Disclaimer : Les personnages mentionnés dans ce texte appartiennent à J.R.R. Tolkien, à Peter Jackson et à ceux qui les ont officiellement façonnés. Je ne fais que les emprunter.
Le titre est tiré de la chanson Meet Me in the Red Room, interprétée par Amiel et disponible sur la bande originale du film Moulin Rouge donc ces mots ne m'appartiennent pas. [Le titre collait bien au comportement de Bard et Thranduil dans cette histoire et je cherchais un truc plus coquin et beaucoup moins ridicule que mon titre provisoire (que je ne révélerai jamais, bien entendu).]

La traduction des termes utilisés en Sindarin se trouve en fin de page.

Note de l'auteur (absolument et définitivement mortifiée et condamnée à brûler dans les flammes de la honte après son trépas) :
Plusieurs choses plus ou moins importantes :
1 - Cet OS est le fruit d'une conversation passionnante et d'un fou rire mémorable avec une certaine personne de ma connaissance qui m'a mise au défi de faire porter un déshabillé à Thranduil. Voici donc le résultat.
Cette histoire est pour toi, ma chère et douce C**** (car tu refuses que je dévoile ton identité, petite joueuse), de la pointe de la couronne de Thranduil jusqu'au bout de ses interminables jambes (en revanche, je garde Bard, merci).
Sur une note plus sérieuse, merci de m'avoir proposé ce petit challenge car ça me sort de ma zone de confort et ça ne me fait pas de mal !
2 - Ça a été une plaie à écrire parce que le graphique, l'explicite et les scènes de cul, ce n'est pas vraiment mon rayon. Du coup, c'est certainement bien pourri mais tant pis. Je me suis beaucoup amusée en écrivant (en dehors des parties un peu naughty), vous avez donc complètement le droit de rire en lisant !
3 - Je voudrais citer Shakespeare qui a écrit : "Brevity is the soul of wit", ou l'art d'exprimer une idée en très peu de mots, quand on est intelligent. Ce n'est clairement pas mon cas du coup. Une fois de plus, ce qui partait d'une simple blague a fini en un texte de plus de 7 000 mots. J'essaie de m'améliorer mais force est de constater que je galère.
(C'est toujours classe de citer William avant un OS smut, quand même.)
4 - Il y a donc une scène plus qu'explicite, que du smut, du PWP, quelques grossièretés en Sindarin, le tout en essayant de rester élégante (si, j'ai essayé, vraiment). Donc on ne dit pas que l'on ne savait pas.

Sur ce : bonne lecture ! (Et désolée pour les éventuelles coquilles. J'ai beau me relire : on ne voit pas tout.)


So draw your sword, be my king, let your passions rise and sing

Thranduil est nerveux. C'est une sensation curieuse et désagréable car il n'est jamais en proie à la nervosité.

Il arpente ses appartements en long et en large, se demandant s'il ne risque pas de creuser un trou dans le sol à force de repasser sans cesse au même endroit.

Il boit pour donner le change, afin de faire taire les voix dans sa tête et pour essayer de calmer les battements de son cœur. Son cœur ne bat jamais aussi vite.

Il sursaute presque quand Galion se présente à l'entrée de ses appartements et l'informe que leur visiteur a franchi les frontières du domaine. Il ne sursaute jamais.

Pourtant, en dépit de sa nervosité et de son cœur palpitant, il se hâte en direction des hautes portes du palais, son verre vide abandonné sur une table.

Son regard n'a pas besoin d'errer bien longtemps sur les arbres qui bordent sa résidence : le Seigneur de Dale éclipse sans le moindre effort tout ce qui l'entoure dès que Thranduil pose les yeux sur lui.

Bard se tient droit sur son cheval. Thranduil s'est parfois demandé comment il pouvait être aussi à l'aise sur cet animal alors qu'il lui a déjà confié n'avoir jamais appris à monter quand il vivait sur le Long Lac.

C'est Bard… songe-t-il, l'ombre d'un sourire aux lèvres. Bard qui élève seul trois enfants. Bard qui abat un dragon crachant et rugissant d'une seule flèche. Bard qui survit à une bataille contre les créatures les plus répugnantes de tout Arda sans avoir jamais manié une épée de sa vie. Bard qui endosse le rôle de Seigneur d'une cité à reconstruire dans son intégralité sans même hausser un sourcil.

Thranduil se questionne souvent sur ce qui l'attire le plus chez lui. Inutile de nier : il sait qu'il s'est complètement entiché de l'Archer et qu'il n'y a pas de retour en arrière possible.

C'est en grande partie pour cette raison qu'il a invité Bard à Vert-Bois-le-Grand.

Sous le prétexte d'une visite officielle d'un Seigneur à un autre, dans le but de présenter Bard au peuple des Elfes et d'entériner le lien entre leurs deux royaumes, Thranduil a uniquement espéré revoir, au moins une seule fois, ce regard vert et brun d'une douceur absolue et… tout ce qui l'accompagne.

Il n'a plus ressenti cela depuis des millénaires. Tout chez Bard attise la curiosité, la convoitise et le désir. Comment pourrait-il en être autrement ?

Le Seigneur de Dale est irrésistible et Thranduil s'étonne de le savoir encore célibataire. Est-il franchement le seul à le remarquer alors qu'il ne possède la vue que d'un seul œil ?

Le charme de Bard était déjà une évidence malgré les guenilles qu'il osait appeler des vêtements. Il est désormais majestueux.

Thranduil se souvient avec une émotion certaine de la posture de Bard à l'époque où ils se sont rencontrés, des mois de cela.

L'Homme se tenait en retrait, les épaules parfois voûtées, comme s'il ne voulait pas être là – comme s'il s'excusait presque d'être là, en réalité. Il était souvent sur la défensive, les poings serrés le long du corps et les sourcils froncés.

Aujourd'hui, alors qu'il saute de son cheval, se redresse et avance d'un pas assuré vers les marches du palais, les rênes de son destrier dans une main, Thranduil voit un Homme qui assume pleinement son nouveau statut, le port de tête altier, les épaules droites. Il semble avoir grandi de quelques centimètres – ce qui est faux, reconnaît Thranduil en retenant son sourire car quand Bard arrive devant le roi des Elfes, ce dernier le surplombe toujours comme avant.

Thranduil prend le temps de détailler la tenue de son invité, conquis.

Ses vêtements sont le reflet de son rang et Bard paraît enfin prendre goût à ce qu'il considérait comme un « détail sans la moindre importance » jusque-là.

« Votre Altesse », le salue Bard en penchant la tête à son intention.

Thranduil sent un frisson parcourir sa colonne vertébrale sans pouvoir l'en empêcher. La voix de Bard lui a tellement manqué, il le sait.

Quand Bard redresse son visage et plonge ses yeux dans les siens, Thranduil a l'impression que son cœur manque un battement à l'intérieur de sa poitrine.

« Mon Seigneur, mae govannen », répond Thranduil, une main sur le cœur, le visage incliné vers son invité.

« Hannon allen, Aran Nín. »

Thranduil écarquille les yeux de stupeur et Bard a l'air fier de l'effet produit par ses paroles.

Le cœur de l'Elfe menace cette fois de mettre les voiles lorsque les lèvres de Bard s'étirent dans un large sourire, révélant les fossettes auxquelles Thranduil a beaucoup trop rêvassé depuis son retour à Vert-Bois-le-Grand.

« Vous avez appris le Sindarin ? »

« N'allons pas jusque-là. J'ai appris quelques mots, afin de me fondre un peu dans le décor de votre forêt. »

C'est au tour de Thranduil de sourire.

« Même en maîtrisant la langue à la perfection, vous ne pourriez jamais passer inaperçu, Bard », répond-il, conscient qu'il a mis une intonation particulière dans sa voix.

Bard hausse un sourcil, visiblement surpris. Chacun son tour.

« Je vous en prie », reprend Thranduil sur un ton bien plus neutre. « Suivez-moi. Je vous ai fait préparer une suite dans l'aile où se trouvent mes appartements. J'espère qu'elle saura vous convenir. »

« Une suite ? Rien de plus ? » réplique Bard et Thranduil sent sa peau vibrer alors que ses oreilles se délectent de cette voix grave et rauque, teintée d'une pointe d'humour. « Des Nains et un Hobbit de ma connaissance m'ont pourtant assuré que l'accueil à Vert-Bois-le-Grand valait le voyage. »

Thranduil esquisse un sourire même si en vérité, il a envie d'éclater de rire.

Bard est le seul à lui parler de cette façon, comme si Thranduil n'était pas le roi d'un territoire immense, comme s'il n'était pas un guerrier légendaire et millénaire, à la fois craint et respecté et devant lequel Elfes, Nains et Hommes courbent l'échine.

C'est sans doute l'une des raisons qui a fait flancher Thranduil, des mois plus tôt.


Thranduil boit beaucoup lors du banquet organisé en l'honneur de Bard.

Non pas que cela étonne Bard car, de mémoire, il a presque tout le temps vu le roi des Elfes un verre à la main lors de son séjour dans les ruines de Dale. Il est de notoriété publique que Thranduil est un grand amateur de vin – en tant qu'ancien batelier chargé des transferts de tonneaux entre Vert-Bois-le-Grand et le Dorwinion, Bard est le mieux placé pour le savoir.

Cependant, Thranduil boit vraiment beaucoup ce soir et il semble… dans un état aux antipodes de son attitude habituelle (distante, calculée et un peu condescendante, si Bard doit être honnête).

Il sourit. Très souvent.

Il s'exprime sur un ton léger et joyeux, en Ouistrain comme en Sindarin.

Il se montre très tactile avec les Elfes qui discutent avec lui.

Bard a du mal à reconnaître le roi auprès de qui il a chevauché ce matin-là en direction d'Erebor.

Sans doute Thranduil est-il moins protocolaire et plus familier lorsqu'il se trouve en territoire connu, au cœur de son royaume…

Bard ne sait que penser de cela. Thranduil l'a tout de suite intimidé. Même si le roi des Elfes a mis un point d'honneur à le traiter comme son égal, lui répétant encore et toujours qu'il est un roi, l'héritier de Girion, le Seigneur légitime de Dale, Bard a toujours eu la sensation incommodante d'être inférieur à Thranduil.

Thranduil est une créature hors du temps, à la beauté éthérée et doté d'une aura naturellement majestueuse. Bard s'est régulièrement senti insipide à ses côtés, comme si l'Elfe avait malgré lui la capacité d'attirer la lumière sur sa seule personne.

Bard se demande souvent si c'est cette assurance folle qui l'a attiré.

Ces yeux clairs, peut-être ?

Cette silhouette longue, svelte, drapée dans de grandes toilettes élégantes, certainement.

Ces mains pâles aux doigts fins et ornés de bijoux précieux, sans nul doute.

Bard sent le rouge lui monter aux joues à la simple idée de ces doigts sur son corps, imaginant les prodiges dont Thranduil doit être capable à l'aide de ces mains sublimes.

Il se donne une contenance en portant son verre à ses lèvres, évitant de croiser le regard de l'Elfe. La tête lui tourne très légèrement mais cela n'est pas désagréable : il a l'impression de flotter, doucement. Il sait qu'il n'a pas assez mangé, en dépit des mets somptueux présentés ou bien alors le vin est trop fort pour lui et il ne le tient pas du tout.

Il sent un sourire absolument niais se peindre sur ses lèvres tandis qu'il regarde Thranduil rire à gorge déployée, échangeant ce qui semble être une plaisanterie avec son valet, Galion, dans leur propre langue.

Son cœur fait des bonds dans sa poitrine alors qu'il comprend que s'il s'est épris du Thranduil chef de guerre et compagnon d'armes quelques semaines plus tôt, il est cette fois tombé sous le charme du Thranduil aux yeux rendus aussi scintillants qu'un lac en plein soleil par le vin du Dorwinion.

Les heures s'écoulent dans l'allégresse générale et Bard note que Thranduil est encore plus joyeux qu'auparavant. De façon curieuse, ses gestes sont plus théâtraux et sa manière de parler est différente : il s'exprime vite, comme si les mots voulaient sortir avant que son cerveau valide les phrases censées franchir ses lèvres.

La nuit est plus qu'entamée quand Bard finit par s'excuser, rattrapé par la fatigue du voyage.

L'expression de Thranduil ne lui échappe pas. Le roi des Elfes a redressé la tête, son regard perçant posé sur lui. Un sourire que Bard juge espiègle se forme sur les lèvres de Thranduil.

L'Elfe se lève de son siège et Bard est surpris de le voir se rapprocher de lui, glissant un bras autour de son coude.

« Permettez-moi de vous raccompagner jusqu'à votre chambre, Mon Seigneur. »

Sa voix est grave et profonde et son visage aux traits parfaits bien trop proche.

« Je ne voudrais pas vous soustraire à cette agréable soirée, Votre Altesse. »

Thranduil a un mouvement de la main, balayant du bout de ses doigts pâles les paroles de Bard. C'est un geste amusant venant de l'Elfe tant il est commun, presque familier.

« La soirée n'a plus rien d'agréable quand vous la quittez, mon cher Bard… » susurre le roi des Elfes contre sa gorge et Bard se demande s'il a imaginé les lèvres de Thranduil sur sa peau tant cela a été furtif.

Un délicieux frisson le parcourt de part en part.

Sans un mot de plus, il se laisse entraîner par Thranduil alors que celui-ci glisse quelque chose en Sindarin à Galion qui hoche la tête. Le regard du valet croise celui de Bard et un très discret sourire s'égare sur les lèvres closes de l'Elfe le temps d'une seconde.

En un sens, Bard est soulagé que Thranduil le raccompagne : il n'aurait pas su se diriger seul dans cet immense palais tout en escaliers et en passerelles sans fin surplombant un vide vertigineux. Il se demande si c'est une lubie des Elfes et des Nains, ces constructions esthétiques mais absolument impraticables – plus encore lorsque l'on a bu du vin. Esgaroth était peut-être une ville sans attrait mais on pouvait au moins y emprunter les ponts sans craindre pour sa vie.

Bard est conduit dans une pièce immense, sculptée dans la paroi des majestueuses cavernes souterraines et décorée de bassins aux eaux limpides. Thranduil traverse cet espace sans s'attarder et franchit une porte qui donne sur une pièce plus personnelle : il y a un lit, vaste et élégant, des meubles sculptés avec goût, de grands tapis et deux autres portes closes.

« Ce n'est pas ma chambre » constate Bard, un sourcil haussé.

Il apprécie d'ailleurs que ce ne soit pas sa chambre tant cet endroit lui paraît un peu trop… raffiné pour lui.

Il note le sourire de Thranduil et ne sait pas l'interpréter.

« Il s'agit de la mienne. »

« Mais ne deviez-vous pas… ? »

Thranduil lâche son bras et s'éloigne avec de grands gestes vers une table sur laquelle se trouvent des verres et du vin. Evidemment. Il revient vers Bard avec deux verres qu'il a remplis.

« Je devais, en effet mais j'ai pensé qu'un verre en votre compagnie, à l'abri des oreilles indiscrètes, pourrait être une bonne idée. »

Thranduil s'interrompt alors que Bard accepte le verre qui lui est tendu, sa main suspendue dans les airs et les yeux levés vers le plafond.

« Est-ce une bonne idée ? » s'exclame-t-il soudain et Bard sourit derrière son verre.

Le roi Thranduil est clairement soul. Il n'aurait pas cru vivre pour voir cela un jour.

« Vous êtes fatigué et vous vouliez vous reposer. Oh et en vérité, vous ne vouliez peut-être même pas supporter ma compagnie et encore moins en tête à tête », poursuit Thranduil d'un air désolé, les yeux bien trop écarquillés.

Bard se mord la lèvre, à la fois amusé et fasciné par l'air exalté du roi des Elfes.

Personne ne le croira à Dale s'il raconte cela à son retour…

Thranduil, son verre toujours à la main, entreprend de se défaire de ses bottes et cette fois, Bard ne peut s'empêcher de rire : le geste n'a rien d'élégant et Thranduil met quelques minutes à réussir à se déchausser. Cependant, un instant plus tard, le rire de Bard se bloque dans sa gorge quand il voit l'Elfe se débarrasser du long manteau d'intérieur qui l'habillait jusque-là, le laissant tomber au sol comme s'il n'avait aucune valeur. Thranduil a un corps absolument parfait, même à travers les vêtements qui épousent sa silhouette. Bard ne peut nier qu'il a souvent ressenti un étrange pincement dans l'estomac en songeant aux quelques centimètres supplémentaires de Thranduil par rapport à lui. Il a rarement fait face à des créatures plus grandes que lui et, de façon curieuse, c'est un détail supplémentaire qui l'attire chez l'Elfe.

D'un mouvement délicat, Thranduil passe une main dans ses longs cheveux blonds, ses doigts fins tels un peigne improvisé alors qu'il déambule pieds nus sur les tapis, ses jambes élancées le menant vers un fauteuil dans lequel il se laisse tomber avec une grâce insolente. Il ramène ses jambes en tailleur et s'appuie nonchalamment contre le dossier, son regard à la fois vague et brûlant posé sur Bard.

« Venez, Bard », murmure-t-il et Bard a l'impression soudaine de se réveiller d'un songe.

Thranduil est un être qui n'existe que dans les rêves. C'est impossible autrement.

Même sous l'effet de l'alcool, parfois maladroit, parlant bien trop vite et sans réfléchir (apparemment), il demeure somptueux.

Bard obéit donc et rejoint Thranduil, prenant place dans un fauteuil à ses côtés.

L'Elfe semble le considérer, son menton dans la paume de sa main libre, ses yeux gris-bleu parés d'une lueur qui intimide Bard.

« Si je dois vous ouvrir mon cœur, j'espérais vous revoir. »

« Oh ? » est la seule réponse intelligente qui vient à l'esprit de Bard.

Il se sait bien plus éloquent lorsqu'il est sobre et meilleur orateur quand il n'est pas face à une telle vision.

« J'ai beaucoup trop bu, Bard. »

Bard hausse un sourcil. Thranduil est au moins assez lucide à ce sujet.

« Dans ce cas, je devrais sans doute vous laisser vous reposer et nous pourrions continuer cette conver– »

« Vous me rendez extrêmement nerveux. »

Bard cligne des paupières à plusieurs reprises. Il n'est pas certain d'avoir bien entendu.

« Je vous demande pardon ? »

« C'est un sentiment inconnu pour moi », poursuit Thranduil après avoir avalé une longue, bien trop longue gorgée de vin.

Il est accoudé sur un bras du fauteuil, incliné le plus possible vers Bard, son regard clair brillant d'un éclat particulier.

Un soupir des plus audibles soulève sa poitrine.

« Je peux me targuer de n'être impressionné par personne en ces Terres. Nulle créature ne me tient tête au risque de subir mon courroux, pas même les grands dragons du Nord… »

Bard dévisage Thranduil, incapable de regarder ailleurs. D'où sort cette histoire de dragons ? Il n'a jamais entendu parler de…

« Mais vous, Bard, avez réduit à néant toutes mes convictions à ce sujet. Vous êtes une énigme. »

Thranduil repose son verre par terre – il essaie tout du moins car il a manifestement perdu la notion de hauteur et il lâche par mégarde le contenant à quelques centimètres du sol, ce qui a pour effet de faire rouler ce dernier, répandant le reste de vin sur le tapis. Cela ne semble en aucun cas contrarier le roi des Elfes qui continue de fixer Bard avec fièvre.

« Une énigme que je ne parviens pas à résoudre », poursuit-il de cette voix riche et suave, celle qui donne à Bard l'impression d'avoir une nuée de papillons dans le ventre.

Thranduil déplie ses longues jambes, s'extirpe avec agilité de son siège et prend appui sur les accoudoirs du fauteuil de Bard pour se pencher sur le corps de son invité qui, de son côté, a l'impression de se ratatiner sur lui-même tant cette proximité soudaine le déconcerte.

« Une énigme que je n'ai pas envie de résoudre, en réalité… »

Bard est incapable de répondre. Il sait que s'il ouvre la bouche, seules des syllabes sans lien les unes avec les autres risquent d'en sortir.

Cette visite à Vert-Bois-le-Grand n'avait-elle pas un but officiel, de mémoire ?

Thranduil paraît sur le point d'officialiser une chose à laquelle il ne s'est pas préparée.

Les lèvres de l'Elfe sont si proches des siennes qu'il peut humer l'arôme du riche Dorwinion qui s'en échappe.

« Il fait… affreusement chaud », lâche soudain Thranduil et il se redresse d'un bond, rompant le charme sous lequel Bard était en train de tomber.

Le regard de l'Elfe juge d'un air sévère les flammes qui s'élèvent dans la haute cheminée de la chambre comme s'il pouvait les éteindre ainsi.

Avec un sourire moqueur, Bard se demande si les Elfes ont réellement besoin de faire du feu ou si ce n'est qu'esthétique car Tauriel lui a expliqué un jour d'hiver où il s'étonnait de la voir si peu couverte que les Elfes, Sindar comme Sylvains, ne souffrent pas du froid. Par conséquent, il en déduit (peut-être à tort) que les Elfes sont indifférents à la chaleur aussi. Du reste : qui a besoin d'une cheminée aussi monumentale ? Il pourrait y tenir debout avec ses enfants, Percy, Hilda et les Nains de la compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne.

« J'ai beaucoup trop chaud », répète Thranduil d'une voix faible.

« C'est sans doute le vin », tente de le rassurer Bard. « Est-ce que les Elfes… »

Les mots s'étranglent dans sa gorge alors que Thranduil, sans prendre la peine de se détourner ou de défaire les lacets qui nouent l'étoffe, ôte simplement sa tunique en la passant par le col et la roule en boule avant de la jeter au sol.

Les yeux de Bard se posent sur la peau nue de l'Elfe sans pouvoir s'en empêcher et il constate que ses hypothèses sont fondées. Thranduil a un corps parfait, avec ou sans vêtement.

Lorsque Thranduil reporte son attention sur lui, Bard réfléchit à l'ordre qu'il doit respecter pour respirer sans risquer de s'étouffer.

« Je reviens », dit uniquement Thranduil.

Il se retourne dans un geste bien trop gracieux pour quelqu'un qui a ingurgité une telle quantité de vin en l'espace de quelques heures, ses longs cheveux blonds accompagnant le mouvement et il s'éloigne vers l'une des deux portes closes, disparaissant derrière elle sans la moindre explication.

Bard pousse un profond soupir et sent la tension qui s'est accumulée dans son corps au cours des dernières minutes retomber d'un seul coup.

Il se repasse en mémoire la scène qui vient de se jouer entre Thranduil et lui, incapable d'y croire, encore moins de comprendre ce que sous-entendent les propos et le comportement du roi des Elfes.

Sigrid n'a eu de cesse de lui répéter que le roi Thranduil avait un penchant certain pour lui et que ce que Bard a considéré comme des marques de respect à son égard lorsque l'Elfe résidait à Dale, des mois de cela, étaient en réalité les preuves évidentes aux yeux de tous que Thranduil lui faisait une cour assidue.

Sigrid a fini par abandonner face à un père aussi buté qu'aveugle, non sans préciser qu'avoir le souverain de Vert-Bois-le-Grand comme beau-père était une idée qui lui plaisait de façon infinie et Bard avait alors levé les yeux au ciel.

Un bruit sourd arrache Bard à ses pensées et il relève la tête en direction de la porte derrière laquelle Thranduil s'est volatilisé. Cela donne l'impression que quelqu'un s'est cogné. Un autre bruit, semblable au premier, suivi d'une exclamation dans ce que Bard reconnait comme du Sindarin.

Mais que fabrique Thranduil de l'autre côté de cette porte ?

Quelques minutes passent encore durant lesquelles il se demande s'il ne devrait pas aller vérifier que le roi Elfe ne s'est pas assommé et n'est pas étendu au sol, inconscient.

« Thranduil ? » appelle-t-il, réalisant soudain que c'est la première fois qu'il utilise le prénom de l'Elfe de cette manière.

Jusque-là, il lui a toujours donné du « Votre Altesse » ou du « Roi Thranduil », bien au courant de leur différence de statut même quand Thranduil a soutenu le contraire car tous deux sont rois et héritiers d'un noble lignage. Thranduil n'a jamais semblé gêné de l'appeler par son prénom, de son côté et Bard ne peut nier qu'il a souvent aimé entendre son nom ainsi prononcé entre les lèvres de l'Elfe, ne se formalisant pas, de fait, de la familiarité de Thranduil à son égard.

« Thranduil ? » répète-t-il quand aucune réponse de lui parvient, cette fois un peu inquiet.

Les mains sur les accoudoirs du fauteuil, il est sur le point de se lever quand la porte s'ouvre au même instant.

Rien, absolument rien dans tout Arda, n'aurait pu le préparer à l'image qu'il découvre sur le seuil de cette porte.

Thranduil a troqué le reste des vêtements qu'il portait jusqu'alors contre… Bard plisse les yeux, détaillant la tenue de l'Elfe, les doigts crispés sur son verre de vin et la gorge brusquement très sèche.

Une robe d'intérieur ? Un déshabillé ?

Sigrid aurait certainement été capable de nommer l'étoffe sans la moindre erreur. Sauf qu'il n'a surtout pas envie que Sigrid puisse voir le roi des Elfes dans cette tenue. (Parce que c'est inapproprié ou parce que tu préfères garder le roi des Elfes dans cette tenue pour ton propre plaisir ? lui murmure une voix au fond de son esprit.)

Une curieuse sensation parcourt Bard de part en part tandis qu'il dévisage Thranduil et que ce dernier demeure immobile dans l'embrasure de la porte, manifestement ravi d'être ainsi observé.

Le vêtement est taillé dans une étoffe légère, aérienne et semble glisser comme l'eau sur le corps de l'Elfe. Sa couleur noire, intense, crée un contraste saisissant et sublime avec la peau d'albâtre de Thranduil. Des arabesques argentées, aux motifs floraux et éthérés, serpentent sur le tissu et Bard a soudain conscience du caractère légèrement transparent de ce dernier quand Thranduil se décide à bouger.

L'Elfe s'approche de lui d'un pas lent et félin, l'étoffe vaporeuse flottant autour de son corps telle une brume d'ébène.

Bard est perplexe. Et étrangement charmé.

Thranduil est sans nul doute le seul être capable de porter une tenue aussi peu adaptée avec autant d'élégance.

Il se demande parfois si l'Elfe lui a lancé un enchantement. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit et tout ce qu'il porte fascine Bard et il n'a aucune explication rationnelle à cela. Est-il le seul à se pâmer de la sorte devant le souverain millénaire ?

Même lorsque Thranduil arrive à sa hauteur, ses longs doigts jouant avec la fine ceinture du vêtement, Bard ne trouve rien à redire. Le geste est pourtant ridicule – il le serait chez n'importe qui, en toute franchise. D'un mouvement du poignet, Thranduil fait tourner l'extrémité de la ceinture dans les airs, et Bard le suit du regard, songeant distraitement que les ornements au bout de la ceinture ne sont pas sans lui rappeler les houppes que l'on trouve sur les rideaux de la forteresse de Dale.

Sans lui demander l'autorisation, Thranduil s'installe à califourchon sur les genoux de Bard, enserrant ses cuisses de ses jambes interminables que dévoilent les pans écartés du déshabillé. C'est à cet instant précis que Bard prend conscience de deux choses dont l'évidence ne peut être réfutée.

Thranduil ne porte rien du tout sous ce vêtement.

Le corps de Thranduil est visiblement ravi de ce contact avec le corps de Bard et il le manifeste.

Thranduil enlace la nuque de Bard de ses doigts gracieux et approche son visage tout contre le sien.

« Moins chaud ? »

Bard se retient de rouler des yeux ou de se gifler. Sa répartie légendaire a fondu comme neige au soleil maintenant qu'un Elfe pour ainsi dire nu est assis sur lui.

« Cela ne fait qu'empirer, Bard… » murmure Thranduil, ses yeux clairs et brillants déshabillant l'Archer.

L'index et le majeur de Thranduil se posent sur la lèvre inférieure de Bard et ce dernier sent que son propre corps répond à toute cette proximité et cette ferveur indécente qui les enveloppe.

Est-ce vraiment en train d'arriver ?

Est-ce à cause des folles quantités de vin qu'ils ont ingurgitées ou est-ce tout le contraire et le vin était-il là pour leur donner le courage nécessaire de passer aux choses sérieuses ?

S'il ne s'agit que d'une nuit qu'il faudra ensuite oublier…

Bard hausse un sourcil, ensorcelé par la caresse des doigts de l'Elfe sur sa bouche. Tant pis.

D'un geste un peu plus brusque que prévu, il saisit le visage de Thranduil entre ses mains et colle ses lèvres aux siennes, l'embrassant sans la moindre délicatesse.

Quand il libère enfin Thranduil, le souffle coupé, il ne peut masquer le sourire qui glisse sur ses propres lèvres à la vue de la bouche rougie par son baiser et par les morsures qu'il n'a pas su retenir. Les joues de l'Elfe ont pris une chatoyante teinte rosée et son regard de glace ne cache pas l'émotion intense que lui inspire Bard.

« Si tu savais depuis quand j'attends cela », soupire Thranduil alors que les mains de Bard sont sur son corps, paumes et doigts contre sa peau tiède.

« Donne-moi un ordre d'idée », chuchote Bard, ses lèvres dans le cou de l'Elfe. Celui-ci rejette la tête en arrière, abandonné à cette nouvelle caresse. Un long gémissement lui échappe et il frissonne contre Bard, un sourire rêveur que l'Archer ne peut pas voir se peignant sur son visage.

« On parlera plus tard », articule-t-il difficilement, soumis à l'étreinte de Bard et ivre des mains et des lèvres de ce dernier sur sa peau. « Puitho nin,Bard. »

Bard recule son visage et interroge Thranduil du regard, un sourire amusé aux lèvres. Au ton de la voix de l'Elfe, rauque et impérieux, il a dans l'idée que ce que Thranduil vient de dire ne convient pas à de chastes oreilles et il se surprend à penser qu'il a plus qu'envie d'entendre d'autres choses tout aussi indécentes sortir de cette charmante bouche.

Dire que Thranduil a chaud est un euphémisme aux yeux de Bard et chaque réaction de l'Elfe indique qu'en effet, il a dû se montrer très patient et qu'il a attendu ce moment pendant bien trop longtemps.

Il n'est que soupirs, gémissements et murmures en Sindarin dont Bard ne comprend pas le sens même si les intonations le guident. Thranduil est un amant bruyant, expressif et d'une tendresse infinie, son corps réagissant au moindre contact, se délectant sans aucune retenue des caresses que lui offre Bard. Curieusement, ce n'était pas du tout ainsi que Bard l'avait imaginé dans l'intimité et le fait d'avoir fait erreur à ce sujet lui plaît beaucoup.

Quand Thranduil finit par quitter ses genoux, le souffle court, les lèvres malmenées par leurs échanges fiévreux et qu'il s'éloigne de sa démarche élégante vers le lit, offrant à l'Archer une vue imprenable sur une partie jusque-là inédite de son anatomie, Bard se lève sans attendre son reste et pense ne s'être jamais déshabillé aussi rapidement de toute son existence. Il rejoint Thranduil qui fait volte-face.

L'Elfe promène un regard appréciateur sur la silhouette dénudée de Bard et un sourire conquis joue sur ses lèvres.

« Tu es parfait », et la voix de Thranduil est si profonde à ces mots que Bard se sent rougir contre son gré, pas plus à l'aise qu'un adolescent de quinze ans face à cette créature qui, elle, est la perfection incarnée à ses yeux.

« Je n'irai pas jusque-là mais… » commence-t-il avec humour, lucide quant à l'importance qu'a cette déclaration dans la bouche de Thranduil.

Mais Thranduil saisit son menton entre ses doigts et approche prestement son visage du sien, l'empêchant de terminer.

« No dhínen. Mibo nin. »

Le ton soudain autoritaire de Thranduil ne fait qu'accroitre le désir de Bard et les lèvres de l'Elfe prennent possession des siennes dans un baiser fougueux qui le pousse jusque dans ses retranchements.

Alors que ses doigts s'impatientent sur la robe d'intérieur de Thranduil, glissant sur l'étoffe vaporeuse, magnifique mais absolument atroce à retirer, l'Elfe ôte doucement ses doigts et interrompt le baiser.

« Attends… » murmure-t-il et il se défait lui-même de sa tenue, révélant à son tour son entière nudité à son amant. Il dépose le déshabillé au bord du lit et une ombre passe une seconde dans son regard céruléen. « J'y tiens beaucoup. »

« Pardon… ? » bafouille Bard d'un air absent car il a perdu tout intérêt pour le vêtement, captivé par le corps de Thranduil, conscient qu'il est déjà en train de lui faire l'amour du regard sans pouvoir se retenir.

« Ce vêtement appartenait à mon épouse. »

L'information met quelques secondes à parvenir au cerveau embrumé de désir de Bard.

À sa quoi ?

Bard sonde le regard de Thranduil, cherchant à y déceler une pointe d'humour ou de sarcasme. Après tout, Thranduil est un être assez particulier dans son genre alors ce type de plaisanterie ne l'étonnerait même pas de sa part. Il ne trouve rien dans les prunelles gris-bleu et comprend que pour l'heure, il se soucie comme d'une guigne de l'épouse de Thranduil, malgré tout le respect qu'il peut avoir pour celle qui a su attirer l'attention d'une créature aussi majestueuse que cet Elfe.

Actuellement, il a Thranduil nu en face de lui, beaucoup trop d'alcool dans le sang et une érection suffisamment présente pour ne plus être ignorée.

« D'accord », répond-t-il simplement en haussant les épaules et il fait tomber Thranduil sur le lit d'un geste, ne perdant pas une seconde pour venir s'allonger sur lui.

Ses lèvres retrouvent celles de l'Elfe, lui arrachant un baiser en même temps que de nouveaux gémissements et c'est avec un empressement qu'il ne peut guère dissimuler que ses mains s'égarent vers les longues jambes de Thranduil, les écartant sans cérémonie pour se faire une place entre elles.

Plus son amant soupire contre lui et se cambre sous ses caresses et plus Bard s'enhardit.

« Huile », gronde-t-il dans l'oreille de l'Elfe, la léchant lentement au passage.

Les doigts de Thranduil cherchent à tâtons sur la table de chevet, ouvrent un tiroir et en extirpent un flacon. Bard s'en saisit, abandonne un long et douloureux baiser sur les lèvres de son amant et migre rapidement vers la partie inférieure du corps de l'Elfe.

Ses lèvres se posent sur le membre tendu de désir de Thranduil, sa langue découvre le goût de sa peau tandis qu'il prépare ses doigts, les recouvrant doucement d'une huile parfumée et velouteuse. Tandis que sa bouche prend soin de l'érection de l'Elfe, allant et venant avec une lenteur délibérée, accompagnant cette caresse d'une main, Bard se fraie un chemin à l'intérieur de l'Elfe, le pénétrant d'un doigt d'abord, puis d'un second plus vite qu'il ne l'aurait cru, encouragé par les soupirs et les paroles qui franchissent les lèvres de Thranduil.

Le corps de l'Elfe n'est qu'électricité et frissons de plaisir sous ses lèvres, sa langue et ses doigts. Bard s'en félicite intérieurement, à la fois flatté et ravi de sentir Thranduil perdre pied contre lui.

« Ritho ! No lagor ! » articule péniblement Thranduil, le souffle court.

Séduit par la sonorité de cette langue inconnue sur les lèvres de son amant mais interloqué par le sens de ses paroles, Bard relève la tête sans cesser de caresser le membre gonflé de désir de Thranduil d'une main ferme.

Il prend le temps de graver dans son esprit l'image qu'il a sous les yeux, des longs cheveux blonds éparpillés comme une couronne dorée autour de ce visage parfait à sa lèvre inférieure qu'il malmène de ses dents, de ses poings serrés sur les draps à son corps sublime et ondulant sous les vagues de plaisir qui semblent le submerger.

« Traduction ? »

Thranduil plonge son regard aussi clair qu'un ciel d'été dans le sien et esquisse un vague sourire, à la fois avec lui et à mille lieues de là.

« Plus fort et plus vite, meleth nín. »

Bard dépose un baiser contre le nombril de Thranduil et s'applique à obéir à ses ordres, redoublant d'efforts pour lui faire tourner la tête.

Quand Thranduil réclame un troisième doigt à l'intérieur de lui dans des termes plus ou moins courtois, Bard se retient de rire, attisé par la capacité de l'Elfe à proférer de pareilles obscénités avec une voix aussi sensuelle. Il s'exécute néanmoins et se sent lui-même durement éprouvé par les réactions de son amant. Il est aussi insatiable qu'expressif, aussi endurant que fougueux et Bard se surprend à imaginer ce que cela peut donner quand Thranduil n'a pas bu du tout. Concrètement, s'ils recommencent et que Thranduil est encore plus infatigable sans la moindre goutte de vin dans le corps, Bard n'est pas certain de suivre le rythme ni même de survivre à leur prochaine étreinte.

Thranduil pousse un gémissement appuyé lorsque Bard, l'habituant à sa présence de ses caresses ardentes, touche une zone qui semble lui apporter un plaisir sans commune mesure. Alors Bard réitère le geste à plusieurs reprises, ébloui de sentir Thranduil se cambrer contre lui et autour de lui. Il est aussitôt surpris du contact des mains de l'Elfe sur son corps et plus encore lorsque Thranduil lui intime d'un geste l'ordre de se retirer. Bard n'a pas le temps de se questionner sur les motivations de son amant que celui-ci inverse leur position sur le lit d'un mouvement rapide – et Bard a soudain conscience de la force surhumaine de l'Elfe qui enserre sa taille de ses longues jambes et qui s'empare de ses poignets pour les attacher ensemble, au-dessus de sa tête, à l'aide de la ceinture noire et soyeuse qu'il a récupérée au bout du lit.

« Thrand– »

Mais les lèvres de l'Elfe sont sur les siennes, et ses dents et sa langue ne lui accordent absolument aucun répit, le laissant presque étourdi quand le baiser s'achève.

Puis, sans prévenir, toujours à califourchon sur lui, Thranduil glisse une main leste le long de son érection désormais douloureuse à cause de son désir inassouvi et la guide vers son corps, s'empalant sur lui avec une lenteur assurément fascinante et complètement insupportable, le prenant tout entier à l'intérieur de lui dans un profond soupir de satisfaction.

Bard ferme les yeux une seconde, le cœur battant à tout rompre et le souffle coupé, bouleversé par l'image de Thranduil dans cette position.

Il s'habitue à cette sensation inédite, s'accoutume avec un plaisir indescriptible à leurs corps ainsi liés et se concentre sur sa respiration.

Alors Thranduil se met à bouger sur lui, lentement d'abord et quand Bard ouvre les yeux, il comprend que chercher à contrôler les pulsations de son cœur ne sert à rien du tout. Soutenu par ses jambes interminables, les genoux bien ancrés sur le lit, les muscles contractés sous l'effort, Thranduil est une vision unique tandis qu'il chevauche son amant, sa chevelure presque blanche encadrant son visage et ses épaules à la perfection. Bard se mord la lèvre de frustration, partagé par l'excitation qui le dévore comme une vague brûlante à la vue de l'Elfe allant et venant sur lui mais extraordinairement frustré d'avoir les mains attachées et de ne pas pouvoir explorer son corps.

Lorsque les mouvements de Thranduil accélèrent, l'Elfe prend appui de ses longues et fines mains sur le torse de Bard, caressant la peau mise à nu et la toison brune qui court jusqu'à son nombril.

Etre ainsi prisonnier est une véritable torture pour Bard qui finit par jurer, les dents serrées et sa réaction arrache un sourire narquois à Thranduil qui accentue alors le rythme de ses allées et venues sur son membre érigé, l'une de ses mains sur sa propre érection.

Bard ne peut s'empêcher de fermer les yeux à l'instant où il atteint l'apogée de son plaisir, le corps secoué d'un puissant spasme tandis qu'il vient à l'intérieur de son amant, tous les muscles de son corps crispés et tendus. Il sent son propre désir pulser contre Thranduil, le cœur en tout aussi piteux état, la respiration coupée et la peau moite. Lorsqu'il ouvre les yeux, c'est pour sentir Thranduil venir contre lui à son tour, se libérant dans un profond gémissement de plaisir et dans ce qui semble être un juron très imagé en Sindarin. Bard le contemple, envoûté par l'expression épanouie qui éclaire les traits de Thranduil, pour le moment inapte à réaliser ce qui vient de leur arriver.

Thranduil finit par se défaire du corps de Bard dans un geste souple et élégant et, d'un mouvement de la main, dénoue sans peine le lien qui retient les poignets de son amant. L'Elfe s'installe auprès de l'Archer et se love contre lui, agrippé à son épaule, une jambe jalousement passée autour des siennes. Bard sent la respiration de Thranduil se calmer contre lui pour bientôt devenir lourde et régulière et, avant que lui-même ne sombre dans un sommeil bienvenu, il dépose un simple baiser sur la chevelure blonde de l'Elfe, enlaçant son corps d'un bras protecteur.


Thranduil se demande s'il est mort et se rend compte que non, il ne peut pas être mort en raison du mal de tête absolument épouvantable qui le scie de douleur. S'il était mort, il ne serait pas en train de souffrir et ce serait merveilleux.

Je ne boirai plus jamais autant. Ou en tout cas pas tout de suite. Pas avant ce soir, sans le moindre doute.

À moitié endormi, il garde les yeux fermés et grogne, les mains sur la tête.

La lumière est bien trop aveuglante à travers ses paupières baissées pour que ce soit encore la nuit.

Il a conscience d'une violente nausée dans son estomac et d'autres endroits de son corps plus ou moins douloureux.

Il a également conscience d'un corps qui épouse le sien, d'une peau chaude contre la sienne et il fronce les sourcils. Quelques secondes seulement lui suffisent pour que les bribes de la nuit passée lui reviennent en mémoire. Il ouvre les yeux d'un coup et les referme aussitôt en lâchant un juron des moins mélodieux, aveuglé par les rayons du soleil qui se déversent dans sa chambre.

Fermer les rideaux aurait été une idée ingénieuse. Autant pour la nuit dernière que pour ce matin.

« Réveil difficile ? »

La voix est rauque, grave et la seule que Thranduil a envie d'entendre pour les années à venir. Mais il bougonne quand même, tant le moindre mot résonne avec une force monumentale dans sa tête, se répercutant sur chaque paroi de sa boîte crânienne.

« Chuchote, s'il te plaît », arrive-t-il à articuler, une main sur le front.

« Je chuchote, Ton Altesse », répond la voix avec un petit rire.

Thranduil sent des lèvres effleurer sa joue d'un baiser et parvient à esquisser un sourire. Il soupire de contentement lorsque Bard se cale contre lui, sa tête au creux de son épaule.

D'un geste machinal, il passe une main dans ses cheveux et est étonné de les découvrir… tressés ?

« J'ai beaucoup trop bu… Quand est-ce que tout cela a dégénéré en séance de coiffure ? » maugrée-t-il, incapable de retrouver les images dans son esprit.

Bard rit une fois de plus et Thranduil sent les doigts de l'Archer qui pianotent la peau de son ventre.

« C'est moi. J'ai tressé tes cheveux pendant que tu dormais et je trouve que je m'en suis plutôt bien sorti. »

« Je laisserai mon miroir en juger… » tranche Thranduil. « C'est une petite manie coquine, de tresser les cheveux de tes partenaires sexuels dans leur sommeil ? »

« Et toi, c'est ta petite manie coquine d'attirer les rois nouvellement couronnés dans ton lit et de leur susurrer des cochonneries en Sindarin ? »

Thranduil est mortifié et il comprend que cela se voit sur son visage car Bard se remet à rire.

Le bout des doigts de Bard flotte sur son nez, ses lèvres, son menton et ce simple geste paraît atténuer très légèrement le mal de tête de Thranduil – ou alors il tâche de s'en convaincre.

« En réalité, et même si je n'ai pas compris grand-chose, j'ai trouvé cela très stimulant. Cependant… »

« Hmm ? »

« Il serait judicieux que tu me donnes la traduction car je ne peux pas accéder à certaines de tes requêtes si je ne les comprends pas. »

« Tu aimerais y accéder ? » réplique Thranduil avec espièglerie, priant pour que son mal de tête ne soit rapidement qu'un mauvais souvenir.

« Le plus tôt possible », murmure Bard dans son oreille et un frisson parcourt Thranduil de part en part.

Un silence paisible s'installe dans la chambre et Thranduil n'a toujours pas ouvert les yeux, profitant de ce moment. C'est lorsqu'il se sent à nouveau s'enfoncer dans le sommeil qu'une caresse vient lui chatouiller la joue, puis la gorge et le torse, jusqu'au nombril. Ce ne sont pas les doigts de Bard.

« Est-ce qu'on en parle, du déshabillé qui appartenait à ta femme et que tu sembles prendre beaucoup de plaisir à porter lorsque tu es ivre ? »

Ouvrant un œil, Thranduil reconnaît dans la main de Bard la longue ceinture noire et soyeuse ainsi que la houppe argentée qui trace des formes sur sa peau.

Par les étoiles et par les océans…

Alors il était soul à ce point-.

« Rhaich », peste-t-il entre ses dents serrées.

« J'ai tellement hâte d'apprendre des gros mots dans ta langue », réplique Bard et Thranduil devine son sourire dans sa voix sans même le regarder.

En dépit de la douleur qui lui vrille les tempes, l'Elfe se met à rire et enlace l'Archer, le gardant contre lui avec une certaine jalousie.

« Je pense que tu sais déjà faire beaucoup de choses bien plus intéressantes avec ta langue, meleth nín. Laisse-moi donc les jurons. »


Traduction des termes utilisés en Sindarin (à partir du site Internet www . realelvish . net) :

Mae govannen : Bienvenue

Hannon allen : Merci

Aran Nín : Mon Seigneur

Puitho nin : Baise-moi (« fuck me » sonne étrangement bien mieux en anglais, je m'interroge toujours sur la raison à cela – est-ce que les anglophones pensent la même chose dans le sens inverse ? que « baise-moi » sonne mieux que « fuck me » ? I highly doubt it)

No dhínen : Silence

Mibo nin : Embrasse-moi

Ritho : Plus fort

No lagor : Plus vite

Meleth nín : Mon amour

Rhaich : Maudit