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Notes du début :
Cette histoire ne vient pas d'un cauchemar, pour une fois, mais comme j'ai déjà rêvé deux fois du personnage de Kaz Brekker, je souhaitais écrire un court récit à son sujet sans être influencé par mes songes. (Enfin 'court', faut le dire vite, comme toujours je me suis fait emporter par mon écriture !)
PS : Comme je regarde tout et que je lis tout en Anglais, je ne connais pas la traduction Française pour certains noms et termes, que je mettrais donc en italique, en Version Originale.
Maintenant...
… Allons-y !
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Ni Weh Sesh
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Mon nom est Alisone Lockwood et depuis plus d'un an déjà, je réside dans l'étrange bourg qu'est Ketterdam, la capitale de Kerch. Je m'étais enfui de mon propre Monde pour finalement errer dans les rues sombres de cette ville insolite. De cette façon, je suis tombée par hasard sur 'The Crow Club'. Je m'étais perdu dans 'The Barrel', un quartier rempli d'établissement de jeux, de boissons, de filles de joie et d'autres divertissements. Personnellement, je n'aspirais qu'à me plonger dans une Pinte de Guinness, jusqu'à que je me souvienne que cet alcool n'existait pas à Ketterdam, ni dans cet Univers en général, d'ailleurs.
Tant pis, je me suis contentée d'une simple bière brune.
Puis, j'ai rencontré Jesper Fahey, dont j'ai appris plus tard qu'il était un Durast, comme sa mère avant lui, une personne qui pouvait contrôler le métal. Et Jesper se servait régulièrement de cette habilité pour tirer avec ses revolvers, dont les balles ne manquaient jamais leurs cibles.
Jamais.
J'ai aussi fait la connaissance du petit-ami de Jesper, un jeune homme nommé Wylan, un Alchimiste. Un des meilleurs de Ketterdam, il connaissait la chimie par cœur et il était un véritable expert en explosifs. Et il possédait encore tous ses doigts ! Ce que Jesper ne manquait jamais de rappeler, tant la chose lui paraissait impossible pour un Alchimiste !
Enfin, j'ai sympathisé avec Inej Ghafa, que les gens surnommaient 'The Wraith'. C'était une belle femme, fine, à la peau basanée, qui espionnait sans se faire repérer et pouvait se battre avec hargne et agilité. Anciennement une prostituée d'un Bordel nommé 'La Ménagerie', elle travaillait désormais pour le 'Crow Club', dont le chef était...
… Kaz Brekker. Il était plus grand et plus âgé que tous les autres, il ressemblait clairement à un Leader incontesté, malgré son évidente invalidité due à une fracture de la jambe qui n'a jamais guéri proprement, et l'obligeait depuis à se déplacer avec une canne. Une magnifique canne, cela dit, avec son pommeau en forme de tête de Corbeau, comme il appelait d'ailleurs les membres de son groupe, ses 'Corbeaux'.
En réalité, je ne voulais pas rester à Ketterdam, je souhaitais continuer mon chemin et traverser 'The Fold', peut-être même quitter Ravka. Mais je crois bien que Kaz m'a fait changé d'avis. Sans le vouloir, évidemment.
Il y avait quelque chose derrière ses yeux si bleu, si profond, une tristesse si intense que de croiser son regard me perturbais toujours énormément. Kaz avait ce côté mystérieux et abattu qui lui servait d'armure contre le Monde, sans parler de son haptophobie qui l'empêchait clairement d'avoir une quelconque relation amoureuse.
Quel dommage... Mon cœur battait pour lui à chaque fois que je le voyais...
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Mon travail, officiel et de jour, au sein du 'Crow Club' était tout simplement d'être au bar, à servir les gens, garder un œil sur les individus louchent, faire un peu de ménage, tout en faisant la comptabilité du stock d'alcool.
Par contre, la nuit venue, mes véritables compétences rejoignaient celles des autres Corbeaux. Si j'étais née dans cet Univers, je serais ce qu'ils appelaient communément une 'Grisha'. Entendez par là, une Sorcière avec des pouvoirs spéciaux.
Par exemple, les Grisha 'Healer' peuvent soigner les blessures, plaies, fractures et toutes les horreurs infligées à un corps. Très pratique durant les batailles. Les 'Heartrender' peuvent manipuler les organes du corps, comme le cœur et les poumons et facilement tuer une personne. Les 'Squaller' contrôlent la météo, comme la pression de l'air, la pluie, les orages, etc.
Et il y en avait encore beaucoup d'autres.
Néanmoins, ne faisant pas partie de ce Monde, je ne me retrouvais donc dans aucune catégorie et ce, même si j'étais une Sorcière. D'ailleurs, la façon qu'avaient les Grisha d'utiliser leurs pouvoirs était différente de la mienne. S'ils devaient faire danser leurs bras et leurs mains dans des directions spécifiques pour activer leurs pouvoirs, de mon côté, je devais réciter une formule en vieil Anglais pour jeter mes sorts. De fait, tout comme Jesper cachait à tout le monde qu'il était lui-même un Durast, je cachais également le fait que je n'étais pas réellement une Grisha, puisque je ne venais pas de ce Monde. Personne ne le savait...
… Enfin, à part Kaz, évidemment. Il était très intelligent. Il avait découvert le secret de Jesper, comme il avait découvert le mien.
Oups.
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J'aimais beaucoup l'ambiance dans le 'Crow Club', ça me rappelait un peu les Pubs dans lesquels je traînais avant de débarquer dans ce Monde. Il y avait une lumière tamisée par des bougies, dont la flamme qui vacillait dans tous les sens créait des ombres inquiétantes sur les murs en pierre. Les gens se trouvaient autour des tables en bois, jouant aux cartes en espérant gagner quelques Kruge, la monnaie de Kerch, dont les billets avaient cette pâle couleur pourpre. Il y avait parfois du grabuge à l'intérieur du bar, mais Jesper veillait au grain en pointant ses armes sur les troubles-paix, tandis que je jetai quelques sorts de façon incognito.
Ce soir-là, en revanche, tout se passa parfaitement bien. Aucune bagarre, aucun tricheur, ni rien d'horrible. Ainsi, j'ai attendu que tout le monde quitte le bar, que Jesper remonte dans sa chambre à l'étage pour y retrouver Wylan, probablement déjà endormi, puis j'ai fermé la grande porte à clef en la verrouillant avec un sort, juste au cas où :
- Bord wiþ stende hine.
Un léger 'clic' retentit, puis je me suis dirigée jusqu'au bar. J'ai commencé à récupérer toutes les chopines vides, nettoyer les tables, etc, etc, etc.
Quelques minutes après 3h du matin, j'ai commencé à compter la caisse et une fois fait, j'ai verrouillé la boîte en métal en utilisant ma Magie, une fois de plus :
- Ástríce.
J'ai souri en rangeant la caisse, lorsqu'une voix me fit sursauter :
- J'adore lorsque tu jettes tes sorts...
Je me suis tournée vers la voix en question, pour simplement découvrir Kaz, descendant les escaliers lentement, avec sa main droite tenant fermement sa canne. Il esquissa un sourire en se dirigeant vers moi. Malgré l'heure tardive de la nuit, il portait encore et toujours son magnifique costume, composé d'une chemise foncée avec, par-dessus, un veston bleu marine aux entrelacs magnifiques et aux boutons argentés. Il portait aussi un pantalon noir et des chaussures tout aussi sombre. Ses cheveux bruns étaient, la plupart du temps, coiffés en arrière, sauf lorsque ses mèches du devant lui tombaient dans les yeux. Son visage entier paraissait toujours sévère, avec ses pommettes saillantes et son regard perdu.
- Kaz, tu m'as fait peur. Est-ce que tout va bien ?
Il esquissa un semblant de sourire, puis il clopina vers moi, plus spécifiquement vers le bar pour s'asseoir sur une haute chaise en demandant calmement :
- Un verre de Whisky, s'il te plaît.
Je me suis tournée vers toutes les bouteilles multicolores pour servir le patron. Néanmoins, le patron en question se noya dans son verre sans parler. En même temps, Kaz n'était pas du genre bavard, plutôt taciturne en fait, à garder ses plans, comme ses pensées, pour lui-même.
Je ne pus m'empêcher de sourire en le voyant descendre son premier verre d'une seule traite et, tout en lui resservant une nouvelle rasade, j'ai rétorqué :
- J'imagine que nous n'avons pas de missions pour cette nuit...
Il sourit à son tour. Enfin.
- Qu'est-ce qui te faire dire ça ?
Tout en refermant la bouteille et reprenant mon ménage du comptoir, j'expliquai :
- Tu ne bois jamais avant les missions. Ni pendant. Contrairement à Jesper. De plus, tes plans commencent un peu plus tôt dans la nuit, vers 23h30, voir minuit, grand maximum. Avant les missions, tu restes enfermé dans ton bureau durant des journées entières, et je ne te vois pas souvent te promener dans le bar. Comme hier soir tu es sorti de ton antre, et que ce soir tu te poses devant quelques verres de Whisky, j'en conclus que nous n'avons pas de missions. Ni pour cette nuit, ni pour demain. J'ai raison ?
Un regard étonné traversa ses yeux bleus. Durant quelques secondes, il ne dit rien du tout. Non pas que cela changeait quelque chose à son habitude, en réalité.
Enfin, il esquissa un sourire en s'amusant :
- Très observatrice.
- Un talent très utile en tant que Barmaid. Je sais observer... Et écouter...
J'ai croisé mes bras sur le bar entre Kaz et moi, plongeant mon regard dans le sien jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il pouvait me parler. Mais, comme je l'ai dit, le patron n'était pas connu pour être très loquace. Il marmonna seulement :
- Merci, mais non merci. Je ne paye pas pour m'analyser, seulement pour faire ton travail. Alors fais-le.
Je ne relevai pas la remarque. C'était tellement son mode opératoire, lorsqu'une personne essayait de s'approcher de lui, physiquement ou psychologiquement, Kaz la repoussait systématiquement avec violence. Parfois, cela fonctionnait. Comme avec Jesper, qui avait déjà rongé son frein en râlant contre son ami tout en quittant son périmètre pour s'enfermer dans un autre bar. Malheureusement pour Kaz, cela n'agissait pas du tout sur moi.
J'ai souri, je me suis relevée pour jeter mon torchon sur mon épaule tout en reprenant le nettoyage du bar, puis j'ai lancé à mon patron :
- Bien essayé.
Je lui ai fait un clin d'œil et je suis partie en direction de la réserve pour faire le compte des bouteilles restantes, laissant Kaz tout seul, visiblement perturbé.
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Une bonne demi-heure plus tard, mon carnet était plein de notes et de nombres, je suis donc remontée par les escaliers branlants et en fermant la porte derrière moi, j'ai murmuré :
- Bord wiþ stende hine.
Un 'clic' retentit et, en me retournant, mon cœur rata un battement.
Kaz se tenait debout devant moi, une main appuyée sur sa canne, et son regard fuyant.
- Shiiiiiiit, Kaz, tu m'as fait peur. Tout va bien ?
Il réfléchit quelques secondes. En lisant l'expression sur son visage, je compris qu'il souhaitait s'excuser, mais que sa fierté l'en contraint. J'ai souri en lâchant :
- Excuses acceptées.
J'ai gardé mon sourire en me dirigeant vers les escaliers qui menaient à l'étage du 'Crow Club' pour enfin tomber de fatigue dans mon lit, lorsque Kaz me retint par le bras. Sa main gantée m'empêchait de partir sans toutefois me serrer violemment. Au contraire, je sentais qu'il n'utilisait pas toutes ses forces.
- Kaz ?
Il baissa son regard et chuchota :
- Je suis désolé.
- Excuses acceptées.
Il me fit un signe de tête puis desserra son étreinte pour me laisser partir.
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Le lendemain matin, ou plutôt en fin de matinée, je me suis levée et je me suis habillée de cette ample robe sombre, aussi noire que les plumes des corbeaux, avec des grosses chaussures aux pieds, mes longs cheveux châtains noués en une importante tresse qui tombait dans mon dos. J'étais fine mais pas très grande, et j'avais la peau aussi blanche que celle de Kaz, qui était connu pour sa pâleur, qu'il cachait sous son costume ou sous son chapeau lorsqu'il sortait dans les rues de Ketterdam. Une fois prête, je suis descendue par les escaliers en bois qui craquaient à chacun de mes pas, jusqu'à arriver dans le bar, dont la lumière du soleil essayait de passer par les interstices des volets fermés. En me dirigeant vers la machine à café, j'ai jeté mon premier sort de la journée :
- Ic þé wiþdrífe.
Les volets se sont ouverts par Magie, laissant baigner la grande salle dans la chaleur des rayons du soleil. J'ai sursauté en découvrant une ombre déjà attablée au bar.
Mon cœur rata un battement et mon corps s'arrêta net, avant que mon cerveau prenne le relais et comprenne qui se tenait devant moi.
- Kaz ? Par tous les Saints ! On peut dire que tu sais soigner tes entrées !
- … mornin'... Le café est prêt, si tu veux.
J'étouffai un rire.
- Il me faut au moins ça pour retrouver un rythme cardiaque normal.
Quelques minutes plus tard, j'étais assise à côté de Kaz, ma tasse fumante en main, et je lançai mes sorts derrière le bar pour activer les lumières, la caisse, et tout le reste :
- Ablinn ðu forlæte ðu nu.
Kaz observa ma Magie et esquissa un sourire en me disant :
- Pourquoi tu n'utilises pas tes sorts pour tout faire ? Faire le ménage et tout le reste ?
J'ai haussé les épaules :
- Je souhaite quand même vivre un peu normalement.
Il sourit.
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Je terminai ma tasse de café et je m'apprêtai à reprendre mon travail devant un Kaz toujours aussi silencieux, lorsque je remarquai que ce dernier gardait la tête baissée et sa main sur sa jambe droite. Je compris facilement qu'il souffrait dans son coin, sans ne rien laissé paraître, enfin, il essayait. Nous étions en plein hiver et, comme aussi en été d'ailleurs, la blessure de Kaz lui faisait encore plus mal que d'ordinaire. Le froid et la chaleur rendaient la douleur insoutenable. Jesper m'avait expliqué comment Kaz s'était blessé, lors d'un stupide braquage d'une Banque, puisque Kaz était un voleur avant d'être un Businessman, il dut sauter du toit de l'établissement et avait, de toute évidence, mal atterri. Les os se brisèrent et après sa convalescence mal gérée, les fractures ne se sont pas guéries comme elles auraient dû.
J'ai toussoté et je me suis penché vers Kaz, en murmurant :
- Tu sais, si tu le souhaites, je connais des sorts assez simples de guérison. Je ne te garantis pas que ça sera sans douleur, mais après ça, tu pourras marcher à nouveau...
Kaz secoua la tête avant de relever ses yeux pour les plonger dans les miens :
- Non.
Je tiquai.
- Quoi ? Pourquoi tu ne... ?
- Non, Alisone. Ma blessure est mon point fort.
Je plissai des yeux, ne comprenant pas :
- Comment ça ?
Kaz esquissa un sourire :
- Les gens ne font pas attention à un infirme. Il me pense faible et sans défense. Jusqu'à ce que je les batte tous à la simple force de mes bras, et accessoirement de ma canne.
- D'accord... Je comprends, mais pourquoi ne pas faire semblant, dans ce cas ? Laisse-moi te guérir, et tu pourras continuer de jouer les infirmes pour faire ton petit numéro contre tes ennemis.
Encore une fois, il fit 'non' de la tête :
- La douleur me permet de survivre, de me battre et de rester en vie. Comme je le disais, c'est mon point fort, je ne compte pas m'en séparer.
- Oh... Je vois... Et, dans ce cas, quel est ton point faible ?
Ma tasse de café déjà vide, je me suis levée pour me diriger derrière le bar et commencer à nettoyer mon mug et à faire la mise en place pour la nouvelle journée à venir. J'attendais que Kaz réponde à ma question. Comme toujours, il resta silencieux un long moment, avant d'avouer à demi-mot :
- Personne n'est assez attentif pour découvrir mon point faible...
Je tiquai et, sans le vouloir, je confessai à mon tour :
- Comme moi, jamais personne n'a trouvé le mien.
Kaz plissa des yeux et leva un sourcil, en questionnant, curieux :
- Tu as un point faible ? Qu'est-ce que c'est ?
Je lui ai tourné le dos pour ne pas qu'il puisse comprendre que je rougissais :
- C'est une personne. Je tiens beaucoup à lui.
Même si j'étais dos à Kaz, je pouvais presque le voir sursauter et baisser la tête, en maugréant presque :
- Tu... Tu aimes cette personne ?
- Oui.
- Qui est-ce ?
Mon cœur s'emballa et, au moment où j'allais murmurer quelque chose d'à moitié vrai, un bruit retentit sur ma gauche.
J'ai sursauté en me tournant vers l'origine du bruit en question :
C'était Jesper qui descendait les escaliers en bois, qui grinçaient sous ses bottes, suivit de près du jeune et frêle Wylan.
Kaz maugréa et se leva enfin de sa chaise. Il attrapa sa canne et clopina vers les escaliers pour grimper vers son bureau, passant devant Jesper et Wylan qui marchaient vers le bar.
- Bonjour à toi aussi, Kaz ! marmonna Jesper, à moitié réveillé.
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Les deux amoureux buvaient tous les deux leurs tasses de café tout en s'embrassant par moment. Wylan parla de ses dernières découvertes en chimie, tandis que Jesper s'amusait, comme toujours, à faire tourner ses revolvers entre ses mains agiles. Quant à moi, je descendais les chaises des tables et, n'ayant pas spécialement envie de passer le balai, j'ai simplement jeté un sort :
- Awendaþ eft wansæliga neat.
L'objet bougea tout seul en poussant la poussière dans un coin de la salle.
Wylan sourit en lâchant un :
- J'adore ! Dis, Alisone, tu crois que si j'apprends tes sorts, je pourrais jeter des sortilèges moi aussi ?
J'ai haussé les épaules :
- Aucune idée. Mais, si tu le souhaites, nous pourrons essayer un jour ou l'autre.
- Cool.
Puis, ce fut au tour de Jesper de me poser une question qui me laissa... Pantoise :
- Au fait, Alisone, nous avons plus ou moins entendu la fin de votre discussion à Kaz et à toi et... Disons que je suis très curieux mais, qui est cette mystérieuse personne que tu aimes ?
Je rougis à nouveau en maugréant :
- Hum... Ce n'est rien...
Jesper jouait toujours avec ses armes entre ses mains, tout en reprenant :
- Oh, allez, Alisone, dis-le moi ! Est-ce que je le connais ?
Je m'apprêtai à mentir, lorsque Wylan sourit jusqu'aux oreilles en répliquant malgré lui :
- Bien sûr que tu le connais, il s'agit de Kaz !
Jesper et moi lui jetâmes un regard étonné et surpris. Intimidé pour mon cas, en plus du reste, car je sentais une chaleur étrange monter jusqu'à mes joues pour les faire rougir encore plus.
- Comment... Comment tu... ? marmonnais-je, le cœur au bord de l'infarctus.
Wylan passa son regard de moi à Jesper, en avouant presque le plus naturellement du Monde :
- Quoi ? C'est évident, non ? La façon dont tu le regardes et la façon dont il prononce ton prénom.
Jesper tiqua et se tourna ensuite vers son petit-ami, en demandant innocemment :
- Wait, what ? Tu crois que Kaz aime Alisone ?
- Non, je ne 'crois' pas, j'en suis persuadé.
Mon souffle se coupa.
Et mon cœur rata un battement.
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Tout bascula quelques plusieurs jours plus tard, lorsque Kaz nous confia enfin une nouvelle mission, un simple pourparler en tête-à-tête entre Kaz et un homme nommé Edyck qui faisait partie des 'Dime Lions', un violent gang qui vivait au milieu de 'The Barrel' et dont le Leader n'était nulle autre que Pekka Rollins. Soit l'ennemi juré de Kaz Brekker.
Oups.
Notre plan, ou plutôt celui de Kaz, était simple : il avait toujours dix coups d'avance sur ses ennemis. Nous nous sommes rendu au lieu du rendez-vous, dans un endroit isolé de Ketterdam. Inej devait rester dans les ombres de la nuit, cherchant d'éventuels snipers que Pekka Rollins aurait embauché pour tuer Kaz et son équipe.
Autrement dit, nous.
Jesper devait rester aux côtés de Kaz, tout comme Wylan qui tenait des flacons remplis de liquides aux couleurs étranges et probablement mortelles. Quant à moi, je devais me tapir dans un coin stratégique, prête à jeter un sort si le bras droit de Pekka Rollins tentait quelque chose de malsain ou d'horrible, ou les deux.
Comme avant chacun de nos périlleuses missions, nous récitâmes notre mantra :
- No mourners.
- No funerals.
Ouais, nous préférons garder nos attentes basses.
Et ce, à juste titre.
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Le vent marin venant du port apportait dans son sillage les paroles que prononçaient Kaz et Edyck. Nous savions pertinemment que Pekka devait se trouver tapis quelque part dans les ténèbres. Notre méfiance se confirma lorsque le 'King of the Barrel' sortit de l'ombre pour se poster devant Kaz, Jesper et Wylan. Kaz se tenait debout, droit et fier, sur sa canne, sachant depuis un moment que son ennemi ferait une apparition semblable.
Comme je l'ai dit, Kaz avait toujours dix coups d'avance.
Inej neutralisa deux snipers et Kaz sourit en voyant un rictus de colère déformer le visage de Rollins :
- J'imagine que ta chère Wraith peut anéantir mes hommes.
- Tu n'as même pas idée... s'amusa Kaz en souriant.
Lorsque, soudain, Pekka Rollins prit un air amusé et un ton enjoué, comme s'il préparait un mauvais coup, ce qui était sûrement le cas.
- Cela dit, Brekker, je me demande si ton cinquième corbeau est aussi importante à tes yeux que ce que je le soupçonne.
Kaz se tendit, il contrôla néanmoins ses expressions et ses gestes pour paraître toujours aussi stoïque et garder son bluff intact :
- Mon 'cinquième corbeau' ? répéta Kaz avec ce qu'il souhaitait être de la nonchalance.
Cependant, Pekka se rapprocha de lui, brisant ainsi l'espace personnel de Kaz, et lui chuchota d'autres paroles. Je dus fortement me concentrer pour entendre leurs échanges depuis ma cachette. Dans tous les cas, je me tenais prête à jeter un sort, des fois que la situation deviendrait catastrophique en quelques secondes.
Rollins se mit à rire. C'était un rire presque forcé et plutôt malsain. Kaz plissa des yeux et jeta un regard interrogateur vers Jesper, qui tenait ses revolvers en mains. Mais l'ennemi rétorqua :
- Je ne ferais pas ça, si j'étais toi. Si vous souhaitez retrouver votre petite Sorcière vivante...
J'ai tiqué.
Parlait-il de moi ?
Je me suis rapprochée un peu plus de la conversation, tout en restant dans l'ombre et en me tenant prête à lancer mes phrases en vieil Anglais. En attendant, je voulais vraiment comprendre le bluff de Pekka. L'homme reprit d'ailleurs, plus amusé que jamais :
- Ton cinquième corbeau... Alisone Lockwood.
Shiiiiiiiit... Il parlait de moi...
Kaz se tut quelques secondes, pour se concentrer sur sa respiration, puis mentit :
- Oh, elle. Un atout pour le groupe. Rien d'autre. Une simple Grisha.
Mon souffle se coupa.
Je savais que Kaz mentait, mais cela me serra quand même le cœur.
Je me suis concentrée du mieux possible en entamant mon sort :
- Awendaþ eft...
Malheureusement, je n'eus pas l'occasion de jeter mon sortilège, car une énorme main calleuse m'agrippa par derrière pour m'entraver la bouche, tandis que l'autre cogna ma tête avec un objet contondant que je ne pus analyser.
Puis, tout est devenu noir.
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Une horrible et soudaine migraine vrilla mon pauvre crâne. Il me fallut longtemps pour réussir à ouvrir les yeux et encore plus longtemps pour que ces derniers puissent s'habituer à la semi-obscurité dans laquelle je me trouvais. Après plusieurs tentatives, je compris aisément que j'étais attaché à une chaise en bois, les cordes rongeaient ma peau, entravant mes poignets aux accoudoirs.
Shiiiiiiiit...
Un tambour cogna dans ma tête.
Un, deux, trois, quatre.
Il y avait une forme floue devant moi et je dus attendre quelques secondes supplémentaires pour que mes yeux fassent enfin la mise au point et que je découvre avec horreur qu'il s'agissait de Pekka Rollins.
Évidement.
- Alisoooooooooooooooone Lockwoooooooood...
Mon ouï devait faire la mise au point également.
J'entendais à la fois les tambours dans mon crâne, ainsi qu'un léger 'biiiiiiiiiiiip' comme si je venais de survivre à une explosion.
Ou à un violent coup sur la tête, ce qui était le cas.
Par instinct, j'ai tiré sur les liens, en vain. À part me faire encore plus mal, cela n'était d'aucune utilité. Puis, je me suis ENFIN souvenu que j'étais une Sorcière, nom de Dieu !
Même si je voyais encore un peu flou, j'ai posé mes yeux sur les cordes serrées et j'ai commencé à jeter mon sort :
- Ablinn ðu...
Oups.
Je ne me souvenais plus de la suite.
J'ai essayé derechef, sans toutefois réussir à terminer mon sortilège. Pendant ce temps, Pekka Rollins m'observait en riant.
Sympa.
Lorsque, finalement, il me montra de plus près ce qu'il tenait dans sa main droite, et je compris pourquoi il souriait autant.
C'était une simple seringue en verre à l'intérieur de laquelle se trouvait un liquide couleur azur. Nul besoin d'être une experte en Alchimie pour savoir qu'il s'agissait d'une drogue, et qu'il avait déjà dû m'en injecter pour m'empêcher d'utiliser mes pouvoirs.
Well... Un point pour lui.
Je ne pouvais rien faire à part tirer sur mes liens, et me faire plutôt mal, ou écouter Pekka Rollins qui semblait adorer le son de sa voix.
- Ne t'inquiète pas, Miss Lockwood, je ne vais pas te tuer tout de suite. Je vais d'abord attendre que Brekker tombe dans mon piège pour venir te récupérer et ensuite, je te tuerai devant lui.
Merveilleux...
Moi qui souhaitais que Kaz me sorte de ce bordel, désormais, j'étais carrément contre cette idée.
Et j'étais encore contre cette idée lorsque Pekka Rollins enfonça l'aiguille dans mon bras pour injecter le reste de la drogue dans mon sang.
Puis, encore une fois, tout est devenu noir...
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Je n'arrivais pas à ouvrir mes yeux, mes paupières étaient bien trop lourdes, et un bourdonnement incessant vrillait mes pauvres oreilles, comme un fond sonore, au rythme des tambours dans mon crâne.
Un, deux, trois, quatre.
Je ne sus dire si je délirais à cause de la drogue, mais j'avais l'impression qu'une personne s'acharnait sur mes liens pour m'en défaire aussi rapidement que possible.
Une voix familière hurla mon prénom, mais j'étais bien trop dans le coaltar pour réfléchir.
Puis, je me suis mise à voler.
Oui, oui ! Mon corps quitta cette maudite chaise en bois et je sentais quelqu'un me prendre dans ses bras pour courir loin de la mystérieuse salle. Je savais que ce n'était pas Kaz qui me portait, pour des raisons évidentes, je penchais donc pour Jesper.
Je crus entendre une explosion. Probablement une arme de Wylan.
Des lames acérées volaient dans les airs, trahissant ainsi la présence d'Inej.
Encore une fois, tout est devenu noir...
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Cette fois-ci, mon corps n'était pas attaché à une fichue chaise en bois. Non, je me sentais clairement allongée sur un lit moelleux. Probablement le mien d'ailleurs, puisque je reconnaissais l'odeur de romarin sur mes oreillers. Les draps étaient tirés jusqu'à ma taille.
Lentement, j'ai réussi à ouvrir les yeux. Ma chambre était plongée dans une semi-obscurité, ce qui me permit d'ouvrir les paupières sans toutefois me donner encore plus mal au crâne à cause de la lumière du dehors. Le soleil devait être haut dans le ciel, les rayons passaient faiblement par les interstices des volets en bois.
J'essayai de me relever lorsque j'ai entendu une voix familière sur ma gauche.
- Alisone...
J'ai tourné ma tête vers lui...
… Kaz.
Qui d'autre ?
J'ai souri jusqu'aux oreilles malgré moi :
- Kaz ? Qu'est-ce que... ?
Derechef, j'ai voulu me relever, mais Kaz m'en empêcha en répliquant :
- Doucement, Alisone. Tu as encore pas mal de drogue dans le corps. Tu risques de te sentir étourdie durant quelques heures.
Je souris une nouvelle fois. Puis, j'ai analysé Kaz. Comme toujours, il avait le visage fermé et sérieux. Il était assis sur une chaise, sa canne en main et ses mains gantées tenaient fermement le pommeau en forme de corbeau. Avec une certaine difficulté, j'ai réussi à m'asseoir sur le lit et poser mon dos contre le dossier en bois. Ma tête tournait encore beaucoup, mais j'ai demandé à mon ami :
- Je... Je ne comprends pas... Comment avez-vous réussi à me secourir ?
Kaz toussota avant d'avouer, avec lenteur :
- Pekka Rollins a un fils, Alby, âgé de 5 ans. Nous l'avons simplement menacé, en disant que nous avions son fils et que s'il voulait le récupérer, il devait te rendre à nous.
Mon souffle se coupa.
Je savais que Kaz pouvait parfois faire preuve d'une certaine monstruosité quand il s'agissait d'accomplir ses plans, mais de là à s'en prendre à un enfant ?
- Kaz... Vous n'avez pas réellement... ?
Il esquissa un sourire :
- Je savais que tu me demanderais ça. Non, Alisone, nous n'avons jamais kidnappé son fils, ce n'était qu'un parfait bluff.
Ouf, j'ai soufflé de soulagement.
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J'ai fermé les yeux pour essayer de calmer le tournis qui s'emparait de moi. Les vertiges empiraient, mais mon cerveau réfléchissait toujours à ce qu'il venait de se passer.
- Je suis désolée, Kaz, mais je comprends la rivalité entre toi et Pekka Rollins. Tu veux te venger de la mort de ton frère et il veut te tuer, ça je l'ai bien assimilé. Mais, dans ce cas pourquoi il m'a kidnappé moi pour te tendre un piège ? Ça n'a pas de sens !
Kaz baissa les yeux.
Il se referma, comme souvent lorsqu'il ne voulait pas répondre à une simple question. Malheureusement, j'avais très envie de connaître la réponse.
- Kaz ? Pourquoi Pekka Rollins m'a kidnappé ? Je suis une Sorcière, c'est illogique, il a dû utiliser de la drogue pour m'empêcher d'utiliser mes pouvoirs !
Kaz resta silencieux.
Il ferma les yeux et essaya de contrôler sa respiration. Clairement, quelque chose n'allait pas et je voulais réellement comprendre ce qu'il se passait.
- Kaz, s'il te plaît, parle-moi...
Il mit du temps pour relever la tête et plonger son regard, ses magnifiques yeux bleus, dans les miens. Je pouvais voir qu'il cherchait ses mots, qu'il voulait répondre avec imprécision.
- C'est de ma faute, Alisone.
Je tiquai :
- Quoi ? Comment ça ?
Il secoua la tête :
- J'ai des espions un peu partout. Pekka Rollins en a aussi, de toute évidence. Et... J'imagine que ses espions ont trouvé mon... Point faible...
Comme il ne continua pas son explication, j'ai demandé :
- Qui est... ? Quoi ?
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Une minute passa sans qu'il ne dise autre chose.
- Kaz ? Qu'est-ce que... ?
- C'est toi, Alisone. Tu es mon point faible, car je tiens à toi. Vraiment. Je...
Mon souffle se coupa.
Mon cœur rata un battement.
Mon ami se tut une nouvelle fois.
- Kaz ?
- Je t'aime, Alisone. Et mon pire ennemi vient de le comprendre.
Sous le choc, je suis restée silencieuse durant de longues secondes.
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Puis, je me suis mise à sourire. J'ai plongé mon regard dans les deux iris océaniques de Kaz, pour lui avouer à mon tour :
- Je t'ai dit que mon point faible était une personne et que je tenais beaucoup à cette personne ? Je parlais de toi, Kaz. Je... Je t'aime aussi...
Un choc évident traversa son visage.
Il resta sans voix, m'observant simplement quelques minutes, avant de me rappeler :
- Alisone, tu sais que je n'arrive pas à toucher les gens...
Il montra ses mains gantées du regard.
- Je sais, Kaz. Tout va bien, ne te préoccupe pas de ça.
Il esquissa un sourire et, tout en baissant les yeux, avoua :
- Cependant... J'aimerais t'embrasser. Là. De suite. Si tu es d'accord, bien sûr.
- Oh, je le suis, Kaz. Je le suis.
Lentement, il se leva.
Il s'appuya de toutes ses forces sur sa canne pour se donner de la contenance. Puis, doucement, il se pencha vers moi.
C'était un simple baiser.
Chaste.
Doux.
Pourtant, je savais que pour lui, c'était bien plus que ça. Personne ne l'avait touché et il n'avait touché personne depuis des années entières.
Cette innocente action n'était visiblement que le début d'une longue histoire.
D'une nouvelle grande aventure.
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THE END
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Notes de fin :
J'ai commencé cette histoire le jour où j'ai acheté le livre 'Six of Crows' écrit par Leigh Bardugo, celle qui a écrit la saga 'Shadow and Bone'. Sauf que, dans 'Six of Crows', l'histoire se porte uniquement sur Ketterdam et Kaz Brekker, ainsi que sur son équipe. (Inej, Jesper, Wylan, etc...) Comme je le disais, je lis tout en Anglais, donc je ne connais pas les termes en Français.
Le truc le plus fou, c'est que lorsque j'ai écrit la scène avec mon kidnapping, les mains attachées à la chaise et tout le truc de la drogue, après mon écriture, j'ai lu le livre et...
… J'ai halluciné en découvrant que Kaz a subi la MÊME chose (Kidnapping, attaché à une chaise, histoire de drogue...) Sans déconner, j'étais en PLS en lisant ça !
Étrange...
Ni Weh Sesh = I have no heart = Je n'ai pas de cœur.
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