Auteur: Kuro-Hagi – 01/05/2023

Genre: Romance – Yaoi – Hurt/Comfort - Friendship

Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.

Notes/Remerciements : Joyeux AoKagaDay à vous :) J'espère que ce court OS vous plaira pour célébrer ce couple qui me plaît tant :)


Figure It Out

« Tu comptes le regarder sans rien faire cette fois encore ? »

Son cœur fait un bond dans sa poitrine, mais il ne sursaute pas. Il soupire doucement et jette un regard noir à son ami. Pourquoi il est là d'abord ? Il n'avait pas vraiment prévu d'avoir un public. Il pensait juste venir et observer et peut-être, si vraiment en avait le courage, oser l'approcher, tenter de partager au moins une chanson.

La première fois qu'il l'a vu sur la piste de danse de cette boîte, il y a un peu plus d'un an, c'est comme si l'univers autour de lui c'était figé, et seul lui son corps gracieux, son dos parfaitement sculpté avait continué à onduler au rythme de la musique qu'il n'entendait plus. Les souvenirs affluent avec force.

Il se fraye un chemin dans la foule, louvoyant entre les hommes qui se pressent vers le bar, quelques mains le frôlent mais il les ignore et rejoint les abords de la piste de danse. Il aime observer à distance en sirotant un verre, ça l'aide à se mettre dans l'ambiance, laisser l'alcool flouter un peu ses sens et le désinhiber, laisser la musique se frayer un chemin sous sa peau, faire pulser son corps et bouger ses membres malgré lui. Il n'est jamais très à l'aise pour danser, pourtant il aime ça, se mêler à la foule et onduler au gré des ondes musicales, se laisser entraîner par les autres anonymes qui occupent l'espace. Mais sans un peu d'aide et il est toujours trop conscient de son corps massif, imposant et dont il est fier sur un terrain de basket mais particulièrement embarrassé le reste du temps : trop grand, trop visible, trop présent. Il aimerait pouvoir être anonyme. Et il doit bien avouer qu'ici, il se sent encore plus visible qu'à Los Angeles, il a parfaitement conscience des regards qui se posent sur lui. Il sait qu'il plaît, c'est au moins un avantage quand il a envie de trouver quelqu'un comme ce soir pour quelques heures de plaisir.

C'est la première fois qu'il vient ici. Il est arrivé à Tokyo il y a deux mois et il découvre la scène queer de la ville peu à peu. Il sait qu'il doit se faire discret, c'est le seul truc que son père lui a rabâché plus d'une fois. Tokyo ce n'est pas Los Angeles. Il n'a pas envie de se cacher, il est au clair avec sa sexualité depuis trop longtemps pour tout refouler maintenant. Mais il aime aussi son anonymat et la discrétion, il ne se cache pas, mais il n'écrit pas non plus sur son front "je suis homosexuel", et pour le coup avec sa carrure et son physique, rares sont ceux qui ne sont pas surpris en l'apprenant. Les stéréotypes ont la vie dure.

Son regard s'arrête sur une chevelure brune tirant sur le bleu, un corps harmonieusement sculpté qui ondule sur la piste de danse. Soudain, son coeur se met à battre plus vite quand il découvre le visage de l'inconnu, il n'entend plus la musique, le temps, l'univers semblent s'arrêter alors que sûrement le plus bel homme qu'il ait vu se tient au milieu de la piste, torse nu, ondulant gracieusement avec un autre homme beaucoup plus petit qu'il presse contre lui. Depuis l'ombre où il est dissimulé, buvant une bière qui a perdu toute sa saveur, il ne peut décrocher son regard de lui. Il n'a pas l'habitude d'être subjugué par le physique de quelqu'un, ce soir est une première pour lui. Il sait qu'il n'est pas le seul à avoir remarqué cet homme là, mais il est sûrement le seul à ne plus pouvoir tourner son regard ailleurs. Le sourire qu'il adresse à son partenaire de danse, vrille son estomac et la jalousie étouffe son cœur.

Ce soir-là, il est rentré seul chez lui, rejetant les tentatives de quelques conquêtes potentielles, aucune n'arrivait à la cheville de cet homme là.

Les semaines suivantes, il est retourné dans cette même boîte, sur cette même piste de danse, espérant le revoir et trouver le courage de l'aborder. Il l'a revu régulièrement, avec un homme différent à chaque fois. Mais jamais il n'a eu le courage de l'approcher. Il n'a même pas découvert son nom, il a juste continuer à l'observer de loin et à fantasmer être un de ces garçons petits et frêles dont le bel inconnu semble particulièrement apprécier le physique. Tout l'opposé de ce qu'il est. Comment pourrait-il attirer son attention avec son corps d'athlète, sa stature imposante ?

Une fois, leurs regards se sont croisés. Une fois, ils se sont retrouvés côte à côte au bar et son odeur musquée, suave, un peu âcre de sa sueur lui a fait tourner la tête. Une fois, il a pu entendre le timbre grave et chaud de sa voix et son désir a fait gonfler son entrejambe et pulser son cœur.

Pas une fois il n'a osé l'approcher, pas une fois il n'a osé lui parler, pas une fois il n'a osé s'aventurer près de lui.

Trois mois plus tard, il a découvert son nom, trois mois plus tard, il lui a accordé toute son attention. Mais la danse à laquelle il l'a invité n'avait rien de sensuelle, ni de plaisante. Jamais il ne lui a adressé ce sourire qu'il réserve à ses partenaires de danse habituels. Il n'a eu le droit qu'à son regard dur et méprisant et à ses insultes, quand Aomine l'a défié sur le terrain de basket.

Il avait tant entendu parler de lui. Kuroko et Kise lui avaient vanté ses capacités de joueur exceptionnelles, ils le lui avaient dépeint comme un redoutable adversaire. Ils avaient en passant mentionner son obsession pour la jeune Mai-chan qui faisait la couverture de bons nombres de magazines de charme dont il était friand.

Il n'a pas tout de suite cru que que son inconnu et Aomine Daiki étaient la même personne, il a cru à un frère jumeau. Mais non, il n'y avait qu'un Aomine Daiki et la façon dont son cœur battait chaque fois que son regard croisait le sien suffise à le convaincre qu'il était bien face au même homme.

Il a fallu d'un match pour qu'il devienne son plus grand ennemi et son plus grand coup de foudre. Son attirance n'a été que renforcée en le voyant jouer et se déplacer avec tant d'aisance sur un terrain de basket. Ce jour-là, il a eu autant envie de lui foutre son poing dans la gueule que de le plaquer contre un mur pour l'embrasser avec fougue.

Après ça, il a simplement cessé de l'épier dans cette boîte, il ne voulait pas prendre le risque qu'Aomine le reconnaisse. Ils étaient ennemis et il craignait sa réaction s'il le découvrait au milieu d'une foule dans laquelle il était clair qu'il voulait rester anonyme.

Une année à passer, et les choses ont un peu évolué, il a scellé ses sentiments au plus profond de son cœur et s'est évertué à devenir le meilleur joueur de basket possible, le seul qui pourrait battre Daiki. Dans le processus, il ne sait pas exactement de quelle manière, il est devenu ami avec Daiki. Et ses sentiments ont forcément refait surface avec plus d'intensité et de force. Ce n'est plus un simple crush, il ne l'admire plus de loin dans l'anonymat, l'attirance n'est plus cantonnée au physique, c'est toute sa personne qui l'attire et le fait rêver chaque jour. Et la jalousie le rend fou. Daiki est un coureur, que ce soit au grand jour avec de jolies filles, ou dans le secret de la nuit avec tous ces garçons.

« Taiga… Pourquoi on est là si tu ne comptes pas aller lui parler ?

— Toi je sais pas pourquoi tu es là… Pourquoi tu m'as suivi exactement ?

— Parce que tu m'as dit que tu en pouvais plus… Et qu'il fallait que tu avoues à Daiki ce que tu ressentais avant d'en crever. Un peu dramatique si tu veux mon avis, mais bon je voulais m'assurer que tu mènes à bien ta quête. Et puis, je constate que si tu te prends un vent de sa part, tu n'auras que l'embarras du choix pour te consoler. »

C'est autour de quelques verres qu'il a avoué il y a quelques semaines à son meilleur ami ses sentiments pour Daiki. Tatsuya sait depuis toujours qu'il est gay et il est le seul avec lequel il se sentait suffisamment à l'aise pour en parler ouvertement et lui avouer sa première vraie rencontre avec Daiki.

Et ce soir, Tatsuya en avait assez de le voir se morfondre et il l'a mis au défi de se jeter à l'eau et évidemment, il ne sait pas refuser un challenge. Alors, il a rejoint la boîte où, si Daiki n'avait pas perdu ses habitudes, devait déjà être à se déhancher sur la piste de danse. Et il ne s'est pas trompé. Et le voilà à présent, sur le bord de cette piste à siroter une nouvelle bière, essayant de trouver le courage de traverser cette marée humaine pour rejoindre Daiki. Comme toutes les autres fois, il reste caché dans l'ombre à admirer, mais contrairement à ces précédentes fois, le voir onduler avec ces inconnus, le voir caresser leur corps, embrasser leur peau réveille en lui une colère sourde et une douleur qui perce son cœur et ses tripes.

Son souffle est court, sa gorge se resserre, il a envie de hurler et peut-être un peu de pleurer de frustration et de jalousie. Il repose son verre à moitié plein, il a cessé de réfléchir, son corps semble faire preuve d'une volonté propre alors qu'il traverse la foule, le regard fixé sur Daiki, sur sa nuque qu'il a toujours rêvé d'embrasser, ce dos dont il devine les creux et les courbes sous son t-shirt et et qu'il a imaginé maintes fois parcourir de ses mains. Il ne laisse pas les doutes, les protestations de son cerveau l'arrêter. Il laisse ses pieds le mener à travers la foule, slalomer entre les danseurs et le guider jusqu'à lui. Les effluves de l'odeur de sa peau viennent chatouiller ses narines. L'envie d'enrouler ses bras autour de lui, de presser ses lèvres sur cette nuque appétissante, d'enfouir son visage dans son cou, de le serrer contre lui, étreint son cœur et étrangle sa gorge.

Il se montre plus raisonnable et il vient poser une main timide sur son dos, quelques instants il savoure le contact de ses muscles qui roulent sous sa paume dans les mouvements de Daiki, puis sa main se referme sur son t-shirt humide de transpiration. Il se tient juste à quelques centimètres de lui, la chaleur de son corps irradie contre son torse, il lui faut toute la force de sa volonté pour ne pas se coller à lui. Mais cette volonté se renforce quand il sent Daiki se tendre sous sa main qui serre son t-shirt. D'une voix rauque, un peu affolée, il souffle à son oreille.

« Te… Te retourne pas…

— Qui-

— Je veux juste danser avec toi… »

Il rougit à ses propres mots, c'est quoi cette technique de drague ? Non… Est-ce qu'il essaie de draguer Daiki ? C'était pas du tout ce qui était prévu, il devait le retrouver ici et… Et quoi ? Il a toujours voulu danser avec lui, il a toujours rêvé d'être l'un de ses hommes qui fait l'objet de son attention, l'un de ceux auxquels il adresse ses sourires entre tendresse et désir. Alors avant de parler, avant de lui exposer ses véritables motivations, ses véritables sentiments… Juste une danse.

Le partenaire de Daiki fait mine de protester mais celui-ci d'un simple geste lui signifie de ne rien dire, le jeune homme fait la moue mais se contente de soupirer et de reprendre sa danse sensuelle espérant garder son attention probablement. Son cœur se met à battre plus vite, alors qu'il vient doucement se presser contre le dos de son ami, il le sent tendu contre lui. Mais à sa place, il n'aurait même pas accéder à cette requête stupide de lui accorder une danse, sans même savoir qui il est. Daiki n'a pas réellement cessé de bouger avec la musique et il accompagne doucement son mouvement. Il vient glisser sa main libre sur son ventre et après ce qui semble une nouvelle hésitation de la part de Daiki, celui-ci se détend totalement contre lui et glisse sa main sur la sienne. Son précédent partenaire est totalement oublié et Daiki danse avec lui, uniquement avec lui. Une chanson, puis deux. Le frottement sensuel de son corps contre le sien, le fait inévitablement réagir et sa queue se tend contre les fesses de son ami et celui-ci lui prouve qu'il en est bien conscient en pressant un peu plus sa main sur son ventre et ses fesses contre sa queue prisonnière de son jean. Alors que la musique se fait plus calme, moins forte, Daiki tourne légèrement la tête et souffle.

« Tu veux vraiment juste une danse Taiga ? »

Il se tend en entendant son prénom dans la bouche de son ami, son cœur s'affole un peu dans sa poitrine, mais Daiki serre sa main et l'invite à continuer à danser.

« Comment...

— J'ai compris que c'était toi ?

— Ouais… »

Les doigts de Daiki caressent les siens doucement, et si il ose le croire, peut-être même tendrement, il vient jouer avec le bracelet tressé qu'il porte toujours à son poignet. Sa main et juste ce bijou de pacotille que Daiki a gagné à cette fête foraine où Kise les a traîné il y a quelques mois et lui a offert comme une simple farce, mais que Taiga a gardé précieusement, persuadé que personne ne l'avait remarqué. Daiki revient mêler ses doigts au sien et redemande, sa voix est chaude, il aime entendre son prénom sur sa langue, il y a dans son intonation quelque chose de tendre et d'un peu vulnérable quand il repose sa question.

« Alors Taiga ? Tu veux vraiment qu'une danse ? »

Il secoue la tête négativement et doucement, une légère crainte qui noue son ventre et le fait légèrement hésiter, mais son cœur battant d'espoir et de tous ses sentiments que Daiki fait naître en lui, lui permettent d'oser finalement presser ses lèvres sur cette nuque dont il rêve depuis si longtemps. La tête de Daiki se penche légèrement, lui offrant un meilleur accès et son corps vient se mouler un peu plus contre le sien et sans hésiter il enroule son deuxième bras plus fermement autour de lui, plus possessivement et ses dents viennent érafler sa peau. La saveur de la peau musquée de Daiki vient envahir délicieusement ses papilles, son sexe gonflé se presse un peu plus contre la fermeture de son jean. Entre ses bras, Daiki se retourne, sans desserrer l'étreinte, son regard bleu intense se plonge dans le sien, presque intimidant, mais ce sourire séducteur s'adresse enfin à lui alors qu'une lueur amusée brille dans ses pupilles. Une main possessive sur sa taille, l'autre qui vient agripper sa nuque et Daiki vient happer ses lèvres autoritairement. Les lèvres de Daiki caressent les siennes, sa langue glisse sensuellement contre la sienne. Il gémit doucement, son érection se pressant contre celle de son ami. Les dents de Daiki mordillent sa lèvre et il gronde doucement en libérant finalement sa bouche.

« T'en as mis du temps…

— Quoi ? »

Daiki baisse le regard et Taiga jurerait voir des rougeurs colorer ses joues.

« Ben… A comprendre que tu me plais… »

Il reste muet de stupeur et marmonne un peu contrarié.

« Et j'étais censé comprendre comment ? »

La musique revient plus bruyante et plus assourdissante. Il agrippe la main de Daiki possessivement et l'entraîne hors de la piste de danse, dans un coin plus calme. Il n'y a que peu de place, alors ils se faufilent juste vers l'entrée de la boîte de nuit, et le plaque contre un mur, prêt à lui reposer la question. Mais devant le regard amusé de son ami, à la lumière plus crue, qui ne lui permet pas de se cacher, il revient happer ses lèvres comme pour confirmer ce qui est bien en train de se passer entre eux. Et comme Daiki ne le repousse pas, au contraire, venant de nouveau glisser sa main possessivement sur sa nuque et prolonger le baiser. Il adore sentir sa grande main, chaude, un peu calleuse sur sa nuque et dans ses cheveux. Il gémit légèrement puis s'écarte enfin le souffle un peu court.

« Explique moi Daiki… Comment j'étais censé comprendre que je te plais ?

— Je sais pas… Pour toutes les fois où j'ai squatté chez toi et trouvé une bonne excuse pour m'endormir dans ton lit ? Tous les films qu'on a maté dans ton canap' et où je me suis endormi sur ton épaule ? Et… Ce bracelet ? Je pensais que comme tu l'avais pas jeté…

— J'étais même pas censé savoir que tu étais… Quoi d'ailleurs ? Bi ? Pan ?

— Gay… Comme toi…

— Pourquoi tu me l'as jamais dit ?

— Je croyais que tu le savais… Tetsu aurait pu te le dire…

— Mai-chan ?

— Une couverture…

— Aho ! Évidemment que Kuroko m'a rien dit, si tu lui as pas dit clairement qu'il pouvait… »

Daiki rougit et fuit son regard. Il éclaircira ça plus tard, le plus important pour l'instant. Son coeur bat la chamade, sa gorge est un peu serrée et il souffle.

« Je te plais vraiment ?

— Evidemment… »

Il agrippe sa nuque et presse son front contre le sien et murmure en rougissant.

« You want to be… my boyfriend ?

— Of course. »

Il sourit avec soulagement, et revient happer ses lèvres dont il a toujours rêvé et qu'il peut enfin goûter à sa guise.

Ils s'embrassent encore quand quelqu'un vient frapper l'arrière de son crâne en rigolant.

« It's about time ! Have a nice night… »

Le rire Tatsuya qui s'éloigne le fait rougir alors qu'il se cache dans le cou de Daiki. Son coeur lui semble vouloir exploser de bonheur alors qu'il se presse contre son petit ami, qu'il peut enfin profiter de cette proximité et cette intimité. Daiki caresse tendrement sa nuque et murmure à son oreille.

« Emmène moi chez toi… »