Chapitre 3

J'étais en train de dessiner sur une feuille pendant que le monsieur me posait des questions. Parfois, c'était des questions faciles, d'autres fois, elles étaient plus compliquées et j'étais obligée d'arrêter mon dessin pour réfléchir. C'était une sorte de docteur mais pour la tête, pédopsy quelque-chose. Angéla avait discuté avec mes parents, elle avait dit que ce serait une bonne chose d'aller me faire évaluer par un pédopsy quelque-chose et maintenant, j'étais là, avec mes parents et ce monsieur qui me posait des questions. Je me demandais ce que j'avais fait de mal.

« Merci d'avoir répondu, Jamie, me dit le monsieur.

Je lui souris et repris mon dessin.

« Alors, docteur ? Interrogea papa.

« Au vu de l'examen, je dirai que votre fille souffre d'un déficit intellectuel moyen.

« Oh, fit maman.

« Comment est-ce qu'on peut réparer ça ? Questionna papa.

Je levai les yeux un moment pour voir le médecin sourire à mon père, me demandant si ma tête était cassée.

« Ce n'est pas une voiture, on ne peut pas la réparer mais vous pouvez lui fournir l'aide dont elle aura besoin pour mieux apprendre et mieux s'adapter. Attendez-vous à des problèmes d'apprentissage, notamment scolaire, de compréhension, peut-être de mémorisation et de sociabilisation.

« Elle aura besoin de suivre une thérapie ?

« Pas forcément. Présentement, non, elle n'en a pas besoin mais il se pourrait qu'elle en aie besoin un jour ou pas du tout, je ne peux pas vous le dire aujourd'hui.

« D'accord, merci docteur.


« Je vais être punie ? Demandai-je dans la voiture alors que mes parents me ramenaient à l'école.

J'avais loupé une bonne partie de la matinée à cause de ce rendez-vous. Maman se tourna sur son siège pour me regarder le front plissé.

« Bien sûr que non, trésor. Pourquoi serais-tu punie ?

« Parce que ma tête est cassée.

« Oh mais non, il ne faut pas penser ça. Ta tête va bien et tout va bien, m'assura maman.

Il me semblait pas que le docteur aie dit ça mais maman devait mieux savoir. La voiture s'arrêta devant l'école et maman m'accompagna dans ma classe pendant que papa restait dans la voiture.


Bella et moi jouions à sauter à cloche-pied dans la cour quand elle s'arrêta. Je m'arrêtai aussi et regardai dans la direction où allaient ses yeux. Il y avait le méchant garçon assis seul sur le côté de la cour. Il jouait avec un bâton qu'il faisait avancer sur le sol comme s'il dessinait.

« On devrait aller jouer avec lui, me dit Bella.

« Mais il méchant, protestai-je.

Bella se tourna pour me regarder.

« Maman a dit qu'il avait fait ça parce qu'il ne savait pas nous parler. Personne ne joue avec lui, regarde. C'est peut-être pour ça qu'il est méchant. Viens.

Elle courut vers lui, je la suivis en essayant de la rattraper. Nous nous arrêtâmes devant lui. Le garçon nous regarda en fronçant les sourcils.

« On peut jouer avec toi ? Demanda Bella.

Le front du garçon se déplissa et il nous sourit en hochant la tête. Bella s'assit face à lui, les jambes croisées. Je l'imitai sur le côté alors qu'ils se faisaient face.

« Je m'appelle Edward.

« Moi c'est Bella et elle, c'est Jamie, ma petite sœur.

« Vous habitez la maison à côté de la mienne, je vous ai vues hier en sortant de chez moi.

« Tu habites la maison qui fait peur ? Demandai-je.

Il était drôlement courageux.

« Ma maison ne fait pas peur, elle est plus grande que la votre, c'est tout et ce n'est pas une maison mais un manoir, en fait.

« Mon papa dit que les garçons sont idiots.

Il m'envoya un regard méchant.

« C'est pas vrai, c'est toi qui est idiote, c'est tout.

Je le grondai de mon regard comme papa faisait des fois.

« Vous voulez jouer à papier, caillou, ciseaux ? Nous demanda Edward.

Il ne se sentait pas du tout grondé par moi, ça me contrariait.

« Non, refusai-je en croisant mes bras devant moi.

Les yeux d'Edward se levèrent vers le ciel pendant une seconde avant de regarder Bella.

« D'accord, accepta-t-elle, mais je ne connais pas le jeu.

Edward expliqua les règles. Il fallait taper nos points l'un au-dessus de l'autre devant nous en chantant "papier, caillou, ciseaux" et après ciseaux, il fallait faire, avec sa main la plus haute, la forme de l'une de ces trois choses et le plus fort gagnait sur le plus faible. Bella et Edward commencèrent à chanter en tapant leurs poings l'un sur l'autre puis Bella fit la feuille et Edward, des ciseaux.

« Les ciseaux coupe la feuille, dit-il en pinçant la main de Bella.

Elle grimaça et secoua sa main. Edward se tourna vers moi.

« Joue avec moi, toi aussi.

La chanson m'ayant amusée, j'acceptai de jouer avec lui. Je cognai mes poings en chantant presque en rythme avec lui et fis un papier avec ma main à plat tandis qu'il avait fait un caillou avec son poing.

« Le caillou écrase le papier.

Il donna un coup au-dessus de ma main.

« Aïe, marmonnai-je.

Je frottai le dos de ma main en lançant un regard méchant à Edward qui me sourit doucement. Il recommença avec Bella qui fit le caillou alors qu'Edward faisait les ciseaux.

« Les ciseaux se plantent dans le caillou, annonça-t-il en piquant la main de Bella avec son ongle.

C'était encore à mon tour, je fis les ciseaux et lui fit le papier.

« Le papier serre les ciseaux, dit-il en serrant mes deux doigts l'un contre l'autre, me faisant mal en serrant trop fort.

« Tu fais mal, je veux plus jouer à ça. En plus, t'as fait papier alors que j'ai fait ciseaux et tout à l'heure, c'était les ciseaux les plus forts.

« J'ai dit que c'était le plus fort qui gagnait, t'avais qu'à être plus forte, c'est tout.

« C'est toujours toi qui gagne, alors ? Demanda Bella.

« Si je gagne toujours, c'est que je suis le plus fort. Ce sont les règles.

La sonnerie retentit et nous nous séparâmes pour rejoindre nos classes.


« Nous sommes vos voisins d'en face, Edward va à la même école que vos filles et il aimerait venir jouer avec elles, si c'est possible.

Je me penchai contre l'encadrement de porte du salon pour regarder Edward et son père devant la porte d'entrée que papa leur avait ouverte.

« Bien sûr, pas de problème.

Le papa d'Edward était encore plus grand que mon papa, il était habillé d'une drôle de façon, un peu comme dans les films. Un pantalon et une veste noirs, une chemise blanche et une... cravate ? Bleu ou grise. Il avait les cheveux presque blancs plaqués en arrière sur sa tête et des yeux bleu clair. Il avait l'air très... sérieux. Il me faisait pas vraiment peur mais... un peu quand même.

« C'est très gentil à vous, je peux vous le laisser sans problème ?

« Pas de soucis.

« Très bien, sourit le monsieur.

Il regarda son fils de haut.

« Rentre avant le dîner, lui dit-il avant de se tourner vers papa. Renvoyez-le moi avant si besoin, bien évidemment. Il peut rentrer seul, nous habitons juste à côté.

« Entendu, répondit papa.

Papa se poussa pour laisser Edward entrer qui sourit en me remarquant. Je lui souris aussi. Papa ferma la porte et se tourna vers Edward avant de lui aussi me remarquer.

« Et bien, bébé, tu nous espionnes ? Petite curieuse.

Je souris et ricanai en fuyant vers le canapé où Bella était restée. Papa et Edward nous rejoignirent aussitôt.

« Edward est venu jouer avec vous alors on éteint la télé.

Papa prit la télécommande et éteignit l'appareil puis il nous laissa montrer nos jouets à Edward pour se diriger vers son bureau où il avait dit chercher du travail.

« C'est que des jouets de filles, critiqua Edward.

« C'est nos Barbies et nos peluches, dit Bella. On a d'autres jouets dans nos chambres.

« Allons-y, alors, décida Edward.

On se retrouva dans la chambre de Bella. Edward regarda les Legos et la voiture télécommandée de Bella avec un sourire enthousiaste puis il jeta un œil au reste de la chambre, son front se plissa quand il vit les traits colorés sur la commode puis les dessins sur le mur que Bella et moi avions fait, l'autre jour.

« Vos parents ont dû sacrément vous punir pour avoir dessiné sur le meuble et le mur, dit-il.

« C'est pas nous sur la commode mais on a le droit de dessiner sur mes murs car ils vont être repeints en rose bientôt.

« J'aime pas le rose, nous informa Edward.

Edward joua avec la voiture télécommandée de Bella même si elle était un peu rose puis on joua ensemble aux Legos avant qu'Edward ne décide de jouer à chat. Il nous courut après dans toute la maison, il avait attrapé Bella juste avant que je heurte un meuble avec le coude. Le vase qui se trouvait dessus tomba et se cassa en plusieurs morceaux. Je me frottai le coude en regardant les morceaux. Bella et Edward s'étaient arrêtés près de moi et regardaient eux aussi les morceaux cassés. J'avais peur de me faire gronder alors je m'agenouillai pour ramasser les morceaux et les cacher quelque-part.

« Non bébé, ne touche pas à ça, dit papa d'une voix forte en se dirigeant vers moi.

Il venait de sortir du bureau et devait avoir entendu le vase tomber. Je commençai à sangloter parce que j'allais me faire gronder. Papa me leva et me fit reculer, il ramassa les morceaux qu'il entassa les uns sur les autres et alla les jeter à la poubelle.

« Maman sera triste, elle aimait bien ce vase, nous dit-il en revenant.

Je baissai la tête, jouant avec mes doigts.

« Que s'est-il passé ?

« Je me suis cogné le coude, j'ai cassé le vase, avouai-je d'une petite voix.

Je relevai mes yeux larmoyants vers papa qui pinça les lèvres.

« C'est à cause de Bella, dit Edward. Elle l'a poussée dans le meuble.

Mes épaules tressautaient pendant que je regardai Edward en fronçant le front, mes joues baignées de larmes. J'essayai de me souvenir mais je me rappelai pas de la même chose que lui.

« C'est pas vrai, protesta Bella.

« Si c'est vrai, tu l'as poussée parce que tu ne voulais pas perdre, lui répondit Edward.

Il lui lançait un mauvais regard.

« C'est pas beau de mentir, lui signala-t-il ensuite.

« Bella, gronda papa. C'est une chose de casser un vase sans faire exprès mais c'en est une autre de pousser ta sœur.

« Mais...

« Va dans ta chambre.

C'était au tour de Bella d'avoir des larmes qui s'échappèrent de ses yeux. Elle se tourna et courut à l'étage en pleurant.

« Jouez dans le salon, les enfants et ne courez pas. Bella est punie et doit rester seule dans sa chambre.

Edward me prit la main et me conduisit vers les peluches dans le salon. Il en prit une et la posa sur la table basse.

« Je suis le docteur et les peluches sont nos patients, me dit-il. Tu veux jouer aux docteurs avec moi ?

Il me sourit doucement. Je hochai la tête et m'agenouillai près de la table basse, en face d'Edward. Il fit semblant de mettre quelque-chose à ses oreilles, posa sa main qui tenait quelque-chose d'invisible sur le ventre de la peluche puis déclara :

« C'est une vilaine blessure que tu as là, petit lapin.

« C'est quoi, une blessure ?

« Un très gros bobo, m'expliqua-t-il.

Edward ne devait pas être si idiot s'il connaissait des mots que je connaissais pas. Il fit semblant de soigner le lapin puis pris une autre peluche et répéta la même opération.

« Tu as la jambe cassée, se désola-t-il en secouant la tête. Il fallait écouter ton père au lieu de dire des bêtises.

Je regardai Edward soigner la peluche avec précaution. Il l'assit près de son premier patient puis se tourna vers moi et me sourit.

« Tu es ma troisième patiente, je vais te soigner.

Il fit le tour de la table, mis les choses invisibles à ses oreilles et posa sa main sur mon ventre.

« Tu t'es fait mal au coude, dit-il.

Il prit mon coude et fit semblant de le soigner.

« Et voilà, tu es guérie.

Il prit une peluche et la posa sur la table basse.

« À toi, c'est ton premier patient.

Je fis les mêmes geste qu'Edward.

« Alors ? Demanda Edward. Qu'est-ce qu'il a ?

« Euh... il est malade.

« Non, c'est son bras qui est cassé.

« Ah.

Je soignai son bras puis le posai à côté des autres peluches. Les peluches passèrent et repassèrent sur la table basse qu'Edward appelait la table d'opération et nous les soignâmes ensemble. Edward écoutait ce qu'ils avaient sur leur ventre et je l'aidai à les soigner. Notre jeu dura jusqu'à ce que papa sorte du bureau pour nous annoncer que c'était l'heure de goûter avant d'aller chercher Bella.