En restant sur le droit chemin

-Maître Gaunt, salua Abraxas.

Pour toute réponse, Tom grommela.

Cela faisait six ans qu'il avait quitté Poudlard et cinq qu'il était entré en apprentissage en Sicile. Fasciné par ses prédispositions, Julio Zabini l'avait débauché de l'entreprise dans laquelle il travaillait depuis quelques mois à peine et l'avait pris en tant qu'apprenti en enchantements. Certes, ses connaissances dépassaient largement ce domaine mais ce n'était pas lui qui allait le crier sur tous les toits.

Quand Tom avait quitté la Grande Bretagne par la grande porte, il avait appris que Dumbledore le faisait rechercher depuis quelques semaines par son faire-valoir, Elphias Doge. N'étant sous la responsabilité de personne, le jeune homme était parti sans un seul regard en arrière mais dès qu'il fut confortablement installé en Italie avec Julio Zabini, il s'était rendu à Gringotts comme il l'avait promis à Abraxas et à Charlus pour revendiquer l'héritage des Gaunt, puisqu'il ne pouvait pas demander celui de Serpentard. Après avoir confirmé ses origines, il avait appris que la lignée Gaunt dont il descendait avait été désavouée par la lignée principale pour avoir prôné une consanguinité extrême et l'anéantissement des non magiques. Les gobelins avaient ainsi mis en contact l'actuel lord Gaunt, exilé au Danemark, avec le dernier héritier de la branche secondaire qui, contrairement à ses aînés, n'avait pas sombré dans la folie. Au fur et à mesure qu'ils apprenaient à se connaître, Tom et son grand cousin Erik avaient fini par se lier étroitement et le jeune sorcier envisageait sérieusement de se faire adopter pour éteindre la branche secondaire définitivement, d'autant plus qu'elle n'avait plus aucun intérêt avec l'emprisonnement à vie de Marvolo, son grand-père, la mort récente de son oncle Morfin et la ruine financière et magique depuis plusieurs générations de cette famille.

Tom Gaunt – il avait définitivement abandonné le nom de Riddle quand il avait découvert que son père Thomas Riddle ne l'avait jamais reconnu devant l'administration moldue, ce qui faisait que légalement parlant, son nom complet était Thomas Marvolo Gaunt – était de retour en Grande Bretagne pour la naissance du premier enfant d'Abraxas, Lucius. Le nouveau père comptait également profiter de l'occasion pour réunir leurs amis pour fêter la maîtrise d'enchantements que venait d'obtenir Tom. Le groupe formé pour protéger le jeune homme s'était agrandi au fil des ans avec les épouses de Charlus et d'Abraxas, Dorea et Gwendoline, puis le petit frère de Charlus et sa femme, Fleamont et Euphémia, plusieurs cousines et cousins de Dorea, Walburga, Cygnus et Alphard Black, Régis Urquhart, Margareth McKinnon, Gareth et Felix Prewett, ou encore Angus Shafiq. Tous avaient du ressentiment envers Dumbledore et pouvoir se mettre en travers de l'un de ses plans était une satisfaction devant laquelle aucun d'entre voulait passer. D'autres élèves avaient été tirés des griffes de Dumbledore et pour cela, Abraxas avait intégré le conseil d'administration de l'école. Cela lui avait même permis d'empêcher une nomination précoce du pseudo héros au poste de directeur officieux. A la place, avec les autres membres du conseil, ils avaient désigné un assistant pour le directeur Armando Dippet et bonus, qui ne portait aucune estime pour le vainqueur de Grindelwald sans pour autant être passé par Serpentard.

-Je suis le premier ? s'étonna Tom

-J'ai toujours apprécié ta ponctualité, confirma Abraxas. Riga va te conduire à tes appartements et ensuite, nous discuterons un peu avant la soirée.

-M'installer ? sursauta Tom. J'ai déjà réservé un hôtel, Abraxas !

-Je vais décommander, ne t'inquiète pas, assura Abraxas.

Tom plissa le regard, méfiant.

-Tu me caches quelque chose, comprit Tom.

-Nous en discuterons tout à l'heure, promit Abraxas.

Inquiet, Tom prit donc ses quartiers après qu'un elfe de maison lui ait rapporté ses affaires puis fut conduit dans le bureau de son hôte.

-Je pense que le mieux serait de te le faire voir, déclara Abraxas quand Tom s'assit avec son plus bel air buté. Cela s'est passé quelques minutes après que j'ai rendu ta chambre et la personne qui m'a fourni le souvenir a été correctement dédommagée.

Tom renifla. C'est une pique ironique par rapport au fait qu'aux débuts de leur amitié, le plus jeune était d'avis de « récompenser » par la force, donc qu'il ne serait pas contre leur offrir quelques doloris si les informations ne lui convenaient pas.

Abraxas, un sourire en coin, lui présenta une pensine dans laquelle ils plongèrent tous les deux. Le souvenir commença dans le hall de l'auberge le Chemin Traversant, où Tom avait initialement réservé pour la semaine. Ils virent l'elfe de maison aux armoiries du clan Malfoy réclamer ses bagages puis ils virent des aurors s'approcher à leur tour et exiger la clé de la chambre de Tom Riddle. La discussion fut houleuse entre le personnel hôtelier qui ne pouvait fournir l'information sans document attestant de la légalité de leur démarche – au-delà du fait que personne ne s'était présenté sous ce nom ces derniers jours – et les aurors qui les menaçaient d'une mauvaise presse pour abriter entre leurs murs un probable criminel recherché. Le directeur de l'établissement ne tarda pas à se présenter et à exiger l'ordre d'arrestation de son client. Comme les aurors ne pouvaient produire ledit document – et rechignaient clairement à le faire – ils furent fermement invités à poursuivre leur chemin s'ils ne voulaient pas être accusés de troubles à l'ordre public. Tom sortit du souvenir, songeur.

-Le directeur de l'auberge n'a pas hésité une seule seconde à les menacer, constata Tom.

-C'est parce que ce genre de débordements arrive fréquemment, expliqua Abraxas en se servant une tasse de thé et en proposant une à son interlocuteur. Il existe une … faction dissidente chez les aurors qui préfère prendre ses ordres de Dumbledore plutôt que de son propre chef. Ça ne les intéresse pas de savoir que leur fameux chef a été mis à ce poste par leur grand héros. Mais bref … Nos contacts au sein du ministère nous ont informés que ton ancien nom faisait partie d'une liste qui devait impérativement se faire interroger au bureau des aurors. Qu'il n'y ait aucune raison officielle n'a pas l'air de les déranger.

-Ils ne viendront pas ici ? s'inquiéta Tom

-S'ils ne veulent pas d'ennuis, ils n'oseront pas, assura Abraxas.

Cela avait été dit avec une telle détermination que Tom ne pouvait qu'en être convaincu.

-Bon, fit Tom. Pourquoi je suis ici ? Parce que je suis certain que ton fils n'est pas la seule raison.

-Quelqu'un se sert de ton ancien surnom pour créer des troubles, révéla Abraxas. Pour l'instant, c'est assez discret mais je ne serais pas étonné que d'ici quelques années, on parle de Voldemort comme le sorcier à abattre. Et comme un imbécile, tu ne te cachais pas pendant ta scolarité …

Tom eut assez de sang-froid pour ne pas rougir de honte. Rétrospectivement, adolescent, il était pire qu'un petit con, et il était généreux ! Il n'arrivait pas à comprendre comment il avait pu être d'une telle stupidité en croyant sur parole un sorcier qui n'avait en réalité pas fait plus que ce qu'on lui avait ordonné en le cherchant dans son orphelinat.

-Qu'est-ce que tu proposes pour contrer cette attaque ? demanda Tom

-Je sais que tu aimes ton indépendance mais je pense que tu devrais accepter la protection du Cercle des Enchantements, proposa Abraxas.

-Pourquoi ? s'étonna Tom sans s'énerver

-Parce qu'il pourra parfaitement te défendre si Dumbledore a l'audace de porter des accusations contre toi, répondit Abraxas. Surtout en sachant qu'il n'a pas le soutien de la guilde de métamorphoses.

Tom sourit. Quand le Cercle des Enchantements l'avait accueilli en son sein quand il avait obtenu sa maîtrise, il avait appris que la guilde de métamorphoses, indépendante des gouvernements comme toutes les guildes à travers le monde, avait le plus grand mépris pour Albus Dumbledore car il s'était auto-attribué ses plus hauts degrés de maitrise. En fait, il se murmurait qu'elle attendait l'ultime faute pour le radier et s'il se fiait à ce qu'il entendait, cela n'allait pas tarder.

-J'ai mieux, sourit Tom. Maître Zabini m'a mis en contact avec un autre maître pour que j'entre en apprentissage.

-Encore ? s'étonna Abraxas. Quel domaine ?

-La Voie Lactée, répondit Tom avec un sourire vicieux.

Abraxas ne put s'empêcher d'éclater de rire. Parmi les guildes les plus prestigieuses, la Voie Lactée, qui regroupait tous les pratiquants dans les arts de l'esprit, était de celles qu'on ne pouvait pas chatouiller impunément. Relativement discrète, elle récupérait sans tambour ni trompette toute personne qui avait un talent certain dans leur domaine et les affinait jusqu'à la maîtrise et même au-delà. Elle avait toutefois la dent particulièrement dure envers Dumbledore depuis qu'il s'était prononcé ouvertement contre l'occlumencie et ses applications pratiques, et qu'il avait poussé le gouvernement à réglementer plus sévèrement le domaine.

-C'est de plus en plus intéressant, sourit Abraxas. Tu commences quand ?

-Dès la fin de mes vacances ici, assura Tom. L'avantage le plus intéressant est qu'une fois ma maîtrise obtenue, si je dois passer devant la justice, qu'importe le sujet, mon témoignage ne sera valide que s'il est pris par une personne accréditée par la Voie Lactée. Or, à ce jour, d'après maître Zabini, il n'y a personne doté de ce sésame en Grande Bretagne et tant que Dumbledore gagnera autant en influence, cela ne sera pas près d'arriver.

-Effectivement, concéda Abraxas. L'idéal serait que tu ne le cries pas sur tous les toits.

Tom ne put s'empêcher de rougir. Le blond ne comptait pas le lâcher sur le sujet !

-Tu es le seul au courant, grinça Tom. Est-ce que tu pourrais te renseigner sur la raison pour laquelle je suis recherché ?

-Cela m'intrigue aussi, avoua Abraxas. Mais ne t'inquiète pas, nous veillons sur tes arrières.