Et voici le chapitre 5 dans la foulée. Le côté sombre de la fiction arrive tout doucement.
Je n'avais pas précisé : il y a 13 chapitres et un épilogue.
Des bisous !
Chapitre 5
29 octobre 2001
Le repas familial traditionnel du dimanche chez les Weasley avait lieu chaque fin de mois. Les adultes avaient convaincu Molly et Arthur qu'avec les enfants, leur quotidien, et leur travail, il ne leur était pas possible de le faire toutes les semaines. Molly avait été déçue mais avait fini par capituler.
Molly et Arthur étaient les heureux grands-parents de Victoire, fille de Bill et Fleur, née un an auparavant et de Lucy, fille de Percy et Audrey. Le premier couple avait annoncé l'arrivée d'un second enfant quelques semaines auparavant, au plus grand plaisir des parents de Ron et de toute la famille. L'accouchement était prévu pour mai.
Harry, en retard comme à son habitude, sortit de la cheminée et fut accueilli à coups de cris, d'embrassades et de « Enfin ! J'ai failli manger la table ! ». Rien d'inhabituel. Il embrassa tout le monde, et particulièrement Charlie qui avait pu faire le déplacement pour fêter Halloween. Depuis le décès de Fred Weasley le deuxième fils de la famille essayait de se libérer plus régulièrement pour passer du temps avec sa famille. Et Halloween étant sacré pour les jumeaux, il ne ratait plus une fête depuis la guerre.
Il fut amené de force à table par Georges et Bill qui avaient l'air affamés et se retrouva au coude à coude avec Ginny, jeune titulaire de l'équipe nationale de Quidditch en tant que poursuiveuse, et Percy, qui tentait tant bien que mal de contrôler sa fille qui préférait apparemment la nourriture par terre ou sur son père que dans son assiette.
Harry se crispa un peu. Il avait évité au maximum les contacts avec son ex petite amie et ne se sentait toujours pas à l'aise avec elle. Il l'avait faite souffrir, il le savait et ignorait si elle pourrait lui pardonner un jour.
Le repas se passa cependant sans incident notable et Harry se détendit un peu. À un moment, il fut question du choix de Harry de ne pas faire carrière chez les aurors et, à son grand étonnement, tout le monde le soutint. Molly lui confia même être soulagée.
- Tu en as bien trop vu, inutile d'en ajouter, lui avait confié Molly.
Son regard s'était tourné vers son dernier fils, qui lui, n'avait pas changé d'avis et avait commencé sa carrière dès septembre.
Au moment des desserts, Ginny lui donna un coup de coude et lui demanda discrètement :
- Alors Harry, comment vas-tu ? Est-ce que tu t'en sors ?
Ginny ne connaissait pas toute l'histoire. En vérité, les Weasley, en dehors de Ron, savaient juste que la fin de la guerre avait été éprouvante et qu'il avait eu besoin d'un coup de pouce pour s'en sortir. Personne ne savait pour son alcoolisme ou pour la drogue mais Harry soupçonnait Ginny d'en avoir deviné une bonne partie.
Harry put esquiver la question avec un sourire contrit car, au même moment, Hermione s'était levée et avait solennellement tendu un petit paquet à Ron. Le silence se fit peu à peu à table.
- Mais, Hermione, ce n'est pas mon anniversaire…
Tout le monde rit. Ron ouvrit doucement le paquet et sauta au cou de Hermione avant qu'il ait fini de le déballer. Harry se pencha au-dessus de la table et reconnut le paquet que Malefoy lui avait remis : la boite à costumes.
- Elle… Elle fonctionne ?
Hermione, les larmes aux yeux, hocha la tête en signe d'assentiment. Ron la serra de nouveau contre lui et Harry vit ses yeux bleus briller.
- Tu ne me l'as jamais dit, mais je sais d'où vient cette boite et qu'elle était importante pour tout le monde ici. J'ai fini par trouver la personne qui a pu la réparer et…
Elle fut coupée par Georges Weasley qui la serrait à l'étouffer contre lui, suivi par toute la famille.
Harry, la gorge nouée par l'émotion et les yeux piquants, se leva discrètement et sortit prendre l'air. Il se sentait mal à l'aise, dans ces moments d'effusion d'amour. Comme s'il n'était pas à sa place, qu'il avait volé celle d'un autre.
Il s'assit à l'entrée et regarda les poulets picorer paresseusement la terre. Arthur avait encore oublié de les rentrer, Victoire et Lucy allaient s'en donner à cœur joie.
Quelques secondes passèrent et il entendit la porte d'entrée se refermer. A sa grande surprise, Ginny le rejoignit et s'assit en tailleur à côté de lui.
Plusieurs minutes passèrent en silence. Harry continuait de fixer les poulets et n'osait pas regarder Ginny.
- J'ai mis beaucoup de temps à me remettre, tu sais ? dit soudain Ginny lorsqu'un poulet attrapa un gros ver juteux.
Voyant qu'il ne répondait rien, Ginny enchaina.
- Tu étais mon premier amour, l'homme de ma vie. Je nous voyais avec une Lily Potter qui aurait été ton portrait craché ou un Sirius au cheveux roux et aux yeux verts.
Les larmes arrivèrent aussitôt aux yeux de Harry. Il aurait tant aimé avoir une famille, des enfants. C'était le seul vrai regret que lui causait son homosexualité. Il ne pourrait jamais avoir d'enfants.
- Quand j'ai compris que tu ne me désirais pas, j'ai fait comme si de rien n'était au début. C'était la fin de la guerre après tout. Tu venais de subir une année terrible et on venait d'enterrer nos proches. Donc j'ai attendu. Et au bout de trois mois, j'ai su que tu ne m'aimerais jamais comme je t'ai aimé. Je suis partie.
Harry fit mine de se lever, ne voulant pas en savoir plus, mais la main de Ginny sur son bras l'arrêta net.
- Je t'en ai voulu. Beaucoup. Je t'ai détesté autant que j'ai pu pendant de longs mois. Je croyais à notre histoire depuis l'âge de dix ans et…
Ginny renifla et il leva la tête. Ginny pleurait. Il ne put s'empêcher de la serrer contre lui. Son bras entoura les épaules de la rousse et sa tête se posa dans le creux du cou de Harry, se laissant aller dans l'étreinte.
- Je… reprit-elle au bout de quelques secondes. J'ai fini par comprendre que le fait que tu aimais les hommes n'était pas de ta faute ni de la mienne.
Harry sursauta et lâcha Ginny.
- Comment… ? balbutia-t-il.
Ginny rit à travers ses larmes.
- J'ai vécu pendant quatre mois avec toi et te connais depuis dix ans maintenant. Tu n'as jamais parlé de femmes nues ou autres, même avec tes amis, ta manière de me toucher a toujours été chaste, sauf quand je te forçais la main et ton manque de… réaction ont été de bons indices. Mais le jour où tu t'es retourné dans la rue après avoir croisé un bel homme a été la pièce manquante du puzzle.
Harry fronça les sourcils.
- Je n'ai jam…
- Si, Harry. Sûrement de manière inconsciente, mais tu le faisais. C'est d'ailleurs ça qui m'a fait partir.
Harry se frotta le visage et tenta tant bien que mal de retenir ses larmes. Il savait qu'il l'avait fait souffrir, mais elle n'en avait jamais parlé devant lui. Se prendre tout ça en pleine face était dur à encaisser. Comme tout ce qui lui arrivait ces dernières semaines.
- Je t'ai suivi après.
Harry se figea.
- Je connaissais tes habitudes alors je t'ai suivi. C'était aussi idiot que de t'envoyer une carte de Saint Valentin mais je l'ai fait. Et… J'ai vu.
Elle sembla hésitante mais continua.
- Tu t'isolais de plus en plus, tu maigrissais à vue d'œil, ne mangeais plus et ta consommation d'alcool a grimpé.
- Comment tu as pu voir tout ça, Ginny ? la coupa Harry légèrement en colère.
- Je te l'ai dit, je connais tes habitudes, rétorqua Ginny. Tous les lundis, tu allais au restaurant en face du Ministère avec tes collègues de formation. Quand tu rentrais le soir, tu sentais la friture. Un jour, je t'ai suivi jusque là-bas. Tu raffolais de leurs nems et pourtant, il n'y en avait pas dans ton assiette. Et ton visage.
Elle se tourna vers lui et lui caressa l'os de la mâchoire.
- Je l'ai admiré tellement de fois. Tes pommettes se sont affinées de façon anormale, ta pomme d'Adam est devenue plus visible.
Elle se détourna de lui en soupirant.
- J'ai fini par aller faire un tour au Square au bout de trois mois. Il fallait que j'en aie le cœur net. Te connaissant, tu devais effacer toute trace de ta dépression pour éviter d'affoler tes proches mais j'allais trouver. Kreattur n'a rien voulu me dire. À la place, il m'a emmenée directement au grenier. J'ai trouvé les sachets de pilules. Puis il m'a emmenée à la benne à ordures et j'ai trouvé les bouteilles.
Ginny renifla à nouveau et Harry trouva une pierre dans le jardin assez grosse pour le transformer en mouchoir qu'il lui tendit. Ginny haussa un sourcil et prit le mouchoir.
- Tes talents de magie sans baguette se sont améliorés à ce que je vois, dit-elle la voix étouffée par le bout de tissu.
Harry hocha la tête.
Elle savait. Elle avait tout su bien avant les autres, alors pourquoi ne leur avait-elle rien dit ? Elle ne cachait rien à sa famille.
- J'ai arrêté de te suivre à ce moment. J'aurais voulu te couvrir d'amour et te protéger de tout ça. Mon départ en était sûrement la cause, ou au moins l'élément déclencheur. Mais je n'aurais jamais pu t'oublier.
Un sanglot étranglé sortit de la gorge de la jeune femme. Harry la reprit contre lui et sentit une larme glisser sur sa joue.
- Je suis un monstre, Harry. Je n'ai rien fait. J'ai tenté d'oublier ce que j'avais vu, je voulais tout oublier de toi, faire mon deuil de notre relation… Je… J'ai fourni les potions de lavement d'estomac à Kreattur pour enlever un peu de la culpabilité que je ressentais et je suis partie. J'aurais dû en parler, mais je t'en voulais tellement et…
- Tu n'es pas un monstre Ginny, chuchota Harry dans son oreille en la berçant.
Il avait définitivement perdu la bataille contre les larmes. Il n'en voulait même pas à Ginny. Qu'elle en parle ou non n'aurait sûrement rien changé. Il était persuadé maintenant que si on l'avait empêché de toucher le fond comme il l'avait fait, il n'aurait jamais pu se relever et reprendre goût à la vie. C'était les souvenirs de sa déchéance qui l'empêchaient de replonger dans le néant.
La porte d'entrée s'ouvrir et Harry releva brusquement la tête. Hermione ouvrit la bouche, l'air soudain soucieux mais Harry lui fit un signe discret de la tête et elle referma la porte. Le pansement n'était pas complètement arraché, autant terminer le travail. Et le brun faisait confiance à son amie pour éloigner toutes les oreilles indiscrètes ou autres maladroits.
Il attendit que les pleurs de Ginny – et les siens – s'atténuent. Il s'éclaircit la voix, enrouée par les larmes.
- J'aurais touché le fond avec ou sans ton intervention, Ginny.
- Tu ne sais pas ! Peut-être que tu n'aurais pas fini à Sainte Mangouste ou peut-être que tu… tenta-t-elle d'argumenter.
- Non, Ginny, répondit Harry, la voix douce. Je n'aurais fait que t'entrainer avec moi, si tu étais restée. Et si tu étais intervenue et que Ron et Hermione m'avaient surveillé par exemple, j'aurais trouvé d'autres moyens de me droguer ou de boire. Crois-moi j'aurais trouvé, insista-t-il avec un rire amer. Je ne t'en veux pas de n'avoir rien dit.
Il sentit Ginny soupirer et trembloter contre lui. Ils restèrent enlacés un long moment et, lorsqu'il fut sûr que Ginny s'était calmé, il la lâcha doucement et se leva pour se dégourdi les jambes. Son regard se perdit dans l'horizon et se rendit soudain compte qu'il avait froid.
Après un long moment, la voix de Ginny interrompit à nouveau le silence.
- J'ai mis du temps, mais je t'ai pardonné. La souffrance que tu nous as infligée n'est pas de ton fait, tu étais juste un jeune adulte paumé qui avait vécu beaucoup trop de choses, comme nous tous. J'ai vu comme tout le monde au début : le héros et non pas qui tu étais vraiment.
Harry sentit les larmes remonter au coin de ses yeux en même temps qu'un poids se retirer de ses épaules. Il expira lentement et roula les épaules pour essayer de se détendre.
- J'ai rencontré quelqu'un, dit soudainement Ginny.
Elle se retrouva au côté de Harry sans qu'il ne l'entende arriver. Il la dévisagea et remarqua un léger sourire sur les lèvres de la jeune femme.
- C'est un joueur de Quidditch, lui aussi.
- Est-ce qu'il prend soin de toi ? demanda Harry.
- Oui, Harry, le rassura-t-elle avec un sourire tendre. Il prend soin de moi. Je vous le présenterai bientôt.
Harry ne sut que répondre et serra la main de Ginny dans la sienne en un signe de soutien. Une pression sur sa propre main lui signifia que le message était passé.
•
Quand Harry arriva chez lui, il se sentait vidé de toute son énergie. Lorsqu'ils étaient rentrés dans la maison du Terrier, Ginny et lui, tout le monde avait remarqué leurs yeux rougis mais personne n'avait fait de commentaire. Molly était venue les serrer dans ses bras et la journée avait suivi son cours normalement, comme si la famille était soulagée que les choses aient été dites entre eux.
Ou presque normalement, puisque Georges avait décidé de glisser la boite à costumes devant chaque personne présente à son insu et tout le monde avait fini déguisé bon gré mal gré.
Harry se déshabilla entre le salon et sa chambre, semant des vêtements partout et repensa à la discussion eue avec Ginny dans l'après-midi en se glissant dans ses draps trop froids.
Il ne savait quoi penser, ce qu'il devait ressentir. Soulagé qu'elle lui ait pardonné ? En colère à cause de son silence sur son état ?
Il se tourna sur le dos et ferma les yeux. Le souvenir du départ de la rousse lui revint. Il était arrivé au Square tard le soir, après avoir été boire un coup avec ses collègues de formation. Il ne s'était pas emmêlé les pieds dans les chaussures que Ginny laissait trainer dans l'entrée. Le porte-manteau n'avait plus de veste colorée posée dessus. Il était monté au salon du premier étage. L'absence d'une tasse de thé sur la table basse lui avait fait monter une boule dans la gorge. Il s'était précipité dans leur chambre et l'armoire à moitié vide lui avait sauté aux yeux. Elle n'avait rien laissé derrière elle, ni élastique à cheveux, ni chaussette solitaire. Seules les photos n'avaient pas bougé, signe que Harry n'était pas fou et qu'il avait bien vécu avec elle, dans cette maison.
Deux jours après, il avait acheté sa première bouteille de Whisky.
Harry se tourna sur le ventre et enfonça sa tête dans son oreiller. Repenser à tout ça ne menait à rien. Ginny et lui avaient discuté, elle lui avait pardonné. Il se sentait un peu moins coupable sur la fin de leur histoire puisque Ginny se sentait capable d'aller de l'avant et de refaire sa vie sans lui.
Maintenant, il fallait qu'il se pardonne à lui-même.
