Tags : Alternate Universe - Fantasy / Angst with a Happy Ending / One Shot
Couples : Leo Aiolia/Andromeda Shun & Aquarius Camus/Scorpio Milo
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Résumé :
Aiolia est un jeune chevalier qui protège le château du Sanctuaire. Un jour, alors qu'il observe par en patrouille, il découvre un triton se prélassant au bord d'un fleuve.
Shun est totalement intrigué par les agissements étranges de l'humain qui vient le voir tous les jours. Pourquoi reste-t-il à se cacher derrière des arbres alors que tous les animaux du secteur savent qu'il est là ?
Ce défi a été demandé par Maria R et il tombe à pic pour le Mermay.
J'espère que vous l'aimerez.
Bonne lecture à vous !
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Le Lion et le Triton
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Aiolia suivit son frère dans la plus grande salle du château. Il prit le temps de regarder tous les convives à moitié endormis. La veille avait eu lieu une grande célébration et toutes les tables avaient été chargées de repas et de vins, pour nourrir toutes les castes de la chevalerie.
Tout comme Aioros, son frère, Aiolia était un fier chevalier d'or appartenant au plus haut niveau de chevalerie ne comprenant que douze places. Ensuite venaient les chevaliers d'Argents, et de Bronzes, la caste la plus nombreuse. Chacun portant le titre d'une constellation. Aiolia avait reçu le titre de chevalier d'or du Lion grâce à l'accomplissement de toute une vie de bataille acharnée contre les attaques des royaumes voisins. Et il avait à peine trente ans. Aiolia avait été l'un des plus jeunes chevaliers à entrer dans la caste des Ors et il comptait bien garder son titre jusqu'à sa mort lointaine. Sa vie était dédiée au royaume et à leur souveraine : Athéna. C'est pourquoi, hier, ils avaient fêté leur victoire face à la tentative d'invasion du roi Hadès. Une fois encore, ils avaient prouvé la suprématie de leur chevalerie comparée à l'armée ennemi.
Alors qu'il dépassait des ronfleurs rassasiés, Aiolia fit un signe de tête à son frère signalant que tout allait bien de son côté. La moitié de la garde des chevaliers d'Ors était restée à leur poste de surveillance. Aiolia faisait partie de la relève et contrairement à Aioros, il devait patrouiller à l'extérieur.
Le soleil ne s'était pas encore levé. Aiolia prit un chemin différent de son frère et s'éloigna vers les portes du château. Au moment où une légère lueur pointa à l'horizon, Aiolia fut rejoint à l'extérieur par un autre de ses confrères, son meilleur ami, Milo le chevalier d'Or du Scorpion. Quand ils furent assez loin des oreilles indiscrètes, les deux chevaliers détendirent leur posture.
« J'imagine que tu as eu besoin d'un remède contre la gueule de bois ce matin », déclara Aiolia quand il remarqua le pas plus lent de son ami.
Ils s'éloignèrent de plus en plus pour surveiller les abords de la forêt bordant le château. Le brouillard planait au-dessus des arbres et l'humidité s'enroulait autour d'eux comme une lourde cape.
« Je l'ai fait », répondit Milo. « Le vin était de trop bonne qualité pour refuser d'y goûter. »
« Tu ne t'es pas fait remarquer, j'espère ? » s'inquiéta Aiolia.
Même s'il s'agissait d'un banquet de victoire, voir un chevalier d'Or s'enivrer la veille d'une patrouille pouvait grandement impacter la réputation et l'avenir professionnel de son meilleur ami. Après tout, l'image de l'élite devait rester irréprochable au sein de la chevalerie.
« Camus a surveillé mes arrières », sifflota Milo.
« Tu en as profité pour flirter avec lui ? » demanda Aiolia, scrutant le visage joyeux de Milo avant de regarder leur environnement.
Camus, le chevalier d'Or du Verseau, était le coup de coeur de Milo depuis plus de cinq ans. C'était aussi un homme aussi inébranlable qu'impassible.
« Il est assez facile à approcher et à faire rougir lorsqu'il me croit ivre et vulnérable. »
« Un jour, tu vas te prendre une baffe », dit Aiolia en soupirant.
« Un jour, je finirai dans son lit. »
Papotant pour se tenir à jour des dernières rumeurs, ils continuèrent leur patrouille en plaisantant. Le brouillard se leva autour d'eux, laissant les rayons du soleil revendiquer sa place à travers les feuillages.
« Tu as entendu ça ? » murmura Milo, en se mettant immédiatement sur ses gardes.
Ils se trouvaient près d'une zone en friche bordant un fleuve. Les sourcils froncés, Aiolia se plaque contre un arbre et suivi la ligne de mire que lui indiqua son ami.
Il y avait une forme humaine qui se distinguait hors de l'eau. Sûrement quelqu'un se baignant dans le lac. La distance n'aidait pas à déterminer s'il s'agissait d'un ami ou d'un ennemi. Alarmés, Aiolia et Milo se rapprochèrent d'un commun accord.
« Par Athéna, c'est… »
La voix de Milo se coupa. Il était trop éberlué pour continuer.
Aiolia n'en menait pas large non plus. Devant eux se trouvait une créature dont la vue leur coupa le souffle. Ce n'était pas la première fois qu'ils rencontraient des créatures. Aiolia en avait même vaincu plusieurs qui ravageaient des cités. Mais celle-ci était vraiment fascinante. La créature avait une longue queue, qui remplaçait ses jambes avec des écailles roses, variant sous la lumière vers des tons rouge et violet. Le bout de ses nageoires détonnait d'un puissant bleu comme un ciel d'été. Il avait de longs cheveux aussi verts que les algues. Aiolia regretta de ne pas pouvoir voir la couleur des yeux de cette créature.
« Magnifique », ne put-il s'empêcher de dire.
« C'est normal, c'est une sirène », analysa Milo. Nous allons devoir la signaler en rentrant.
Aiolia fronça encore plus les sourcils, pensif. Ce serait dommage d'éliminer une telle créature. Surtout si elle ne faisait aucun mal.
« On pourrait la cacher pour le moment. »
Milo regarda Aiolia avec surprise.
« Quoi ? Je crois que je n'ai pas bien entendu. »
« Je suggère juste que je pourrai essayer de récupérer des informations sur cette créature pour comprendre ce qu'elle fait ici. Mais pour ça, j'ai besoin qu'elle reste vivante. »
« Ça va nous retomber dessus si quelqu'un d'autre le découvre », grommela Milo.
Voler du vin et cacher une créature étaient deux choses différentes. Surtout que les sirènes étaient désignées comme des créatures mortellement dangereuses.
« J'en prendrais la responsabilité, et si la créature est vraiment maléfique je la pourfendre moi-même avant que quiconque ne soit blessé », affirma Aiolia avec un sérieux qui intrigua Milo.
« D'accord. Je te laisse faire, mais au moindre signe suspect, je te dénonce à ton frère », déclara fermement Milo.
Il savait très bien que décevoir Aioros était la pire menace pour son ami. Et en effet, Aiolia hocha lentement la tête en déglutissant.
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Shun se sentait plus mitigé que mal à l'aise. Pourtant, il savait qu'il devait s'inquiéter de sa situation. Tout avait commencé quand il avait décidé de s'éloigner de son frère surprotecteur en remontant un fleuve pour se réfugier loin de la mer. Il voulait juste du temps pour lui et le coin qu'il avait choisi était habituellement désert. C'était son refuge, un endroit rien que pour lui où il pouvait se prélasser. Ou du moins cela avait été son refuge…
Depuis quelques jours, la sérénité du lieu avait été perturbée. Un matin, il avait vu deux êtres avec des jambes. Des humains.
D'abord sur ses gardes, Shun s'était rapidement détendu en constatant que les deux humains restaient loin de lui. Puis l'un d'eux était revenu le jour suivant, puis le jour d'après. Toujours en restant caché derrière un arbre comme-ci la végétation allait le protéger des sens aigus du triton.
Depuis l'homme continuait à l'observer de loin et Shun était devenu curieux face à ces visites. S'il était honnête, il dirait que l'humain avait l'air assez enchanteur et atypique avec ses cheveux châtains et sa peau uniformément de la même couleur. Dommage. Comment pouvait-il attirer l'attention au milieu d'autres humains pour séduire ? Les couleurs étaient essentielles sous l'eau pour se distinguer. Les humains étaient vraiment d'étranges créatures.
Shun soupira. Il savait qu'être attiré par une créature avec des jambes ne pouvait que conduire à des problèmes. Ce peuple si différent du sien bataillait à longueur de temps et amenait du feu dans leurs demeures. C'était si insensé ! Shun comme tous les sirènes et tritons savait que le feu était un ennemi incontrôlable qui blessait et tuait les siens.
Avec les visites qui devenaient de plus en plus fréquentes, Shun a commencé à s'habituer à l'étrange présence de l'humain. C'était juste un brin dérangeant, comme avoir un stalker, mais en même temps c'était assez assez flatteur. Shun savait qu'il devait partir, fuir avant que les choses tournent mal. Pourtant, au cinquième jour, Shun revint se prélasser au soleil au bord du fleuve.
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Il avait fallu à Aiolia cinq jours pour prendre son courage à deux mains pour décider d'approcher la créature d'eau. Il en avait appris un peu plus entre ses observations et ses quelques recherches à la bibliothèque. La belle créature était un triton, la version mâle d'une sirène. En voir un était rareté, surtout en sachant que ces créatures vivaient normalement dans la mer où elles attiraient les humains vers leurs morts en chantant. Certains livres vantaient la beauté de ces créatures et Aiolia ne pouvait que constater la véracité de cette information. Il n'était cependant pas pressé de découvrir si la voix et les chants du triton menaient vraiment à un funeste destin. Malgré tout, Aiolia avait souvent envisagé d'approcher la créature -après tout elle n'avait pas montré de signe d'agressivité- mais l'avertissement de Milo l'avait toujours retenue. Du moins jusqu'à aujourd'hui.
« Alors ? As-tu déjà parlé à la petite sirène ? » déclara Milo qui avait soudainement décidé de l'accompagner.
Depuis qu'Aiolia venait surveiller le triton, ils ne passaient presque plus autant de temps ensemble. Et à son grand désarroi, Milo finissait par s'ennuyer au palais sans son ami.
« C'est un triton. Et il risque de ne jamais revenir si je l'effraie », se renfrogna Aiolia.
« Et ? Cela ne changera pas grand-chose. »
Milo soupira quand son ami lui lança un regard noir.
« Là, tu ressembles plus à un pervers qu'autre chose. Si au moins on avait signalé sa présence à Athéna, tu aurais eu une raison officielle de le surveiller. »
Aiolia ne chercha pas à discuter, se contentant de reprendre son observation au grand mécontentement de Milo.
« Hé ! Petite sirène, es-tu un allié ou un ennemi ? » cria le chevalier d'Or du Scorpion.
« Chut ! »
Milo a juste souri, impénitent.
« C'est la dernière fois que tu viens avec moi », s'agaça Aiolia quand il remarqua que le triton s'était figé et regardait dans leur direction.
« Je… Je suis désolé. On ne voulait pas te faire peur », dit Aiolia en faisant de son mieux pour avoir l'air aussi non menaçant que possible.
Il tenta de s'approcher avec un sourire sincèrement sur son visage.
Le triton le regarda faire, les yeux écarquillés. Aiolia le trouva encore plus beau de près. Ce qu'il n'avait pas prévu fut le mur d'eau que le triton projeta vers lui quand avant de disparaître sous l'eau.
Le rire de Milo retentit face à l'air de chaton mouillé de son ami. Ignorant ses vêtements humides, Aiolia fixa l'eau, cherchant une touche de couleur prouvant que le triton était toujours dans les parages.
Malheureusement, la créature avait véritablement disparu.
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Les nuages sombres couvraient toute lueur du soleil et le vent hurlait comme des gémissements stridents. Depuis l'un des balcons du château, Aiolia regarda la pluie qui déferlait devant lui tandis que des éclairs illuminèrent le ciel. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour la sécurité du triton, sachant que
Plus la tempête faisait rage et plus Aiolia s'inquiétait de la sécurité du triton. Le fleuve pouvait rapidement devenir dangereux lors de telles tempêtes. Marchant nerveusement le long des couloirs et inquiétant ceux qu'il croisait, Aiolia se mordit les lèvres. Est-ce que le triton avait réussi à trouver un endroit sûr pour s'abriter ?
Aiolia voulait sortir, prêt à affronter les éléments, juste pour vérifier que les bords du fleuve étaient déserts. Malheureusement, il était de service aujourd'hui.
Les heures passèrent, et finalement la tempête se calma. Quand Aiolia pût enfin quitter son poste, le soleil avait déjà commencé à décliner. Le cœur battant d'anxiété, le chevalier d'or du Lion se précipita hors du château et rejoignit la forêt. Il manqua plusieurs fois de tomber entre la boue et les flaques d'eau traîtresses. Autour de lui, quelques arbres avaient été déracinés et des branches jonchaient le sol. Aiolia accéléra autant qu'il le put malgré les obstacles sur le chemin. Il craignait le pire pour le triton face à la force de la soudaine tempête.
Alors qu'il atteignait le bord du fleuve, Aiolia sentit son coeur rater un battement : le triton gisait sur le rivage, immobile et apparemment sans vie. Sa pire crainte s'était réalisée.
Tremblant de choc, Aiolia s'agenouilla rapidement à côté du triton, écartant les branches qui le recouvraient et grimaçant en voyant des écailles qui avaient été arrachées. Le pauvre triton avait dû être pris dans le courant et les vents de la tempête qui l'avaient expulsé hors de l'eau. Les pierres et les branches échouées avec lui avaient dû bloquer son chemin de retour vers l'eau, le laissant affaibli sur le rivage. Et les frottements contre les pierres de la rive avaient dû endommager ses écailles.
Le seul soulagement d'Aiolia vint quand il vit la poitrine du triton monter et descendre. La créature était toujours en vie.
Prestement, Aiolia dégagea le triton des dernières branches le couvrant et le prit doucement dans ses bras.
Aussitôt qu'il fut levé dans les airs, le triton commença à se débattre, se tortillant et se tordant sous la poigne d'Aiolia. Ce dernier, bien que surpris qu'il reste des forces au triton, ne le lâcha pas. Avec leur corps si proche, Aiolia pouvait sentir le cœur de la petite créature battre de façon effrénée. Certainement de peur. Le triton devait penser qu'il était en danger avec lui.
« Je ne te veux pas de mal », dit Aiolia le plus doucement possible.
Cela ne calma pas le triton, mais Aiolia n'en prit pas ombrage. Il était juste content que le triton ne tente pas de diriger ses griffes vers lui. Prudemment, le chevalier continua la mission qu'il s'était donnée et avança avec sa charge récalcitrante. L'eau du fleuve n'était pas loin d'eux, mais la zone boueuse et les pierres la bordant mettaient grandement en péril l'équilibre précaire qu'avait Aiolia.
Prenant une décision rapide, Aiolia s'approcha suffisamment de l'eau, sans se mettre en danger, et lança le triton dans le fleuve. Il espérait que la petite créature serait maintenant capable de nager en toute sécurité.
Mais le triton coula comme une pierre et aussitôt Aiolia s'en voulut pour son geste brusque. Bien que sachant qu'il n'aurait rien pu faire d'autre pour aider la créature, Aiolia s'éloigna de la berge avec un immense sentiment de culpabilité mêlé de tristesse.
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De son côté, Shun se força à nager pour ne pas se faire emporter par le courant. Son petit corps était totalement épuisé par sa lutte contre la tempête et endolori à cause de la friction des pierres lorsqu'il s'était échoué. Tentant de remettre de l'ordre dans son esprit, Shun ne put que rester incrédule face à ce qui venait de se passer. L'humain qui l'avait souvent observé depuis la berge, lui avait sauvé la vie et l'avait laissé retourner dans le fleuve.
C'était bien loin de ce à quoi Shun s'était attendu. Ikki, son frère, lui avait toujours dit de se méfier des humains qui n'auraient aucune honte à lui faire du mal. Mais l'étrange humain lui avait prouvé le contraire.
Est-ce que les humains étaient tous gentils comme lui ?
« Non », murmura Shun en répondant à sa propre question. Il se souvenait de l'autre humain assez brusque qui n'avait fait que crier la dernière fois qu'ils étaient venus à deux. Non, tous les humains n'étaient pas comme le gentil qui venait de l'aider. Son humain était différent. Shun en était sûr.
Prenant son courage à deux mains, Shun nageait plus fortement vers la surface. Malheureusement son humain était déjà parti.
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Rentrant d'un pas lourd, Aiolia poussa un profond soupir. Il était tout crotté de la tête au pied à cause de sa sortie précipitée et du triton qu'il avait porté. Quand il croisa Milo courant dans les couloirs et étant poursuivi par Camus qui lui lançait des objets, Aiolia soupira de nouveau. Lui qui avait voulu parler à son ami de ce qu'il s'était passé pour avoir des conseils devait prendre son mal en patience. Visiblement Milo était indisponible ; et vu la manière dont Camus semblait assez énervé pour ne pas s'offusquer de courir dans les couloirs, Milo allait devoir se cacher un long moment. À condition que Camus ne l'étrangle pas avant, bien sûr.
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N'ayant pas pu décharger ses pensées, Aiolia retourna au bord du fleuve dès le lendemain. Le cœur lourd de culpabilité, il ne pouvait s'empêcher d'avoir le sentiment d'avoir trahi la confiance de la petite créature en la jetant à l'eau sans vérifier s'il irait bien d'abord.
Il n'y avait personne près de la berge. Déçu, Aiolia décida tout de même de profiter de sa présence pour nettoyer le rivage. Il déposa les branches loin de l'eau, poussa les pierres les plus saillantes dans un coin pour éviter qu'elles blessent quelqu'un d'autre et se mit à tamiser le sol. La zone n'était plus idyllique comme avant, mais c'était mieux que rien. Il avait même laissé un sillon d'eau, formant un petit bassin que la tempête avait creusé, afin que le triton puisse aller sur la rive sans avoir à glisser sur la terre ferme. Le bassin serait idéal pour une rencontre entre terre et eau. Du moins, si le triton revenait.
S'asseyant contre un rocher, Aiolia attendit. À mesure que le soleil déclinait dans le ciel, l'espoir d'Aiolia s'affaiblit. Ce ne fut que bien plus tard, alors qu'il envisageait de partir, qu'il y eut du mouvement dans l'eau.
Aiolia prit une profonde inspiration quand il vit le triton nager à proximité.
« Excusez-moi », dit-il en se montrant et en levant les deux mains d'une manière apaisante. « Je suis désolé pour ce que j'ai fait l'autre jour. J'espère que je ne vous ai pas trop effrayé. S'il vous plaît, ne partez pas. »
Le triton cessa de nager et leva les yeux vers Aiolia, une curieuse expression sur son visage.
« Que veux-tu dire ? » demanda-t-il.
« Tu peux... parler ? » s'étonna Aiolia.
« Pourquoi ne le pourrais-je pas ? » répliqua le triton avec confusion. « D'ailleurs, tu n'as pas répondu à ma question. Pourquoi t'excuses-tu ? »
« Eh bien, je t'ai jeté dans le fleuve après la tempête alors que tu étais blessé », expliqua Aiolia.
Le triton sourit et secoua la tête.
« Tu aurais pu faire pire. En fait, je suis reconnaissant pour ce que tu as fait. Je commençais lentement à me dessécher avec le soleil. »
Aiolia sentit l'apaisement le saisir. Tout allait bien. Il n'avait pas mis en danger la créature et l'autre ne lui en voulait pas. Un immense sourire prit place sur ses lèvres.
« Tu sais, je pense qu'il est temps que nous nous présentions. Après tout, tu me regardes depuis plus d'une semaine maintenant. Je m'appelle Shun, au fait. Et toi ? »
Le sourire d'Aiolia disparu aussi vite que l'embarras le saisit. Par Athéna, c'était si gênant. Lui qui avait cru être discret. Milo avait raison, il avait agi comme un pervers.
« Je suis désolée », dit rapidement Aiolia, sentant ses joues rougirent de plus en plus. « Je ne voulais pas avoir l'air d'un harceleur ou quoi que ce soit. C'est juste que... je te trouve vraiment intéressant, Shun. Je m'appelle Aiolia. Et je suis un chevalier. »
Aiolia voulut se frapper pour sa dernière phrase. En quoi un triton saurait-il ce qu'était un chevalier ? Ce n'était vraiment pas une information pertinente. Il n'était vraiment qu'un idio-
Aiolia fut coupé dans ses pensées en entendant un son qui retentit tel un tintement de cloches. C'était Shun. Et le triton riait.
« Ne t'en fais pas, Aiolia. J'ai l'habitude d'avoir des admirateurs. Mais ce n'est pas tous les jours que je rencontre un brave humain. C'est ce que sont les chevaliers, n'est-ce pas ? Des guerriers nobles et loyaux ? »
Il y avait quelques histoires sur les humains que les ondines de passage partageaient souvent avec lui. Normalement, les gens portant des armures étaient des chevaliers et c'étaient des guerriers très honorés chez les humains.
« En effet. Mais je fais juste mon devoir comme tous les chevaliers. »
Shun nagea plus près d'Aiolia, ses yeux brillants entre l'amusement et la possessivité. Son humain était si humble.
« Je pense que c'est très impressionnant », dit-il sincèrement. « Vous risquez votre vie chaque jour pour protéger d'autres personnes. C'est une qualité rare dans ce monde. »
Aiolia sentit sa poitrine se gonfler de fierté. Il s'était toujours enorgueilli de sa bravoure et de sa chevalerie, et il était ravi d'apprendre que Shun reconnaissait ces qualités en lui.
« Merci, Shun », dit-il, sa voix douce d'émotion. « Je suis honoré de pouvoir enfin te parler. »
Shun sourit, sa queue battant dans l'eau. « Je suis aussi honoré de te connaître, Aiolia. Soyons amis pour longtemps, d'accord ? »
« Soyons amis », répéta Aiolia avec béatitude.
Shun se rapprocha et sortit son corps de l'eau en s'avança dans le petit bassin. Aiolia regarda avec fascination les écailles colorées scintiller au soleil. Malheureusement, son regard tomba facilement sur les blessures causées par la tempête. Elles semblaient à peine recouvertes par un cataplasme fait d'algues.
« Aiolia, puis-je te demander quelque chose ? »
« Bien sûr », répondit Aiolia, détournant son attention des blessures du petit triton.
« Eh bien, l'autre humain qui vient parfois est bizarre. Il fait beaucoup de bruit et semble très différent de toi. Qui est-il ? »
Aiolia gloussa, réalisant que Shun parlait de Milo. Son ami n'avait vraiment pas laissé une bonne impression.
« Oh, c'est Milo. C'est aussi un chevalier, comme moi. »
« Un chevalier ? », répéta Shun, l'air encore plus confus. « Mais il est si différent de toi. Il est bruyant et impétueux, et il n'a pas l'air très… chevaleresque. »
Aiolia sourit ironiquement. Oh qu'il avait envie de se moquer de son ami en lui racontant tout cela.
« Milo est un chevalier très puissant. Il a beaucoup de force et d'habileté, mais il n'est pas toujours le plus subtil ou le plus gracieux. Il aime faire beaucoup de bruit et se montrer, mais il est aussi très loyal et courageux. »
Shun avait l'air pensif.
« Je vois. Donc il est comme ton opposé, d'une certaine manière. »
Aiolia éclata de rire. Oh non, ils n'étaient pas des opposés. C'était même l'inverse quand ils se déchaînaient ensemble autant pour des bêtises que sur le champ de bataille. Mais ça, Shun n'avait pas besoin de le savoir.
« Oui, je suppose qu'on pourrait dire ça. Mais malgré nos différences, Milo et moi sommes très proches. Nous sommes amis depuis que nous sommes jeunes garçons, et nous avons traversé beaucoup de choses ensemble. Il est comme un frère pour moi. »
Shun sourit.
« C'est bien d'avoir des amis comme ça, qui sont très différents de vous, mais qui vous aiment et vous soutiennent quand même. »
Se mordant les lèvres pour ne pas rire, Aiolia hocha la tête en signe d'accord.
« Oui, ça l'est. Et qui sait, peut-être qu'un jour tu rencontreras Milo et verras par toi-même à quoi il ressemble. »
Shun sourit malicieusement.
« Je pense que ce serait très intéressant. Mais pour l'instant, profitons simplement de notre temps ensemble et ne nous inquiétons pas pour Milo. »
Aiolia lui rendit son sourire et s'approcha pour s'asseoir près de Shun.
« Aiolia, pourquoi pendant si longtemps te cachais-tu de moi au lieu de venir me parler ? » dit doucement Shun.
Aiolia remua mal à l'aise.
« Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. C'est juste que je n'étais pas sûr que je puisse t'approcher en toute sécurité. »
Shun haussa un sourcil.
« En sécurité ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Eh bien, il y a des rumeurs selon lesquelles les sirènes et autres créatures marines sont dangereuses », expliqua Aiolia avec hésitation. « Je ne savais pas s'ils étaient vrais ou non. »
Ou plutôt, il ne voulait pas y croire et préférait se cacher plutôt que de faire face à une vérité qu'il ne voulait pas.
Shun gloussa doucement.
« Oh, Aiolia. Vous, les humains, croyez toujours le pire à propos de nous. »
Aiolia se sentait de plus en plus mal à l'aise.
« Je ne voulais pas t'offenser. »
Shun sourit gentiment.
« Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas offensé. Mais laisse-moi te montrer quelque chose qui pourrait t'aider à comprendre. »
Et avec cela, Shun se mit à chanter. Sa voix ne ressemblait à rien qu'Aiolia ait jamais entendu auparavant. C'était beau et obsédant, et cela semblait remplir l'air de magie.
Alors qu'il écoutait la chanson, Aiolia se sentit être de plus en plus enchanté. Il voulait rester là pour toujours, perdu dans la mélodie. Puis Shun cessa de chanter et Aiolia sortit soudainement de sa transe. Il leva les yeux vers le triton, se sentant hébété.
« Ça, c'était quoi ? » demanda-t-il, sa voix à peine au-dessus d'un murmure.
« C'était ma chanson, Aiolia », déclara Shun. « C'est un puissant enchantement que nous pouvons utiliser pour nous protéger des humains. Si quelqu'un est cupide ou malveillant, il sera hypnotisé par le chant et cherchera à se noyer dans l'eau. Mais si quelqu'un a le cœur pur, comme vous, ils sauront résister à l'enchantement et apprécier la beauté de la chanson. »
Aiolia regarda Shun avec étonnement. Il n'avait jamais entendu parler de quelque chose comme ça auparavant.
« Je... je n'en avais aucune idée », dit-il, sa voix légèrement tremblante.
Shun sourit.
« Ça va, Aiolia. Ce n'est pas quelque chose dont on parle très souvent. Mais je voulais que tu saches que toutes les créatures marines ne sont pas dangereuses. »
Et surtout il voulait aussi le tester, pour voir si son humain était digne de sa confiance.
Aiolia ressentit un élan de gratitude envers Shun. Il aurait pu ne rien lui dire puisque c'était un secret peu connu et pourtant Shun lui avait fait confiance.
« Je suis honoré que tu me fasses confiance comme ça. »
Shun sourit, satisfait. Son humain était mignon et ne se doutait de rien.
« C'est normal, Aiolia. J'ai hâte de te connaître encore mieux à l'avenir. »
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Plusieurs mois s'écoulèrent depuis cette toute première réunion. Et d'autres rencontres suivirent tandis que leur amitié se développa.
Aiolia mit un point d'honneur à revenir au fleuve le plus souvent possible, mais parfois il devait s'absenter de long moment à cause de ses tâches au château où de ses missions à l'extérieur du royaume. Résultat, Aiolia chérissait encore plus les moments qu'il partageait avec Shun. Ils apprenaient à se connaître, partageant des souvenirs et des anecdotes de leur quotidien, découvrant les nourritures étranges que chacun apportait et finalement, appréciant simplement leur compagnie.
Alors qu'Aiolia était assis au bord du fleuve et regardait nager le triton, son cœur se gonfla d'une joie inexplicable. Il avait appris à se soucier profondément de Shun et était ravi à l'idée de le voir tous les jours.
Alors que le Shun s'amusait et plongeait dans l'eau, Aiolia se retrouva à souhaiter pouvoir le rejoindre. Il voulait sentir l'eau fraîche sur sa peau et explorer les secrets cachés sous cette étendue bleue.
« Voulez-vous venir nager ? », lui demanda Shun en interrompant ses pensées.
Aiolia hésita. Il n'avait jamais été un excellent nageur et l'idée d'aller dans le fleuve, connu pour sa profondeur, était un peu intimidante.
« Bien sûr », dit-il finalement en souriant avant d'enlever ses tous les éléments qu'il portait pouvant le faire couler. Il était déterminé à passer plus de temps avec Shun et si nager était le seul moyen alors il n'allait pas perdre du temps à trop réfléchir.
Au moins nager avec un triton sera une expérience aussi unique que spéciale.
Shun nagea plus près de la rive et lui tendit la main. Aiolia l'a pris avec un brin de nervosité, mais lui a permis de le guider dans l'eau.
Malgré ses efforts, Aiolia resta aussi raide que tendu. Il eut un sursaut quand les longs bras de Shun s'enroulèrent autour de sa taille et se mirent à le chatouiller.
« Ce n'est pas du jeu ! » dit Aiolia, la voix haletante alors qu'il tentait de s'éloigner en riant.
« Si ça l'est », se moqua Shun.
Puis Shun s'écarta et lança un flot d'eau vers Aiolia avec sa nageoire, aspergeant joyeusement le chevalier.
Une bataille d'eau s'enclencha entre eux. Même sous l'effet de l'excitation causée par leur jeu, Aiolia ne manqua pas de remarquer que Shun veillait à ce qu'il ne s'approche pas des eaux profondes.
« Je sais nager, tu sais. »
« Prouve-le », le défia Shun avec un sourire narquois.
Aiolia s'exécuta promptement et se mit à effectuer des mouvements basiques, prouvant au triton qu'il n'allait pas couler, mais perdant également un peu de sa dignité avec ses mouvements peu coordonnés.
Gardant son sourire moqueur, Shun le rejoignit à nouveau et commença à lui donner des conseils pour mieux nager. Aiolia ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou en être offensé.
Toute indignation qu'il voulut dire fut oubliée lorsque la nageoire de Shun le frôla.
« Est-ce que ça va ? » demanda Shun en remarquant la soudaine raideur de son ami.
Aiolia hocha la tête en se mordant les lèvres. Il avait trop peur de laisser sortir le gémissement qu'il avait voulu pousser face à l'étrange sensation sur sa peau.
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Nager ensemble devint l'une de leurs routines. À chaque visite, Aiolia s'entraina autant à nager qu'à retenir sa respiration de plus en plus longtemps sous l'eau. Il ressentait une poussée d'excitation à chaque fois qu'il plongeait plus profondément, explorant le monde sous-marin avec le Shun à ses côtés.
Ils refirent surface quand Aiolia fut à bout de souffle. Aiolia regarda Shun et sentit son cœur battre la chamade. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir un sentiment de désir grandir en lui. Mais il ne pouvait s'empêcher de se demander si ses sentiments étaient réciproques.
Perdue dans ses pensées, Aiolia ne remarqua même pas quand Shun nagea plus près de lui et enroula ses bras autour de lui, l'aidant à garder la tête hors de l'eau.
« Merci », dit Aiolia, se tournant pour le regarder.
Il cligna des yeux lorsque de longs doigts se levèrent puis caressèrent sa joue. C'était un acte intime et Aiolia s'en sentit profondément chamboulé. Surtout quand Shun saisit ensuite une mèche de ses cheveux et se mit à jouer avec.
Après plusieurs de leur rencontre, Aiolia n'avait pu que constater que les tritons étaient apparemment très tactiles.
Si au début cela l'avait étonné, maintenant Aiolia se sentait plutôt mal à l'aise. Il n'avait jamais été avec personne, mais il connaissait très bien les effets de l'attirance physique. Avoir Milo pour ami servait à couvrir pas mal de bases sur le plan théorique.
Et oui, non seulement il trouvait Shun attirant, mais son corps ne pouvait s'empêcher de frissonner à chaque fois que leurs peaux entraient en contact.
Comme s'il lisait dans ses pensées, Shun lui fit un sourire complice avant de le relâcher.
« Tu devrais sortir avant d'être tout fripé. »
Aiolia fixa les yeux verts scintillants du triton et sentit une chaleur se répandre dans sa poitrine. Il était à peu près sûr que ça ne le dérangerait pas d'avoir une relation avec Shun, mais il n'avait aucune idée de si c'était possible ou pas et ça finissait par lui faire peur. Aiolia savait qu'il était profondément amoureux du triton, mais il réfléchissait toujours à la manière d'aborder cela.
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Vagabondant dans les couloirs du château, Aiolia fredonna en songeant à la prochaine fois qu'il allait voir Shun.
« Tu le fais exprès ?! »
Surpris, Aiolia s'arrêta et se pencha vers la fenêtre la plus proche pour voir qui criait ainsi. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il vit Camus et Milo dans le jardin en contrebas.
« Es-tu un idiot ? » demanda Camus d'un ton sec.
« Non. »
« Alors, explique-moi quel est ton problème ! » s'énerva Camus.
S'éloignant de la fenêtre, Aiolia prit la direction des escaliers pour voir ce qu'il se passait. Alors qu'il s'approchait du jardin, il entendit le son d'une claque puis fut bousculé par Camus qui le dépassa.
Même si ce fut bref, Aiolia trouva Camus très fatigué.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », interrogea Aiolia dès qu'il fut près de Milo.
« Rien. Nous avons juste débattu. »
Aiolia renifla face à l'excuse à peine trouvée de son ami.
« Débattu ? Ça ne ressemblait pas à un simple échange d'arguments. »
« Eh bien, sous sa personnalité glaciale, Camus cache une passion ardente qui ressort lorsque j'arrive assez à l'énerver », lui dit Milo avec un sourire enjoué malgré sa joue gonflée.
« Je ne te savais pas masochiste. Tu devrais arrêter d'aller embêter Camus aussi souvent. Il va finir par te détester. »
« Non. Je n'ai rien à craindre de ce côté. Je ne te dis pas tout. »
« Vraiment ? »
« Tu es curieux ? »
Aiolia hocha la tête.
« Dommage c'est censuré », se moqua Milo en venant tapoter l'épaule d'Aiolia. « Tu sais, parfois je me dis que tu es plus chanceux que moi. Tu as avancé plus rapidement en quelques mois que je ne l'ai fait en plusieurs années avec Camus. »
Aiolia plissa les yeux. En quoi son amitié avec Shun était-elle semblable à celle entre Milo et Camus ? D'accord, il s'entendait bien et passait du temps avec le triton. C'est vrai que cela rappelait à Aiolia ses jeunes années où Milo s'accrochait beaucoup à Camus. Mais Aiolia savait que maintenant Milo voulait plus qu'une amitié avec Camus. Il l'aimait…
Aiolia n'eut pas besoin d'un miroir pour savoir qu'il était devenu rouge en comprenant enfin ce que voulait dire son ami.
« Ce n'est pas pareil ! » s'insurgea-t-il alors que son coeur s'emballait.
Il savait qu'il n'était pas fort pour exprimer ses sentiments, mais il n'était pas encore au stade d'avoir une relation avec Shun
« Tu es sûr ? Tu y mets pourtant beaucoup de temps et d'énergie. »
« Ça ne veut rien dire. Nous ne sommes pas ensemble comme ça. »
« Mouais… Et si un jour, ton petit triton te présentait une sirène et t'annonçait qu'ils allaient se marier ? »
Aiolia cligna des yeux, surprit.
« Je… Comment ? Pourquoi ? Non ! »
Argh ! Aiolia ne trouvait plus ses mots. C'était tellement agaçant ! Il savait très bien que pour le moment il était en plein tourbillon émotionnel. Ce n'était pas la peine d'en rajouter une couche !
« Je dois dire que c'est surprenant. Je ne me doutais pas que toi aussi tu étais plus intéressé par la gent masculine. »
Aiolia en resta bouche bée. Il ouvrit plusieurs fois la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Il avait toujours songé qu'il était attiré par Shun, mais n'avait jamais fait le lien avec une attirance pour les hommes. Il aimait juste Shun. Aiolia se prit la tête entre les mains alors qu'il désespérait de devoir de nouveau remettre en question sa sexualité.
Milo fronça les sourcils. Il s'était attendu à des cris, de l'embarras ou des dénégations, pas à un tel silence.
« Mes excuses », déclara Milo d'un air contrit. « Visiblement tu n'en étais pas encore arrivé à ce stade de réflexion. On se verra plus tard. »
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À peine Aiolia revint d'une mission de trois semaines loin du Sanctuaire qu'il s'empressa de rejoindre le fleuve. Il s'égaya en voyant Shun se détendant dans le petit bassin.
« Je suis revenu ! »
Shun leva la tête vers Aiolia et lui fit signe d'approcher. Le chevalier ne se fit pas attendre pour s'installer au bord du bassin creusé.
« Ça fait un moment que tu n'es pas venu ici », remarqua le triton.
Aiolia grimaça. Bien qu'il n'y ait aucun reproche dans le ton de son ami aquatique, il y avait tout de même quelque chose d'autre. Comme de l'inquiétude.
Aiolia leva un sourcil, mais ne dit rien. Il avait déjà expliqué à Shun que c'était son devoir de partir en mission pour le bien du royaume, alors il ne comprenait pas trop le souci de son absence.
« Je n'aime pas quand tu vas en mission », continua Shun. « Je n'ose pas imaginer si jamais tu étais blessé. Je ne le saurais même pas et j'attendrai sans fin ton retour. »
Aiolia se mordit la langue pour retenir le sourire qui lui venait devant l'inquiétude de son ami. Shun était si mignon.
« Ne t'inquiète pas. Je suis l'un des meilleurs chevaliers d'Or donc rien ne m'arrivera. »
Shun renifla, semblant incrédule.
« Je sais que tu es fort, mais ça ne veut pas dire que je ne dois pas m'inquiéter. »
Alors qu'il parlait, la main du triton se faufila presque à l'intérieur de la chemise d'Aiolia, provoquant une forte inspiration chez le chevalier.
« Et si… J-Je… Je te promets de faire plus attention ? » souffla difficilement Aiolia dont les yeux sortaient presque de sa tête.
Shun fredonna avec désinvolture quelques instants puis passa son bras autour des épaules d'Aiolia pour l'obliger à se pencher au-dessus de l'eau.
« Uniquement si tu le fais vraiment », énonça-t-il à son oreille.
Le changement de couleur du visage d'Aiolia fut instantané, atteignant un rouge vibrant de ses oreilles jusqu'à son cou.
« Je te le promets », déclara prestement ce dernier en se forçant à regarder le sol pour garder contenance.
Shun se recula avec une lueur amusée dans son regard.
Aiolia pensa à peine qu'il allait enfin pouvoir agir normalement lorsque les lèvres de Shun se pressèrent contre sa mâchoire.
« Tu as intérêt », fredonna Shun avant de s'approcher du cou et de sucer la peau de l'humain avec un son satisfait.
Aiolia resta figé, son souffle se coinça dans sa gorge. Il… Était-il en train d'halluciner ? Aiolia du se retenir de gémir bruyamment quand il sentit les dents pointues du triton le mordiller.
« Tu me manques quand je ne suis pas avec toi », murmura Shun en s'éloignant pour regarder avec fierté le suçon qu'il avait fait.
Aiolia essaya avec peine de contrôler son rougissement et l'inconfort soudain dans son pantalon. La voix, les mots et les actions du triton n'aidaient pas son imagination débridée à rester sous contrôle. Oh, il en voulait plus. Avait-il droit à plus ? Ils n'étaient pas de la même espèce, comment pouvaient-ils faire ? Dans l'eau peut-être ? Mais les tritons avaient-ils aussi des organes génitaux ? Il avait besoin de trouver plus d'informations à la bibliothèque. Aiolia se retint de gémir alors qu'il avait l'impression que sa tête allait exploser et que son pantalon allait se déchirer.
Shun allait finir par le tuer. Et sans même que le triton n'en sache la raison. Quelle idée pour ces créatures d'être si sensuelles et d'aider autant les contacts physiques.
Ne voulant pas indisposer son ami en lui dévoilant son état et donner l'impression qu'il ne voulait que du sexe, Aiolia s'éclaircit la gorge en se reculant et chercha à adopter une position cachant son érection. Non seulement il n'y arriva pas, mais ses gesticulations n'aidèrent en rien sa situation. Désespéré, Aiolia sauta dans le fleuve, priant Athéna pour que l'eau froide ramène rapidement les choses à la normale.
Il était tellement concentré sur l'idée de ne pas être découvert qu'il ne vit pas que Shun se retenait de rire. Aiolia était si naïf. Comme si l'odeur de l'excitation pouvait lui être cachée ?
Shun soupira de bonheur et s'allongea dans le bassin pour mieux profiter du soleil. Maintenant qu'il savait que ses tentatives de séduction fonctionnaient, il allait laisser un peu d'intimité à Aiolia.
Il n'était pas pressé après tout.
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Un mois plus tard, Aiolia se précipita dans les couloirs du Sanctuaire. Son cœur battait de manière effrénée dans sa poitrine. Il venait d'apprendre que plusieurs de leurs ennemis s'étaient alliés et prévoyaient de les attaquer.
Depuis cette annonce, tout le monde se préparait au combat et parcourait le château pour en vérifier les protections.
Alors qu'il tournait à un coin, il vit Milo et Camus debout ensemble, leurs visages proches.
Aiolia hésita un instant, ne sachant pas s'il devait les interrompre ou non, mais alors qu'il les regardait, Aiolia vit Milo se pencher et embrasser Camus.
Le cœur d'Aiolia se serra. Il savait que cela signifiait que la bataille serait particulièrement dangereuse si Camus permettait à Milo de l'embrasser publiquement.
Aiolia prit une profonde inspiration et se détourna de la scène intime. L'agitation tumultueuse qui l'avait saisie à l'entente de l'attaque devenait plus calme. Ce n'était pas le moment pour se laisser submerger par son appréhension. Il devait se préparer à ce qui allait d'un pas décidé, il continua d'avancer dans le couloir, prêt à faire tout ce qu'il fallait pour protéger le château et ses amis.
Prenant un détour, Aiola faillit entrer en collision avec Marine, une camarade chevalière. Malgré la situation anxiogène, le visage de Marine s'illumina à la vue d'Aiolia, et elle s'approcha vers lui, les yeux brillants d'émotion.
« Aiolia, je dois te dire quelque chose. »
Aiolia fit inconsciemment un pas en arrière. Il y avait beaucoup de rumeurs qui tournaient sur les sentiments que Marine avait à son égard. Mais comme la jeune femme n'avait jamais fait de tentatives pour l'aborder, Aiolia avait joyeusement préféré faire semblant d'ignorer les rumeurs.
« Marine, ce n'est vraiment pas le moment. Nous en parlerons plus tard », dit-il doucement, mais fermement.
L'expression de Marine tomba, mais elle hocha la tête en signe de compréhension.
Soudain, il y eut une forte explosion à l'extérieur des murs du château et le visage d'Aiolia se crispa lorsqu'il réalisa que la bataille avait commencé.
« Nous devons y aller ! » S'écria-t-il d'une voix urgente en tirant son épée.
Marine hocha la tête, les yeux brillants de détermination.
« Je suis prête », dit-elle en saisissant fermement son arc. « Détruisons-les, Aiolia. »
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Aiolia savait qu'il aurait dû écouter la mise en garde de Shun. Il n'avait eu aucun problème à tuer et à repousser les ennemis qui assaillaient les abords du château, mais d'autres revenaient. De plus en plus nombreux tandis que le nombre de chevaliers se réduisait.
Malgré ses efforts, Aiolia s'était retrouvé dépassé par la situation.
À bout de force, il rampa à travers la forêt. Les restes de son armure, bosselée, arrachée à divers endroits et ensanglantée, le protégeaient à peine et sa respiration devenait de plus en plus laborieuse. Aiolia savait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps, mais il était déterminé à se rendre au fleuve. Il devait voir Shun une dernière fois.
Alors qu'il arrivait enfin près de la berge, Aiolia vit Shun qui se dorait au soleil, inconscient de la bataille qui faisait rage à quelques kilomètres de là. Aiolia lutta pour lever la main et appeler, mais sa voix était à peine un murmure.
« Shun », croassa-t-il, en s'effondrant contre un arbre à la lisière du fleuve.
Même si sa voix avait été aussi faible qu'un murmure, Shun se tourna dans sa direction puis paniqua en le voyant avachi sur le sol.
« Aiolia, que s'est-il passé ? » demanda Shun avec inquiétude en captant l'odeur du sang.
Prenant appui sur ses coudes, le triton se dirigea péniblement vers Aiolia. Il ignora les blessures qu'il se faisait lorsque sa queue et ses nageoires se frottèrent au sol rugueux et continua à avancer. Il sentait que quelque chose n'allait pas.
Aiolia tenta de se redresser et finit par s'asseoir avec peine contre un arbre. Avec cette position, Shun repéra le sang qui s'écoulait des nombreuses blessures de son humain.
« J'ai… J'ai été blessée au combat », balbutia Aiolia, luttant pour rester conscient.
Les yeux de Shun s'écarquillèrent d'effroi alors qu'il posa ses mains sur les blessures d'Aiolia, remarquant leur profondeur. C'était un miracle que son ami ait réussi à aller si loin. Shun regarda Aiola avec désespoir. Son ami aurait dû aller chercher d'autres humains pour qu'il le soigne plutôt qu'aggraver son état en venant ici.
Rien que l'idée que la seule chose qu'il pouvait faire était de rester aux côtés d'Aiolia et le réconforter dans ses derniers instants, insupportait Shun.
Il voulait crier. Le besoin d'exprimer son chagrin et l'injustice de cette situation s'accumula dans les poumons de Shun jusqu'à lui serrer la gorge.
Il inspira. Puis expira. Se forçant à se calmer. Mais cela ne suffisait pas.
Comment quelqu'un avait-il osé faire cela à Aiolia ?! Shun ne voulait qu'une seule chose : traquer les coupables et les déchirer avec ses griffes. Il allait les-
Aiolia poussa un gémissement douloureux alors que la poigne de Shun s'était brutalement resserrée sur l'une de ses blessures sur son bras dépourvu de protection. Le bruit sortit brutalement Shun de ses pensées de vengeance. Il répéta à nouveau ses exercices de respiration, se forçant à un semblant de calme, uniquement pour le bien de son ami.
« Aiolia. Je… Ça va aller », tenta de le rassurer Shun, autant qu'il voulait lui-même être rassuré.
Mais Aiolia savait mieux. Il pouvait sentir la vie s'écouler de son corps.
« Shun, je dois te dire quelque chose. J-Je t'aime. »
La voix d'Aiolia était à peine audible tant il faiblissait.
Tremblant légèrement, Shun prit la main d'Aiolia et la tint tendresse contre sa joue.
« Je sais. Je t'aime aussi, Aiolia »
Aiolia sourit faiblement et ferma les yeux, content de savoir qu'il était aimé par celui qu'il aimait le plus.
Les larmes coulant sur son visage, Shun se retint de secouer Aiolia pour qu'il garde les yeux ouverts. Il n'avait pas été surpris par la confession, car il n'était ni stupide ni aveugle. Bien sûr qu'il connaissait les sentiments d'Aiolia à son égard. Cependant, entendre le chevalier le lui dire ainsi, lui donnait plus l'impression d'un adieu.
C'était si injuste !
Pourquoi maintenant ? Pourquoi ainsi ? Shun ne voulait pas que ça se finisse ainsi. Il avait besoin de réfléchir. Il ne pouvait pas aider Aiolia s'il n'arrivait pas à penser clairement. Il devait trouver un moyen de-
Shun se figea alors que son regard se porta sur ses nageoires puis sur le fleuve. La frustration le submergea alors qu'il se rendait compte qu'il y avait une solution pour garder Aiolia en vie et qu'il avait failli l'oublier.
Shun tapota doucement la joue d'Aiolia et fut rassuré lorsque ce dernier ouvrit les yeux.
« Aiolia, je peux te sauver la vie, mais tu dois accepter de devenir mon compagnon de vie. Tu comprends ce que ça veut dire ? »
Aiolia, délirant à cause de ses blessures, eut du mal à comprendre ce qui se passait.
« Compagnon… qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-il faiblement.
« Cela signifie que tu vivras avec moi pour toujours, en tant que partenaire et compagnon. Sous l'eau », expliqua avec attention Shun. « Mais je ne peux te transformer que si tu me donnes ton accord, Aiolia ? »
L'esprit d'Aiolia était en ébullition. Il ne savait pas quoi penser ni comment se sentir. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne voulait pas mourir, et si c'était sa seule chance de survie. Il devait la saisir. Pouvoir rester avec Shun était un bonus indéniable.
Le triton retroussa ses lèvres révélant ses dents pointues et poussa un sifflement plein de frustration. Il perdait du temps ! Shun n'avait qu'une envie : qu'Aiolia lui réponde plus rapidement. Il était hors de question qu'il rate sa chance de le sauver. La transformation n'était pas miraculeuse. Aiolia pouvait tout de même mourir si le changement ne prenait pas, mais c'était une chance à ne pas perdre.
« Oui… oui », murmura enfin Aiolia, les yeux vitreux.
Shun se détendit et acquiesça solennellement. Peu importe à quel point cette réponse l'excitait, l'instant était trop précaire pour faire une erreur simplement parce qu'il ne faisait pas attention. Aiolia lui avait dit oui, mais maintenant il fallait surtout le garder en vie.
« La transformation sera douloureuse, mais tu devras l'endurer. Es-tu prêt ? »
Aiolia hocha faiblement la tête. Il était trop fatigué et blessé pour parler.
Sentant qu'Aiolia perdait les quelques forces qui lui restaient et que le temps allait leur manquer, Shun enfonça promptement ses crocs dans la nuque de son ami, le marquant rapidement comme son compagnon.
Une fulgurante douleur foudroya l'ensemble du corps d'Aiolia. C'était trop. Il n'en pouvait plus… Pourtant, il se força à sourire malgré sa souffrance. Il avait servi vaillamment le Sanctuaire et avait enfin pu se confesser à son véritable amour. Bien que ce soit la fin, il n'avait aucun regret.
À bout de souffle, Aiolia succomba enfin à l'inconscience.
« Mien », grogna Shun, l'esprit assombri par le goût du sang et la perspective de pouvoir enfin garder son humain. Il allait enfin avoir sa fin heureuse.
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Aiolia s'est réveillé. Immédiatement, il sut que quelque chose n'allait pas. Il savait qu'il devait être mort à cause de ses blessures. Alors pourquoi se réveillait-il normalement ? Et sans la moindre douleur ?
Ouvrant les yeux, il vit des poissons de toute taille nager autour de lui.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Où suis-je ? » s'alarma Aiolia avant de porter ses mains à sa bouche.
Il pouvait parler ? Il était sous l'eau et pouvait respirer et parler ? Baissant le regard sur son corps, Aiolia sursauta en remarquant que son torse était totalement dénudé et que des plaques d'écailles marron et blanches marquaient certains endroits sur sa peau. Puis il remarqua ses jambes, ou plutôt leurs absences. À leur place se trouvait une queue de poisson avec des bandes verticales dont les couleurs étaient une alternance de blanc et de marron. Une ombre dans son dos lui fit tourner la tête et Aiolia découvrit qu'il avait de longues épines alignées tout le long de sa nageoire dorsale.
« Tu ressembles à un poisson-lion. »
C'est à ce moment-là qu'Aiolia remarqua Shun qui le dévisageait, assis sur un rocher au-dessous de lui. Shun lui lança un sourire aveuglant, heureux d'avoir enfin été remarqué.
« Qu'as-tu... fait ? » demanda Aiolia, très confus.
Il... n'était plus humain. C'était maintenant indubitable. Mais cela n'expliquait pas tout. Sous la nervosité, il se mit à gratter certaines de ses écailles, alarmant Shun qui perdit son sourire.
Shun regarda Aiolia avec appréhension. Pour l'instant, ce dernier n'avait pas mal réagi face à sa transformation. Mais Shun ne voulait pas déclencher une crise de panique ou de colère chez son ami.
« Je t'ai transformé. Je ne pouvais pas te laisser mourir sans essayer cette possibilité. C'est une magie qui ne fonctionne pas toujours. Uniquement lorsque nous trouvons notre vrai compagnon de vie et que ce dernier est volontaire. C'est pourquoi j'avais besoin de ton accord », expliqua-t-il avec une extrême douceur. « Cette magie peut être assez dangereuse et volubile, mais c'était ma seule chance de te sauver la vie. Et je t'ai lié à moi. »
Aiolia resta immobile pendant un moment, les yeux baissés et ses pensées clairement ailleurs. Puis, il parla, sa voix lourde de tristesse.
« Ils doivent tous penser que je suis mort. Je ne reverrai plus jamais le Sanctuaire. Ni mes amis ni Aioros… »
En espérant qu'ils aient survécu, se retint-il de dire.
Shun se recula comme foudroyé. Il savait qu'Aiolia n'avait pas été dans de bonnes dispositions pour comprendre l'implication de devenir un triton. Une seule pensée lui venait en tête : et si Aiolia regrettait tout cela ? Et s'il lui en voulait pour l'avoir transformé ?
« Nous ne le savons pas avec certitude », déclara Shun en essayant de rester positif malgré sa panique. « Peut-être que tu les reverras un jour au détour d'un chemin d'eau. Mais tu n'es pas seul. Je suis là et je serais toujours là pour toi. »
Les yeux d'Aiolia rencontrèrent ceux de Shun, et ils étaient remplis de chagrin.
« Il me faudra du temps pour accepter cette nouvelle vie et abandonner le passé. »
« Je sais, Aiolia. Mais nous affronterons cette nouvelle vie ensemble. Petit à petit. »
Aiolia soupira faiblement, ses yeux toujours emplis de tristesse.
« J'apprécie ton soutien. Mais pour l'instant, j'ai besoin de temps pour faire le deuil de ce que j'ai perdu. »
Shun hocha la tête avec un air peiné et s'éloigna un peu, le cœur lourd d'incertitude.
« Aiolia », commença doucement Shun, tournant légèrement la tête pour le regarder. Tu… Tu n'étais pas dans ton état normal lorsque tu as donné ton accord pour être transformé. Le regrettes-tu ? »
Aiolia lève les yeux, ses yeux rencontrant enfin ceux de Shun. Il put voir la douleur et l'inquiétude dans les yeux de son ami et se rendit compte que ses mots avaient été trop abrupts. Shun n'y était pour rien. Au contraire, il lui devait la vie.
« Non, Shun », dit-il doucement. « Je ne le regrette pas. Je te suis reconnaissant de m'avoir sauvé la vie et de m'en avoir donné une nouvelle. C'est juste... difficile d'accepter le fait que je ne reverrai plus jamais mes amis ou ma famille. »
Shun nagea de nouveau vers lui, une expression de soulagement se lisant sur son visage.
« Je comprends », dit-il en souriant faiblement. « Mais tu n'es pas seul. Laisse-moi t'aider à traverser cela. Ensemble. »
Aiolia le regarda avec reconnaissance, son cœur se gonflant d'émotion. Il savait que Shun avait raison. Il lui reste encore quelqu'un qui tient à lui. Ce n'était peut-être pas la vie qu'il avait avant, mais c'était une nouvelle vie, et il se devait d'apprendre à en tirer le meilleur parti pour tous ceux qui n'avaient pas eu cette chance.
« Merci de m'avoir sauvé, Shun. »
Shun retrouva un sourire plus confiant quand Aiolia le tira contre sa poitrine et enroula sa queue autour de celle de Shun.
« Je t'aime. N'en doute jamais », continua Aiolia.
Se sentant chaud et comblé à l'intérieur, Shun embrassa la joie d'Aiolia et lui dit :
« Ce n'est pas dans ces conditions que je l'avais prévu de te transformer, mais bienvenue dans mon monde »,
La phrase de Shun prit Aiolia par surprise. Il ne pouvait pas croire que son ami avait toujours voulu être avec lui en tant que compagnon. Aiolia ressentit une bouffée d'émotions, mais n'osa pas y croire.
« Quoi ? Tu avais déjà voulu me transformer ? Quand ?! » demanda-t-il avec une pointe d'incrédulité dans la voix.
Shun prit la main d'Aiolia et le regarda avec sincérité avant de lui répondre :
« Aiolia, cela fait des mois que je te veux comme compagnon. Je rêvais de te transformer afin que nous puissions vivre ensemble et nous aimer sans la barrière d'être deux créatures différentes. Mais je savais aussi que ta mission de chevalier te tenait à coeur. Je ne voulais pas te mettre dans une situation où tu aurais dû choisir entre vivre avec moi ou continuer à être chevalier. Je n'avais juste pas prévu que le destin nous forcerait la main. »
Aiolia se mordit la lèvre, découvrant par la même occasion que ce n'était pas une bonne idée puisque maintenant il avait des canines acérées, et une étincelle s'alluma dans son regard. Shun avait été prêt à l'attendre plusieurs années, simplement parce qu'il était conscient qu'Aiolia aimait être un chevalier. Par Athéna, il l'aimait tellement ! Sans réfléchir à deux fois, Aiolia se pencha et embrassa férocement Shun, déversant toutes ses émotions en ce geste. C'était le premier baiser qu'il initiait et il savait déjà que ce ne serait pas le dernier.
Il avait toujours pensé que Shun resterait hors de sa portée, mais maintenant il réalisait qu'ils avaient tous deux eu les mêmes espérances.
Ils s'étreignirent étroitement laissant le monde autour d'eux s'évanouir quelques instants.
Quand ils se séparèrent, Aiolia savait qu'avec Shun à ses côtés, il pouvait affronter n'importe quoi. Ensemble, ils laissèrent le courant les emporter vers la mer, prêts à commencer leur nouvelle vie.
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Fin !
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Notes :
*La queue de triton de Shun est inspirées du poisson appelé « rose-veiled fairy wrasse » ou « napoléon à voile rose » en français.
*La queue de triton d'Aiolia est inspirée du poisson lion.
