Auteur : Setsunafr - 10/05/2023

Disclaimer : Le monde de Kuroko No Basuke et les personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki

Rating : T

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Coucou à tous.

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas posté. Je ne reviens pas encore avec la suite de mes histoires en cours mais avec un OS. Il devait être publié pour l'anniversaire de Kuro-Hagi mais il a mis plus de deux mois à se construire…

L'idée de départ m'est venue en lisant une petite fic sur le fandom de Saint Seiya. Il s'agit de Blind Date de Saha-C. Si vous aimez ce manga et que vous êtes fan de Radamanthe et Kanon. Je vous invite à lire son histoire. Elle est géniale :)

Un grand merci à Dawlly pour ses encouragements. Sans elle, je pense que j'aurais abandonné tant je ne parvenais plus à avoir de recul et voir si cela fonctionnait. Et merci aussi, Dawlly pour l'aide avec l'image :D

Voilà voilà :D

Alors, Joyeux anniversaire en retard, Kuro.

J'en profite également pour vous souhaiter à tous un joyeux AoKagaDay.

Et une grosse pensée également pour Malo (j'ai décidé que ton anniv serait en juin xD)

Bonne lecture à toi, Kuro

Bonne lecture à tous

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Rendez-vous arrangé

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Assis derrière la petite table ronde, Kagami patientait. La joue posée sur son poing fermé, il observait la cuillère tourner un peu trop rapidement dans sa tasse de café noir. Se retrouver enfermé dans un café, un samedi après-midi alors qu'il pourrait le passer à évacuer son trop plein d'énergie sur un terrain de street basket ne l'enchantait guère. Quelle idée saugrenue Tatsuya lui imposait-il une fois de plus ?

Récemment arrivé sur le sol nippon après plus d'une décennie de vie aux Etats-Unis, Kagami renouait difficilement avec sa terre natale. Tout lui semblait étranger. Du haut de ses vingt ans, les souvenirs de sa vie tokyoïte ne revenaient que par flash, lui donnant l'impression d'être étranger à sa propre patrie. Au moins, le mois durant lequel son frère de cœur l'hébergea lui permit de se réacclimater à la langue. Mais au-delà de ses contacts avec Tatsuya, il ne faisait pas particulièrement d'effort pour lier connaissance avec qui que ce soit. Ce qui, malgré son opposition, lui valut sa présence en ces lieux.

Perdu dans ses réflexions, Kagami ne vit que tardivement l'homme qui, une main dans la poche, s'empara de la chaise en face de lui pour s'y installer, ou plutôt s'y laisser nonchalamment tomber. Dans une position à la limite du je-m'en-foutisme, le nouveau venu ne daigna même pas poser un regard sur lui.

Kagami stoppa le mouvement de sa cuillère avant de le reprendre en observant en silence l'être vautré à sa table. A l'évidence, cet homme préférerait se trouver à mille lieux de là.

Un peu comme lui, à vrai dire...

Il posa sa cuillère sur une petite serviette de papier à côté de sa tasse, se cala contre le dossier de sa chaise, et attendit que son vis-à-vis daigne sortir de sa contemplation du plancher, durant ce qui lui sembla une petite éternité. Mais finalement, la patience n'étant pas son fort, il finit par se racler la gorge, s'attirant un soupir de l'inconnu qui leva un œil blasé sur lui.

Un œil d'un bleu orage que faisait ressortir sa peau mate, mais dans lequel ne reflétait que désintérêt et lassitude, ce qui fît s'interroger Kagami.

Ce qui le marqua plus encore fût lorsque ce dernier prit la parole.

- Bon. On va la faire rapide. Signe-moi ce truc pour prouver que je suis venu et je me casse, dit l'homme en posant sur la table un papier froissé directement sorti de sa poche de jeans.

Au-delà de la réflexion qui le surprit, Kagami fût frappé par cette voix grave. Une tessiture de basse à le faire frémir jusqu'au tréfond de ses tripes. Il prit quelques secondes avant de s'intéresser au chiffon que l'autre poussa de deux doigts vers lui, sur lequel il lut le texte rédigé à la main d'une écriture soignée.

« Je, sous signé Kagami Taïga, atteste qu'Aomine Daiki s'est bien présenté ce samedi 10 mai au Kōhī, table 23 et qu'il a pris le temps d'échanger avec moi ».

Kagami haussa un sourcil devant le chiffon qu'il tenait entre les mains. Un justificatif de présence ?! Qui était ce mec pour avoir à justifier de sa présence à un rendez-vous arrangé ? Il relu l'identité de son date, que Tatsuya avait refusé de lui révéler lors de l'organisation de cette rencontre.

- Aomine Daïki… C'est ton nom ?

- Ouais mais on s'en fout, faut que tu signes ! ordonna l'homme sans plus d'explication.

Kagami resta quelque peu perplexe face à cette directive.

- Quoi ? c'est pas la table 23 ? demanda sèchement son vis-à-vis.

- Heu... si...

- T'es pas Kagami Taïga, peut-être ?

- Si, c'est bien moi...

- Donc tu signes et tu me libères de cette corvée !

Kagami secoua négativement la tête. Non mais n'importe quoi !

- Je ne vais pas signer ça. On n'est pas en TD à la fac ! Et puis de toute façon, je n'ai pas de stylo…

Aomine souffla devant la flagrante mauvaise volonté de son interlocuteur.

- Ben t'improvises ! J'en sais rien moi, une petite coupure au bout du doigt, une empreinte digitale rouge, et c'est bon !

Kagami le regarda avec incrédulité. Ce mec avait certes une voix à vous filer le frisson du siècle mais les mots qui sortaient de sa bouche n'étaient qu'un ramassis d'idioties.

- C'est complètement ridicule ! déclara-t-il en repoussant le papier vers l'autre d'un geste sec.

Ce renvoi du chiffon sur l'autre bord de table déclencha un silence désagréable entre eux.

Les omoplates négligemment posées sur le dossier de sa chaise et les mains de nouveau glissées dans les poches de son jeans, Aomine fixa l'objet de son salut en grimaçant.

- Ok, donc, faut que je négocie ton gribouillis en plus de m'être farci le trajet jusqu'ici !

- Range le, je te dis. Je ne signerai pas.

L'œil bleu jusqu'alors blasé se teinta d'un petit éclair de colère accompagné d'une ride du lion bien marquée sur le front, avant de laisser place à une lueur de défi et un petit sourire provocateur.

- Avoue. En fait, tu sais pas signer...

Kagami le regarda, l'air idiot, avant de renvoyer à son tour un oeil mauvais à cet homme qui commençait à lui courir méchamment sur le haricot.

- Non mais t'es complètement con en fait.

- Oï, qui tu traites de con ?!

- Ben toi, on est que deux à cette table.

Aomine serra les dents. Pour qui se prenait ce Kagami qu'il ne connaissait ni d'Adam ni d'Eve, pour l'insulter de la sorte, lui qui avait fait l'immense effort de venir dans ce café alors qu'il n'en avait pas du tout envie. Et puis… il lui fallait cette signature, sans cela…

Il respira profondément par le nez en fermant les yeux pour tenter de regagner un peu de sérénité… mais décida finalement que se calmer n'était pas dans ses gênes et repoussa vivement le papier vers l'homme en face de lui.

- Bordel, mais signe le ! J'ai un otage à libérer, moi !

Kagami, qui entamait une boule bien serrée avec le torchon qui lui était revenu en boomerang, s'arrêta net, interloqué. Il fixa des yeux écarquillés sur Aomine.

- Un otage ?

- Ouais, c'est du sérieux ! Alors signe !

- Mais, en quoi notre rendez-vous a à voir avec une prise d'otage ?

- C'est du Satsuki tout craché, grommela Aomine.

- C'est qui, Satsuki ? demanda Kagami, se sentant légèrement perdu.

Aomine se renfonça dans sa chaise et se laissa le temps de la réflexion. Devait-il entrer dans des explications avec cet inconnu ? Il soupira et dit, presque pour lui-même.

- Satsuki, c'est celle qui va se prendre une soufflante quand ce cinéma sera terminé.

Toujours aussi perdu, Kagami avança le torse vers la table pour demander, le front plissé d'étonnement :

- Donc, il y a une Satsuki, qui retient quelqu'un en otage pour que tu assistes à ce rendez-vous arrangé avec moi ?

- Exactement !

- Mais… c'est ridicule ?! conclut Kagami alors que son vis-à-vis sortait son téléphone pour le consulter.

Pourquoi Tatsuya lui imposait-il un rendez-vous avez un type pareil ? Nonchalant, impoli, et à l'évidence complètement stupide, pensait-il lorsque son regard fût attiré par le fond d'écran du date en question, qu'il identifia clairement malgré la furtivité de l'affichage.

- Tu es fan de basket ? questionna-t-il, intéressé.

A l'entente de la question, les doigts d'Aomine stoppèrent leur course sur le clavier tactile et il reporta son attention sur Kagami.

- Ouais, pourquoi ? demanda-t-il, méfiant.

- Parce que tout le monde n'a pas Shaquille O'Neal en plein dunk en fond d'écran.

Cette remarque surprit Aomine qui ne répondit pas immédiatement et préféra jauger l'homme avant de demander à son tour :

- T'es fan de basket aussi ?

- Absolument, répondit Kagami dans un sourire.

Aomine le toisa, quelque peu méfiant et il réalisa alors la carrure de Kagami, moulée dans un tee-shirt blanc et une surchemise rouge laissée ouverte, bien supérieure à celle d'un japonais moyen.

Intéressant…

Mais un corps musclé ne signifiait rien, à part peut-être un mec qui passait ses journées en salle de muscu et peinait à déplacer sa carcasse. Un lourdaud quoi…

- Mouais… T'es trop carré pour être basketteur.

Kagami se rembrunit.

- Comment ça je suis trop carré pour être basketteur ?

- Le basket, c'est délicat. Trois maitres mots : finesse, style et doigté. Tout dans le geste et en souplesse. Toi, t'as juste l'air d'un gros bourrin.

Kagami frappa du poing sur la table en fronçant les sourcils d'un air rageur, faisant basculer sa tasse sur la surface ronde à effet Terrazzo.

- Non mais tu es qui, toi, pour me traiter de gros bourrin ?! cria-t-il presque à l'intention de son interlocuteur, faisant se retourner les clients des tables voisines.

Cela n'impressionna pas pour autant Aomine qui s'en amusa même.

- Quand tu t'énerves, on a l'impression que tes cheveux se dressent sur ta tête, se moqua-t-il avant de scruter son visage de manière peu discrète. Oh mais… la vache, j'avais pas fait gaffe mais c'est quoi ces sourcils biscornus ?

Kagami se recula vivement en rétorquant tout aussi vite.

- De quoi je me mêle ?!

Non que cette remarque ne soit pas une habitude, mais l'entendre de la bouche de cet Aomine l'énerva au plus haut point. Qui était-il pour juger ainsi sa carrure et son visage ? Il allait illico le planter là, et dire sa façon de penser à Tatsuya quant au choix des personnes qu'il lui faisait rencontrer.

- Hé ! réalisa Aomine. T'as failli mettre du café sur mon téléphone.

Il ronchonna en vérifiant l'état de son bien, le retourna dans tous les sens puis s'assura de son bon fonctionnement en commençant un message.

L'énervement de Kagami retomba immédiatement lorsqu'il vit la flaque de boisson encore chaude étalée sur la table.

- Shit !

Il s'empara de la petite serviette en papier qui attendait patiemment sous sa cuillère et commença à éponger méticuleusement les traces de son méfait pendant qu'Aomine pianotait sur son téléphone.

[De moi : 15h24]

Je peux savoir pourquoi tu m'as collé un rdv avec ce ty

Aomine stoppa sa saisie et releva le nez en constatant que Kagami se levait et quittait la table. Où allait-il sans avoir signé son papier ? Il fût rassuré en l'observant s'arrêter au bar avec sa serviette dégoulinante de café et profita des quelques secondes durant lesquelles son date du jour échangeait avec la serveuse en lui tournant le dos pour le détailler.

- Presque aussi grand que moi, se surprit-il à exprimer à mi-voix. Et clairement large d'épaules.

Il détourna le regard lorsque Kagami montra leur table du doigt à la serveuse et attendit son retour, sans terminer son SMS. Il le regarda se réinstaller et planter ses yeux rubis dans les siens en silence. Inutile de prononcer le moindre mot. Le visage fermé que Kagami lui adressait valait tous les discours. Son petit tacle au sujet des sourcils bifides n'avait à l'évidence pas plu. Mais franchement... Cette particularité valait tout de même une petite remarque. A bien y regarder, les sourcils étaient certes bizarres mais il fallait bien avouer que la couleur rubis de ses iris l'intriguait. Elle tournait d'ailleurs un peu au rouge sang sous la colère mal contenue de son propriétaire. Aomine décida donc de désamorcer la situation pour que l'autre s'adoucisse et finisse par signer son papier pour prouver à Satsuki toute la bonne volonté mise dans ce rendez-vous. De sa voix grave, il repris donc :

- Ok, tu fais quoi dans la vie, à part laver les tables dans les bistrots ?

Oui, désamorcer, mais pas trop quand même. Une petite pique sur la méticulosité de cet homme lors de son nettoyage de table, juste pour le plaisir, ne ferait de mal à personne.

Kagami n'eut pas le temps de répondre. La serveuse arriva avec de quoi faire briller la surface blanche mouchetée et leur demanda :

- Désirez-vous boire quelque chose ?

- Mettez-lui la même chose et un pour moi également, merci, commanda Aomine en regardant la demoiselle ramasser la tasse vide et donner un dernier coup de chiffon.

Puis, s'adressant à Kagami :

- C'est pour me faire pardonner de m'être foutu de tes sourcils.

La remarque fit relever les yeux de la serveuse qui se retint au dernier moment d'examiner les sourcils de son client et s'éclipsa vers le bar après un sourire à leur attention. La réaction de la demoiselle n'échappa pas à Aomine qui, satisfait de son petit effet, sourit d'un air victorieux avant de reprendre plus sérieusement.

- Alors, tu fais quoi dans la vie ?

Apaisement, apaisement !

En face de lui Kagami ne savait plus trop s'il devait répondre sérieusement ou envoyer balader ce mec horripilant. Ses manières l'agaçaient et son sans gêne lui donnait envie de lui en coller une. Toutefois, il se dégageait de cet homme un quelque chose qu'il ne parvenait à définir et qui l'intriguait.

Après un temps de réflexion, Kagami prit le parti d'entrer dans son jeu.

- Je termine une formation de pompier.

- Ah ok. D'où ta carrure ! Du coup, j'avais pas tort en pensant que tu passes ton temps en salle de muscu.

- Je ne passe pas mon temps en salle de muscu. Nos entrainements n'ont rien à voir avec le fait de soulever des poids sur un banc ! s'énerva Kagami.

Mais quel emmerdeur, ce mec ! Tout bien réfléchi, il aurait mieux fait de quitter les lieux…

- T'arrive à passer l'épreuve de la planche avec ta carcasse lourde ?

- What the… Mais tu vas me lâcher ?! Je passe la planche tranquille figure-toi. On ne pourrait surement pas en dire autant de toi.

- Tss ! Je te fais une démonstration quand tu veux. Tout en souplesse et en agilité. Une vraie panthère ! affirma Aomine en souriant d'un air satisfait.

Kagami roula des yeux. Ce qu'il ne fallait pas entendre… Il n'eut toutefois pas le temps d'exprimer sa façon de penser quant à la ressemblance de son date à un animal beaucoup moins flatteur, car la serveuse revenait avec les cafés qu'elle déposa sur la table. Il la remercia d'un mouvement de tête et attendit qu'elle s'éloigne pour s'emparer d'une des tasses et y plonger la cuillère, dans le mince espoir que son mouvement régulier dans le liquide noir l'apaise. Il finit par reprendre aussi calmement que possible :

- Fais-moi rire. Tu fais quoi dans la vie, à part emmerder le monde ?

Aomine prit le temps d'amener sa tasse à lui, d'y déposer un sucre et de touiller son café avant de répondre.

- Dernière année d'école de police, dit-il en plantant son regard bleu tout en provocation dans celui de Kagami.

Le futur pompier en resta estomaqué, stoppant net le mouvement de sa cuillère. Non mais sérieusement ?

- Toi, flic ? demande-t-il sur un ton révélant clairement ce qu'il pensait de cette idée. Tu te fous de moi ?

- Absolument pas.

- Pauvres citoyens de Tokyo…, ironisa Kagami en reprenant son touillage de café.

- Oï, qu'est-ce que tu insinues ? demanda Aomine que la remarque fît grincer des dents.

- J'ose même pas imaginer que tu puisses te balader dans les rues avec un flingue…

- Un flingue, une matraque, et l'uniforme respectable des représentants des forces de l'ordre. Tu seras bien content de me trouver en cas de pépins.

Peu convaincu, Kagami ne put réprimer une petite moue tordant sa bouche en une grimace reflétant ce qu'il pensait de la tirade d'Aomine.

- Et qu'est ce qui t'a amené à choisir cette voie plutôt… étonnante ?

Pour ne pas dire autre chose…

Aomine fixa Kagami, se donnant le temps de la réflexion quant à la réponse qu'il lui ferait. A l'évidence, l'homme donnait peu de crédit à son investissement dans sa futur vie professionnelle. Après tout, il ne pouvait pas vraiment lui en tenir rigueur. Son comportement jusqu'alors ne lui donnait pas l'image d'un homme respectable et sur lequel on peut s'appuyer en cas de problème.

Après un long silence d'introspection, le futur flic porta sa tasse à ses lèvres, avala une gorgée de café et la reposa dans la soucoupe assortie.

- Mon premier choix s'est révélé inaccessible…, finit-il par exprimer en laissant filer son regard sur les clients installés autour d'eux, sans réellement les voir.

- Tu as trop emmerdé ton monde et on t'a fichu à la porte ?

Aomine lui jeta un regard peu avenant en coin.

Non mais oh ! Voilà que l'autre l'insultait alors qu'il venait de décider d'être honnête…

Bon, en réalité, ce petit tacle était bien mérité... Quand on joue au con…

- Ça t'aurait surement bien fait rire, hein ? ironisa-t-il pour se redonner contenance. Mais non. J'ai même pas essayé. Ils m'auraient recalé à coup sûr.

Kagami plissa les sourcils devant ce qu'il analysa comme un manque évident de volonté.

Inimaginable pour lui !

- Tu n'arriveras jamais à tes fins en partant battu d'avance. L'implication et le travail, il n'y a que ça qui paie ! rétorqua-t-il sur un ton moralisateur.

Non mais… de quoi je me mêle ? pensa Aomine.

- Oï. Parle pas de ce que tu ne connais pas. Je ne pars pas battu d'avance. Je sais exactement comment cela se serait passé.

- On ne peut pas savoir avant d'avoir testé !

- Mais tu m'énerves ! Bien sûr que cela n'aurait pas fonctionné. Je les entends d'ici : Aomine, ton style n'est pas du tout académique. Aomine, tu joues trop perso. Tu n'es pas seul sur le terrain ! Et encore bien d'autres conneries du genre !

Kagami écouta attentivement et laissa un blanc s'installer entre eux, le temps de décrypter les paroles d'Aomine.

Un style pas académique ?

Un jeu trop perso ?

Une seconde…

- Euh… Tu es en train de me dire que tu envisageais une carrière de sportif pro ? questionna-t-il, son intérêt piqué au vif.

- Non, je voulais être pâtissier !

- Pâti…, balbutia Kagami, les yeux ronds comme des billes.

Aomine secoua la tête devant la naïveté de ton interlocuteur.

- Ben oui, baka, je voulais devenir sportif pro. Basketteur pro même, si tu veux tout savoir.

Kagami resta figé d'étonnement devant la révélation. Ce mec, chiant au possible, avait envisagé une carrière de basketteur professionnel ?!

« Are you kidding me ?! » fût la seule phrase qui franchit les lèvres du futur pompier.

- Je kidding rien du tout. D'où tu me sors des mots qui n'existent pas ?

Kagami secoua la tête avant de se passer une main dans les cheveux pour cacher son trouble.

- Désolé, quand je suis surpris, j'ai tendance à oublier de parler japonais.

- Parce que tu parles pas japonais d'habitude ? s'étonna le futur flic.

- Si… enfin oui et non. Je reviens de dix ans aux Etats-Unis alors il faut que je fasse attention à parler la bonne langue…

- Tu reviens des States ?

- Ouais, je me suis réinstallé sur Tokyo il y a un peu plus d'un mois.

Aomine le toisa avant de reprendre :

- Tu rentres à peine au pays, enfin, si tu es bien japonais de naissance, et l'une des premières choses que tu fais, c'est de t'inscrire sur des sites de rencontres au lieu de …

- Je t'arrête tout de suite, l'interrompit Kagami. Ce n'est pas moi qui me suis inscrit. C'est mon frère qui m'a imposé ce date… et pour répondre à ta question, oui je suis bien japonais de naissance.

- T'es vachement plus grand et carré qu'un japonais…

- Tu peux parler ! A vue de nez on doit faire la même taille.

- Nope, je suis plus grand que toi, répondit Aomine du tac-au-tac. Et moins lourd, c'est une évidence.

- Ne recommence pas avec ça ! râla Kagami alors que son vis-à-vis lui renvoyait un sourire vainqueur.

- Ouais bon allez, on s'en fout ! Donc, quand tu étais aux States, tu as assisté à des matchs de la NBA ? De quelles équipes ? Tu soutiens qui ? Bulls ? Raptors ? Lakers ? Franchement, la saison des Raptors, c'était pas vraiment ça…

Kagami resta sans voix devant le flot de questions. En quelques secondes, Aomine était passé de ronchon à extrêmement volubile. A l'évidence, le basket comptait beaucoup pour lui, à tel point que l'américain jura voir son visage s'illuminer au fur et à mesure qu'il l'interrogeait sur son équipe favorite. Et Kagami réalisa le charme que ce mec dégageait. Une sorte d'attraction magnétique qui, inconsciemment, le poussait depuis un moment à rester et continuer leur échange.

« On est d'accord Taïga. Tu t'y rends sans faute et sans poser de question. » indiquait le SMS de son frère de cœur quelques jours plus tôt.

Le futur pompier commençait enfin à comprendre pourquoi Tatsuya lui avait imposé ce rendez-vous…

Revenant à son date, il se décida à répondre aux interrogations de l'homme irritant mais tout aussi attirant, assis en face de lui.

- Les Bulls. Je soutiens les Bulls, dit-il. Je donnerais beaucoup pour jouer dans cette équipe…

Aomine éclata de rire, en jetant la tête en arrière et se tenant les côtes. Un rire si bruyant que Kagami eut l'impression que l'ensemble des clients du café se tournaient vers eux. Il se renfrogna devant cette réaction inattendue et vexante. Tout compte fait, ce type était un vrai con !

- Je peux savoir ce qui te fait rire, grommela-t-il, le regard dur.

- D'où tu sors que tu pourrais jouer en NBA ?

- Je te l'ai dit, avec du travail et de l'investissement, tout est possible.

La remarque fit taire le moqueur qui se redressa et planta un regard beaucoup moins avenant sur lui.

- Faut arrêter de rêver ! Lui lança-t-il à la figure. D'ailleurs si comme tu le dis le travail suffisait, tu serais toujours aux Etats-Unis et tu jouerais pour les Bulls à l'heure qu'il est…

Ce à quoi le futur pompier ne répondit rien, attendant la suite. A quoi bon réagir si l'autre s'en servait pour se moquer de lui ? Il n'eut toutefois pas à patienter longtemps car Aomine reprit :

- Donc, tu aimes le basket, tu voudrais jouer chez les Bulls. Très bien, après tout l'espoir fait vivre. Mais… tu joues à quel poste ? Enfin… si effectivement tu fais plus que tapoter la balle entre deux séances de muscu à la salle…

- Non mais tu m'énerves avec ça ! Explosa Kagami. Et bien sûr que je joue au basket ! Pourquoi crois-tu que je rêve depuis toujours d'intégrer la NBA ?

En face de lui, le futur flic ne bougea pas un sourcil. De marbre, il attendait la réponse à la seule question qui l'intéressait réellement : le poste qu'occupait cet homme sur le terrain.

- Je suis ailier fort, finît par annoncer Kagami.

Aomine plissa les yeux, scrutant son vis-à-vis en silence, comme s'il cherchait à visualiser ce que pouvait donner son jeu. Ailier fort… Il en avait vu, des gars qui se targuaient de jouer à ce poste en roulant des mécaniques alors qu'ils ne valaient rien.

Devant le mutisme du flic, Kagami ne put à son tour s'empêcher une moquerie.

- Ça semble te laisser sans voix… Tu sais ce que cela veut dire au moins ? le provoqua-t-il.

Mais l'impassibilité d'Aomine lui fit perdre son sourire. Imperturbable, l'homme ô combien irritant semblait le passer aux rayons X, ce qui déstabilisa Kagami.

Voulant rompre ce silence désagréable, il finit par demander :

- Et toi, à quel poste tu joues ?

Aomine ne répondit pas, toujours absorbé par ses projections mentales dont il sortit brutalement pour interroger son date du jour :

- Tu as quel niveau ?

Kagami, étonné par la question, bredouilla :

- Euh et bien…

- Tu joues depuis combien de temps ? le coupa Aomine.

- Je…

- T'es du genre jeu d'équipe ou solo ?

- …

- Tu maitrises quels tirs ? Fadeaway ? Lay-up ? Bras-roulé ?

- Si tu ne me laisses pas répondre, je ne vois pas pourquoi tu me poses toutes ces questions, aboya Kagami, énervé de ne pas pouvoir en placer une.

Il s'éclaircit la voix par un petit raclement de gorge et annonça :

- J'ai une grosse préférence pour le Dunk.

- Le Dunk ? répéta Aomine, le front plissé d'étonnement. Rien que ça ?

- Ça t'en bouche un coin, hein ? rétorqua Kagami, plutôt fier de son petit effet. Un bon Dunk bien violent, il n'y a rien de mieux. Mais toi, tu occupes quel poste ?

Le futur flic ignora la question. Il scrutait toujours son interlocuteur, son cerveau tournant à cent à l'heure. Satsuki le connaissait tellement bien, la petite maligne… Aomine ne savait pas quels moyens elle avait employés, mais comme à chaque fois qu'elle prenait les choses en mains, elle tapait dans le mille. Ce Kagami lui donnait envie de creuser un peu plus loin qu'un simple rendez-vous autour d'un café dans un lieu impersonnel. Il voulait voir au-delà des iris rubis et des mèches rouges qui lui retombaient sur le front. Au-delà du physique avantageux. Et pour cela, quoi de mieux, dans un premier temps, qu'un test sur un terrain de basket ? Parce que le basket représentait sa vie. Il représentait la priorité, avant le reste.

- Oh, tu es toujours là ? demanda Kagami en secouant une main entre leurs deux visages.

Aomine ne lui prêta pas attention et déverrouilla son téléphone. Kagami le vit y pianoter un message que le flic ne prit même pas la peine de lui cacher.

[De moi : 16h17]

Je suis toujours au date. Tu auras ton papier alors touche pas à May-Chan ! Petite cachotière…

- May-Chan ? C'est qui ? s'enquit le futur pompier que le nom fît presque oublier l'objet de leur échange.

Aomine, satisfait de la décision qu'il venait de prendre relâcha la pression et daigna enfin éclairer Kagami.

- On voit bien que tu n'étais pas au Japon ces dernières années. Matte un peu, dit-il en lui montrant la photo d'un magazine sur lequel posait une demoiselle brune à couettes, en tenue légère.

- L'otage que tu dois libérer, c'est la lolita de ce magazine ?

- A peu près, répondit Aomine les yeux pleins de malices.

- Mais… attends, je ne comprends pas. Tu es attiré par les filles ou les mecs ? C'est un bar gay ici… Tu es là pour quoi, du coup ?

Aomine se contenta d'un sourire franc qui hypnotisa Kagami, puis il sortit un billet qu'il posa sur la table et se leva.

- C'est moi qui invite, déclara-t-il avec un clin d'œil appuyé.

Le futur pompier déglutit difficilement, sans pouvoir quitter les iris bleu tempête de l'homme dont il ne savait plus trop quoi penser.

Debout devant lui, Aomine sortit de nouveau le papier complètement froissé de sa poche de jeans. Un sourire envoutant aux lèvres il le posa de deux doigts sur la table puis le poussa lentement vers lui sans le lâcher des yeux.

Toujours absorbé par les orbes bleues, Kagami mit quelques secondes à réaliser le geste du futur flic. Il observa quelques instants le chiffon sur lequel étaient toujours posés deux doigts à la peau mate, puis entendit la voix grave qui lui fît relever le nez.

- Si tu es intéressé par un rendez-vous sur le terrain pour voir à quel poste je joue, envoie une photo de ce papier signé au mec qui a organisé cette rencontre pour toi. Qu'il le transmette à Satsuki.

Sans un mot de plus, lui renvoyant juste un rictus satisfait, Aomine lâcha le papier et tourna les talons en glissant les mains dans les poches de son jeans avant de disparaitre vers la sortie du café.

Kagami le regarda partir sans réagir.

Que venait-il de se passer ?

Cet homme, dont il ne savait quasi rien à part qu'il suivait une formation de flic et qu'il jouait au basket, venait de couper court à leur échange. Déconcerté, Kagami ne savait plus s'il devait se réjouir ou se désoler du déroulement de ce rendez-vous et de ce départ précipité. Il se sentait perdu, tout en réalisant que ce type, horripilant au possible, ne le laissait pas indifférent.

Merde…

Ce mec…

Kagami mit quelques minutes avant de refermer une main sur le papier froissé qui trônait sur la table. Il se leva, oubliant de terminer son café et prit à son tour la porte.

Il lui fallait un stylo…

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J'espère que cet OS vous a plu :)

Encore bon anniversaire en retard, Kuro. Et bon AoKagaDay à tous.

A bientôt :)