Bonjour !
J'ai un peu de temps ce soir et tout était prêt aussi, je triche. Voici donc le chapitre 2. Merci à Brigitte26 pour ton commentaire :).
Bonne lecture !
EDIT du 12/05/23 : Je vous republie donc le chapitre 2. Je n'ai pas fait tant d'efforts de correction pour que le site ou Google translate, je ne sais pas encore s'amuse à me retraduire ce que j'ai écrit.
Donc voici la vraie version.
Prologue
14 mai 1999
Harry souffla dans ses mains. Il faisait froid, sacrément froid pour un mois d'octobre. La météo aurait déjà annoncé de la neige qu'il n'aurait pas été surpris. Il maudit une fois de plus Hermione qui l'avait missionné sur le Chemin de Traverse.
Une boutique avait ouvert quelques jours auparavant dans une rue annexe du Chemin de Traverse. Elle proposait la réparation d'objets cassés ou leur transformation et elle voulait absolument faire réparer sa boite à costumes avant Halloween. C'était une espèce de petite boite rectangulaire qui déguisait les personnes à la demande. Harry n'avait jamais compris le principe, mais Ron y tenait et en avait longtemps voulu à Hermione de l'avoir cassée. Elle ne le savait pas, mais Ron tenait cette boite de son frère, Fred, décédé pendant la guerre. Ron ne lui avait jamais dit pour ne pas qu'elle culpabilise encore plus qu'elle ne le faisait déjà.
Elle avait bien essayé de la réparer, mais n'avait jamais compris le fonctionnement des sorts apposés sur la boite. Le nouveau magasin était sa dernière chance, selon ses propres mots.
Et Harry se gelait donc les fesses sur le Chemin de Traverse à 11 h du matin au lieu d'être roulé en boule au fond de son lit. Il n'avait pas encore commencé son travail d'auror et était donc libre.
La vérité était qu'il n'avait pas encore annoncé qu'il ne ferait jamais ce métier, mais chaque chose en son temps. Objectif de la journée : faire la course pour Hermione.
L'avantage était que sa meilleure amie avait enfin accepté de lui apprendre quelques sorts de camouflage, si bien qu'il pouvait enfin passer incognito là où il allait. Ses cheveux avaient été domptés et lui arrivaient aux épaules, sa cicatrice avait disparu, ses yeux étaient devenus marron et il était châtain. Peu de changements somme toute, mais ça suffisait pour ceux qui ne l'avaient vu qu'en photo ou de loin.
Il finit par arriver à la boutique dont Hermione lui avait parlé. La vitrine montrait quelques objets cassés et d'autres qui semblaient neufs et à vendre. A sa grande surprise, il vit aussi des objets du quotidien des moldus qui avaient été retravaillés pour convenir aux sorciers, comme une machine à coudre qui faisait un ourlet à un pantalon. Madame Guipure n'allait pas être très contente. Le magasin avait également l'air de proposer des produits d'apothicaire.
Il poussa la porte et une clochette retentit au fond du magasin. Il s'approcha du comptoir en observant autour de lui. Le magasin était vide à son grand soulagement. Les étagères étaient propres, rangées et proposaient divers objets à la vente. Des fioles et petites boites étaient parfaitement alignées derrière le comptoir. Il reconnut une potion antidouleur et un baume de soin pour les griffues et petites coupures bénignes qu'utilisait Molly Weasley.
- Potter ?
Harry tourna légèrement la tête et croisa les yeux de Drago Malefoy. Il se figea surpris. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Ils étaient censés ne jamais se recroiser ! Hermione avait-elle osé ?
- Malefoy ? Comment tu m'as reconnu ?
- Ta démarche. On a toujours l'impression que tu vas t'emmêler les pieds, répondit Malefoy avant de rosir légèrement.
- Ma démarche ? répondit Harry d'une voix incertaine.
Malefoy se racla la gorge.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- C'est... Hermione m'a demandé d'amener un objet à réparer.
Le blond tendit la main par-dessus le comptoir et attendit. Harry le regarda sans réagir.
- Bon, Potter, tu me le montres cet objet ? s'impatienta-t-il.
Harry se reprit et s'apprêtait à le lui donner mais il suspendit son geste.
- Attends, c'est toi le propriétaire ? demanda-t-il.
- Quelle perspicacité, tu l'as appris en me voyant derrière le comptoir ? se moqua Malefoy. Je peux voir l'objet ou tu comptes me laisser sous le nez indéfiniment ?
Harry lui tendit la boite avec réticence. Il pourrait tout aussi bien la faire tomber pour l'emmerder. Leurs doigts se touchèrent lorsque Malefoy s'en saisit délicatement. Le brun retint un frisson. Salamèche se réveilla de sa sieste. Harry sortit de sa poche un parchemin écrit par Hermione et le tendit à Malefoy.
- Les notes de Hermione sur la boite. Elle pense que tu en auras besoin.
Malefoy hocha la tête et prit le rouleau sans retoucher Harry qui fut déçu. Les doigts du blond étaient chauds et doux sur sa peau calleuse glacée par l'extérieur.
L'ancien mangemort parcourut rapidement les notes et pinça ses lèvres, l'air contrarié. Harry essaya d'ignorer le geste de ces dents attrapant la peau charnue et sensible de la bouche. Et si Malefoy mordillait sa lèvre à lui, quel effet ça ferait ? Et si c'était son oreille que ces dents venaient attraper, quelle serait sa réaction ?
Harry tenta de repousser ces images loin de lui. Étrangement, il n'avait plus froid du tout. Il vérifia discrètement que sa cape était toujours solidement fermée.
- Elle ne connait pas le créateur ?
Harry se reconnecta à la réalité. Le créateur de quoi ? Ah oui…
- C'est de Fred Weasley. C'est lui qui a créé cette boite pour Ron lorsqu'il était plus jeune.
- Oh.
Un éclair de compréhension traversa les yeux de Malefoy. Fred étant mort, il ne pouvait pas la réparer. Le blond fronça les sourcils et continua d'examiner la boite sous toutes ses coutures. Harry ne se rappelait pas qu'il était aussi expressif lorsqu'ils étaient à Poudlard. Après un moment, il prit un outil sur son comptoir et l'ouvrit. Son examen ne parut pas lui plaire.
- Qu'y a-t-il ? demanda Harry. Tu ne peux pas la réparer c'est ça ?
Malefoy continua son examen minutieux quelques secondes encore et releva la tête vers Harry. Le brun eut l'impression d'être passé au scanner par ces yeux gris qui détaillaient sa tenue. Salamèche commença à prendre trop de place.
- C'est du Made in Weasley, Potter. Ces jumeaux sont des génies. Leurs fabrications ont beau amuser la galerie, toutes leurs créations sont soigneusement réfléchies. Chaque élément a son utilité, chaque sort mis sur un objet a son importance et chaque ingrédient est utilisé pour un facteur précis.
- Depuis quand fais-tu des compliments à des membres de cette famille, Malefoy ? répliqua Harry qui n'en croyait pas ses oreilles.
Un Malefoy avec la critique positive sur un membre de la famille Weasley. Hermione avait peut-être raison finalement, il ne connaissait plus Drago Malefoy, ses convictions, ses passions, ses peurs. Peut-être devait-il se lancer ? Il était peut-être temps pour lui de jeter en l'air ses peurs de l'abandon et de l'échec et voir où est-ce que ça pourrait le mener ? Il restait juste à définir le « ça ».
- Je parle des jumeaux Weasley, pas de leur famille. Et je sais reconnaitre un excellent travail quand j'en vois un.
Harry observa Malefoy poser la boite et prendre deux pinces de sous son comptoir pour aller fouiller l'intérieur de la boite. Il observa les longs doigts fins travailler et les imagina aller et venir sur son corps. Elles commenceraient par son cou, puis ses épaules, s'attarderaient un de ses tétons et descendraient jusqu'à cette ligne de poils sous son nombril qui promettait tant de plaisir. Harry jeta un œil à Malefoy toujours concentré sur son travail. Les sourcils toujours froncés, ses dents avaient coincé sa lèvre inférieure dans une douce morsure. Il déglutit et sentit ses joues rougir ; Salamèche voulait jouer. Harry se tortilla un peu sur place.
Soudain, le regard gris croisa le regard marron modifié magiquement et Harry se perdit dans cette couleur mercure. Il crut apercevoir de petites tâches bleues et son esprit l'amena dans une chambre à la lumière tamisée où ce regard perçant le détaillait pendant qu'il se déshabillait.
Il lécha ses lèvres devenues sèches et les yeux gris descendirent sur sa langue pour suivre son mouvement. Sa respiration s'arrêta un instant et reprit, légèrement plus rapide.
- Peux-tu la réparer ? questionna-t-il la voix un peu plus rauque que d'ordinaire.
Il devait fuir le magasin avant de faire quelque chose qu'il regretterait.
Malefoy détourna le regard posé sur sa bouche et reporta son attention sur ses yeux. Harry décela un léger tremblement de la main qui tenait la boite.
- Oui, je peux, mais ça sera long, répondit-il. Reviens la chercher dans 15 jours.
Il tourna le dos à Harry qui put détailler ce corps qui lui avait paru si musclé lors de leur précédente rencontre. Aucune cape ne lui coupait la vue cette fois. Malefoy portait un pantalon de costume noir simple qui moulait des fesses fermes et une chemise grise ajustée qui épousa parfaitement le geste de Malefoy lorsqu'il leva les bras pour poser la boite à costumes en hauteur sur l'étagère.
La salive revient brusquement dans la bouche de Harry et il déglutit. Et s'il se collait contre ce dos sec et ces fesses si appétissantes, quelle serait la réaction du propriétaire ? Elle serait mauvaise, sûrement. Salamèche geignit dans son caleçon. Lui aussi en avait très envie. Se coller à ce corps chaud, se frotter sur cette peau qui avait l'air si douce, embrasser ce cou à l'apparence fragile, passer ses mais sur ce ventre et vérifier si lui aussi avait le chemin du bonheur tracé sous son nombril.
- La vue te plait, Potter ? Tu veux venir voir de plus près ?
Harry sursauta, rougit et détourna le regard, gêné d'avoir été pris en flagrant délit. Il fallait fuir. Malefoy le regardait franchement cette fois avec un sourire amusé sur le visage.
- Je… Non… Merci Malefoy, je reviendrai dans 15 jours.
Le brun fit volte-face avant de se ridiculiser un peu plus et marcha d'un pas incertain vers la sortie. La voix de Malefoy l'arrêta avant qu'il n'ait pu ouvrir la porte.
- Le marron est trop banal pour toi Potter, il ne te rend pas honneur.
Ne sachant plus où se mettre ni quoi faire, Harry tourna la poignée et fuit sans un regard en arrière.
•
2 octobre 2001
Harry traversait d'un pas vif les couloirs du ministère de la Justice. Hermione l'avait fait exprès, il en était sûr ! Elle avait eu ce regard lors de leur déjeuner qui ne trompait pas. Pourquoi lui avait-il avoué que Malefoy lui plaisait ? Il aurait dû se douter qu'elle sauterait sur l'occasion pour le forcer à sortir de ses habitudes. Et de son célibat.
La porte de son bureau était ouverte. Il frappa et entra sans attendre de réponse. Hermione était assise à son bureau, cachée par des piles impressionnantes de parchemins. Elle releva la tête et se leva pour le serrer dans ses bras.
- Harry ! Que me vaut ce plaisir ? dit-elle en allant se rassoir.
- Je suis allée au magasin pour ta boite, répondit Harry. Quand comptais-tu me dire que c'était celle de Drago Malefoy ?
Le sourire de Hermione s'agrandit.
- Si je te l'avais dit, tu aurais refusé d'y aller.
- Exactement ! s'exclama Harry. Je n'étais pas censé le recroiser et avoir toutes ces images dans ma tête !
Hermione attrapa sa baguette et ferma la porte d'un mouvement du poignet.
- Et expliques-moi en quoi avoir ces images dans la tête est mal ? demanda-t-elle doucement.
- Ce n'est pas mal, c'est… Tenta d'expliquer Harry. C'est déplacé ! C'est Malefoy merde !
- Et ? attendit Hermione. Est-ce qu'il a montré un intérêt particulier ?
Harry la regarda, incrédule.
- Hermione, articula-t-il. Malefoy ne montrera que de la haine et du dégoût envers moi toute sa vie, rien d'autre.
- Je ne crois pas, répondit-elle. Quand il est sorti de mon bureau le mois dernier, ce n'était pas du dégoût sur son visage quand il t'a regardé.
Harry se figea. Malefoy l'avait regardé ? Alors peut-être que… rien du tout. Le corps de Malefoy lui faisait envie, lui donnait faim de chair. Mais il attendait le bon et Malefoy… Ils ne se connaissaient pas ou plus. Une guerre et trois ans sans se voir c'était long, Hermione avait raison.
Et s'ils apprenaient à se connaitre, ils découvriraient peut-être une certaine compatibilité et Harry pourrait enfin croquer ce corps si tentant, glissa une petite voix mutine à son oreille.
- Le problème, Hermione, reprit-il en soupirant, c'est que je suis attiré par lui physiquement. Pas autrement.
- Ah, et du coup, comme ce n'est sûrement pas l'homme de ta vie, tu n'iras pas plus loin.
Harry hocha la tête. Elle avait bien saisi l'idée. Hermione s'affala sur sa chaise et secoua la tête.
- Comment peux-tu savoir si c'est le bon sans essayer ?
- Je…, balbutia Harry, je ne veux pas le connaitre je…
- Tu ne veux pas connaitre la personne qu'il est devenu ou tu as peur de sauter le pas ? Qu'est-ce qui t'en empêche ?
- Un peu des deux sûrement, répliqua Harry en haussant les épaules.
Peur de ce qu'il pourrait trouver. Peur des souvenirs que cela ferait ressurgir. Peur d'être déçu. Peur de tomber amoureux. L'amour pouvait être une sacrée connasse. Il se rappelait de l'état de Ginny lorsqu'ils s'étaient séparés. Malgré tout, elle l'avait aimé, d'un amour sincère et sans limites.
Harry se frotta les yeux, fatigué. La séance avec son thérapeute avait dû être décalée et le bordel de sa tête reprenait place tout doucement. Il était devenu accro à ces séances et au bien-être que cela lui prodiguait. Grâce à elles, il pouvait classer ses idées, les ordonner pour ne plus qu'elles soient un fouillis hors de contrôle.
L'entrée surprise de Malefoy dans sa vie avait tout désordonné et il n'arrivait plus à ranger. Des images obscènes et des pensées parasites l'en empêchaient depuis trois semaines. Et si cet évènement lui faisait de nouveau perdre le contrôle ? Il n'en était pas question. Il avait de vagues souvenirs de lui à creuser sa propre tombe et plus jamais il ne voulait ressembler à ça.
Mais si, au contraire, Malefoy était le renouveau dont il avait besoin ? Et s'il s'autorisait enfin à vivre sa vie en tant que Harry ? Oublier une bonne fois pour toutes Harry Potter et faire ce dont il avait envie ? Au magasin, il aurait pu embrasser Malefoy et… Et quoi ? Se prendre un poing dans la figure ?
À une époque qui lui semblait lointaine, il avait été courageux, téméraire et n'avait pas hésité à mettre sa vie en danger. Oui, mais à chaque fois, c'était pour sauver d'autres personnes. Là, c'était prendre des risques pour lui et lui seul. Et c'était au-dessus de ses forces. Il avait cru aller mieux, pouvoir prendre des décisions pour lui mais il en était incapable de toute évidence.
Il n'avait même pas eu le courage de dire qu'il ne ferait pas de carrière d'auror, sauf à son psy et à ses deux amis les plus proches. Sa première décision pour lui-même, et il n'était pas capable de faire front, d'assumer les regards déçus qui se poseraient inévitablement sur lui car Harry Potter ne ferait pas ce qu'on attendait de lui cette fois.
Son rythme cardiaque s'accéléra, sa bouche s'assécha.
La vie était une garce qui ne lui laissait aucun répit. Pourquoi ne pas faire ce qu'on attendait de lui ? Il était un héros de guerre avec du sang sur les mains, il n'avait pas le contrôle de sa vie, ne l'avait jamais eue. Une arme, voilà ce qu'il avait été. Et aujourd'hui, il était une arme médiatique que le gouvernement voulait utiliser.
Pourquoi lutter contre ça ? Il n'était bon qu'à ça, faire ce qu'on lui demandait. Il n'avait pas à choisir sa carrière ni sa vie amoureuse. Il avait du sang sur les mains, il était redevable à la société de l'avoir laissé vivre. Tant de morts, tant de rouge, tant de bruits…
- Harry ?
Il cligna des yeux et se concentra sur son amie qui le regardait, soucieuse. Ses mains tremblaient sur ses genoux et des étincelles crépitaient au bout de ses doigts. Il inspira doucement et expira par la bouche plusieurs fois en faisant le vide dans son esprit. Putains de pensées parasites.
- Tout va bien ?
- Je, oui ça va, répondit-il en se redressant.
Hermione se leva et vint s'agenouiller en face de lui. Elle fit un geste pour prendre les mains de Harry, qui crépitaient toujours, dans les siennes mais il les coinça sous ses fesses. Il ne fallait pas qu'elle le touche, surtout pas. La dernière fois, il avait fait du mal, il avait… implosé. Il sentait encore l'odeur de fumée, entendait le bruit de verre brisé et les cris… Il avait fait du mal, il ne fallait pas qu'elle le touche, il l'avait déjà blessée. Elle avait été torturée à cause de lui. Ron était parti à cause de lui, et elle avait eu mal. Si mal.
Le tourbillon se ses pensées l'enfonçaient loin, là où il ne voulait pas aller, mais il n'arrivait plus à lutter. Ces trois dernières semaines de bataille contre lui-même l'avaient épuisé.
Un souvenir en particulier lui revint. Ce fameux 2 mai 1999, soit un an pile après la victoire sur Voldemort. Tant de gens pleuraient leurs morts, leur mémoire. Et c'était de sa faute. S'il s'était rendu avant, rien de tout ça ne se serait passé. Il serait mort et la population n'aurait pas vu tout ce sang sur ses mains. Fred, Tonks, Remus, Sirius, le professeur Rogue, Dumbledore, les frères Crivey et d'autres sans nom, sans visage dont il ne voulait pas se rappeler.
Mais le mémorial érigé en leur honneur ne lui avait pas laissé le choix.
Il avait voulu mourir ce jour-là. Tout cette culpabilité était devenue écrasante, il portait le deuil sur ses épaules et n'arrivait pas à s'en défaire. Le Ministère l'utilisait dans des spots publics de propagande dans lesquels on le décrivait comme le sauveur de l'Angleterre. Mais Harry, lui ne voyait que du sang, de la peine, de la douleur dans les yeux des foules qui le scrutaient. L'admiration qui lui était portée lui donnait la nausée. On l'admirait parce qu'il avait tué.
Il s'était éclipsé dans le château errant sans but dans l'espoir de trouver l'air qui lui manquait. Une fenêtre avait attiré son attention, le soleil passant à travers l'avait ébloui. Il s'était approché et avait regardé en bas. La chute serait douloureuse mais sans témoins. On ne retrouverait jamais son corps, c'était une partie extérieure du château inaccessible. Le passage ultime pour oublier. Et pour laisser à ses amis de la place pour faire leur deuil.
La fenêtre s'était ouverte sans grincer, comme une invitation et le vent qui s'était engouffré lui avait tendu les bras. Au loin, la voix de sa mère lui avait chanté une chanson au creux de l'oreille.
« J'arrive maman, attends-moi » avait été ce qu'il croyait être sa dernière pensée.
Il avait commencé à monter sur le rebord lorsque des bras puissants l'avaient retenu. Il s'était mis à hurler, pleurer et se débattre. Il voulait juste mourir et il n'était même pas capable de le faire correctement.
- Laissez-moi mourir !
Les bras avaient tenu bon puis d'autres étaient arrivés sur ses jambes. Une odeur de bois et de rose l'avait entouré. Il avait fini cloué au sol par plusieurs personnes, il ne savait pas qui. Sa vue s'était brouillée, ses lunettes étaient tombées dans la lutte et il ne cessait de répéter comme une litanie :
- Je veux mourir ! Laissez-moi mourir, s'il vous plait ! Je veux juste mourir ! Laissez-moi mourir…
Des murmures parvenaient à ses oreilles. Une voix grave avait couvert celle de sa mère. Des mots rassurants, qui lui disaient qu'il n''était pas seul, que tout allait s'arranger. Mais il voulait juste réentendre la voix de sa mère.
Puis les bruits d'explosion avaient commencé. Il avait senti sa magie lui échapper par tous les pores de sa peau. Des langues brulantes de magie pure s'étaient échappées de lui, attaquant les personnes qui le retenaient. Et les cris de douleur avaient commencé.
- Laissez-moi… Lâchez-moi… TUEZ-MOI !
Sa magie s'était déchainée et les hurlements à ses oreilles étaient devenus assourdissants. Sa magie attaquait ceux qui voulaient le sauver. Des bruits de verre avaient retenti et les cris de douleur s'étaient intensifiés. Une odeur de fumée lui avait fait tourner la tête.
Son dernier souvenir était cette voix grave près de son oreille criant :
- Assommez-le ! Il doit perdre conscience, sinon on y passera tous !
Après ça, il avait été hospitalisé plusieurs semaines, obsédé par l'idée de mourir. Assommé à coup de potions, surveillé par un personnel soignant bien trop réactif, il n'avait jamais réussi à atteindre son but.
Mais même encore aujourd'hui, cette idée l'attirait. S'il mourait, il rejoindrait ses parents et Sirius et Tonks et Lupin et tous ceux qu'il avait perdu. Il n'aurait plus à penser à sa carrière, à son image publique héroïque et complètement fausse, à Malefoy et son beau cul.
Il ne méritait pas l'amour, il ne méritait que la haine. Malefoy ne voudrait jamais de lui, il était un monstre, un...
- HARRY !
Un violent coup sur son visage le fit émerger de ses pensées noires. Un hoquet sortit de sa gorge et il reprit sa respiration en haletant. La vue brouillée par les larmes, il vit Hermione face à lui, tremblant comme une feuille, un bras armé pour la seconde gifle.
Il tendit les bras devant lui, cherchant un support, un contact, n'importe quoi pour calmer sa respiration erratique. Hermione l'attrapa aussitôt et le tira pour l'allonger au sol. Harry se laissa faire, son corps ne répondait plus.
La porte du bureau s'ouvrit violemment le faisant sursauter. Son cœur s'arrêta quelques secondes et repartit de plus belle. Sa respiration devint hachée, il s'étouffait. Les crises de panique le faisaient paniquer. Pathétique non ?
Des bras forts mais doux vinrent l'envelopper avec une odeur de cannelle et d'après-rasage. Il connaissait cette odeur. Il s'agrippa de toutes ses forces au bras à sa portée.
- Inspire lentement et expire, Harry. On est là. Tu n'es pas seul. Suis la respiration de Hermione, inspire et expire. C'est ça, c'est bien, continue.
Harry oublia tout et se concentra sur cette voix grave, un peu cassée, qui disait ces mots si gentils et la respiration douce de Hermione près de lui.
Tout doucement, son corps de décrispa, sa respiration redevint calme et son cœur arrêta son marathon. Après ce qui lui sembla une éternité, les bras masculins le redressèrent en position assise accompagné de larges cercles de la main dans son dos.
- Comment tu te sens ? demanda Ron.
Harry hocha la tête, ne se sentant pas encore capable de parler. Il était épuisé.
Il ouvrir les yeux et tomba sur le visage de Hermione, l'air très inquiète, qui le scrutait. Il tendit la main vers elle et attrapa sa chemise du bout des doigts. Elle les lui prit et les embrassa un à un. Posant la main de Harry sur son cœur elle posa sa deuxième main sur le visage de Harry en une caresse tendre.
Le brun soupira de contentement et s'appuya sur le corps de Ron toujours derrière lui. Il n'était pas seul, tout allait bien. Il allait bien, vraiment. Il voulait juste dormir.
Il dormit.
•
Harry se réveilla groggy et courbaturé. Il était dans son lit, Square Grimmaurd. Il se tourna sur le côté et regarda l'heure à sa montre, posée sur sa table de chevet. 9 h 40. Du matin ou du soir ? Et comment avait-il atterri ici ?
Il creusa dans sa tête et les souvenirs revinrent peu à peu. Malefoy, Hermione, les pensées noires, la crise de panique. Qui l'avait ramené chez lui ? Et comment ?
La porte de sa chambre s'ouvrir et une tête rousse apparut avec un plateau. Un bol fumant et une miche de pain étaient posés dessus.
- Ah, tu es réveillé, parfait. Kreattur t'a préparé de la soupe avec des légumes frais et du pain, il devait vraiment être inquiet pour se donner autant de mal.
Ron posa le plateau sur le lit à côté de Harry et s'assit en le fixant. Harry cligna des yeux, pas encore totalement réveillé.
- Comment vas-tu ? demanda Ron doucement. Et ne me dis pas que ça va, je veux la vérité.
Harry s'assit doucement sur son lit pour ne pas faire basculer le plateau et se frotta les yeux. Comment se sentait-il ?
- Un peu courbaturé, tenta-t-il.
Ron lui fit un signe de la main, l'invitant à continuer. Il réfléchit. Ron voulait la vérité, pas une version édulcorée.
- Honteux d'avoir été faible. Triste aussi.
- Est-ce que tu veux te faire du mal ? Demanda Ron.
- Non, je ne crois pas, répondit Harry, hésitant. Je veux… creuser un trou et ne plus en sortir.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas.
Harry abandonna l'introspection en soupirant. Il ne voulait plus réfléchir, plus penser à ce qui s'était passé, à ce qu'il voulait et ne voulait pas. Il voulait repartir dans le cocon qu'on lui avait créé à Sainte Mangouste sous les potions calmantes. La vie était trop dure, il n'y arriverait jamais.
- Tu sais, reprit Harry d'une voix tremblante. Depuis quelques mois, j'allais mieux. Vraiment, insista-t-il en levant les yeux sur le visage de Ron. Et il y a trois semaines, il est arrivé… un truc.
- Malefoy ? interrogea Ron.
Harry le regarda, surpris.
- Hermione m'a raconté. Ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi Malefoy a été l'élément déclencheur de cette rechute.
- Il a… Mes pensées… Je…
- Respire Harry, je suis là, chuchota Ron. Prends ton temps.
Harry hocha la tête et calma sa respiration avant de reprendre.
- Le docteur Williamson – tu sais mon thérapeute ?
Ron hocha la tête.
- Il m'a aidé à catégoriser mes pensées et mes souvenirs. Je visualise des tiroirs qui sont étiquetés et, tous les soirs, je range ma tête. C'est un peu la même chose que de la préparation à l'occlumancie. Quand j'ai revu Malefoy, j'ai eu des pensées… Bref, je pensais souvent à lui. Et le soir, quand je rangeais ma tête, je n'arrivais pas à classer ces pensées. Tiroir bons souvenirs, ou tiroir à oublier ? Ou tiroir à fantasmes ? Je n'ai pas de tiroir divers, il y aurait trop de choses dedans, tu comprends ? Alors mes pensées ont continué à tourner dans ma tête. Et quand je l'ai revu ce matin ou… hier, je sais pas…
- Ce matin, précisa Ron.
- Oui, ce matin… Je savais pas quoi faire ! Il est beau, délicat et j'avais juste envie de l'embrasser ou plus encore.
Harry s'arrêta net devant la grimace de Ron. Ce dernier se racla la gorge, les joues et le cou rouges mais fit signe à Harry de continuer malgré sa gêne.
- Mais c'était en contradiction avec la liste « Amour ».
- La liste ? le coupa Ron.
- Oui, c'est… un truc que je fais dans ma tête quand je perds le contrôle. Je fais des listes. Lorsque j'étais hospitalisé, j'en fais une sur chaque grand thème de la vie. Et l'un d'eux est l'amour. Et, dans cette liste, j'ai mis que je ne voulais pas coucher avec n'importe qui. J'ai gardé espoir que ma première fois soit spéciale. C'est la seule chose qui me reste, tu comprends ? Les Dursley m'ont volé mon enfance et m'ont inculqué des idées de la vie complètement faussées. Mon adolescence a été bousillée par un mage noir, une prophétie et un directeur. Le peuple sorcier anglais m'a utilisé comme une arme même si c'était pour propager l'espoir, et seulement dans leurs bons jours. Après la guerre, j'ai été le symbole de la victoire alors que je m'enfonçais dans la dépression. Et maintenant, le Ministère de la Magie veut m'utiliser comme publicité vivante. Tout le monde veut que je sois parfait, que je devienne auror, que j'épouse une jolie fille et que je lui fasse plein d'enfants. Mais ça non. Ils ne contrôleront pas ma vie sentimentale. Alors, j'ai décidé d'attendre le bon. Et j'ai espéré que ma première fois soit idéale, parfaite, parce que c'est l'une des dernières choses qui m'appartient. Et Malefoy a tout foutu en l'air.
Harry souffla brusquement. Il n'avait plus autant parlé depuis très longtemps.
- Harry… dit Ron toujours calme. En quoi Malefoy a tout foutu en l'air ?
Harry le regarda, désespéré.
- Parce que je veux coucher avec lui !
- Où es-tu Hermione ? grommela Ron dans sa barbe. Écoute, Harry, je ne suis pas très doué avec tous les sentiments et autres trucs comme ça mais… Tu vas un peu vite là. Ce n'est pas parce que tu veux coucher avec lui que tu vas le faire. Ou en tout cas pas tout de suite. Ensuite, le désir vient souvent avant l'amour, il n'y a aucun mal à désirer quelqu'un. Et si tu ne prends pas le temps de le connaitre, tu ne sauras jamais si c'est le bon ou pas.
- Hermione a dit la même chose, râla Harry.
- Et elle a raison. Harry, tu penses trop. Laisse-toi aller par ce que te propose la vie un peu. Les listes que tu te fais, si ça t'aide, tant mieux, mais ce ne sont que des mots dans ta tête ou sur du papier. C'est pas la vraie vie.
Harry plia les genoux et posa sa tête dessus.
Un peu hésitant, Ron lui caressa doucement le cuir chevelu. Il repensa à la scène dans le bureau de Hermione. Elle n'avait jamais su gérer ses crises de panique, seul Ron y arrivait. Heureusement qu'il avait été là sinon…
Il releva brusquement la tête et regarda son meilleur ami.
- Comment as-tu pu arriver aussi vite au bureau ce midi ?
- Oh ! s'exclama-t-il. Hermione t'a vu t'enfoncer et m'a appelé au cas où. J'étais avec mon père trois étages au-dessus quand j'ai reçu son patronus. Et maintenant, mange ta soupe et ton pain.
- Je n'ai pas très faim, répliqua Harry en grimaçant.
- Mange ta soupe ou j'appelle ton elfe ! menaça Ron.
Harry le regarda en fronçant le nez, essayant de juger s'il était sérieux ou pas. Les bras croisés de Ron et son menton relevé indiquaient que oui. Il mangea sa soupe. Toute sa soupe. Mais pas le pain. Il n'avait vraiment pas faim.
Kreattur pouvait être un monstre capable de tout pour le nourrir, il l'avait appris à ses dépens. C'était sûrement grâce à lui que Harry n'était pas mort de faim au cours de la première année après la guerre.
On toqua à la porte à la dernière cuillère de Harry. Hermione passa la tête par l'entrebâillement et entra lorsqu'elle le vit éveillé. Elle vint s'assoir à côté de son mari et planta un baiser sur sa bouche, provoquant un rougissement de la part de Ron puis se retourna vers Harry.
- Comment tu te sens ?
- Mieux, répondit Harry en esquissant un sourire.
Elle se tourna vers son mari et haussa les sourcils.
- Je l'ai fait parler un peu, il fallait que ça sorte, la rassura-t-il.
Hermione hocha la tête et dit :
- J'ai appelé l'assistante du docteur Williamson, tu as une séance demain matin à 10 h.
- Mais, la coupa Harry, j'ai déjà une séance prévue le 9 avec lui, ça peut attendre non ?
- Après ce que tu viens de nous faire, non, ça ne peut pas attendre.
- Mais je vais mieux, Hermione…
- Pas de discussion, Harry, réplica-t-elle fermement. Tu as eu une crise de panique que j'ai encore du mal à expliquer et une fuite de magie. Ça ne t'était pas arrivé depuis quand ?
Harry se renfrogna. Elle avait gagné avant même qu'il n'ait pu argumenter.
- C'est bien ce qui me semblait, conclut Hermione, sans pitié. On dort ici ce soir au deuxième étage. Pas question que tu restes seul dans cette maison glauque. Et je t'accompagne chez Williamson demain. Ça non plus ce n'est pas négociable, ajouta-t-elle lorsqu'elle vit Harry ouvrir la bouche. Je sais que tu ne vas pas t'enfuir, c'est juste pour me rassurer.
Harry acquiesça en marmonnant. Ils échangèrent encore quelques mots puis ils prirent congés dans leurs quartiers.
Pas fatigué après sa longue sieste, Harry se leva et se rendit au petit salon du premier étage.
Grimmaurd Place était resté comme avant, seuls la cuisine, le petit salon, la chambre de Sirius devenue sienne, une salle de bain et deux ou trois chambres d'amis avaient été améliorés. Lorsqu'il avait annoncé qu'il garderait la maison de Sirius pour y vivre, Molly et Arthur avaient débarqué un matin pour rafraîchir certaines parties de la maison. Aidés de Kreattur lui-même, ils avaient mis presqu'un mois à rendre les pièces, potables, dirons-nous.
Il avait eu pour projet de la restaurer avec Ginny. La maison aurait pu accueillir leurs enfants et toute la famille pour les fêtes de Noël. Mais Ginny et lui s'étaient séparés et lui avait commencé sa descente aux enfers trois mois après la fin de la guerre. La fin de ce qu'il avait été.
Le petit salon était maintenant propre et rangé. La tapisserie de la famille Black était toujours là et les vieux meubles aussi, mais les rideaux ne bourdonnaient plus et le tapis ne transpirait plus la poussière par tous ses poils. Il se dirigea vers le fond de pièce et caressa du bout des doigts la vitrine d'une très vieille armoire. La vitre frétilla sous la caresse.
Des dizaines et des dizaines de flacons étiquetés remplissaient la vitrine. Les souvenirs que Harry avait voulu revoir ou effacer de sa vie. Bien sûr, ça n'avait pas fonctionné. Les souvenirs retirés étaient de simples copies des vrais. Ils s'atténuaient dans l'esprit mais dès que l'on se fixait dessus, ils revenaient sans anicroche.
Les voir, pouvoir les toucher réellement lui permettait de prendre du recul avec tout ce qui était arrivé. Oui c'était réel mais c'était également du passé. Et le passé ne devait pas être oublié mais accepté.
L'acceptation était un long chemin pavé d'embuches, comme le prouvait le midi-même.
Harry se dirigea vers le canapé mangé aux mites et s'affala dessus. Il s'étira encore courbaturé et finit par s'allonger. Un « Crac » sonore lui fit tourner la tête en bas, sur le bord du canapé. Il vit Kreattur à l'envers s'approcher de lui, un chiffon à la main.
- Monsieur Harry a-t-il besoin de quelque chose ? croassa l'elfe. A-t-il mangé sa soupe ? enchaina-t-il sans le laisser répondre.
- Oui Kreattur, j'ai tout mangé. Peux-tu m'amener un stylo et du papier ?
L'elfe grogna et hocha la tête. Le maitre utilisait des outils de moldus pour écrire et il ne cautionnait pas du tout.
Harry s'esclaffa en redressant la tête sur le dossier du canapé. Dans cette position, il avait eu une vue imprenable sur les narines de son elfe. Et elles étaient énormes.
Son rire partit doucement, avalé par les murs défraichis du salon.
Avant… Avant, Harry Potter était un battant. Un adolescent courageux qui n'hésitait pas à foncer tête baissée dans le danger pour sauver un ami, une connaissance ou pour suivre un potentiel fauteur de troubles. A présent, il ne savait plus qui il était. Il avait peur de sa propre ombre, de ses propres pensées.
Dehors, les journalistes le décrivaient comme quelqu'un de fort, d'intrépide, de courageux. Les journaux à scandales lui avaient inventé une vie sexuelle débridée, des enfants cachés et un tempérament de feu. La population le voyait comme un sauveur, quelqu'un qui allait changer le pays en devenant auror et en emprisonnant tous les êtres monstrueux peuplant encore le pays. Et d'autres encore le voyaient comme un ennemi, celui qui avait fait disparaitre le porte-parole du monde sorcier, du vrai. Où les moldus n'avaient que le droit de s'agenouiller devant les sorciers.
Ils voyaient tous Harry Potter. Peu importait l'image qu'ils s'étaient créée, ils voyaient le héros, l'ennemi, l'homme parfait, le potentiel amant ou le prochain buzz d'un journal quelconque. Et il avait cru, après la guerre, être cette personne lui aussi. Sauf que lorsqu'il s'était rendu compte qu'il n'était rien de tout ça, il avait doucement basculé dans la dépression.
Les cauchemars hantaient ses nuits. Il se voyait sur le champ de bataille, les mains couvertes de sang avec les cadavres de ses amis, de sa famille autour de lui. Il avait débuté une formation d'auror, car c'était ce qu'on attendait de lui. Mais il avait vu trop de morts, trop de sang, trop de violence à presque 18 ans. Il était brisé par cette guerre.
Le métier d'auror n'était pas fait pour lui, alors qu'allait-il faire ? La guerre était terminée, il ne servait plus à rien. L'arme avait fait son travail : il avait tué Voldemort. Et après ? Seul le vide l'attendait. Il s'était enfoncé dedans, avait commencé à boire pour dormir, puis à boire pour oublier qu'il n'aimait pas son futur métier, puis à boire un peu plus pour son inutilité.
Un soir, en se promenant dans le Londres moldu pour ne pas dormir, effrayé par ses propres cauchemars, il avait croisé un dealer. Il s'était mis à l'ecstasy. Le dealer lui avait promis une nuit sans rêves. Il l'eut.
Il ne se souvenait pas de son premier shoot. Il avait mélangé avec l'alcool, l'effet avait été quasi immédiat. Il avait dormi 14 heures d'affilé et il se souvenait avoir eu très soif en se réveillant. Les shoots suivants, il ne les avait pas mélangés avec l'alcool. Et la sensation de somnolence tranquille l'avait rendu accro.
Ses amis n'avaient rien remarqué les premiers mois. Entre leur propre deuil, leur nouveau travail, la famille, la reconstruction de Poudlard, les commémorations, tout le monde était bien trop occupé pour faire attention aux autres. Et Harry avait excellé dans l'art du camouflage.
Il était devenu le roi de l'anticernes et portait les mêmes vêtements qu'avant, si larges que sa perte de poids était passée inaperçue. Il buvait et se shootait dans le grenier, jamais là où les invités étaient susceptibles d'aller et rangeait tout méticuleusement. Il ne sentait jamais l'alcool grâce à des potions et faisait toujours très attention à manger suffisamment devant les autres pour ne pas mettre la puce à l'oreille de qui que ce soit.
Et il avait faire jurer à Kreattur de ne rien dire. C'était lui qui couchait Harry lorsqu'il était trop défoncé pour le faire. C'était lui également qui le forçait à manger tous les deux ou trois jours.
Harry s'était rendu compte de son état à sa première overdose. Par il ne savait quel moyen, Kreattur s'était prémuni de potions de lavements d'estomac. L'instinct, sûrement.
Un soir en rentrant d'un entrainement d'auror intensif, il avait bu jusqu'à plus soif et bien au-delà. Pour oublier les souvenirs de la guerre qu'avait fait ressurgir l'entrainement, il avait pris double dose d'ecstasy. Il voulait dormir, et, inconsciemment, il s'en rendait compte maintenant, ne plus jamais se réveiller.
Il s'était retrouvé dans son lit en pyjama le lendemain soir, avec des courbatures partout et le cerveau dans un étau. Kreattur lui avait expliqué en hurlant ce qui s'était passé, des larmes d'une taille de balle de golf roulant sur ses draps trempés de sueur.
Alors Harry avait compris : il était dans état lamentable et chaque coupure de presse mensongère, chaque parole de remerciement des familles en deuil l'enfonçaient. Il n'était pas capable d'être Harry Potter. Harry, lui, juste lui, voulait mourir. Ou qu'on lui foute la paix. Ou les deux. Il ne savait plus.
Ron et Hermione s'étaient rendus compte de son état quinze jours avant sa tentative de suicide à Poudlard. Ils avaient débarqué un vendredi soir chez lui pour une petite soirée en trio improvisée. La journée de Harry avait été exécrable, comme toutes les précédentes depuis quelques semaines et il n'avait pas attendu d'être au grenier pour se défoncer.
Le couple l'avait retrouvé torse nu allongé sur le tapis du petit salon, défoncé à l'ecstasy et avec une demi bouteille de Whisky moldu dans le sang. La peau sur les os, blanc comme son cul. Il avait dû faire peur à voir.
Le lendemain, Hermione lui avait fait avaler une potion au goût ignoble qui avait aidé son organisme à éliminer la drogue et lui éviter de longues semaines de désintoxication douloureuses. Il avait continué à boire et ne s'était plus caché.
Et quinze jours après, il s'était retrouvé à Sainte Mangouste, alcoolique, dépressif, suicidaire et pesant moins de 50 kilos.
Bien sûr, toute cette affaire avait méticuleusement été étouffée par le Ministère. Aucune tache ne devait assombrir leur héros. Il en allait de la réputation des hommes politiques du pays.
Harry essuya son front luisant de transpiration. Il savait qu'il devait éviter de penser à tout ça, mais c'était plus fort que lui. L'oubli que lui procuraient alcool et drogue lui manquait. Mais il ne voulait pas replonger. Il lui restait un peu de volonté finalement.
Il s'assit par terre, le dos contre le canapé, devant une feuille moldue blanche et un stylo moldu également. Kreattur avait dû lui amener lorsqu'il s'était perdu dans ses pensées.
Il ne voulait plus être Harry Potter. Et il ne voulait plus être le Harry faible qu'il était depuis trois ans. Il voulait être un nouveau Harry, lui et son caractère, lui et sa personnalité. Au diable le Ministère, les gens, les journalistes. S'il voulait se sortir ce cercle infernal, il devait se prendre par le bras et faire en sorte d'être lui-même. Et pas ce que les gens voulaient qu'il soit.
Pour être Harry je dois :
1) Ne plus faire attention aux journalistes, aux gens, au Ministère ;
2) Assumer mes propres décisions et leurs conséquences ;
3) Refuser le poste d'auror ;
4) Accepter mes échecs ;
5) Accepter mon passé et m'en servir comme une force ;
6) Faire mon deuil ;
7) Me donner le droit d'avoir peur ;
8) Me donner le droit de ne pas être parfait ;
9) Oublier les listes précédentes ;
10) Me donner une chance en amour ;
11) Être moi-même ;
12) Aller prendre un café avec le blond peroxydé.
Deux heures plus tard, Harry posa son stylo et relut sa liste, un peu plus en paix avec lui-même. Il monta se coucher, la tête pleine d'espoir, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps.
