelle Severus. C'est mon parrain.

- Sevus ? Répéta Harry, s'accrochant au regard de Draco.

Un son désapprobateur, à la limite du dégoût, passa les lèvres du professeur qui croisa les bras et détourna le regard. Le petit nom amusa Draco qui se retint de se moquer ouvertement de son parrain et il tenta de masquer son sourire le plus possible.

- Oui, Severus. C'est mon parrain.

- C'est quoi ? Demanda Harry, toujours pas rassuré.

- C'est…

Un peu pris de court, Draco réfléchit à une comparaison qui tiendrait la route.

- C'est comme un deuxième papa.

Harry observa Draco, clignant des yeux à intervalles réguliers.

- Il est où ton papa ? Demanda-t-il, curieux de savoir si Draco aussi était comme lui : un enfant sans parents.

- Il est dans ma maison. Avec ma maman. Tu sais, quand on vient à l'école on reste jusqu'aux vacances.

Même si ce n'était qu'un enfant, Draco se sentait un peu mal à l'aise d'être autant observé et scruté. Venant de ce petit garçon, ça avait quelque chose d'étrange. Il ne laissait rien paraître, comme tout bon Malfoy l'aurait fait, mais devant Harry tout était toujours plus compliqué. C'était son Harry. Celui avec lequel il s'était tellement disputé pendant si longtemps au lieu de profiter de sa présence.

- Je rent'e pas dans ma maison alors ?

- Si tu n'as pas envie, non. Tu veux rester ici ? Avec moi ?

Prenant quand même le temps d'y réfléchir, Harry hocha la tête. Il avait envie de rester avec son premier copain. Et puis, il n'aimait pas son oncle, sa tante et son horrible cousin. Draco lui sourit et caressa de nouveau ses cheveux.

Il continua d'établir un lien précieux avec lui pendant plusieurs dizaines de minutes, en essayant de lui expliquer que Severus allait trouver un remède pour le faire retrouver son adolescence, le temps qu'il fallut aux elfes de maison pour dresser une table dans la pièce d'à côté. Avec son accord, Draco prit Harry dans ses bras, le laissant habillé de sa chemise trop grande et le ramena à table. Il l'installa sur la chaise du milieu, plus haute que les autres, entre lui et Severus. Il ne s'était jamais occupé d'un enfant avant et avait l'impression de tout faire de travers. Il essayait de faire de son mieux mais sans repères c'était loin d'être évident. Si seulement il avait eu un petit frère ou une petite sœur tout aurait été plus simple. Il se fit la promesse d'aller dans la bibliothèque pour se renseigner sur la meilleure façon de s'occuper d'un petit garçon de quatre ans.

Assis correctement, Harry observa la table dressée devant lui, silencieux. Il y avait beaucoup de choses qu'il avait déjà vu sur la grande table, chez lui. Du poulet, des pommes de terre, des légumes, de la viande, des choses en sauce, du riz. Le seul adulte de la table ne se fit pas prier pour entamer son repas. Son estomac criait famine depuis un petit moment déjà. Draco se tourna vers Harry et le regarda.

- Qu'est-ce que tu veux manger ? Lui demanda-t-il le plus naturellement du monde.

Harry l'avait entendu, mais il resta figé. Il regardait droit devant lui, sans répondre. Il était immobile et attendait. Trouvant son attitude étrange, Draco fronça les sourcils et l'appela plusieurs fois. N'obtenant toujours aucune réponse, il rapprocha sa chaise et tourna celle du garçon vers lui.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Harry posa finalement les yeux sur lui mais ne répondit pas pour autant. Il avait presque la même attitude que pour le verre d'eau. Et elle semblait trop étrange aux yeux de Draco pour la laissé de côté en se disant que c'était juste un petit garçon timide. Il y avait forcément autre chose, il en était convaincu, mais comment faire dire à un enfant ce qu'il avait dans la tête ? Plus encore lorsqu'il était question d'habitudes et Draco mettrait sa main à couper qu'il s'agissait de ça.

Quand il se répéta que la réponse se trouvait dans la tête d'Harry, Draco releva les yeux vers Severus. L'adulte, qui les observait, leva un sourcil. Puis ses traits changèrent au fur et à mesure qu'il comprenait le cheminement de réflexion de son filleul. Poussant un soupir de résignation, mêlé à un brin d'agacement, Severus donna son accord d'un hochement de tête. Déglutissant, Draco fit à nouveau face à Harry.

- Harry, regarde-moi, s'il te plait, quémanda Draco en tournant son visage vers lui. Est-ce que tu me fais confiance ?

C'était sûrement trop tôt pour poser ce genre de questions, mais l'adolescent ne voulait pas perdre de temps. Le garçonnet, qui avait compris ce qu'on lui demandait, n'était pas tout à fait certain de la réponse. Puis, il se dit qu'après tout, Draco avait été gentil avec lui et qu'il lui avait donné à boire. Alors Harry finit par hocher la tête, les lèvres légèrement pincées.

- Je peux faire un autre tour de magie ?

Cette fois-ci, Draco le vit hocher vivement la tête, tout excité. Pourtant, le tour qu'il s'apprêtait à faire risquait de ne pas du tout lui plaire.

- Alors je vais regarder dans ta tête. Tu veux bien ?

Effrayé, Harry plaqua aussitôt ses maigres bras sur sa tête et se mit à respirer plus vite et plus fort. Se traitant d'idiot, Draco posa ses mains sur ses bras.

- Eh, non, c'est rien, le rassura-t-il en essayant d'être doux. Je ne te ferais pas mal je te le promets.

Le petit garçon ne semblant pas être rassuré pour autant, Draco jeta un nouveau coup d'œil vers son parrain avant d'avoir une idée.

- Tu sais quoi ? Severus, il va d'abord te montrer sur moi et tu verras que ça ne fait pas mal. D'accord ?

Fixant d'abord Draco avec de grands yeux, Harry pivota la tête vers Severus.

Severus, cru lire une sorte d'approbation sur le visage d'Harry et, puisque c'était Draco qui en avait eu l'idée, il tira sa baguette. Il fit claquer la formule de sa voix grave et caverneuse. Aussitôt, Harry se tourna vers Draco pour voir s'il avait mal. Mais Draco ne fit qu'ouvrir grands les yeux, et, pendant quelques secondes, c'était comme s'il avait été ailleurs. Ensuite, Draco cligna plusieurs fois des yeux et fit un sourire à Harry dès qu'il fut remis.

- Tu vois, je n'ai pas eu mal.

Même s'il l'avait vu, parce qu'il ne pouvait pas prétendre le contraire, Harry n'était toujours pas rassuré. Il avait peur. Mais, il n'avait non plus envie que Draco se fâche contre lui, alors, il baissa doucement les bras. À le regarder, Draco avait l'impression qu'il était prêt à pleurer de peur et il le prit dans ses bras, le serrant contre lui et caressant son dos.

- Tout va bien, lui murmura-t-il en le berçant.

Profitant qu'il ne puisse pas le voir, Draco sortit sa baguette, laissée dans sa manche, et souffla le sort de legilimancie, partant à la fouille de l'esprit d'Harry. Et l'esprit d'un enfant de quatre ans était l'endroit le plus brouillon que Draco avait eu l'occasion de voir dans sa vie, mais son jeune âge rendait également la tâche très aisée. Il y vit beaucoup de choses sur sa petite enfance, tout ce qu'il avait oublié une fois adolescent ou ce qu'il avait désespérément cherché à cacher et refouler.

Harry, gémissant, s'agrippait fermement au pull de Draco. Il n'aimait pas ça du tout. Qu'on fouille dans sa tête. C'était bizarre.

Une fois qu'il eut fait le tour et trouvé ce qui lui était nécessaire, Draco s'extirpa de l'esprit d'Harry et le serra plus fort dans ses bras pour le consoler. Il s'excusa longuement, dès qu'il le sentit sangloter sur son épaule et lui jura de ne plus jamais recommencer. Caressant ses cheveux, il le cajola jusqu'à ce qu'Harry se soit suffisamment calmé.

- C'est fini, lui murmura Draco.

Puisqu'il ne sentait plus Harry trembler ou sangloter, et que sa prise sur son pull se desserrait doucement, Draco se décolla et vint lui essuyer les joues. Il lui releva ensuite le menton et lui fit un sourire rassurant.

- Écoute, Harry. Ici, à l'école, tu as le droit de manger tout ce que tu as envie, d'accord ? Tu as le droit de choisir ce que tu veux mettre dans ton assiette et aussi combien tu veux en manger. Tu comprends ?

Le garçonnet hocha la tête en reniflant. Draco lui fit un autre sourire, un peu plus prononcé, et le replaça correctement sur sa chaise avant de rejoindre sa place.

- Tu sais ce qu'on va faire ? Tu vas me dire ce que tu as envie de goûter et je te le mets.

- Oui, répondit Harry d'une voix faible, trop habitué à ne pas contredire les adultes.

- Tu peux manger autant que tu le veux, mais pas trop sinon tu auras mal au ventre, dit Draco en guise d'avertissement, tout en lui passant la main dans les cheveux.

Quand il fut sûr qu'Harry avait tout saisi, il le servit selon ses désirs. Le petit garçon avait envie de goûter à tout. Surtout à ce qui l'avait longtemps fait saliver et qu'il n'avait pas eu le droit de manger.

Draco lui donna de petites portions, bien plus que ce que Harry était capable d'avaler mais il lui assurait ainsi d'avoir assez de place pour toutes ses envies. Certains plats furent un échec cuisant. Comme les haricots à la tomate ou le jus de citrouille, que Draco mangea et bu à sa place. Harry se contenta de boire de l'eau mais il mangea beaucoup de choses ce soir-là. Pourtant, ce qui lui plut le plus, ce fut d'avoir eu le droit à une part de gâteau au chocolat pour le dessert.

Draco buvait une tasse de thé en le regardant se mettre du chocolat partout. Ça le fit sourire. D'habitude, Harry était très renfermé, mais en petit garçon, il était plus bien expressif.

- C'est toi qui t'en occuperas, déclara Severus en finissant son verre de jus de citrouille.

- Quoi ? Répondit Draco, surpris. Pourquoi moi ?

- Oh, je t'en prie, ne joue pas à ça avec moi. Tu en meurs d'envie.

L'adolescent ne répondit pas et garda son masque impassible. Il fuyait le regard de son parrain.

- De toute façon, tu es préfet, je suis sûr que Dumbledore t'accordera sans problème une chambre dans laquelle tu pourras t'installer avec lui. Et je n'ai pas le temps de m'occuper d'un mioche.

- Severus ! Gronda Draco, n'aimant pas la façon dont il parlait d'Harry, petit ou grand.

Rogue balaya la protestation d'un roulement d'yeux avant de plonger dans le regard de son filleul.

- En fait, je suis sûr qu'il est déjà en train de tout organiser.

- Je te signale que j'ai cours, moi !

- Tu te débrouilleras.

Draco observa longtemps son parrain et il eut une idée qui rehaussa le coin de ses lèvres.

- C'est à toi que je le confierais.

- Quoi ?! Hors de question !

- Je m'occuperai de lui tout le temps s'il le faut. Jour et nuit. Mais pendant mes heures de cours, il sera sous ta surveillance.

- En quel honneur accepterais-je ? Espèce de morveux !

- Parce que c'est à toi que Dumbledore l'a confié en premier ! Répliqua Draco. Et en plus, je n'aurais pas confiance en qui que ce soit d'autres.

Le second ton employé par Draco dissuada Severus d'argumenter. Il soupira bruyamment et s'avoua vaincu. Très bien, il s'occuperait de Potter Junior s'il le fallait. Il réussirait peut-être à le refiler à un elfe. Oui, c'était une bonne idée.