Chapitre 5
« Comment on fait les bébés ?
Papa et maman relevèrent les yeux de leur assiette, me regardant un peu bêtement.
« Et bien, il faut être très grand et... euh...
« Et faire un câlin d'amoureux, enchaîna maman.
« Un gros câlin où on sert fort fort ?
« Ouais, voilà.
« Bella a fait un câlin d'amoureux avec Edward.
Papa avala de travers l'eau qu'il était en train de boire, il toussa pendant que maman lui tapait le dos.
« Faut boire doucement, papa, lui répétai-je ce qu'ils m'avaient déjà dit quelques fois.
Je n'étais pas la seule de la famille à manquer de patience.
« Tu as fait un câlin d'amoureux avec Edward ? Demanda papa à Bella.
« C'était juste un câlin normal, se défendit Bella. Comme je fais avec maman ou toi.
« Ce sont des enfants, chéri, se moqua maman. À quoi est-ce que tu t'attendais ?
Elle se mit à rire.
« Tu ne survivras pas à l'adolescence, quand elles commenceront à s'intéresser aux garçons.
Papa gronda maman du regard puis il nous regarda tour à tour.
« Écoutez-moi bien, les filles : ne vous intéressez pas aux garçons avant vos 30 ans, nous prévint-il. Là, vous pourrez vous marier avec un gentil garçon.
« C'est nul, les garçons, dit Bella.
« Moi, je me marierai avec papa, fis-je.
Papa me sourit.
« Tu resteras mon bébé toute la vie, hein ?
Je hochai la tête avec un grand sourire.
« Chéri, le disputa gentiment maman. Laisse-la grandir.
« Oui, oui. Elle sera mon bébé jusqu'à ses 30 ans.
Maman rit et secoua la tête.
Après manger, nous allâmes regarder les dessins animés en famille.
« Bon, c'est l'heure d'aller au lit ! S'exclama maman quand le dessin animé se termina.
« Oh non, me plaignis-je.
« Écoute maman, gronda papa.
Je soupirai et me levai, maman se pencha en avant en étant toujours assise, m'enlaça dans ses bras et déposa un bisou sur mon nez, ce qui me fit rire.
« Un petit nez tout mignon, s'amusa-t-elle.
« T'es belle, maman.
« Oh, merci trésor.
Je souris en pinçant son nez ce qui la fit souffler par la bouche puis elle se détacha pour se lever. Dans mon lit, je récupérai Mr Wamy et maman rabattit la couverture sur moi puis elle me demanda quelle histoire je voulais ce soir. Je demandai le nouveau livre et elle me raconta l'histoire du petit chaperon rouge. Elle me dit bonne nuit, alluma ma veilleuse, éteignit la lumière et ferma la porte mais pas complètement, comme d'habitude.
Quand je fermai les yeux, j'avais l'impression que le loup de l'histoire rôdait dans ma chambre alors au bout d'un moment, je me levai et me dirigeai vers la chambre de mes parents. Ils avaient laissés la porte ouverte et la lumière était allumée, dedans. Je voyais les fesses de maman dans son pyjama dépasser de l'encadrement et avant que je n'arrive, la main de papa se posa dessus. Ils faisaient un câlin quand j'arrivai à la porte.
« Tu sais qu'il ne te reste que quelques années avant que tes filles s'intéressent aux garçons.
C'était pas vrai, les garçons c'étaient nuls et idiots, sauf Edward qui était nul mais pas idiot.
« Pas avant leur 30 ans, grommela-t-il.
Maman ricana dans le cou de papa.
« Il me semble que nous avions la moitié de ça quand je me suis intéressée à toi. Tu n'as pas attendu nos 30 ans, toi.
« Ce sont mes filles, mes bébés, elles ne peuvent pas grandir aussi vite que nous l'avons fait.
Papa fit un bisou sur la bouche de maman.
« Beurk, lâchai-je.
Ils se séparèrent et se tournèrent vers moi.
« Que fais-tu debout ?
« J'ai peur du grand méchant loup, répondis-je.
« Ah, mince, c'est à cause de l'histoire, expliqua maman.
« Je peux dormir avec vous ?
« Grimpe, accepta papa.
Je souris et courus pour me mettre au milieu du lit. Maman et papa s'allongèrent autour de moi et je pus fermer les yeux tranquillement sans que le loup vienne m'embêter.
Bella et Edward vinrent me réveiller dans mon lit, je frottai mes yeux et me levai me demandant ce qu'il se passait. Je me déplaçai sur la pointe des pieds tenant fermement la main de Bella dans la mienne. Elle-même devait tenir la main d'Edward dans la sienne pendant qu'il nous dirigeait en file indienne à l'étage du bas. J'aurais aimé avoir pris Mr Wamy avec moi parce que ma maison n'était pas la même la nuit et il y avait des recoins où les monstres pouvaient se cacher. Nous entrâmes dans la cuisine et Edward nous dirigea sans un bruit vers la porte du jardin qui était restée entrouverte. Un monstre était peut-être entré ? Je secouai la tête en me traitant d'idiote, c'était par là qu'Edward était entré, bien sûr. Il y avait un trou dans le mur par lequel il se faufilait pour venir jouer avec nous en douce quand nous nous trouvions dans le jardin.
Mon père ou ma mère finissaient toujours par s'en apercevoir en voulant jeter un œil sur nous mais ils ne lui disaient rien parce qu'ils étaient gentils et nous laissaient jouer ensemble. Les vacances étaient longues et son père avait dit à papa que ça faisait du bien à Edward de jouer avec nous car il était fils unique et n'avait personne avec qui jouer chez lui.
Il avait dû, cette nuit aussi, passer par le trou du mur et sous la haie car la porte d'entrée était toujours fermée à clé. Celle de la cuisine, par contre, ne l'était jamais car ni papa ni maman n'avaient trouvé la clé, les gens avant nous avait dû l'emmener par erreur, c'était ce que maman avait dit.
Le jardin était plongée dans le noir, il y avait une flamme qui dansait au milieu du jardin et tout ce que je pouvais voir grâce à la lune presque ronde était devenu si sombre qu'ils me faisaient penser à des monstres endormis. Un regard vers le manoir d'Edward me glaça le sang tellement la maison paraissait davantage immense dans le noir. Edward s'arrêta devant la bougie d'où dansait la flamme et je remarquai, maintenant que j'étais proche, un torchon plié en deux posé devant. Edward s'assit devant le torchon.
« Asseyez-vous, chuchota-t-il.
Ses bras et ses mains assombris par la nuit pointaient nos places, Bella et moi nous nous asseyons aux deux endroits, les jambes en tailleur, comme lui.
« Vous savez pourquoi on est là ? Demanda-t-il à voix basse.
« Oui, chuchota Bella.
« Jamie ?
Je me rappelai seulement maintenant qu'Edward nous avait dit quelque-chose à propos d'un rendez-vous dans la nuit mais je ne me souvenais plus de ce que nous devions faire.
« Je... je sais plus.
La lueur de la bougie flottait sur le visage d'Edward, rendant plus effrayants ses yeux qui me grondaient.
« Comment ça, tu sais plus ? Grogna-t-il dans un chuchotement.
« J'ai oublié.
Je me ratatinais en appréhendant sa réaction. Si j'avais appris quelque-chose durant nos jeux, c'était qu'Edward n'aimait pas être contrarié. J'avais encore une rougeur autour du poignet parce qu'il me l'avait trop serré quand j'avais pas voulu jouer le bébé, tout à l'heure.
« On va faire le rituel des amis pour la vie.
Ah, oui. Je me rappelai, maintenant. Il voulait qu'on fasse ça avant que l'école reprenne, la semaine prochaine. Je savais pas c'était quoi un rituel d'amis pour la vie mais j'espérai que ça voulait dire qu'Edward serait plus gentil avec nous. Il déplia le torchon et la flamme de la bougie se refléta sur la lame d'un couteau.
« On n'a pas le droit de jouer avec les couteaux, protestai-je vivement.
« Arrête de faire ta poule mouillée, répondit-il.
Il prit le couteau et le regarda comme si l'affaire était sérieuse.
« Bella, chuchota-t-il. Ta main.
Bella lui donna sa main droite, celle qui était plus proche d'Edward. Il la prit en dirigeant sa paume vers le ciel.
« Ne crie pas, ordonna-t-il.
Il fit glisser la lame sur sa paume, une traînée sombre la remplaça. Bella avait masqué le bruit de sa gorge avec son autre main sur sa bouche. Je pouvais voir des gouttes scintiller aux coins de ses yeux avec la lueur de la bougie. Il lâcha sa main et Bella l'engloba avec son autre main en la regardant avec une grimace.
« Jamie, à toi, ta main.
J'avais pas envie qu'il me coupe la main alors je croisai les bras, cachant mes mains dessous. Contrarié, il enfonça ses ongles dans mon avant-bras.
« Tu fais le bébé, là. Donne ta main.
Je fus obligée d'obéir pour ne pas qu'il continue. Je commençai déjà à pleurer parce que je savais que ça allait faire mal. Il me prit la main gauche brusquement et enfonça le couteau contre ma paume.
« Aïe, ahhh, aïe, pleurai-je.
« Chut, faut pas réveiller tes parents.
Je pinçai les lèvres. Si mes parents voyaient qu'on n'était pas au lit, Bella et moi et qu'on jouait avec un couteau, papa allait crier, nous envoyer dans nos chambres et on serait peut-être même privées de dessins-animés demain. Edward fit glisser la lame sur sa paume gauche puis sur celle de droite, il ne cria pas, ne hurla pas, c'était comme si ça ne lui faisait rien. Je remarquai que sa bouche se pinçait et je sus alors qu'il avait mal mais qu'il savait se contrôler pour ne pas le montrer. Je ne savais pas comment il faisait. Il laissa tomber le couteau sur le torchon qu'il déplaça pour le mettre entre Bella et lui. Il prit nos mains dans les siennes, Bella et moi grimacions car c'était nos mains blessées qu'il tenait dans les siennes, blessées aussi. Nous formions une sorte de ronde avec la bougie au milieu de nous. Peut-être qu'après, on ne sera pas que des amis pour la vie mais des fées ou des magiciens ?
« Voilà, fit Edward satisfait. Vous êtes toutes les deux mes copines pour toujours. Vous n'avez pas le droit de jouer avec quelqu'un d'autre que moi, maintenant.
« Même aux Barbies ? Demanda Bella.
« Les Barbies, c'est nul, nous informa-t-il.
« Mais qu'est-ce que vous faites, là, vous trois ? Gronda une voix.
Je mis une seconde à reconnaître la voix de papa en ramenant ma main à moi pour la cacher. Je ne voyais pas bien son visage à cause de la nuit. Papa s'avança, prit la bougie et l'éteignit d'un souffle sans que personne n'aie répondu à sa question.
« Rentrez à la maison, tout de suite. Edward, vient avec nous, aussi.
Je me levai rapidement alors que mon cœur faisait le tambour dans ma poitrine comme s'il voulait en sortir. Nous entrâmes dans la cuisine, faiblement éclairée par la lumière des escaliers que papa avait dû allumer. Nous nous mîmes contre le plan de travail, Edward était à ma gauche, Bella à la sienne, je gardai ma main blessée serrée sans trop forcer parce que ça me faisait trop mal.
« Je peux savoir ce que vous foutiez dans le jardin en pleine nuit ? Cria papa, en colère.
Je me mis à pleurer. Papa se retourna et s'éloigna. Je sentis quelque-chose tomber sur ma cheville, la lumière s'alluma, je regardai vers mon pied et vis la tâche de sang qui s'était un peu éparpillée sur ma cheville suivie d'une autre qui s'éclata sur le carrelage, cette fois. Je remontai doucement mon regard vers papa en espérant qu'il n'aie rien remarqué mais il était immobile, les yeux ronds en regardant ma main serrée. Son regard bascula vers les mains d'Edward et de Bella et il se précipita vers nous.
« Bon sang, qu'est-ce que vous avez fait ?
Il prit ma main, déplia mes doigts et découvrit la blessure. Son visage était devenu presque blanc. Il y avait beaucoup de sang qui sortait de ma paume, aussi. Il vérifia mon autre main puis celles d'Edward et celles de Bella.
« Merde, putain.
Je savais que merde était un gros mot mais je savais pas ce que putain voulait dire, je n'osai pas demander.
« Bella, plaque tes mains l'une contre l'autre, comme ça, appuie fort, même si ça fait mal.
Il guida ses gestes en mettant ses mains autour des siennes alors que maman arrivait dans la cuisine.
« Qu'est-ce que... oh mon dieu, pourquoi saignent-ils tous les trois ? S'écria maman.
« Peux-tu appuyer sur les plaies d'Edward ? Lui ordonna papa au lieu de répondre.
Papa s'arrêta devant moi, prit ma main et appuya la sienne sur ma blessure.
« Aïe, papa, pleurai-je.
« Pardon bébé, je suis obligé.
« Que s'est-il passé ? Demanda maman.
La voix de maman était bizarre, comme si elle était devenue folle.
« Je vais appeler les secours, dit papa. La plaie de Bella ne semble pas profonde mais celle de Jamie et l'une de celles d'Edward m'ont l'air vraiment grave.
« Qu'est-ce qui est arrivé ? Demanda maman pour la troisième ou quatrième fois.
Mais papa lui dit simplement de se calmer. Il m'entraîna avec lui jusqu'au salon où il décrocha le téléphone. Il expliqua à la personne qu'il avait trois enfants blessés à la main et que deux avait une blessure plutôt profonde, il donna nos âges et notre adresse. Quand il raccrocha, il tourna les pages du petit cahier à côté puis il décrocha à nouveau le téléphone et composa un nouveau numéro en lisant le cahier.
« Bonsoir, désolé de vous déranger si tard mais votre fils se trouve chez moi, il est blessé aux mains, mes filles aussi, j'ai appelé les pompiers.
Je regardai papa qui ne parla plus à la personne.
« Ah, je ne savais pas, votre fils et l'une de mes filles auront sûrement besoin de points de suture, leurs plaies semblent profondes.
« Bien sûr.
Papa rappela les pompiers et leur expliqua que le voisin médecin arrivait pour s'occuper des enfants, qu'il ne savait pas qu'il l'était et qu'ils pouvaient ne pas venir, du coup. Papa m'aida à m'asseoir sur le canapé en m'entourant du bras qui ne tenait pas ma main.
« Renée, amène les enfants ici, cria-t-il.
Maman amena Edward et Bella, elle tenait toujours les deux mains d'Edward dans les siennes tandis que Bella avait les mains jointes. Charlie leurs demanda de s'asseoir par terre, devant le canapé.
« Vas-tu me dire ce qu'il se passe ? Insista maman. Pourquoi mes filles sont blessées ?
« Edward aussi, dit Bella.
« Ils se sont coupés, je ne sais pas pourquoi, la priorité, c'est de les soigner.
Papa avait répondu avec sa voix d'ours qu'il faisait quand il était fatigué de quelqu'un. Je ne savais pas s'il était fatigué de nous ou de maman. Quelqu'un frappa à la porte et essaya d'entrer mais la porte était fermée à clé.
« Merde, grogna papa. Lève-toi.
Il m'aida à glisser du canapé puis nous allâmes ouvrir la porte.
« Désolé, fit papa après avoir ouvert.
Il laissa entrer le papa d'Edward qui avait une mallette avec lui. Papa me ramena au salon et m'aida à m'asseoir sur le canapé.
« Les plaies les plus inquiétantes sont sur la main droite d'Edward et la main gauche de Jamie mais votre fils a les deux mains blessées.
« Montrez-moi.
Papa détacha sa main de la mienne. Le papa d'Edward regarda ma blessure et demanda à papa de refaire une pression dessus. Il regarda les plaies sur les mains d'Edward.
« Ça m'a l'air aussi profond sur cette main, l'autre est superficielle, je vais d'abord soigner votre fille, elle est plus jeune.
Il se tourna vers Bella à côté d'Edward, ensuite.
« Montre-moi tes mains, Bella.
Elle lui montra.
« D'accord, celle-ci est superficielle aussi. Referme tes mains, je m'occupe de toi après.
Le papa d'Edward ouvrit sa mallette où il y avait plein de matériels que je ne connaissais pas, il nettoya ma main et fis quelques piqûres qui me firent mal autour de ma plaie et au bout d'un moment, je ne sentais plus rien. Quand il eut fini avec le fil, il me mit un bandage autour de la main.
« Qu'est-ce que vous faisiez avec ce couteau ? Gronda papa quand le papa d'Edward eut fini de mettre le pansement à Bella.
Edward avait les deux mains bandées, il ne pourrait plus nous serrer trop fort et nous griffer, maintenant.
« Bella voulait faire un rituel d'amis pour la vie, accusa Edward. On est tous les trois amis pour toujours, maintenant.
Edward mentait souvent pour dire que c'était Bella qui avait fait la bêtise, même quand c'était moi qui l'avait faite. Du coup, Bella se faisait gronder tout le temps.
« C'est vrai, Bella ? Demanda le papa d'Edward.
« O-oui.
Et ma sœur ne cherchait même plus à se défendre.
