Lexique russe/français :

- дерьмовой жизни [Der'movoy zhizni, Vie de Merde en russe]

- до сих пор живут [Do sikh por zhivut, toujours aussi direct]

- Как тебя зовут ? [Kak tebya zovut ?, comment tu t'appelles ?]

- я Rayanne и вы ? [ ya Rayanne i vy ?, moi Rayanne et toi ?]

- Боже мой ! [ Bozhe moy !Mais qu'est-ce que c'est !]


"A hero is someone who has given his or her life to something bigger than oneself." - Joseph Campbell


Chapitre 2 : Une décision difficile.

Il faisait nuit. Dans ce quartier, les rues de Moscou étaient peu éclairées. Un brouillard s'installait peu à peu au fur et à mesure que la soirée avançait. Soudain, un homme sortit de l'ombre et traversa la rue d'un pas précipité. Il longea un magasin de luxe fortement éclairé, attendit qu'un taxi passe et s'inséra dans une autre rue perpendiculaire, plus sombre. Celle- ci était bondée de monde et agitée. En effet, une cinquantaine de personne faisaient la queue le long d'un mur jusqu'à deux portes entrouvertes. La plupart discutait ou fumait en attendant. L'homme doubla la file et passa sous un lampadaire qui n'arrêtait pas de clignoter. C'était le douanier. Il observait l'entrée du night-club, le plus branché du quartier. Il pouvait entendre d'ici la clameur de centaines de personnes dansant, riant, parfois saoules. Les murs vibraient ainsi que le sol. La musique faisait tremblait les fenêtres. Son regard parcourut la file d'attente : les futurs clients. Ils étaient tous habillés classes, sur leur 31 et se bousculaient légèrement durant l'attente dans le froid. C'étaient des clients riches ou des gosses issues de famille riche. Le froid devait atteindre leur jambe. Il s'approcha du videur et lui chuchota quelque chose à l'oreille, puis il entra. Apparemment, le douanier avait un laisser passer et était un habitué. Ce soir, il avait une affaire urgente. Il s'arrêta un instant pour s'habituer à la nouvelle luminosité de la salle. Il y faisait chaud, un grand contraste avec l'extérieur. Cette chaleur favorisait bien sûr le rapprochement des clients et expliquait la tenue de certaines jeunes femmes. La température favorisait aussi la consommation de diverses boissons. C'était l'effervescence. Des jeunes se trémoussaient sur la piste de danse sous un air très rythmé. Un groupe de rock réputé surplombait la salle et mettait l'ambiance. C'étaient les responsables des vibrations de l'immeuble. D'autres riaient autour d'une table, ou chantaient ou discutaient près d'un bar. Parfois les hommes taquinaient les serveuses qui riaient de bon cœur. Il se fraya un chemin parmi les clients, et les serveuses, pour aller directement au fond de la salle, la deuxième partie du club. Dans cette deuxième partie, aucun danseur, juste des joueurs autour d'une table jouaient au poker, black jack… Un casino en arrière-boutique. L'agitation n'était pas la même, c'était celle du jeu et du gain. Ici régnait le stress et la stratégie du jeu. Au fond il y avait des fauteuils pour la détente ou bien pour des discussions importantes. Il y avait aussi des serveuses mais aussi des femmes, qui occupaient les hommes en affaire ou les distrayaient. Si tu voulais parler d'affaire, ou signer un contrat important, c'était le lieu idéal, discret et attractif. Le douanier chercha son rendez-vous. Il repéra une table isolée au fond et s'y dirigea sans hésitation. Une armoire à glace le stoppa. C'était un garde du corps de 2m lui bloquant le passage. Il soupira et leva les bras en croix. C'était le protocole. L'armoire à glace le fouilla et lui fit signe de s'installer.

- J'espère vraiment que c'est un vrai scoop ou une urgence, parla un homme en posant son verre et en caressant une cuisse, celle d'une jeune femme d'une vingtaine d'année.

C'était son rendez-vous. Un jeune homme était déjà installé sur le plus grand canapé, à côté d'une charmante jeune femme. Le garde du corps tira le rideau pour plus de discrétion et se posta à l'extérieur, surveillant la rencontre. Le jeune homme était brun, les cheveux en bataille. D'un œil expert, le douanier savait que ce n'était pas sa véritable couleur. Il avait les yeux bleus clairs, typique d'un russe natif. Il portait un costume bien taillé, une chemise sans cravate, déboutonné en haut et une veste simple ouverte. Il avait au poignet une rolex et au doigt une chevalière de famille. De l'autre main, il tenait le verre de champagne de sa compagne. Elle était blonde, jeune et se collait à lui. Elle portait une belle robe rouge et courte mettant en valeur ces formes.

- Je pense que cela mérite une rencontre, salua le douanier, sans quitter du regard la jeune femme.

Le russe l'invita de la main à s'asseoir, en souriant. Le douanier remarqua alors qu'il n'était pas seul, deux autres hommes l'encadraient. Il devait parler d'affaire avant son arrivée.

- Je l'espère bien, pour me faire déplacer ici. C'est un long trajet même si vérifier mes activités ici ne serait pas de trop.

Il essaya de sourire en s'installant, mal à l'aise. Ses rendez-vous avec son patron le mettaient tout le temps mal à l'aise. Il avait entendu des rumeurs et tous s'accordaient sur le fait qu'il ne fallait pas le déplaire.

- Nous n'avons pas de problème, n'est-ce pas Seigfrid ?

- Non, non, Mr Kilanski.

Le douanier était au service du jeune homme depuis maintenant 3 ans, avant lui c'était son père. Il l'aidait à passer certaines marchandises pas tout à fait légales.

- Non, non, les colis sont bien réceptionnés, j'ai trouvé… hésita le douanier. Je pense qu'on a localisé la pierre de Kathleen.

Le jeune homme se redressa l'air grave. La fille à ses côtés fit une mine boudeuse alors qu'elle fut bousculée.

- Es-tu sûre ? insista le russe. Elle a disparu depuis…

- 20 ans, confirma le douanier. Il est vrai, j'en suis sûre. J'ai les preuves?

- Sauf qu'on l'a vu à la mort de sa propriétaire… Elles ne peuvent être vraies.

- Si les rapports sont formels et…

- Ce n'est pas qu'un colis perdu hein ? demanda Kilanski, voyant son hésitation.

Il servit une coupe de champagne et la lui tendit pour l'encourager. Le douanier avait maintenant toute l'intention de son patron.

- Sortez et qu'on ne me dérange… Toi aussi, ordonna-t-il.

La fille était encore plus boudeuse mais elle obtempéra car elle n'avait pas le choix. Ses associés la suivirent en le saluant avec respect. Aucun n'osait défier ses ordres.

- Parles maintenant…

Ils étaient enfin seuls.

- J'ai trouvé aussi la propriétaire…

- Impossible, coupa le russe. Si c'est une blague…

Le douanier sortit son portable et lui passa. D'habitude, ce n'était pas son boulot de trouver les personnes mais la femme lui était tombée dessus par hasard. Le russe prit le téléphone et observa la photo.

- Et elle est ici, ajouta Seigfrid.

- Impossible, répéta l'homme dans un souffle qui examinait le téléphone.

Pourtant il ne pouvait pas ignorer la photo devant ses yeux. C'était bien elle. Il la reconnut sur l'écran même si elle avait énormément changé.

- Elle est où ? demanda le russe sans quitter le regard du téléphone.

- Maintenant elle est dans un refuge… Elle vient de France.

Le russe le scruta. Bien sûre qu'elle venait de France, c'était là où elle était enterrée. Il avait été présent à l'enterrement.

- Je l'ai reconnu grâce à la pierre et sa signature, précisa le douanier.

- La marque de la Malédiction, murmura le russe. Peu de gens savent…

- Aucun ne savait qu'elle était revenue lors de l'enterrement. Ma famille a toujours défendu l'intérêt de la famille royale disparue et je sais que la dernière descendante est morte depuis peu et enterrée alors que personne ne connaissait sa véritable identité..

- Sa famille… Il reste encore son frère, lui apprit le russe.

- Demi-frère, précisa le douanier. Et que fait-elle la famille maintenant ? Rien…

- C'est compliqué. Sa famille ne peut pas la protéger... Elle évitait tout contact avec sa famille. Et la vôtre ?

- Elle continuera à la protéger… Les 11 autres aussi. Et la vôtre ? Honorera-t-elle le pacte ?

- Personne ne l'a reconnue ? demanda Mr Kilanski ignorant sa question dont la réponse pour lui était évidente.

- Non, elle n'est pas reconnaissable… Je ne l'avais pas reconnue au départ, avant la pierre. Je pense que… C'est normal, qu'elle ne soit pas en bonne forme puisqu'elle est censée être morte et enterrée.

- Je sais, coupa le russe. J'étais présent à ses funérailles. La question est qui est-elle ? Elle ne peut…

- Vous doutez encore de son identité, pourtant elle portait le bijou. Sans parler du diadème et des autres bijoux.

- Cela ne veut pas dire…

- Et la robe ? insista Siegfrid.

Silence. Le russe regarda son employé. Il avait raison, cette robe était unique et spécialement confectionnée pour la défunte, pour ce moment. Elle la portait pour son dernier voyage.

- La véritable question, c'est comment nous allons… Vous allez agir maintenant, continua le douanier.

Agir, pensa le russe. Ils venaient de voir une résurrection et la seule chose qui le préoccupait s'était comment protéger Dana. Le douanier ne semblait pas être étonné de voir Dana en vie. A y réfléchir, lui non plus. Choqué, oui mais pas étonné. Seul lui avait le réseau et assez de pouvoir pour régler le problème.

- Je … Tu dis au refuge… Je vais appeler mes contacts. Il faut la sortir de là avant que quelqu'un reconnaisse Kath… Dana. Qui d'autre est au courant ?

- Personne. Je me suis assurée de te prévenir le plus rapidement possible mais que vas-tu faire ensuite ? Il faut agir rapidement car l'identité d'Angéla Calling risque de ressortir… Et vite.

- JE vais la protéger. Maintenant, Angéla Calling est morte. Mais Dana est vivante donc elle peut vivre avec son nom.

- Et la protéger d'elle-même.

- ?

Il l'interrogea du regard.

- Elle ne se souvient de rien, expliqua le douanier. J'imagine que c'est un des effets de la mort. Sinon elle ne serait jamais venue ici avec une si grande cible dans le dos : « tuez-moi ». Elle n'aurait jamais montré la pierre ni la couronne. Elle était peut-être dans le coma.

- Non, j'étais là. Elle était morte et froide. Il faut absolument la protéger si elle ne se souvient de rien. Elle ne pourra pas se défendre. Je peux lui offrir une nouvelle vie.

- L'Espion pourrait peut-être se renseigner pour expliquer ce retour... étonnant.

- Je… Je vais faire ça, mon frère s'ennuie en ce moment et c'est le seul à qui on peut avoir confiance à ce sujet. L'Ordre existe-t-il encore ? demanda Kilanski.

Le douanier affirma.

- Quels membres sont présents ici ?

- Je dirais trois en Russie mais on ne peut pas vraiment le savoir, réfléchit le douanier.

- Contactez-les. L'Ordre doit reprendre du service et étendre son réseau pour protéger Dana.

- Bien. Puis-je faire autre chose ?

- Non, tu en as déjà assez fait… Efface les traces aussi de ton côté.

Le russe pianota sur le téléphone de son employé. Ce dernier savait qu'il était en train d'effacer les photos. Il ne voulait aucune trace pour ne prendre aucun risque. Il en avait déjà pris trop en gardant la photo sur lui aussi longtemps. Le douanier comprit qu'il était congédié. Il finit son verre et reprit son téléphone avant de partir. Le russe se vautra dans le fauteuil après son départ et ferma les yeux. Il avait une grave décision à prendre. Assassiner son atout ? Le seul témoin. Non, il avait encore besoin de lui puis sa famille avait juré de protéger les membres de la famille royale. Lui aussi finit son verre avant d'aller faire des préparatifs. Il avait beaucoup à faire et il avait rendez-vous avec la mort. Il voulait voir de ses propres yeux, le retour de Kathleen.

La jeune femme regardait sa chambre, trop petite comme une cellule. Elle n'avait pas quitté son sac qu'elle serra encore contre sa poitrine. Elle avait même dormi avec. Elle avait pris l'habitude de dormir malgré le bruit de rue qui lui faisait souffrir les oreilles, elle avait toujours cette douleur dans tout son corps même si avec le temps celle-ci s'amenuisait. La douleur était encore vive au niveau de son cœur. Le lendemain, on lui avait intimé de ranger ses affaires qu'elle n'avait pas dérangées, et de quitter la chambre. Surprise, elle s'était exécutée sans discuter, avec urgence.

Apparemment, il avait déjà trouvé de la famille. Etonnée, elle ne s'était pas posée de question, ni sur la rapidité de l'enquête ni sur la soi-disante famille. Ainsi en 5 minutes, elle était déjà prête à partir de ce lieu. Assisse sur son lit, elle attendait qu'on vienne la chercher, patiente. Puis, l'heure arriva. Entourée de la patronne des lieux, elle suivit le chemin de la sortie. Ces chaussures claquaient sur le carrelage du hall. Puis elle franchit le seuil, toujours avec son sac serré contre le ventre. C'était tout ce qu'elle possédait, seul vestige de son identité. Elle avait l'impression que si elle perdait ses biens, elle perdrait une partie d'elle et sa dernière parcelle de son identité. Le soleil l'éblouit quand elle franchit le seuil. Malgré le froid, elle affronta le vent gelé, sans broncher. En bas des marches, une voiture attendait, garée sur le côté. Un homme puis un autre en sortirent. La patronne des lieux alla les saluer. Un des hommes attendit près de la voiture, l'autre monta les marches d'un pas pressé.

- Mr Kilanski, heureux de vous revoir. Vous nous avons contacté très rapidement cette fois-ci. Nous n'avons pas eu le temps de la préparer pour être présentable, ni habiller.

- Ce n'est pas grave Alice, vous avez déjà fait des miracles d'après ce que je vois. Et vos filles ne m'ont jamais déçu. Et merci à vous de m'avoir répondu si vite à notre demande. Il reporta son attention sur la jeune femme. En effet, elle était ni en bon état, ni présentable.

- Elle n'a dit aucun mot depuis son arrivée… Nous n'avons pas pu faire d'examen médical. Je ne sais même pas si elle est véritablement russe mais elle possède bien des atouts pour attirer certains de vos clients c'est certain.

- Ça ira, la rassura Kilanski.

Il semblait presser d'en finir, de conclure. Il remarqua qu'elle portait seulement la fameuse robe et un châle. Il lui offrit alors son manteau en le mettant sur les épaules pour la recouvrir. Puis il lui indiqua la voiture. Elle hésita à le suivre mais obtempéra finalement. Le chauffeur lui ouvrit la porte arrière droite de la voiture et l'invita à s'installer. Elle regarda l'édifice une dernière fois puis s'engouffra dans la chaleur de la voiture, suivit de l'homme. Il donna un ordre à son chauffeur d'un geste de la tête. La jeune femme regarda droit devant évitant de croiser le regard de l'homme, ni personne. Il remarqua qu'elle serrait le sac contre son ventre il sourit. Même sans mémoire, elle protégeait la pierre. Elle remarqua qu'ils s'éloignaient de Moscou et ils passèrent devant de multiples maisons puis des petites bâtisses isolées. Après une heure de route, toujours dans le silence, un avion passa juste au-dessus d'eux. Ils allaient donc à l'aéroport, à nouveau. Ce n'était pas le même aéroport. Mais cette fois-ci il n'y avait pas de douanes pour surveiller leurs bagages, ni d'escortes, ni passagers. La voiture se dirigea directement vers un jet privé, près d'un hangar. La voiture se rangea sur le côté. Le chauffeur fit le tour de la voiture pour leur ouvrir et l'invita à sortir, en lui tendant la main. L'autre homme sortit de lui-même de l'autre côté. Le chauffeur la regarda avec insistance alors qu'elle ne prit pas sa main pour sortir pour éviter tout contact. Il regarda son patron qui lui dit de l'ignorer. Rien que d'être présente à leur côté, la faisait souffrir. Son existence sur Terre lui était douloureuse.

- On est prêt à partir, annonça un homme venant à leur rencontre.

- Bien, annoncez notre arrivée, appelez mon frère… Et le docteur Kinakovich.

Le chauffeur s'inclina puis se retourna pour éloigner la voiture. Le russe invita la jeune femme d'un geste à passer devant lui. Elle monta dans l'avion sans même se retourner, sa robe frôlait le sol. Elle ne laissait rien derrière elle donc elle partait sans regret car elle n'avait ni famille, ni ami. Pourtant, partir lui faisait encore peur. Elle était effrayée de ne pas connaître son futur. Où allait-elle ? Que deviendra-elle ?

L'homme lui sourit l'air rassurant en la suivant à une distance respectable. Le jet privé était assez grand. Une famille nombreuse pouvait y vivre sans se gêner. Elle entra dans un salon. Si elle n'avait pas vu l'avion, elle ne croyait pas être dans un avion mais un appartement. Le salon était chaleureux. Il manquait plus qu'un feu de cheminée, ce qui était impossible dans un avion. Il était pourvu d'un mini bar bien garni et servait d'autres pièces fermées à sa vue. Apparemment c'était la pièce principale de l'avion. Elle attendit à l'entrée ne sachant pas où se mettre ou comment agir. L'homme lui tendit la main pour l'inviter à rentrer et à s'installer. Elle ne l'a pas pris. Il attendit patiemment qu'elle la prenne. Après un moment, elle finit par accepter l'invitation. Il ne serra pas la main et l'emmena prudemment vers un canapé. Il l'installa sur un autre des ses canapés.

- Nous sommes prêts à partir, annonça un de ses gardes de corps.

- Bien.

Le garde du corps s'installa à l'écart et sortit un journal. C'était une habitude apparemment. Elle entendit les moteurs à réaction s'enclencher et se mettre en route dans un bourdonnement assourdissant. L'étranger alla au mini bar se servir un verre, puis s'installa. Il dégusta une gorgée et remua son verre lentement, pensif, tout en la fixant. Elle sentit ensuite les vibrations de l'avion décoller. A ce moment-là, le garde du corps se leva et quitta la pièce, les laissant seul. Le silence devint lourd. Aucun n'osa rompre le silence et il savait que ce ne serait pas la jeune femme qui allait faire le premier pas. Le douanier ne s'était pas trompé, la jeune femme n'était pas bavarde. Elle n'avait pas ouvert de la bouche depuis le début. D'ailleurs il se demandait dans quelle langue il fallait lui parler ? Russe, Français, Anglais, Allemand… Elle ne l'avait même pas reconnu. A quoi s'était-il attendu ? Quand il était arrivé au foyer, il s'était imaginé des retrouvailles. La jeune femme se serait précipitée dans ses bras, le reconnaissant et peut être qu'ils auraient échangé un baiser chaleureux. Au contraire, elle était restée distante. Elle ne l'avait même pas regardé, ni même adressé un sourire. En fait, elle ne l'avait pas du tout reconnu. Sur ce point-aussi le douanier avait eu raison. La femme qu'il connaissait, n'existait plus. Elle ne se souvenait plus de rien. Etait-ce mal ? Elle pourrait ainsi recommencer une nouvelle vie, paisible. Tout le monde avait droit à une seconde chance. Songeur, il ne remarqua même pas qu'il la mettait mal à l'aise à la fixer. Ce fut une autre femme qui rompit le silence, une étrangère. Elle arrivait d'une autre pièce, à l'avant de l'appareil. Elle portait un tailleur court, très court lui arrivant en haut des cuisses.

- Vous voulez quelque chose ? demanda-t-elle, avec sourire.

L'homme lui montra le verre. Il s'était déjà servi.

- J'ai tout ce qu'il me faut et notre invité est trop perdu pour vouloir quelque chose…

Il ne semblait pas surpris par son arrivée.

- Très bien.

Elle s'installa à côté de lui et croisa les jambes.

- J'ai tout ce qu'il me faut, répéta l'étranger.

Il semblait mal à l'aise. La jeune femme regarda la nouvelle venue. Ce n'était pas une hôtesse car son tailleur était trop court et son décolleté beaucoup trop plongeant. Puis elle était trop maquillée. Le malaise s'installa. Avait-elle été achetée pour… Devenir comme elle ? La nouvelle venue regarda aussi la jeune femme avec curiosité.

- Je comprends une nouvelle et une timide en plus, râla la femme.

Elle se leva et les quitta, ennuyée. L'homme semblait soulager de la voir partir. Il se leva. Il ne pouvait plus rester à ne rien faire. Enfin, il prit la parole en Anglais.

- Je ne suis pas poli, j'ai oublié la politesse et je ne me suis pas présenté.

Il remplit son verre et ouvrit le frigo. Il lui tournait le dos. Elle ne pouvait pas voir ce qu'il faisait.

- Je ne voulais pas changer mes habitudes… Ne pas éveiller les soupçons.

Enfin il la regarda. Comprenait-elle ce qu'il racontait ?

Il lui passa une bouteille neuve. Elle regarda la bouteille, à la main. Elle était si lourde.

- Un réflexe désolé, reprit le russe, en montrant la bouteille. Je pensais que tu apprécierais la bouteille… Et la discussion.

Il alla s'installer près d'elle.

- Je suis Rayanne Kilanski, et… Je ne te veux aucun mal… Difficile à croire je sais mais…

Il s'interrompit. Elle n'arrivait pas à enlever le bouchon. Etait-elle si faible ? Qu'elle n'arrivait même pas à ouvrir une simple bouteille. Il lui prit la bouteille des mains. Le léger contact entre les deux mains était doux et il le lui tendit à nouveau la bouteille ouverte.

- C'est mieux, reprit Rayanne.

Tremblante, elle versa l'eau dans un verre. Boire allait l'occuper et elle avait apprécié que la bouteille ne soit pas ouverte. Gêné, il s'écarta et s'installa sur un fauteuil plus loin.

- Tu peux regarda la TV si tu veux, l'invita le russe, ne sachant pas quoi lui proposer.

Il lui indiqua une télécommande et fit descendre l'écran. Elle se mit à la tâche, elle avait tant à découvrir. Il la regardait fixer l'écran et parcourir les différentes chaînes sans interruption. Elle semblait perdue. Perdue, le seul mot qui lui venait à l'esprit. De temps en temps, elle s'interrompait quelques instants sur une chaîne d'information. Tant de choses avaient changé après sa mort.

- La situation empire en Afghanistan, reprit l'homme, qui voulait lui faire la conversation. Mali… Egypte. La mafia chinoise s'étend… La chine en est à son troisième essai nucléaire… Fuite de central nucléaire au Japon…

Et à sa grande surprise…

- дерьмовой жизни, lâcha la jeune femme.

Le russe la regarda, étonné. Puis, il éclata de rire.

- C'est tout ce que tu trouves à redire, Kathleen !

La jeune femme le regarda sans expression.

- до сих пор живут, reprit-il en russe. Как тебя зовут ?

Il la montra du doigt. Puis lui.

- я Rayanne и вы ?

La jeune femme haussa les épaules. Elle ne le savait pas. Rayanne soupira et alla chercher quelque chose dans une autre pièce. Il ramena une couverture et la couvrit délicatement. Elle était rugueuse mais elle tenait chaud. Et un peu de chaleur n'était pas de refus. Elle apprécia le geste. Ainsi elle se reposa, en regardant la télévision. De temps en temps, elle jetait des regards au russe pour le détailler discrètement. Celui-ci s'occupait sur un ordinateur. De temps en temps aussi, il la regardait. Juste pour s'assurer qu'elle était toujours là et non un mirage. Au bout d'un moment, elle finit par s'endormir et il regarda plus en détail ses traits marqués par le temps. C'était bien elle avec les même traits fins. Il manquait son sourire. Celui qui réchauffait le cœur de n'importe quel homme sensé. Il voulut remonter la couverture pour mieux la protéger mais il remarqua des marques, au niveau de sa poitrine. Des veines noires ressortaient au-dessus de son décolleté. Les veines avaient l'air de descendre plus bas. Il vit enfin le talisman rouge. L'objet était lumineux, posé juste au-dessus de ses seins. Il semblait incrusté dans la chair, la brûlant.

- Боже мой ! murmura Rayanne.

Il se demandait alors comment elle pouvait ignorer la douleur avec cette brûlure. Elle devait souffrir mais comme d'habitude, elle ne le montrait pas et n'en parlait pas. Il repoussa ses cheveux pour mieux distinguer les marques. Elles commençaient à atteindre le cou. Il pensa immédiatement à du poison. Pourtant, elle ne semblait pas affaiblie par une toxine. Pour une morte, elle se portait plutôt bien sauf à ce détail près.

Quand elle se réveilla, elle se retrouva dans un lit dans une pièce chaude et non plus dans un avion. Elle se leva brusquement. Son sac était toujours à ses côtés. Un feu brûlait dans l'âtre d'une cheminée. La chambre était vaste et bien décorée, un peu sombre. Intriguée, elle bascula sur le côté et descendit du lit. Elle portait toujours sa robe. Rien n'avait changé sauf qu'un pansement recouvré maintenant la peau abîmée, au-dessus de ses seins où était présent son collier. Encore douloureux, elle se retint de se frotter et de regarder. Elle prit son sac et le serra contre elle, alors qu'elle se leva. Elle alla à la fenêtre et regarda à l'extérieur. Apparemment, elle était située à l'étage d'une grande maison, au troisième apparemment. Il y avait à l'extérieur un jardin anglais où des gardes marchaient, surveillant les environs. Elle ne reconnaissait pas les lieux. Elle sortit de sa chambre, en ouvrant la porte doucement. Elle passa la tête discrètement à l'extérieur de la chambre avant de sortir. Il n'y avait personne. Pourtant il y avait tant de gardes à l'extérieur. Pourtant, elle ne se sentait pas prisonnière mais libre de ses mouvements. Elle longea les couloirs vides jusqu'au bout, où surplombait une fenêtre. Il y avait encore un jardin anglais délimité non plus par un grand mur mais par une forêt dense. Elle ne sut pourquoi mais la présence de la forêt la rassurait. Elle continua son exploration. Elle cherchait à capter le moindre bruit mais tout était silencieux et mort, aucun indice d'êtres vivants dans le bâtiment. Pourtant elle savait que c'était une illusion. Il y avait du monde dans cette maison, il fallait bien du personnel pour entretenir le feu d'une cheminée. Elle franchit le pas de la porte d'une grande salle où un autre feu y crépitait. Autour de la salle, des fauteuils étaient installés en rond, vides. Un piano prenait le fond de la salle proche de la fenêtre. Il était imposant. Elle l'effleura du bout du doigt. Mais où était-elle ? Elle osa mener plus loin son investigation. Au-dessus de la cheminée, elle trouva différents portraits de différentes époques.

- Ce sont mes ancêtres, intervint une voix derrière elle la faisant sursauter.

Elle se retourna vivement, surprise. Elle serra encore plus son sac contre sa poitrine, un peu effrayée.

- Veuillez m'excuser de vous avoir effrayer. Je suis Rayanne, vous vous rappelez ?

Il s'avança vers elle doucement, les mains en évidence.

Elle hocha la tête. Elle se rappelait.

- Vous avez dormi deux jours. Vous aviez du sommeil à rattraper apparemment.

Etrange pensa-t-il pour une personne qui avait bénéficié du sommeil éternel pendant plusieurs mois.

- Vous avez peut-être faim, l'invita la russe.

Il lui montra un des fauteuils. Un major d'homme lui présenta un plat. Elle ne l'avait même pas vu s'approcher. Il repartit tout aussi discrètement. Elle s'assit avec hésitation. Il le vit. Et si elle pouvait lui dire ce qui n'allait pas ? Il voulait seulement entendre sa voix. Il s'installa en face d'elle, respectant une certaine distance d'intimité.

- Ce sont des portraits de ma famille, des Généraux, docteurs, scientifiques… Les portraits … précisa le russe en regardant les peintures. Aucun n'est récent. Pas ici en tout cas. Comme si… Notre famille n'était plus rien, murmura Rayanne.

Comme si le reste n'avait pas de mérite d'y figurer et en réalité il ne restait plus grand-chose de la famille pensa Rayanne.

Il ne savait pas pourquoi il parlait et qu'il se dévoilait autant devant elle. Car même si c'était Dana. Elle restait pour l'instant une parfaite étrangère. Pour rompre le silence, il se dévoilait comme jamais. Elle ne mangea pas. Il soupira. Qu'allait-il faire d'elle ? De cette coquille vide ?

- Il ne reste que la dernière génération moi et… reprit Rayanne. Ah voilà mon frère.

Il se leva soulagé. Il parlait au mur depuis le début.

- J'ai répliqué dès que j'ai su et pu. J'ai reçu ton message. Blanche-Neige est réveillée.

Le nouveau venu regarda la jeune femme.

- Kathleen, heureux de te revoir, sourit Anton, le frère de Rayanne.

Il prit sa main et la lui baisa sans qu'elle puisse s'échapper de l'étreinte.

- Elle n'est…

- pas elle-même, se figea Rayanne.

- ça s'est sûr, elle ne m'aurait jamais permis de m'approcher, rigola son frère. A-t-elle un nom ?

Il haussa les épaules.

- Elle ne parle pas ou très rarement.

- C'est elle, pas de doute.

Il la scrutait du regard. Il souleva ses cheveux laissant à nu sa nuque. Il examinait son cou.

- Peux-tu arrêter ?

- Laisses-moi en profiter de… sourit Anton.

- Ce sera Dana. C'est un nom commun. Kathleen ne doit pas apparaître, ni Angéla.

- Dana me va. Crois-tu qu'elle est capable de…

- De se défendre, finit Rayanne. Seul toi la mettrais hors d'elle.

- Tu veux que je la teste pour me prendre une raclée… Je vois, comprit Anton. J'admire ton sens de l'humour.

- On doit savoir si… Ce qu'elle a perdu...

- Elle ne peut pas avoir tout effacé de sa mémoire. Tu es juste énervé qu'elle soit froide avec toi.

- Ne dis pas de bêtises.

- T'inquiète… Je sais que c'est un problème si elle ne peut pas se défendre. Elle est en sécurité ici. Mais tu as toujours un doute sur son identité, n'est-ce pas ?

- Elle est si fragile… Avoua Rayanne.

Le deuxième frère s'approcha d'elle et lui prit la main doucement. Il écarta à nouveau ses cheveux et glissa son doigt le long de son cou.

- Tu vois cette cicatrice, c'est…

Il s'approcha.

-Doux jésus, murmura Anton. Le médaillon de l'enterrement.

Il avait vu la brûlure.

- Son talisman, grimaça Rayanne. Elle est brûlée, je ne sais pas… On n'en sera plus ce soir. Et là c'était le début de son tatouage. Ce sont des indices qui ne trompent pas.

Son frère l'observa. Rayanne s'écarta de la jeune femme qui était restée immobile et silencieuse.

- Tout le monde sait qu'elle a un tatouage.

- Oui et celui-ci est entremêlé avec les veines noires.

Anton se releva et alla prendre un verre. Il montra son verre à son frère.

- Le préféré de papa, annonça Anton, en portant un toast.

Rayanne lui répondit en levant à son tour le sien.

- Je la testerai mais il faudra régler ses autres problèmes, reprit Anton. La langue pose un problème… Si elle ne parle pas.

- Elle voit un médecin ce soir.

- Tu vas faire appel à qui ?

Il semblait inquiet.

- Je ne fais confiance en personne.

- Tu vas faire appel à Tati, comprit Anton. La sortir de sa retraite va être difficile.

- Elle est déjà à son poste et sur place.

Il se retourna, étonné.

- Que lui as-tu promis ? demanda Anton, curieux.

-La chance d'étudier un mort-vivant.

Anton grimaça et finit son verre, puis explosa de rire.

- Elle n'a jamais apprécié Kathleen, dit Anton. Trop impulsive à son goût.

- Elle est inoffensive et restera tranquille. Et elle rencontre Dana.

- Je m'occupe de sa sécurité mais je ne pourrai rien contre Tati… Que vas-tu faire d'elle ?

- L'aider à retrouver son identité.

- Laquelle ? sourit Anton.

- Tu sais bien ce que je veux dire.

- Non, je veux dire si on échoue. Si on ne peut pas lui faire revenir la mémoire.

Rayanne regarda la jeune femme immobile qui fixait le vide.

- Je ne sais pas, répondit Rayanne.

- Tu as bien prévu la possibilité que sa mémoire ne revienne pas, n'est-ce pas ? Tu vas en faire ta femme ou bien lui offrir une nouvelle vie. Car si elle reste à tes côtés, tu la mets en danger.

- Elle restera à nos côtés, se décida Rayanne, catégorique.

- Comment ? En tant que servante ? Jardinière… L'épouser ne la protégera pas.

- Elle ne sera pas au courant de nos affaires.

- Et tu crois qu'elle restera à sa place gentiment ou qu'elle restera ignorante jusqu'à la fin. On parle d'An… De Dana, s'emporta Anton. J'aimerais aussi qu'elle soit à nos côtés mais je pense à elle avant nous…Elle ne peut pas être ta servante.

- Au début si… Puis de nombreux patrons se sont mariés avec… On n'y est pas encore, finit Rayanne alors que le rouge lui montait aux joues. Elle sera une servante, ça ira pour l'instant… A moins que tu aies une autre idée.

- Cela dépendra du test mais garde du corps pourrait faire aussi l'affaire non ?

- Tu ne comptes tout de même pas l'impliquer dans nos affaires… Faire tes « petites courses ».

- Non, je ne suis pas stupide. Je ne veux pas l'exploiter et l'exposer à des divers dangers. Elle restera là.

- Tu veux l'enfermer ? En la rendant utile… Pourquoi pas, réfléchit Rayanne. Tu n'as pas imaginé la possibilité de la « caser », n'est ce pas ?

- La famille possède de nombreuses boîtes de nuit qui donnent de nombreux services, comme fournir les filles. Elle sera protéger, tu le sais bien.

- Tu dis penser à elle ? Et tu veux donner Dana comme fille de sexe. Ce n'est pas la solution. S'il le faut, j'irai au camp avec elle, proposa Rayanne.

- La Sibérie, renifla Anton. Personne ne te taquinera là-bas, c'est sûr. Elle adorerait j'en suis sûr. Le froid, la neige... La solitude.

Elle était restée immobile pendant tout l'entretien. Elle n'avait rien comprit de leur échange. Elle n'avait pas senti d'animosité et elle ne se sentait pas en danger dans l'immédiat. Il y avait plusieurs sentiments qui se mélangeaient, insaisissables pour elle. Elle était restée immobile même quand le nouveau venu lui avait caressé les cheveux puis le cou, effleurant de vieilles cicatrices. Elle avait eu peur qu'il aille plus loin car elle se rappelait de la jeune femme de l'avion. Heureusement, il s'était arrêté là.

La jeune femme regarda les deux frères continuer leur conversation.

- Brûler tu dis ? reprit Anton.

- Oui, son talisman s'est incrusté dans sa peau.

- Le talisman rouge, celui de l'enterrement ?

- Oui, celui que tu as trouvé louche.

- Un bijou de sa famille, supposa Anton. Il a peut être fondu.

- Peut-être.

Ils l'avaient laissée seule. Dana resta immobile longuement. Epuisée, elle s'endormit sur un des canapés de la pièce. Mais son sommeil allait être troublé par de nombreux flashs réels ou fictifs ?

Elle avait mal partout. Ses mains étaient pleines de sang. Des cadavres l'entouraient et tout était en feu autour d'elle. Une douleur aiguë lui brûlait les entrailles. Lumière blanche. Un arbre immense et majestueux surplombait un champ qui s'étendait à l'infini. Elle s'y approcha lentement avec prudence.

- Que fais-tu là ? demanda une femme, appuyé contre l'immense arbre.

Dana la lorgna avec intérêt. C'était une femme d'une trentaine d'années avec des cheveux châtains clairs qui resplendissaient à la lumière du soleil. Aucun nuage n'était présent à l'horizon. L'arbre était composé de multitudes de nuances de couleurs comme si l'été indien était présent. Elle connaissait la femme.

- Pourquoi tu hésites ? Viens avec nous, proposa la femme.

Son cœur rata un battement alors qu'elle reconnut la femme. Les larmes montèrent aux yeux. Elle se rua dans les bras de la femme et pleura.

- Chut, mon cœur, souffla la femme. Tout va bien. Comment vas-tu ?

- Mam… Je ne ressens rien, pleurnicha Dana. A par de la douleur.

- Je sais, Dana. Viens avec nous, aucune douleur n'existe ici.

- Je…

- Tu souffres tellement, tu as toujours souffert. Lâche prise. Rejoins-nous. Pourquoi tu es partie ? Ici, tu n'auras plus mal.

Lumière blanche. Tout était obscur. Elle hurlait de douleur…

Dana se leva en sursaut, en sueur. Elle manquait d'air. La sueur avait mouillé ses cheveux et ses draps. Son cœur battant lui faisait souffrir, le cauchemar encore présent. Et elle comprit. Tout ce qui l'entourait lui était étranger. Car en réalité elle n'était pas chez elle. Tout ce qui était dans ce monde la faisait souffrir alors qu'elle savait qu'elle avait trouvé son bonheur ailleurs dans ce monde ensoleillé. Son cœur et son âme avaient été enfin en paix. Son âme y était apaisée. Des souvenirs commençaient à se reconstruire. La seule conclusion possible était qu'elle n'appartenait pas à ce monde. Son regard s'égara vers la fenêtre de sa chambre. Il pleuvait.

Les deux frères russes discutaient vivement dans un bureau, cette fois-ci entre garçons.

- Comment c'est possible ? demanda Rayanne, qui faisait les cent pas.

- Je ne sais pas, avoua son frère.

Rayanne marchait en tenant un verre de cognac à la main pendant que son frère était assis au bureau devant de nombreux écrans.

- Mais que fais-tu ? demanda Rayanne.

- Mon boulot. Elle est réapparue dans la circulation le 7/07/14.

- Pourquoi maintenant ?

- La pleine lune, plaisanta Anton. J'efface ces traces.

- Tu fais tout seul ?

- Ce ne sera pas efficace à 100%, avoua Anton. Mais je ne peux pas appeler mon génie informatique pour s'occuper d'effacer toutes les traces et j'ai des bases en informatique. Ça tiendra le temps qu'on n'en découvre plus.

- Ah oui ? Tu penses que Tati trouvera…

- Non, elle n'en sera pas plus après avoir examiné Dana. J'ai besoin de temps pour éclaircir cette affaire.

- Tu ne dois pas… Prévint Rayanne.

- En parler à personne. Je sais. Mais le réseau de l'Ordre des Chevaliers pourrait nous être utile.

- Il est déjà sur le pied de guerre. Mais ils ne voudront pas coopérer avec toi.

Il regarda son frère le regard brillant.

- Nous avons La Kathleen, rappela Anton.

- Dana, rectifia Rayanne.

- Oui, Dana et ils lui doivent protection et silence… Oh oh.

- Quoi ? demanda Rayanne voyant que son frère avait l'air soucieux.

Rayanne contourna le bureau et le rejoignit juste derrière son frère pour voir ce qu'il se passait.

- Tu as une faille dans ta sécurité.

Déjà pensa-t-il. Déjà compromis.

- Tu es la sécurité, lui reprocha Rayanne.

Son frère pianota sur le clavier rapidement.

- Mais d'où il sort celui-là ?

Il montra à l'écran une image d'infra-rouge de la maison et sur un deuxième le plan de la maison avec différents points. Les points bleus correspondaient aux personnels de la maison, le point rouge un étranger. Il rembobina la vidéo de quelques minutes.

- Le point n'est plus là. Et hop il apparaît comme par enchantement, là tu vois ?

- Quel étage ?

- Le troisième et il se déplace dans le couloir… Lentement. La personne n'est pas pressée.

- C'est peut-être un chat ou une quelconque bête.

- Cela suppose que son poids aurait changé entre l'extérieur et l'intérieur de la maison pour que les détecteurs s'enclenchent à l'intérieur et non à l'extérieur. Puis ce serait un gros chat, informa Anton. Il est peut-être passé par le toit.

Il changea d'image à l'écran pour aller sur les caméras de l'étage.

- Les vidéos sont hors service.

Anton n'était pas surpris.

- Où va le point ? demanda Rayanne.

Anton bascula à nouveau la fenêtre.

- Devine… Vers la chambre de…

Il n'avait pas besoin de préciser. Il se leva avec urgence, Rayanne sur ses pas. Ils se jetèrent dans le couloir.

- Code 3, cria Anton dans son oreillette à d'autres gardes.

Puis il était passé à l'avant, précipitamment et sortit son arme. Rayanne avait sorti aussi le sien. Dans l'autre main, Anton regardait son portable où il pouvait continuer à surveiller la maison et le point inconnu.

- Tu parles d'une sécurité, jura Rayanne. Elle est là depuis à peine un jour qu'on a déjà une attaque.

- Le point ne bouge plus, prévint Anton.

Ils pointaient tous les deux leurs armes à l'avant. Ils désactivèrent le cran de sécurité. A l'arrivée de trois hommes, ils posèrent leurs armes contre leur cuisse pour éviter de se tirer entre eux. Anton leur fait signe de prendre position, en silence. Arrivée au troisième étage, ils longèrent le couloir discrètement. Ils franchirent le salon vide. Il n'y avait rien à signaler. Personne. Ils continuèrent vers la chambre qui les intéressait. Rayanne se décida à ouvrir la porte après avoir compté jusqu'à trois avec les doigts. Puis il défonça la porte, permettant à l'équipe de rentrer, armes prêtes à être utilisées.

- Vous voilà enfin. Bien le bonjour.

Une belle femme se retourna vers eux pour les accueillir, les bras écartés comme signe de bienvenu. L'équipe de trois resta figer sur le pas de la porte et resta en retrait ne sachant pas quoi faire car la femme semblait désarmée. Les deux frères s'avancèrent vers l'inconnue, qui semblait inoffensive. Les frères avaient l'arme pointée sur l'intruse. Rayanne cherchait du regard Dana alors qu'Anton ne quittait pas l'inconnue des yeux. Les apparences étaient souvent trompeuses. Celle-ci leur souriait. Rayanne ne l'aperçut pas.

- Désolé, j'aurai dû m'annoncer… Je suis Anéa.

- Anéa comment ? demanda Anton, qui la maintenait toujours en joue alors que son frère vérifiait la pièce.

- Juste Anéa, reprit la femme, en soulevant ses sourcils. J'ai perdu quelqu'un.

- Où est-elle ? Où est Dana ? demanda Rayanne.

Il avait atteint la fenêtre et y jeta un coup d'œil. La fenêtre était ouverte et un vent frais lui fouetta le visage.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez, personnellement je cherche Angéla.

Les deux frères se regardèrent.

- Retirez- vous, ordonna Anton. L'alerte est finie.

L'alerte était finie mais il ne rangea pas pour autant son arme. Il était furieux.

- Elle n'est plus là, continua Anéa.

- Que… Savez-vous ? demanda Anton.

- Oui, elle n'est plus là car vous l'avez déjà perdue ! dit Anéa, avec colère.

Elle faisait les cent pas.

- Mais qui êtes-vous ? répéta Anton, en rangeant son arme car il n'arrivait plus à la viser.

- Je suis Anéa.

- Que voulez-vous ? jura Rayanne.

- Je suis une amie d'Angéla et je viens la récupérer, les apaisa Anéa, remarquant leur excitation.

- Elle ne doit pas être loin, on l'a quitté, il y a... à peine 4 heures.

- Pourquoi l'avoir laissé seule ? demanda Anéa. Vous la connaissez… Vous savez très bien qu'elle…

- Ne reste jamais en place, finit Rayanne. Justement elle n'est pas elle-même.

- Comment ça ?

Elle se retourna vivement et arrêta de faire les cent pas.

- Elle est blessée ? demanda Anéa.

- Non, elle va plutôt bien pour une…

- Morte, finit Anton, qui refermait la fenêtre.

- Oh… Vous étiez à son enterrement. Je vous reconnais.

C'était embarrassant. Anéa avait pensé que récupérer Angéla allait être un jeu d'enfant mais elle avait failli. Elle l'avait déjà perdue. Elle ne pensait pas devoir se justifier de sa présence dans une maison. Elle était tout de même rentrée par effraction. Puis se justifier au sujet du retour miraculeux à la vie d'Angéla allait être difficile.

- Elle ne sait pas qui elle est… Elle ne parle pas. Vous savez pourquoi ? interrogea Rayanne.

Savoir ? Non, elle ne le savait pas. C'était la première fois qu'elle faisait revenir quelqu'un à la vie. Anéa avait bien imaginé qu'Angéla n'allait pas se réveiller sans séquelle mais Anéa ne pensait pas faire face à une amnésie totale.

- Non, j'ignore tout depuis son réveil, ni pourquoi elle est ici ? avoua Anéa. En Russie.

- Comment avez-vous réussi à rentrer ici ? demanda Anton, soudain méfiant.

- Est-ce vraiment nécessaire de le savoir ? soupira Anéa.

Elle ne comprenait pas leur méfiance et ne pouvais pas se justifier.

- Oui, qui nous prouve que vous ne l'avez pas kidnappée ? surenchérit Rayanne.

- Je la cherche, rappela Anéa.

Elle n'arrivait pas à les suivre. Elle ne comprenait pas leur raisonnement.

- Vous pourriez jouer la comédie, remarqua Rayanne.

- La comédie ? Je ne ferais jamais une blague, se défendit Anéa. Une comédie est censée être marrante. Ce n'est pas le cas ici.

Les deux frères se regardèrent. Ils la prenaient pour une folle. Ils avaient envie de lui faire confiance. Elle avait l'air innocente, mais les apparences pouvaient être trompeuses.

- Bien faites comme vous le sentez, mais moi je pars à sa recherche.

Elle se dirigea vers la fenêtre et sembla vouloir la franchir.

- Attendez !


Fin du chapitre

Tableau de bord :

chapitre 3 : Errance et Peur , en écriture (22 pages),écrit.

chapitre 4 : Pacte avec le diable, en écriture (37 pages)