A Moribito Ficlet

The Lizard Pokes Your Nose


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Trois ans s'étaient écoulés depuis que l'empire Talsh avait essayé d'envahir le Nouvel Empire de Yogo. Tout ce que la famille de Balsa et de Tanda espérait était que cet ennemi qui provenait du sud ne tente pas une nouvelle fois de reconquérir leurs terres avec une autre guerre ultérieure. L'empire Talsh avait assez fait de dommages collatéraux comme ça. Alika en avait payé une grande partie des conséquences, et elle était partie habiter à Kanbal afin de guérir et reprendre sa vie en main.

La paix et la tranquillité était revenue, et dans les montagnes de Brumes Bleues, la famille de Balsa et Tanda coulait des jours paisibles. Même si sa fille aînée avait quitté le nid familial, il leur restait encore quatre enfants à s'occuper. Balsa emmenait sa seconde fille, Motoko, avec elle en voyage de temps en temps, désormais âgée de douze ans. Tranquillement, elle avait fini par remarquer que Motoko changeait physiquement, quittant doucement le monde de l'enfance pour commencer sa transition vers l'âge adulte. Sa seconde fille n'avait jamais aimé avoir les cheveux longs, contrairement à sa sœur et sa mère. Elle tenait donc toujours ses cheveux noirs courts, le devant légèrement plus long que le derrière. Ses yeux bruns brillaient de la même curiosité qu'Alika et elle avait le teint de peau de sa mère.

Balsa balayait l'intérieur du refuge quand elle entendit cogner frénétiquement à la porte avec des éclats de voix à moitié paniqué. Elle arqua un sourcil et allait ouvrir quand la porte s'ouvrit d'elle-même. Deux copies conformes se trouvait devant elle; des cheveux aussi bruns que les siens, courts en bataille, avec de grands yeux bruns : ses petits derniers, des jumeaux identiques, Karuna et Jiguro, âgés de six ans. Ce n'était pas les réincarnations de ses deux pères – Alika l'avait confirmée – mais Balsa leur avait offert leurs prénoms en hommage à leur grande amitié.

« Qu'est-ce— Oh Yoram ! s'exclama Balsa. »

Au premier coup d'œil, elle pensait que l'un de ses fils s'était coincé une branche dans le nez. Mais elle comprit bien vite qu'il s'agissait… d'un tout petit lézard qui avait mordu le bout de son nez et y restait pendu ! Karuna riait un peu, cachant sa douleur.

« J'ai cru que ça aurait été bonne idée, mais ça fait mal ! dit-il.

- Hé bin, retires-le, ne trouva qu'à dire la lancière, prise de court. »

Karuna approcha ses mains vers le petit lézard, mais ce dernier referma un peu plus sa mâchoire. Le petit garçon poussa un cri aigu à moitié étouffé, crispé.

« Bon sang, bon sang, bon sang, bon sannnngg…, gémit-il alors que son jumeau le regardait, désespéré.

- J'ai pas réussi à l'enlever à cause de ça, avoua Jiguro à son tour. Enlève-le !

- Nonnnn ! Je l'arracherai pas ! Ça va faire mal ! »

L'aîné des jumeaux grimaça et bougea ses bras, serrant les poings en essayant de garder son sang-froid. Il ne pouvait pas toucher le petit lézard.

« Il va falloir faire quelque chose…, lâcha Balsa en sortant de la maison.

- Je préfère le couper, sortit son fils. Couper sa tête.

- Non, personne ne coupe la tête de personne ni le bout du nez de quiconque avec une dague. Viens ici, l'invita sa mère.

- Non !

- Je ne vais pas le tirer.

- Noooonnn !

- Viens ici. »

Karuna s'éloignant, gardant sa tête penchée. Jiguro entra dans le refuge et s'empara d'un petit pot en terre cuite.

« Karuna, ne m'oblige pas à employer la force, le menaça Balsa en le suivant.

- Tire pas dessus !

- Je ne tirerai pas dessus, ça va te faire mal sinon. »

Où est Tanda quand nous en avons besoin ? maugréa-t-elle intérieurement.

Elle espérait que le petit lézard n'était pas venimeux. Seuls ceux qui provenaient de Sangal ou du sud de Rota pouvaient l'être, mais pas tous.

« Maman ! l'appela Jiguro en montrant le pot. Si tu arrives à attraper le lézard et libérer Karu-Kun, on peut enfermer le lézard dedans !

- D'accord, mais on ne le garde pas, le prévint-elle. Karuna, viens ici, mon cœur.

- Nooonnnn.

- Tu ne peux pas garder le lézard accrocher à son nez comme une boucle d'oreille. Il va falloir le retirer. Ça va faire mal sur le coup, mais tu t'en sortiras, allez. »

Karuna pleurnicha, refusant encore de toucher le petit lézard.

« Je vais le surnommer Kalbo, grogna-t-elle en parlant de la bestiole. Aussi tenace que chiendent. Jiguro, tiens-toi proche de ton frère et quand je le dirai, place le pot proche du lézard.

- D'accord. »

Rapidement, elle arriva derrière son fils et l'immobilisa d'un seul bras, collant son dos contre son ventre. Elle ordonna à Karuna d'arrêter de gesticuler dans tous les sens pour se libérer.

« Ça va aller, mon trésor. Je vais faire ça rapidement.

- Hiiiiikkk ! »

Jiguro se tenait déjà prêt pour enfermer le lézard dans le pot. Rapidement, Balsa faufila son petit doigt sur l'une des commissures de la gueule de la bestiole et, au risque de se faire mordre par ce dernier, réussit à lui faire lâcher-prise. Comme prévu, il resta accrocher à son petit doigt. Ayant vécu nombres de combats et de blessures, en plus de ses accouchements, plus rien ne pouvait lui faire atrocement mal physiquement… sauf les blessures émotionnelles. Karuna se libéra rapidement et frotta son nez en gémissant. Ignorant le signal de douleur, Balsa leva son doigt pour observer « Kalbo », intriguée. Jiguro leva le pot et elle le déposa à l'intérieur, lui donnant une pichenette sur le museau pour qu'il lâche prise. Le benjamin des jumeaux s'empressa de refermer le couvercle avec un grand sourire, comme s'il venait de ramasser un trésor inestimable.

« Il s'appelle Kalbo, l'informa Balsa. C'est le nom que j'ai choisi pour lui.

- Kalbo, répéta Jiguro. On peut vraiment pas le garder ?

- Dans quoi voudrais-tu le mettre ? Nous n'avons aucune cage de bois.

- Peut-être que Papa pourrait aller au Bas Ougi, voir Oncle Tohya et Tatie Saya ! Ils doivent en avoir tout plein dans leur magasin !

- Je vais y réfléchir. »

Balsa se dirigea vers son fils pour regarder les blessures laissées par les dents de Kalbo.

« Viens, on va aller traiter ses plaies.

- Mon nez est enflé ? questionna-t-il.

- Il est un peu rouge. Ce qui en soi, est normal. »

Ils entrèrent tous les trois dans le refuge et la lancière s'occupa du nez de son fil. Son petit doigt n'avait presque rien, mais elle le traita également par mesure de prévention contre une possible infection. Elle savait bien mieux comment traiter les blessures que la majorité des médecins de renoms au Bas Ougi. C'était à cause de Tanda, disait souvent Motoko.

« Mais qu'est-ce que vous faisiez pour vous retrouver dans une telle situation ? demanda-t-elle en cherchant à avoir des explications.

- On jouait dans la forêt, répondit simplement Jiguro.

- Et on a trouvé ce lézard, renchérit Karuna. Alors, on l'a apprivoisé et je l'ai tenu dans mes mains…

- Et comment s'est-il retrouvé sur ton nez ? »

Il y eut un court silence, jusqu'à ce que Jiguro parle pour son frère.

« Il a voulu imiter une légende Yakue, qui dit que si on embrasse un lézard ou une grenouille sur la bouche, une belle princesse arriverait ! »

Se retenant d'éclater de rire, Balsa garda un air taciturne.

« J'ai cru que c'était une bonne idée, mais ça a fait mal ! rétorqua Karuna pour sa défense.

- Il ne faut pas croire tous ce que ces légendes disent, même s'il y a toujours une certaine part de vérité, soupira-t-elle finalement.

- Je le ferai plus !

- Que ça te serve de leçon, jeune homme. »

Un peu avant le repas du soir, Motoko revint de sa tournée de visites à domicile avec son père. En plus de manier la lance de façon experte comme sa sœur aînée et sa mère, Motoko avait aussi un penchant pour apprendre la médecine et en particulier les naissances.

« Nous revoilà ! annonça Motoko. Allô Maman !

- Bonjour, ma belle, la salua Balsa en la recevant dans les bras. La journée s'est bien passée ? »

Motoko soupira, démontrant sa fatigue accumulée, avant de se ressaisir.

« Oh oui ! Super bien.

- Elle apprend vite et reste curieuse de tout. Elle est très autonome, fit Tanda en déposant son sac. Nao n'est toujours pas de retour ?

- Il est encore parti vagabonder avec Maître Torogai, lui apprit Balsa. Même à quatorze ans, elle le considère encore comme un petit garçon en plus d'être son apprenti. Dis Tanda, est-ce que nous avons une petite cage en bois avec un couvercle en grillage ?

- Eh, je ne suis pas certain de ta demande… pourquoi ? »

Pour toutes réponses, Balsa tourna la tête vers les jumeaux qui soulevaient légèrement le couvercle pour regarder Kalbo. Elle raconta ainsi à son mari la péripétie de leurs fils ainsi que son nez. Il éclata de rire en entendant comment sa femme avait baptiser le lézard.

« Les jumeaux tiennent absolument à le garder, soupira Balsa. Mais je ne sais pas ce que ça mange en hiver et je ne suis même pas certaine qu'il puisse survivre en captivité. C'est quand même une petite bête sauvage.

- En autant qu'il ne sorte pas de son pot pour venir me chatouiller les orteils pendant la nuit ! paniqua légèrement Motoko.

- Ne t'inquiète pas ma chatonne. Il restera dans son pot, à l'extérieur proche du cerisier de Kasem, jusqu'à ce que nous ayons trouvé la cage pour lui.

- Ouf ! »

Un peu après le bain des jumeaux, Tanda vérifia la blessure de son fils méticuleusement et ajouta une pommade antiseptique pour aider à la guérison. Jiguro tenait absolument à garder Kalbo avec eux dans la maison, mais Balsa tint son bout et le pot trouva sa place à l'extérieur, sur le banc de bois. Elle déposa une lourde pierre sur le couvercle, de sorte que les chats sauvages – s'il y en avait de passage au courant de la nuit - ne le fassent pas tomber, avant de rentrer de nouveau à l'intérieur.

Une fois tous les enfants au lit, et après avoir décompressé à leur tour, Tanda et Balsa montèrent à l'étage du haut pour trouver leur futon. La guerrière poussa un soupir alors qu'elle couchait sa tête sur l'oreiller.

« Mais dans quoi est-ce que nous nous sommes encore retrouvé les pieds ? demanda-t-elle.

- Encore d'autres aventures familiales qui ne cesseront de nous étonner, répondit Tanda en lui volant un baiser furtif sur les lèvres. Je n'ai pas trouvé de cage comme demandé dans nos affaires, alors quand je partirai demain avec Motoko, je passerai faire un coucou à Tohya et Saya.

- Bonne idée. Bonne nuit, Tanda.

- Bonne nuit, Balsa. Je t'aime.

- Je t'aime aussi. »

Balsa se retourna sur le côté. Elle sentit son mari se presser dans son dos et entourer son flanc de son bras. Déjà douze ans de mariage.