Chapitre 1

18 septembre 2001

Un cadeau. Un simple cadeau et il vivait un enfer.

Harry Potter était sur le Chemin de Traverse depuis à peine cinq minutes et de nombreuses personnes l'entouraient déjà.

- Monsieur Potter, ravie de vous voir ici, dit une dame entourée de ses deux jeunes enfants.

- Arnold Swizerman, Monsieur Potter, heureux de faire votre connaissance, disait un homme à forte carrure qui tentait de lui saisir la main.

- Notre héros national ici, en même temps que moi ! hyperventilait presque une personne âgée.

On lui avait conseillé de vivre normalement, mais personne ne le laissait faire. Comment se sentir comme quelqu'un de normal lorsqu'il ne pouvait pas faire trois pas en extérieur sans qu'on ne vienne le voir ?

Harry soupira, carra les épaules, fit un grand sourire et un signe de main. Il cherchait désespérément des yeux une faiblesse dans cette marée humaine, un tout petit espace dans lequel se faufiler et fuir loin, très loin. La boutique de l'apothicaire était à trois ou quatre mètres, tout au plus, et Harry savait que son propriétaire ne tolérait pas les bains de foule.

Personne n'oserait le suivre après le scandale du prioritaire le mois précédent lorsqu'un groupe de curieux était entré observer Ronald Weasley, en course pour sa femme. Quelques sorts inoffensifs du vendeur avaient effrayé les foules et Ron avait pu faire ses emplettes tranquillement. Le lendemain, la Gazette sortait un article avec une interview du vendeur furieux et ce dernier avait retrouvé quelques ingrédients rares sur son comptoir en ouvrant le magasin. Petit cadeau de Hermione.

Une faille s'ouvrit soudain et Harry s'y glissa, un sourire factice toujours aux lèvres. Il marcha vite vers la porte du magasin et fit tomber son sourire lorsqu'elle se referma doucement derrière lui. Il avait vu juste, personne ne l'avait suivi.

- Monsieur Potter, salua le gérant.

Harry lui répondit par un signe de tête, encore mortifié de ce qui venait de se passer. Trois ans après la guerre, il avait espéré qu'on l'ait oublié. Il s'était trompé, de toute évidence.

- Prenez votre temps Monsieur Potter, et s'ils osent entrer, je m'en occupe.

- Merci, c'est… merci, balbutia Harry.

Le propriétaire lui fit un signe de tête et retourna à ses occupations.

Il aurait dû écouter Ron et prendre sa cape d'invisibilité. Mais il pensait qu'à 8 h 30 du matin, il n'y aurait personne ! Ou assez peu de monde pour passer incognito.

Il jeta un œil par la vitrine : certains étaient partis, mais d'autres furetaient, attendant qu'il sorte.

Liste de possibles :

1) Rester dans la boutique de l'apothicaire jusqu'à la fin de la journée. Hum…

2) Sortir du magasin et rentrer chez lui soit pour récupérer sa cape, soit… pour ne pas revenir. Très tentant.

3) Demander au propriétaire s'il y a une seconde sortie et faire ses achats aussi vite qu'il le peut en rasant les murs.

La deuxième était vraiment, vraiment tentante. Il inspira un bon coup et s'avança vers le propriétaire.

- Excusez-moi ? Auriez-vous une seconde sortie ? Je suis très embêté de vous dema…

- Pas de problème M'sieur Potter, suivez-moi.

L'apothicaire le guida vers la réserve du magasin et ouvrit une autre porte.

- À droite, vous revenez sur le Chemin de Traverse. Tout droit, vous longez l'arrière des boutiques.

- Merci Monsieur, merci beaucoup, répondit Harry avec un sourire – un vrai cette fois.

Un signe de tête plus tard et le gérant avait disparu dans sa boutique.

Harry prit tout droit. Lorsqu'il pensa être au bon endroit, il bifurqua à droite, traversa la rue au pas de course, tête baissée et entra dans la boutique de papeterie. Son objectif.

Il s'avança vers le comptoir et sonna. Une petite femme brune apparut presque aussitôt et sursauta quand elle le reconnut. Le rouge aux joues, elle minauda :

- Bonjour Monsieur Potter, que puis-je pour vous ?

- Je dois récupérer une commande, répondit-il tentant de ne pas soupirer d'agacement.

- Oui, je vais vous chercher ça.

La vendeuse partit dans l'arrière-boutique, sa nuque pourpre bien visible sous sa queue de cheval. Harry espérait qu'elle n'allait pas rameuter le magasin complet. La façade du héros-qui-allait-bien-se fissura doucement, dans l'attente.

Quelques instants plus tard, elle revint avec un petit paquet dans la main, et seule.

- Voici pour vous, ça vous fera quatorze Mornilles et trois Noises, s'il-vous-plait.

Harry lui tendit un Gallion et lui fit signe de garder la monnaie. La vendeuse le remercia avec un sourire à éblouir l'Angleterre toute entière.

Il sortit de la boutique, atteignit l'aire de transplanage et, avant même d'avoir eu le temps de prononcer le mot « Souaffle », il était de retour chez lui. Là où personne ne pouvait le voir.

Il détestait sortir en public !

19 septembre 2001

- J'ai trouvé mon cadeau pour Noël !

Ron et Hermione levèrent la tête et un sourcil.

- L'anonymat pour le restant de ma vie. Je ne peux toujours pas faire un pas dehors sans avoir dix personnes autour de moi à lécher mes bottes. Il y a quinze jours, une sorcière m'a même proposé une fel… Hum, ça c'est super gênant, s'interrompit-il soudain, le rouge aux joues.

Ron et Hermione éclatèrent de rire devant sa mine déconfite.

Ils s'étaient réunis chez les parents de Hermione pour fêter son anniversaire, comme tous les ans depuis la fin de la guerre. Le midi était chez Molly et Arthur, qui considéraient Hermione plus comme leur fille que leur bru et le soir était consacré aux parents de Hermione.

Hermione avait réussi l'impossible : leur rendre leurs souvenirs. Il lui avait fallu plusieurs mois et l'aide de plusieurs spécialistes de Sainte Mangouste. Des séquelles restaient cependant. Ils pouvaient ne pas se rappeler de certaines vacances ou de certaines anecdotes, mais l'ensemble était là.

Une certaine amertume avait pris place dans leur relation lorsqu'ils s'étaient rendus compte de ce que leur fille avait fait pour les protéger. Ils avaient failli oublier complètement leur petit bébé, ce qui était impardonnable à leurs yeux. Mais le temps aidant, et avec l'aide de Harry et Ron qui avaient témoigné en sa faveur, ils avaient fini par comprendre. Le chemin du pardon allait encore être long, cependant.

Hermione avait été ravie du cadeau que Harry avait eu tant de mal à aller chercher : un stylo plume ensorcelé. Rare car fragile mais très utile car il corrigeait les fautes et ne bavait pas, contrairement aux plumes classiques. Et il s'adaptait à la main de quiconque l'utilisait.

Assis sur le canapé familial, il attendit patiemment que ses amis se remettent, le rouge de ses joues ne voulant pas partir. Il était sûr d'avoir aperçu un sourire sur le visage de Wendell, le père de Hermione. Si eux aussi s'y mettaient…

- Harry Potter qui reçoit des offres sexuelles ! s'exclama Ron. J'aurais aimé voir ça, toi qui es si innocent !

- Ron ! s'insurgea Harry. Je ne suis pas innocent, je suis juste… Enfin c'est gênant !

Ron se remit à rire et Hermione posa une main sur le genou de Harry :

- Qu'est-ce que tu as fait ?

- Je… suis parti ? En… enfin, disons, très vite ? répondit le brun qui ne savait plus où se mettre.

Hermione lutta pour ne pas repartir dans son rire.

- Tu sais, tu devrais peut-être accepter la prochaine fois.

- Quoi ? Tu plaisantes j'espère ?

- Non Harry, il serait temps que tu te jettes à l'eau tu ne crois pas ?

- Cette conversation devient embarrassante pour nous, parents innocents ! s'écria une voix à côté de Harry. Bonne nuit les jeunes et merci d'être passés !

Ils saluèrent tous les trois les parents de Hermione et Harry s'enfonça dans le canapé, espérant que Hermione avait oublié ses paroles. Mais Hermione oublier, c'était comme Ron laisser de la nourriture dans son assiette. Impossible.

- Donc… Ta virginité, Harry.

Le concerné recracha sa gorgée de bière dans sa bouteille.

- Hermione ! Je ne veux pas parler de ça ! Jamais !

- Mec, tu peux avoir toutes les femmes que tu veux, elle a raison, acceptes-en une de tes propositions et tu verras que tu ne pourras plus jamais te passer de sexe ! affirma Ron.

- Ça ne m'intéresse pas !

- Ça ne t'intéresse pas ou tu attends de trouver la bonne ? Ou c'est autre chose ? demanda Hermione.

Cette femme était trop intelligente. Il n'avait pas prévu de parler de tout ça aujourd'hui. Bon, ni même jamais. Mais le moment était peut-être venu.

- C'est… autre chose, dit Harry après quelques secondes d'hésitation.

- Dis-nous alors, on pourra peut-être t'aider, encouragea Ron.

Harry les regarda tour à tour. Ron avait nonchalamment posé son bras sur l'épaule de Hermione qui le regardait les yeux légèrement écartés, en attente. Ils avaient été là ces trois dernières années. Ils l'avaient aidé à lutter contre ses démons. Il était peut-être temps de s'ouvrir un peu et d'aller de l'avant.

Il soupira, rougit un peu plus et se lança :

- Je… n'ai jamais couché avec Ginny pas parce que je ne me sentais pas prêt, contrairement à ce qu'elle vous a dit. C'est que… Oh mon dieu ! Voldemort ne veut pas réapparaitre pour que je puisse m'enfuir de cette conversation ?

- Non, répondirent Ron et Hermione d'une même voix.

Hermione commençait à sautiller sur le bord du canapé et Ron était à deux doigts de repartir dans son rire, se délectant de la gêne de son meilleur ami. Sale traitre.

- Je n'ai jamais réussi à bander quand on a essayé. Plusieurs fois.

Il relâcha le souffle qu'il n'avait pas eu conscience de retenir et mis sa tête dans ses mains. Il ne voulait pas voir leur réaction. Et comme il n'en sentit et n'en entendit aucune, il continua :

- Elle est partie à cause de ça. Principalement. On a fini par penser tous les deux que notre relation était fraternelle. Pas charnelle. Le héros de son pays qui ne peut plus bander à 17 ans, la honte.

- Mais Harry, c'était…. le coupa Hermione.

- Non Hermione, laisse-moi finir. Je suis lancé, autant que vous sachiez toute l'histoire.

Le courage lui faisait défaut ces dernières années. Il n'aurait pas d'autres occasions avant longtemps de leur parler de Harry, juste Harry. Il ne laisserait pas passer cette chance. Son psy aurait été fier de lui. Il lui avait dit la semaine passée qu'il fallait avancer. Et s'accepter lui, pas celui qu'il était aux yeux des autres. C'était le moment.

Il sortit la tête de ses mains. Ron ne riait plus du tout. Les deux coudes sur les genoux, il regardait Harry d'un air désolé. Hermione le regardait intensément, cherchant sûrement à analyser sa posture ou ses gestes. Il gesticula dans le canapé face à eux, mal à l'aise.

- Je me suis rendu compte que je ne m'étais jamais touché. Jamais.

Autant ne plus mâcher ses mots. La mort dans l'âme, il se sentit blanchir au fur et à mesure de son histoire.

- Tout ce que Dean et Seamus disaient dans les dortoirs me laissait de marbre. Toucher un sein m'a toujours paru… obscène, dégoûtant. Au Square, je vous ai entendus un soir et… pardon Hermione mais je n'aurais voulu être à la place de Ron pour rien au monde.

Ils étaient devenus rouges comme des pivoines. Harry sourit légèrement. A leur tour de se sentir gênés. Hermione ouvrit la bouche mais il enchaina.

- J'avais beau penser à des femmes nues ou à des scènes que Seamus pouvait raconter après ses sorties en douce, rien n'y faisait. Alors j'ai abandonné. Et un jour, je suis tombée sur un magazine people moldu qui montrait à la une des photos du calendrier de l'équipe nationale de football masculin.

Hermione eut une exclamation de surprise et Ron la regarda en fronçant les sourcils.

- C'est quoi un magazine people ?

- Un magazine qui raconte la vie des gens célèbres dans le monde moldu, répondit Hermione. Continue Harry.

Harry la remercia d'un regard. Elle avait compris mais préférait attendre la fin de son histoire avant d'émettre un commentaire. Ron secoua la tête dépitée. Plus il en apprenait sur le monde moldu, plus il les trouvait un peu idiots.

- Ç'a été la goutte d'eau. C'est ça qui a déclenché ma surcharge de magie et le reste, il y a deux ans. J'étais traité en héros de guerre alors que j'avais tué de nombreuses personnes, un deuil que je n'arrivais pas à gérer, une rupture avec Ginny, la femme de ma vie pour moi comme pour les autres, plus aucune vie privée et je découvrais que j'étais homosexuel. C'était trop. J'ai implosé. Littéralement.

Ron sursauta. Hermione se frotta le visage.

- Je ne comprends pas, dit Ron après quelques secondes. En quoi le fait d'être homosexuel t'as fait péter les plombs ?

- Hermione, tu peux lui expliquer ? biaisa Harry.

- L'homosexualité est encore difficile à accepter pour beaucoup de moldus, Ron, tenta-t-elle d'expliquer. Harry a vécu avec des moldus intolérants, racistes et sûrement homophobes.

Harry opina de la tête et continua :

- Depuis ma tendre enfance, j'entendais constamment mon oncle insulter ces erreurs de la nature qui mèneraient notre pays à sa perte parce qu'ils ne peuvent pas avoir d'enfants et ne sont pas stables psychologiquement. Pour lui, l'homosexualité est une maladie qu'il faut soigner à coups d'électrochocs.

- Mais… articula Ron, choqué. Ce sont des gens normaux…

- Tu as été élevé dans la tolérance et le respect de l'Homme, Ron, commenta Hermione. Imagine que tu découvres que tu es médium alors que ta famille te rabâche depuis que tu es tout petit que ce sont des charlatans incapables qui ont juste quelques cases en moins, comment tu réagirais ?

Ron acquiesça doucement, comprenant où Hermione vouait en venir.

- Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? murmura-t-il, un air coupable sur le visage. On voulait tellement t'aider, on aurait pu… T'étais pas tout seul, on était là.

Harry vit ses yeux se troubler.

- Je sais mais… J'avais honte de ce que j'étais. Honte de ce que je suis devenu. Un assassin doublé d'une tapette qui a laissé ses amis mourir sur le champ de bataille.

Ron bondit de son canapé, un doigt pointé sur Harry.

- Jamais tu ne dois dire ça Harry !

- Je sais, Ron, le rassura-t-il. C'était mon état d'esprit de l'époque mais la thérapie me fait beaucoup de bien.

Ron se rassit lentement, fixant Harry d'un regard noir. Il ne tolérait pas voir son ami s'enfoncer ainsi.

- Bref ! tenta Harry avec un sourire timide. Vous savez maintenant pourquoi je refuse systématiquement les propositions de ce genre.

- Le sujet reste toujours le même, observa Ron. Quand comptes-tu perdre ta virginité ?

- Oh non ! cria presque Harry, à la fois désespéré et soulagé que ses amis ne fassent pas d'une montagne ses révélations. On va vraiment reparler de ça ?

Ils hochèrent tous les deux la tête, l'air décidé.

- Très bien, soupira Harry. J'attends de trouver la personne qui fera balancer mon cœur, pas celle qui fera lever Salamèche.

- Salamèche ? rit soudain Hermione. Parce qu'elle est petite et qu'elle crache du feu ?

- Je ne te permets pas ! s'exclama Harry, outré.

Ron, qui n'avait pas compris la référence moldue leur fit signe de la main, montrant qu'il était toujours là. Ils finirent leur soirée à rire sur l'ordinateur des parents de Hermione, faisant découvrir à Ron le monde fabuleux des Pokémon.

22 septembre 2001

Il était 8 h et Harry se battait avec ses jambes pour qu'elles acceptent de rentrer dans son pantalon, la brosse à dents dans la main. Il était en retard. Encore. Il était attendu pour 8 h 30 au Ministère de la Magie pour son dernier examen d'auror.

Trois jours étaient passés depuis ses confidences et rien n'avait changé dans le comportement de ses amis à son grand soulagement. Oui, il avait eu peur. Mais son thérapeute avait dit vrai. Il se sentait un peu plus lui-même, Harry, et un peu moins Harry Potter, le personnage public. Et ça, juste en confiant son orientation sexuelle à Ron et à Hermione. S'il avait su que ça ferait autant de bien, il l'aurait fait bien avant.

Il gagna la bataille contre son jean, finit de se brosser les dents, vérifia qu'il avait tous ses vêtements au bon endroit et transplana au ministère. Après trois ans d'entrainement avec des hauts et des bas –surtout ne pas penser aux bas – il clôturait enfin sa formation.

Il arriva devant sa salle en dérapant, le souffle court. Il entra et s'installa. A peine deux minutes plus tard, l'inspecteur arriva avec les sujets, les distribua et annonça le début de l'épreuve. Harry lut son sujet et sourit.

« Vous êtes appelés pour un troll des montagnes qui a envahi la maison d'une famille de cinq personnes, dont trois enfants en bas âge. Décrivez vos actions et expliquez les règles administratives et déontologiques à suivre ».

Le souvenir d'un troll tombant dans les toilettes d'une école, assommé, revint dans sa mémoire. Décidément, cette histoire allait le suivre durant chacun de ses examens…

Trois heures et demi plus tard, Harry sortit de la salle, des fourmis dans les doigts. Il regrettait les stylos moldus qui étaient beaucoup moins exigeants et douloureux que les plumes. Un sourire heureux sur les lèvres d'avoir fini les derniers examens de sa vie, il s'engouffra dans l'ascenseur vide avec plusieurs notes de bureau. Il devait s'arrêter aller chercher Hermione au département de la Justice pour aller manger un morceau.

L'ascenseur se ferma et descendit dans les profondeurs du Ministère, s'arrêtant à chaque niveau, au plus grand désespoir de Harry. Il avait faim lui !

L'avantage du Ministère, c'est que personne ne faisait attention à lui, tous étaient concentrés dans leurs papiers ou en conversation avec les uns les autres.

Harry s'appuya dans le fond de l'ascenseur, attendant patiemment son tour. Il rêvait de son déjeuner – côtes de bœuf ou ragoût ? – lorsque le silence se fit brusquement.

L'ascenseur s'était de nouveau arrêté et Drago Malefoy entra. Harry eut le temps d'apercevoir les yeux gris de Malefoy avant que ce dernier ne lui tourne le dos. Que faisait-il au Ministère ? Harry haussa les épaules. Pas ses affaires.

Deux arrêts plus tard, l'ascenseur arriva enfin au département de la Justice. Il se faufila à l'extérieur, à la suite de Malefoy. Harry replongea dans ses fantasmes de repas. Risotto ou lasagnes végétariennes ? Il connaissait un super restaurant moldu italien dans le centre de Londres, ils pourraient y aller.

Ses fantasmes s'arrêtèrent brusquement. Un bras chaud et puissant entourait sa taille, le sauvant d'une brusque chute. Il s'était cogné contre quelque chose. Les lunettes de travers, il tenta de retrouver son équilibre et posa la main sur l'obstacle. Des muscles roulèrent sur ses doigts et une odeur qu'il connaissait parvint à son nez. Puis il fut poussé en arrière, le bras quittant sa taille. Mais… reviens !

- Tu me suis Potter ?

- Hein ?

Il releva les yeux et son regard s'arrêta sur Drago Malefoy. Ah… l'obstacle. Le bras chaud, les muscles…. Il rougit brusquement. Salamèche releva la tête, intéressé. Le blond avait dû s'arrêter et il se l'était pris de plein fouet.

- Toujours aussi développé, le vocabulaire, Potter. Pourquoi tu me suis ?

Il était toujours aussi élégant dans le style famille noble. Chaussures cirées, pantalon noir de coupe classique sûrement fait sur mesure, chemise blanche en soie parfaitement repassée recouverte d'un veston noir et cape noire à liseré gris. Harry ne pouvait pas voir ce qu'il y avait dessous à cause de cette foutue cape mais il sentait encore les muscles de l'épaule de Malefoy sous ses doigts. Secs mais puissants, fermes et doux, parfaits pour s'enrouler autour une longue nuit d'hiver ou pour l'attraper contre un mur. Salamèche s'étira. Merde.

- Je ne te suis pas Malefoy, je vais chercher Hermione dans son bureau, répondit-il en fermant sa cape dans un geste aussi naturel que possible.

Malefoy le détailla. Un éclair passa dans ses yeux. Haine ? Curiosité ? Dédain ? Peut lui importait. Harry haussa de nouveau les épaules et contourna son ancien ennemi pour suivre son chemin. Il tenta d'ignorer Salamèche et son activité soudaine. Il sentait encore la chaleur du corps de Malefoy et ne pensait plus qu'à ça. Et aux bras musclés de Malefoy et de ses autres attributs bien cachés. Salamèche tressauta, heureux.

Sérieusement ? Malefoy ? Son cou laiteux et gracile revint dans sa vision et il déglutit. Oui, apparemment c'était sérieux. Au diable les lasagnes et autres sushis, Salamèche voulait manger Malefoy. Sauf que lui, non. Pas du tout. Vraiment pas.

La porte de Hermione était fermée signe qu'elle était en rendez-vous ou occupée. Il s'assit sur une des chaises du couloir et vit avec horreur Malefoy faire de même sur la chaise en face de lui. Salamèche s'étira un peu plus.

Son regard balaya rapidement le visage pâle devant lui. Il n'avait pas beaucoup changé. Ses cheveux étaient toujours aussi blonds, quoiqu'un peu plus courts. Sa peau avait l'air douce et parfaite, son nez était droit et fin, ses lèvres étaient fines mais expressives et ses yeux… De longs cils se posèrent sur la peau blanche lorsque Malefoy cligna des yeux. Des yeux de biches. Il n'avait jamais remarqué avant. Malefoy était beau.

Harry inspira brusquement. Beau ? Il… Beau ? Non. Malefoy croisa son regard et se mordit la lèvre. Harry vrilla. Ill imagina ces dents blanches mordre son cou à lui, ces mains aux longs doigts fins se balader sous ses vêtements et ce corps aux muscles puissant le plaquer contre un mur.

- Quoi ?

Il sursauta. Quoi, quoi ? Ah… Malefoy le regardait toujours, un sourcil levé et les bras croisés. Harry rougit et baissa les yeux.

- Rien. Je… Qu'est-ce que tu fais là ?

- Ça ne te regarde pas !

Harry déglutit. Voix profonde, autoritaire, qui pourrait lui dire de lever les bras pour se faire attacher ou pour se déshabiller. Stop ! Pourquoi il ne devait pas fantasmer sur Malefoy :

1) Parce qu'ils étaient anciens ennemis à Poudlard

2) Parce que c'était un ancien mangemort

3) Parce que Malefoy était hétéro

4) Parce qu'il ne voudrait jamais de Harry Potter comme amant

5) Parce qu'il attendait de trouver la bonne personne.

L'argument trois était sûrement le plus sensé. Salamèche bailla et se rétracta, déçu.

Il sursauta de nouveau en entendant la porte du bureau de Hermione s'ouvrir. Malefoy ricana. Harry rougit un peu plus si c'était possible. Son cœur n'allait pas survivre à cette journée.

- Oh, Harry ! Tu es déjà là ? Je finis juste avec Malefoy et on va déjeuner, ça te va ? dit Hermione en l'apercevant.

Le concerné hocha la tête et vit du coin de l'œil Malefoy se lever.

- Granger, la salua-t-il avec un hochement de tête poli.

- Malefoy. Entre, je t'en prie.

La porte du bureau se referma doucement derrière eux. Harry fronça les sourcils. Pourquoi Malefoy avait-il besoin de voir Hermione ? Son procès était terminé et aucun des deux partis ne pouvait plus faire appel. Pourquoi le service juridique dans ce cas ? Il avait violé la loi encore une fois ? Cela l'aurait beaucoup étonné, la famille Malefoy n'avait plus fait entendre parler d'elle depuis la guerre. Lucius Malefoy avait été condamné à mort et sa femme et son fils acquittés. L'une pour avoir sauvé Harry et l'Angleterre par extension, et l'autre pour son âge et l'influence de sa famille qui avait effacé toute forme de libre arbitre. Comme ça avait été le cas pour tous les enfants de mangemorts.

Harry tenta de se rappeler du poste de Hermione. Elle validait des trucs pour des gens, ce qui leur permettait de faire d'autres trucs. Il laissa tomber. Hermione avait changé de poste quatre fois ces trois dernières années, voulant tout tester pour être sûre de ce qu'elle voulait faire. Il avait arrêté de suivre.

Il gigota sur sa chaise peu confortable et l'odeur qu'il avait aperçue dans l'ascenseur revint. D'autres images de lui et Malefoy compromettantes toquèrent à son esprit mais il les chassa. Rappel de la liste : coucher avec lui n'était pas une bonne idée. Surtout que Harry était puceau, et qu'il ne voulait surtout pas que ce petit prétentieux le sache. Jamais.

Il attendit une dizaine de minutes avant que la porte ne se rouvre. Malefoy apparut, suivi de Hermione. Ils se serrèrent la main et Malefoy partit avec un dernier regard curieux vers Harry. Il l'ignora et serra son amie dans ses bras.

- On va manger ? demanda Harry.

Elle rit, passa un bras sur le sien et répondit :

- Vous ne changerez jamais Ron et toi !

22 septembre 2001

Une main froide sur la sienne interrompit le déchiquetage minutieux du contenu de son assiette. Harry releva la tête et rencontra la mine interrogative de sa meilleure amie. Il haussa un sourcil.

- Tu n'as presque pas parlé de tout le repas et rien mangé. Qu'est-ce qui t'arrive ?

Harry soupira et lâcha sa fourchette.

- Rien.

Hermione le regarda, dubitative.

- C'est Malefoy, reprit-il. Je ne m'attendais pas à le croiser.

- Au point de te couper l'appétit ?

- Il faut croire.

- Et ça a fait resurgir des mauvais souvenirs ?

- Non, pas du tout ! Je… Ça fait bizarre, c'est tout.

- Harry, dit Hermione tout doucement. Ne te ferme pas, s'il-te-plait. Ne retombes pas dans les mauvais jours, tu n'y es pour rien dans la mort de son père.

- Non, non, tu n'y es pas du tout !

Hermione savait que Harry avait beaucoup culpabilisé du décès de Lucius Malefoy. Avant d'être un mangemort, il avait été un père. Et son fils devrait finir sa vie sans lui à cause du témoignage de Harry, notamment, qui avait signé son arrêt de mort.

- Alors, dis-moi. Et mange au moins un peu, tu es encore bien trop mince.

Harry obéit et mangea un peu pour la rassurer. Il comprenait ses inquiétudes. Au plus bas qu'il ait été, il ne mangeait presque plus, ne sortait plus et… Ne pas rester sur le passé. Penser au présent. Parole de thérapeute.

À la moitié de son assiette, il déclara forfait et posa ses couverts. Hermione attendait patiemment qu'il daigne prendre la parole. Il pesa le pour et le contre et se lança.

- C'est super gênant en fait.

- Après la dernière conversation gênante qu'on a eue, je pense que tu peux y aller, se moqua gentiment Hermione.

Harry piqua un fard.

- Justement… tu avais déjà remarqué que Malefoy était beau ? Parce que moi non. Jusqu'à aujourd'hui. Et tu as vu ses mains ? Elles ont l'air si…

Il s'interrompit. Hermione avait lâché son couteau et le regardait bouche bée. Il se tortilla, encore plus gêné et se cacha la tête dans les mains.

- Je ne tourne vraiment pas rond, hein ?

La petite main de Hermione tira brusquement sur son bras et il releva la tête. Elle n'était pas contente.

- Arrête de dire ça Harry ! Allons finir cette conversation dans mon bureau, le lieu n'est pas approprié.

Harry se leva et alla régler la note. Puis il rejoignit Hermione et ils repartirent vers le Ministère. Une fois dans le bureau, une tasse de thé à la main, Hermione reprit :

- Donc Malefoy… C'est une sacrée surprise.

- Oui et ça restera de l'ordre du fantasme, répondit Harry fermement.

- Et pourquoi ça Monsieur Potter ? le charria Hermione.

- Parce qu'il est hétéro, mon ennemi de Poudlard, un ancien mangemort, qu'il ne voudra jamais de Harry Potter dans son lit et que ce n'est pas la bonne personne pour moi, énuméra fièrement Harry, repensant à sa liste.

Hermione le regarda fixement pendant quelques secondes avec un petit sourire. Elle reprit sa liste en comptant sur ses doigts.

- Donc, un, il est bisexuel.

Harry faillit tomber de sa chaise sous le regard hilare de son amie.

- Pardon ? fit-il en se redressant. Je croyais qu'il était fiancé à une Greengrass ?

- Tu ne lis pas les potins ? Bien sûr que non, enchaina-t-elle sous le regard noir du brun.

Les journaux étaient interdits sous son toit.

- Malefoy a rompu ses fiançailles il y a un an et demi quand il a surpris sa future épouse au lit avec un joueur de Quidditch. Depuis, les rumeurs courent qu'il écume les bars et les conquêtes. Féminines comme masculines.

- La rumeur dit aussi que je suis père de quatre enfants que j'ai refusé de reconnaitre, répliqua Harry avec dédain.

- Oui, mais Malefoy a été pris en photo au bras d'un très bel homme récemment, un chanteur moldu. Je l'ai vu au tabac presse près de chez mes parents. Les sorciers ne doivent sûrement rien savoir, maintenant que j'y pense.

- Moldu ? s'étrangla Harry. Ça alors, c'est qu'il devient tolérant !

Hermione lui rejeta un regard assassin et il se mordit la langue.

- Ne juge pas quand tu ne connais pas, Harry.

- Parce que toi, tu le connais peut-être ? D'ailleurs, qu'est-ce qu'il faisait dans ton bureau ?

- Bien essayé, mais ne changeons pas de sujet. Deux, Poudlard est passé, vous étiez deux petits cons qui aviez besoin de vous défouler de temps en temps, ni plus ni moins.

Ce fut au tour de Harry de la fusiller du regard. Le petit con avait fait entrer des mangemorts dans l'école, ce qui avait provoqué la mort de Dumbledore.

- Petit trois, enchaina Hermione sans se préoccuper des états d'âme de Harry, c'est un ancien mangemort par obligation, pas par choix, et tu as assisté à son procès, tu sais qu'il ne pense pas la moitié des ignominies que sa famille lui a inculquées. Petit quatre et petit cinq. Harry, vous ne vous connaissez pas, comment peux-tu savoir si c'est le bon et s'il t'accepterait dans son lit ?

- Le peu que je connais me suffit.

- « Connaissais », Harry, insista la jeune femme. Une guerre est passée et il n'a plus l'influence de son père pour lui dicter ses faits, gestes et pensées. Ce n'est plus le même adolescent, tout comme toi.

Harry se tassa sur sa chaise, ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois et haussa les épaules. Hermione venait de démonter sa liste en quelques phrases.

- De toute façon, il est fort probable qu'on ne se recroise jamais, donc la question ne se pose même pas.

Hermione ne répondit, les yeux dans le vague en buvant son thé. Il n'aimait pas ce regard. C'était le regard qui annonçait le « Je dois aller à la bibliothèque ! ». C'était le regard qui annonçait une réflexion à la Hermione et qui pouvait avoir des conséquences inattendues.