Chapitre 2
« Je veux pas aller à l'école.
Maman caressa ma joue pour effacer mes larmes alors que nous étions dans son lit, elle venait de me réveiller parce que c'était l'heure de se préparer pour l'école mais je voulais encore dormir. Papa était déjà levé parce que je ne l'entendais pas ronfler et ne le sentais pas dans mon dos. J'avais rejoint mes parents hier soir parce que ma nouvelle chambre me faisait peur.
« Tu vas te faire de nouveaux copains et de nouvelles copines, me dit maman.
« J'ai déjà des copains et des copines à la maison, ronchonnai-je.
« Ah bon ? Et où se cachent-ils ?
« Dans ma chambre et y a Mr Wamy, là.
Je surélevai mon doudou pour lui montrer.
« Oh, trésor, tes peluches ne sont pas vivantes, tu sais ?
« Oui mais ils sont quand même mes copains et mes copines.
« À l'école, les enfants pourront jouer avec toi.
« Et s'ils ne m'aiment pas ? Murmurai-je.
Maman me sourit avant de coincer ses cheveux dorés derrière son oreille.
« Ils t'aimeront parce que tu es mon trésor.
Elle glissa ses doigts dans mes cheveux.
« Ils aimeront tes cheveux bruns.
Son doigt glissa sur mes yeux que je venais de fermer quand son doigt s'est approché.
« Ils aimeront tes beaux yeux bleus.
Son doigt glissa sur mon nez.
« Ils aimeront ton petit nez tout mignon.
Je pouffai dans Mr Wamy et maman sourit en voyant qu'elle avait réussi à me faire rire.
« Ils aimeront Bella, aussi ?
« Bien sûr.
« Même si elle a les yeux en chocolat et un nez pas tout mignon ?
Maman rigola.
« Le nez de ta sœur est mignon aussi, voyons... mais oui, ils l'aimeront aussi.
La porte s'ouvrit faisant entrer plus de lumière que les volets abîmés laissaient passer. Je sentis le lit s'affaisser vivement alors que Bella venait de sauter dedans derrière moi.
« C'est l'heure maman, papa va bientôt faire le petit-déjeuner vu que tu n'te lèves pas.
« Oulah, il vaut mieux ne pas le laisser faire cela. Allez, debout, debout tout le monde.
L'air joyeux de maman me convainquit de me lever et elle me prit la main pour m'emmener en bas, à la cuisine. Papa était en train de se battre avec le grille-pain.
« Merde, grogna-t-il.
Un nouveau mot.
« Merde, répétai-je.
Il se tourna et fit des gros yeux surpris.
« Non, bébé, il ne faut pas dire ce mot-là.
Mais il venait de le dire... je le regardai alors avec ma question dans les yeux.
« C'est un gros mot, précisa-t-il. Je n'aurais pas dû le dire.
« Peut-être serait-il bon d'instaurer une boîte à gros mots ? Proposa maman.
« Pour ranger les gros mots ? Demandai-je en levant la tête pour la regarder.
« Pour y mettre une pièce chaque fois que nous dirons un gros mot.
« Mais je n'ai pas d'argent, moi.
« Moi non plus, dit Bella.
« Très juste, dit maman, mais quand vous serez grandes, vous pourrez avoir un peu d'argent de poche. Chaque gros mots que vous direz retirera un dollar de votre futur argent de poche.
Je voulais bien mettre de l'argent dans ma poche.
« Je suis grande depuis un dodo, signalai-je.
« Depuis hier, corrigea maman. Quand vous serez plus grandes que maintenant.
« Quand j'aurais sept ans ?
Papa rit.
« Elle ne perd pas le nord, cette petite, souffla-t-il, amusé.
« Quand vous aurez 14 ans, dit maman.
« Dans combien de dodos ?
« Oulah, s'écria maman. Des milliers de dodos.
J'écarquillai les yeux.
« Je n'aurais jamais 14 ans si c'est dans si longtemps.
« Un jour, bébé, me dit papa. Malheureusement.
Maman poussa papa en secouant la tête mais elle souriait en même temps.
« Je vais préparer le petit-déjeuner avant que tu ne te brûles, dit-elle en le poussant plus fortement cette fois.
Papa s'assit à sa place, maman m'avait signifié d'aller m'asseoir en attirant ma main vers l'endroit avant de me lâcher alors je m'assis sur ma chaise.
« Ne grandis plus, bébé. Vous grandissez trop vite, Bella et toi.
« J'ai déjà grandi, j'ai 6 ans.
« Oui mais tu es encore mon bébé, n'est-ce pas ?
Je souris en hochant la tête.
« Tout va bien, alors, soupira-t-il joyeux.
« Tu es content ?
« Oui, très content.
Je souris, contente moi aussi. Je posai Mr Wamy près du bol que maman venait de poser devant moi.
« Laisse-la grandir, murmura maman à papa d'un air grondeur.
« Ne t'en fais pas chérie, elle ne va pas arrêter de grandir parce que je dis des âneries.
Non, je voulais être aussi grande que papa, un jour. Papa était le plus grand de la famille avec ses cheveux bruns, ses yeux en chocolat et sa moustache. Maman était plus petite que lui, elle avait les cheveux dorés et les yeux océan qu'elle disait m'avoir donné alors qu'elle les avait toujours dans son visage. Bella avait les yeux en chocolat comme papa et les cheveux bruns comme papa et moi, ils étaient plus longs que les miens, ils lui arrivaient aux fesses alors que les miens arrivaient au milieu de mon dos, maman ne voulait pas qu'on les coupe.
« Jamie ne voulait pas aller à l'école ce matin.
« Non, je veux pas y aller.
Je bus un peu de mon chocolat chaud et croquai dans une tartine.
« Pourquoi ? Demanda papa.
« J'aime pas l'école.
« Et tu n'es qu'en maternelle, encore. Attends de voir l'année prochaine, quand tu travailleras pour de vrai en classe.
« Si tu lui dis ça, nous serons partis pour des crises de larmes chaque matin jusqu'à la fin de notre vie, lui dit maman.
Papa grommela dans sa moustache.
« Je plaisantais bien sûr, c'est super l'école, tu vas apprendre plein de choses. Après les vacances, tu seras en CP et tu apprendras à lire.
« Je sais déjà lire mon prénom, dis-je.
Du moins, je savais reconnaître les formes de mon prénom quand je le voyais.
« Et ça sert à rien de lire, ajoutai-je.
« Ah, souffla papa. Je sens que tu vas nous donner du fil à retordre, toi.
Je ne compris pas ce qu'il voulait dire mais je ne dis rien et avalai mon petit-déjeuner. Après avoir mangé, maman m'aida à m'habiller et à me brosser les dents puis elle prit mon petit sac d'école et nous emmena dehors, Bella et moi, vers la voiture où papa nous attendait. Le portail de la maison d'à côté s'ouvrit, à notre droite. C'était le portail de l'immense maison effrayante qui plongeait mon jardin dans l'ombre l'après-midi. Une voiture toute noire sur laquelle le soleil se reflétait sortit par le portail. Elle était jolie, plus jolie que la notre qui était rouge avec des endroits où la peinture partait et ma voiture ne brillait pas sous le soleil.
« Papa, regarde, dis-je en pointant la voiture du doigt et en tirant sur son pantalon. Elle est jolie.
Papa regarda la voiture s'arrêter puis s'engager sur la route.
« Oui bébé, elle est très belle.
« On peut en avoir une comme ça ? Demanda Bella.
Papa se gratta la tête.
« Peut-être un jour, répondit-il.
Maman accompagna Bella jusqu'à sa portière car elle était du côté de la route tandis que papa me souleva pour m'installer dans mon siège-auto. Bella se hissa sur son rehausseur et entreprit de s'attacher seule pendant que papa clippait mes lanières.
« Pourquoi j'ai pas un rehausseur comme Bella ? J'ai 6 ans.
« Je sais que tu as 6 ans mais tu n'es pas encore assez grande pour passer au rehausseur. Il semble que ta croissance évolue de la même façon que maman.
« Ça veut dire que je ne serais pas grande comme toi ?
« Non, le médecin prédit 1m55 à 1m65 à l'âge adulte pour toi. 1m60, c'est la taille de maman.
Je commençai à pleurnicher.
« Je comprends que tu sois contrariée mais la taille n'est pas quelque-chose que nous pouvons décider.
« Je voulais être grande comme toi, sanglotai-je.
« Et bien, tu seras peut-être grande comme maman, si tu manges bien tes légumes.
Ça me contrariait et j'envoyai un mauvais regard à papa. Il frotta ma tête en me souriant et ferma la portière. Il monta devant moi, aux côtés de maman et démarra la voiture.
Papa et maman nous avaient arrêtées devant le portail de notre nouvelle école. Des enfants couraient et criaient dans la cour, la plupart étaient aussi grands que Bella et tous l'étaient plus que moi. Papa me tenait la main pendant que Bella faisait un câlin à maman. Bella fit un bisou à papa et un sur ma joue puis s'en alla avec son cartable dans la cour. La sonnerie retentit, ce qui alarma mes parents.
« On va mettre Jamie en retard, si on reste là.
Ils m'emmenèrent dans le bâtiment d'à côté et me dirigèrent jusque ma nouvelle classe. Des enfants se trouvaient déjà à l'intérieur et une dame leur demanda de faire moins de bruit et de s'installer. Papa m'arrêta devant les portes-manteaux, il y en avait un de libre et au-dessus, un papier en plastique blanc portait les formes de mon prénom. Papa s'agenouilla pour retirer mon sac de mon dos – j'avais insisté pour le mettre complètement en sortant de la voiture. Il l'accrocha au porte-manteau où il y avait mon nom comme dans l'autre école.
« Les enfants de dernière section, comme toi, vont dans la cour avec les primaires depuis le début du dernier trimestre. Depuis deux mois, en gros, m'expliqua-t-il pendant que je fixai sa moustache. C'est pour vous aider à faire la transition entre la maternelle et le CP. Donc à la récréation, tu seras avec les grands.
« Mais les grands sont grands et je suis toute petite.
« Allons, tu n'es pas si petite que ça, me sourit papa.
« Tu pourras retrouver ta sœur, au moins, dit maman. N'est-ce pas une bonne chose ?
« Si.
Papa se releva et me tendit sa main que je pris puis il me dirigea et nous entrâmes dans la classe. La maîtresse nous vit et vint nous accueillir.
« Bonjour Mr et Mme Swan ?
Je regardai la maîtresse avec attention. Elle avait les cheveux noirs et portait des lunettes rouges devant ses yeux en chocolat foncé. Elle n'avait pas les yeux presque ronds comme moi, ils étaient ovales comme des amandes, c'était joli.
« Bonjour Jamie, me sourit-elle. Je suis Angéla, ta nouvelle maîtresse. Bienvenue dans ta nouvelle classe. Veux-tu bien dire au-revoir à tes parents avant de rejoindre tes nouveaux camarades ? Ils reviendront te chercher ce soir, ne t'inquiète pas, c'est comme d'habitude.
Elle parlait d'une voix douce qui me rassura. Angéla était gentille. Je fis un gros câlin à papa et un autre à maman et rejoignis l'un des bancs placés en carré dans le coin de la classe, là où les enfants étaient assis. Angéla nous fit chanter une comptine avant de nous demander de nous installer à nos tables. Angéla me guida vers la mienne puisque je ne savais pas où aller. Elle nous donna une feuille sur laquelle il y avait nos premiers exercices. Il fallait que nous recopions les formes qu'elle appelait des lettres à côté de celles qui existaient déjà. Des lettres, ce sont comme les formes de mon prénom, c'était comme ça que Marie les appelaient aussi mais j'avais oublié. Je reconnus deux lettres qui étaient dans mon prénom et m'appliquai à reproduire celles-ci et les autres.
À la récréation, Bella m'aperçut et courut pour me rejoindre et, très vite, quelques enfants s'agglutinaient devant nous pour nous poser des questions.
« Vous êtes sœurs ? Demanda l'un d'eux.
« Oui, Jamie est ma petite sœur, répondit Bella. Moi je suis Isabella mais mes parents m'appellent toujours Bella.
« Vous avez quel âge ?
« J'aurai 8 ans le 13 septembre et Jamie a 6 ans depuis hier, le 02 juin.
« Vous habitez où ? Pourquoi vous n'arrivez qu'aujourd'hui ?
« Aïe ! Criai-je en même temps que Bella.
Nous nous retournâmes en nous grattant la tête pour voir le garçon qui venait de nous tirer les cheveux. Il avait les yeux de la même couleur que la menthe à l'eau, les cheveux presque bruns mais pas tout à fait, un peu longs et bizarres, il souriait en nous voyant le regarder furieusement.
« T'es méchant, l'accusai-je.
Il perdit son sourire et me fusilla du regard avant de me pousser en arrière et de s'enfuir en courant. Je tombai sur mes fesses et me renfrognai. Bella m'aida à me relever puis elle me fit un câlin pour me réconforter.
« T'inquiète pas Jamie, il est trop nul de toute façon.
Je hochai la tête.
« Il est méchant avec tout le monde, nous apprit une fille.
« Il est dans ma classe, affirma une autre fille. Le maître a dit à son papa qu'il était un élève dissipé.
« Ça veut dire quoi "dissipé" ? Demanda un autre.
« Je sais pas, répondit la fille.
« Il ne tient pas en place parce qu'il bouge beaucoup, je crois, annonça Bella.
Les enfants de ma classe et moi attendions sur les bancs en carré que nos parents arrivent pour nous ramener à la maison. Il ne restait plus que moi et Amandine. Quand papa apparut derrière l'ouverture de la porte, j'avais l'impression que mes yeux s'illuminaient, je courus dans ses bras et il me serra contre lui en me portant.
« Tu as bien travaillé ?
Je hochai la tête en souriant. Mon père se tourna vers Angéla qui nous souriait.
« Ça a été ?
« Très bien, assura Angéla, Jamie a été très calme. Elle s'est faite quelques amis parmi ses camarades.
« Super ça, souffla papa en me regardant.
Je souris.
« Bonne soirée à vous, salua-t-il ma maîtresse.
« À vous de même, à demain, Jamie.
Je lui fis un signe d'au revoir avec la main et plongeai mon visage dans le cou de papa pour reposer mes yeux.
« Tu es fatiguée ? Demanda papa en sortant de la classe.
Je hochai la tête contre lui et mis mon pouce dans la bouche.
« Il est temps de rentrer alors, maman et Bella nous attendent à la voiture.
Il m'emmena vers la sortie, laissant mon sac d'école sur mon porte-manteau. Il y avait dedans des habits de rechange au cas où j'aurais un "accident" et quand j'avais encore 5 ans, il me servait aussi à ranger Mr Wamy.
Je m'installai à la table de la cuisine après avoir été cherché Mr Wamy puis maman nous donna un pain au lait avec une barre de chocolat dedans pendant que papa nous versait un verre de fruit.
« C'est quel fruit dans mon verre ? Demandai-je.
« Regarde sur la bouteille, me dit papa. Il montra le fruit du doigt. C'est quoi, alors ?
« Orange ?
« C'est ça, acquiesça-t-il, du jus d'orange.
Je souris et bus dans le verre. Ça avait bien le goût de l'orange.
« Ça a été à l'école ? Demanda papa.
« Oui, à part un garçon qui nous a embêtées, répondit Bella.
« Il est méchant, ajoutai-je.
« Ah bon ? Racontez-moi.
« On parlait avec d'autres enfants et il nous a tiré les cheveux puis il a poussé Jamie quand elle lui a dit qu'il était méchant.
« Mh, fit papa. Un gamin qui a sûrement besoin d'attention. Il voulait probablement attiré la votre ainsi. Ignorez-le, les garçons sont des idiots.
Je croquai dans mon pain et mâchai tranquillement avant d'avaler la bouillie que ma bouche avait fait.
« Peut-être qu'il voulait vous parler mais ne savait pas comment faire ? Nous dit maman.
« Tu es un garçon, papa ? Demandai-je.
« Oui, bébé, j'en suis un.
Je fronçai mon front.
« Tu es un idiot, alors ?
Papa me regarda bizarrement alors que maman éclatait de rire.
« J'aimerais bien voir comment tu vas t'en sortir, sur ce coup-là, rigola-t-elle.
« Hum, et bien moi, c'est différent, je ne suis pas un idiot parce que je suis votre papa.
« Oh, d'accord.
Donc les garçons étaient des idiots sauf mon papa. J'avais beaucoup de chance d'avoir le seul papa pas idiot.
« Ça a été trop facile, fit maman, déçue.
Je ne compris pas trop mais ne dis rien et finis de manger mon goûter. Papa m'emmena regarder les dessins animés pendant que maman aidait Bella à faire ses exercices. J'étais bien contente de ne pas avoir d'exercices à faire en dehors de l'école moi aussi. Quand Bella eut fini, elle vint à mes côtés pour regarder la télé avec moi.
