Chapitre 6

J'entrai chez Edward avec un peu d'appréhension, c'était la première fois depuis que nous étions arrivés, l'an dernier, que Bella et moi étions invitées chez lui. Je m'étais habituée à voir l'immense maison depuis mon jardin mais entrer à l'intérieur me rappelait que je l'avais plus souvent trouvée effrayante qu'autre chose.

Ce fut une grande pièce presque vide qui nous accueillit, seuls des meubles portant des objets décoratifs habillaient la pièce, contre les murs. Il y avait une porte à gauche et une autre, double, plus jolie dont les parties supérieures étaient vitrées, face à nous. Les murs étaient sculptés par endroit et le sol était d'une matière solide et brillante mais ce n'était pas du carrelage et encore moins de la boiserie. Edward se dirigea vers la porte de gauche, c'était une petite pièce de rangement où pendaient divers manteaux, certains de grandes tailles, les autres étaient à Edward, je reconnaissais certains qu'il avait porté l'hiver dernier.

Il défit ses chaussures et nous dit de faire de même. Je posai le cadeau que je portais à côté de celui de Bella et enlevai mes chaussures. Edward prit nos chaussures et les rangea dans le meuble prévu pour elles. Bella et moi reprîmes les deux cadeaux et nous ressortîmes, il prit le temps de refermer la porte et nous emmena vers la double porte. Il en ouvrit une et nous nous trouvâmes dans une sorte de petite pièce sans fonction, ouverte des deux côtés sur une cuisine à gauche et un salon à droite. Deux escaliers montaient en arc de cercle devant nous pour se rejoindre en haut où se trouvait, visiblement, une sorte de mezzanine-couloir. Au centre de l'arrondi des escaliers, se tenait un socle sculpté blanc sur lequel était posé un beau bouquet de fleurs plantés dans un joli vase.

Nous allâmes dans le salon, des fenêtres l'entouraient chacune à égale distance les unes des autres. Le salon était immense, il pourrait probablement contenir deux fois le mien, je crois. Il avait été décoré en vue de la fête organisée pour l'anniversaire d'Edward. Des guirlandes bleues et blanches avaient été accrochées, des nœuds rouges pendaient aux poignets d'un buffet et des ballons volaient ici ou là, tenu par un fil. Les meubles d'Edward semblaient neufs comme s'ils venaient de les acheter mais je ne voyais aucun de ses jouets. Le canapé et une table basse en verre se trouvait devant la télé accrochée au mur, les deux meubles étaient sur un tapis gris à la fourrure qui me paraissait douce. Sur le côté gauche, il y avait une grande table où avaient été posés trois sets de couverts, seulement trois car nous étions les seules invitées pour l'anniversaire d'Edward. Nous étions ses seules copines, aussi.

On était le samedi 21 juin, Edward avait 9 ans aujourd'hui. J'avais eu 7 ans le 02 juin mais comme c'était un jour d'école, nous l'avions fêté le samedi d'après et Bella aura 9 ans aussi le 13 septembre, à la rentrée prochaine.

« Bonjour, mesdemoiselles.

Nous nous tournâmes vers Mr Cullen qui venait d'entrer dans la pièce.

« Bonjour monsieur, dit Bella.

Le regard bleu glacé de Mr Cullen tomba sur moi pendant que je cachai ma lèvre inférieure dans ma bouche. Il me sourit de façon bienveillante, guère vexé que je ne me sois pas montrée polie. Il m'avait toujours fait un peu peur avec toute sa hauteur et son visage sérieux même s'il n'avait jamais été méchant ou quoi que ce soit. En fait, il avait toujours été gentil.

« Ta moto te plaît ? Me demanda-t-il.

Je hochai la tête.

« Oui, merci, dis-je quand même.

Edward m'avait offert une moto électrique quand je l'avais invité à mon anniversaire mais je savais que c'était son père qui l'avait achetée puisque comme nous, Edward n'avait pas d'argent. Ce n'était pas une petite moto télécommandée comme la voiture de Bella, non, c'était une moto sur laquelle je pouvais monter et rouler dans mon jardin. Je savais que c'était un cadeau cher parce que papa était devenu tout rouge et avait dit que c'était beaucoup trop à Mr Cullen, qu'il ne pourrait pas renvoyer l'ascenseur car il n'avait pas encore trouvé de travail. M'enfin, il n'y avait pas d'ascenseur chez nous et je ne pensais pas qu'il y en avait un chez Edward non plus.

« Bien, content qu'elle te plaise, c'est Edward qui l'a choisie pour toi.

Je me tournai vers lui et lui souris, sourire qu'il me rendit.

« Je vais chercher le gâteau, vous pouvez poser les cadeaux sur la table basse. Il les ouvrira après.

C'était étonnant qu'Edward ne proteste pas et accepte si facilement d'attendre pour ouvrir ses cadeaux. Je faisais une scène si je n'avais pas mes cadeaux au tout début de la journée et Bella était pareil. J'aurais pu penser qu'il s'en fichait mais j'avais vu son regard se poser sur nos cadeaux à plusieurs reprises depuis qu'il était venu nous chercher, il essayait probablement de deviner ce qui se trouvait à l'intérieur. Nous nous installâmes quand Mr Cullen arriva avec le gâteau, il le posa au milieu de nous sur la table. Il n'y avait pas de bougie sur son gâteau mais il y avait écrit Joyeux anniversaire Edward dans une jolie écriture chocolatée par dessus le glaçage. Après avoir mangé comme des ogres, Mr Cullen indiqua qu'il était l'heure d'ouvrir les cadeaux en portant un énorme cadeau dans ses bras qu'il posa près de la table basse.

Comme je l'aurais fait, Edward commença à ouvrir le plus gros cadeau. C'était la même moto que moi mais bleu foncé et blanc alors que la mienne était bleu ciel.

« Merci beaucoup, père, sourit Edward.

« De rien, mon fils.

Je fronçai les sourcils en regardant Edward puis son père. C'était bizarre qu'il l'appelle père, ça ne sonnait pas joliment comme papa. Mr Cullen aida Edward à sortir la moto de son carton. Edward ouvrit ensuite mon cadeau, j'y avais glissé un dessin que j'avais fait pour lui, il le regarda une seconde à peine et s'en désintéressa aussitôt. Il prit la boîte qui était en dessous, c'était une mallette en plastique avec des outils de docteur dedans, comme ça, il aura du matériel pour soigner ses peluches ou les nôtres, ou nous-même quand on jouait au docteur.

« C'est le mien, dis-je. Enfin, ton cadeau de ma part.

« Merci Jamie, sourit-il visiblement très content.

Il posa la mallette pour ouvrir le cadeau de Bella, elle avait choisi de lui offrir une voiture télécommandée comme la sienne mais en version tout terrain.

« Merci Bella, la remercia-t-il avec joie.

« De très chouettes cadeaux, approuva Mr Cullen en passant ses mains sur nos têtes comme papa le faisait parfois.

« Et si vous alliez jouer dehors, maintenant ? Vous pourriez essayer ces nouveaux jouets, tous les trois.

Edward prit la voiture et la posa avec la télécommande dans les bras de Bella, il me tendit la mallette de médecin et posa ses mains sur le guidon de la moto. Une fois dehors, Edward lâcha la moto qui tenait debout toute seule grâce à ses larges roues. Le jardin d'Edward ressemblait plus à un parc qu'à un jardin, c'était très grand et le manoir était sur le bord du grand jardin, proche de notre maison. Je ne savais pas pourquoi ce choix de l'avoir construit ailleurs qu'au milieu.

« Je fais d'abord un tour de moto, puis Jamie et ensuite Bella, annonça Edward. Quand t'auras ta moto, Bella, on pourra faire la course, tous les trois.

Il enfourcha la moto, l'alluma et tourna la poignée pour avancer. Il emprunta les chemins qui sillonnaient entre les parcelles herbeuses puis revint vers nous et descendit pour me laisser conduire la moto. Je roulai sur le chemin, c'était mieux que rouler sur l'herbe, la moto pouvait aller un peu plus vite. Quand j'eus fini mon tour, je donnai la moto à Bella qui fit son tour. Edward décida ensuite de jouer au docteur avec nous. Comme nous n'avions pas de peluche dehors ni de poupée, Bella et moi étions les patientes d'Edward.

Il prit le faux, hm, le faux truc pour écouter le cœur et le posa au milieu du torse de Bella pour écouter son cœur. Il prit une mine sérieuse comme Mr Cullen l'avait fait quand il était venu soigner nos blessures à la main, il y avait longtemps. Il prit l'espèce de cône au bout d'une poignée en plastique et regarda dans ses oreilles.

« Tu as la grippe, lui annonça-t-il d'un air désolé. Tousse, pour voir.

Bella toussa.

« Tu vois, une mauvaise grippe. Trois jours d'arrêt de travail et deux paracétamol par jour pendant huit jours.

Paracétamol devait être un médicament. Il prit la piqûre en plastique et piqua le bras de Bella avec.

« Voilà, c'est fini.

Il l'accompagna et fit mine d'ouvrir une porte.

« Au revoir, mademoiselle, lui dit-il.

« Qui est la patiente suivante ? Demanda-t-il ensuite en balayant son regard devant lui comme si nous étions beaucoup.

« C'est moi, docteur.

Il me sourit.

« Ah, bien, suivez-moi.

Je m'assis sur l'herbe qu'il avait pointé. Il écouta mon cœur avec le truc, regarda dans mes oreilles puis s'agenouilla près de ma jambe.

« Tu as la jambe cassée, jeune fille. Il fallait écouter ton père au lieu de dire des bêtises.

Il secoua la tête en soupirant.

« Qu'allons-nous faire de toi si tu n'es pas sage ?

« Je sais pas, répondis-je.

Il me sourit.

« Je vais te mettre un plâtre que tu devras garder un mois tout entier.

Il fit semblant d'entourer ma jambe de bandes et me fit une piqûre. Bella eut ensuite la gastro, moi, j'eus la rougeole et Bella, l'appendicite. On était maintenant assis dans l'herbe, Edward avait étendu ses jambes entre Bella et moi et s'appuyait sur ses mains derrière ses fesses.

« Pourquoi tu appelles ton père "père" et pas "papa" ? Demanda Bella.

« Parce que ce sont les bébés qui appellent leur père "papa". Mon père dit que je suis grand et que je dois me comporter comme tel.

« Elle est où ta maman ? Demandai-je à mon tour.

Ça faisait un an que nous habitions à côté de chez lui et je n'avais jamais vu sa mère, elle n'était même pas là aujourd'hui.

« Mes parents sont divorcés, je crois que c'est à cause de moi et c'est mon père qui a obtenu ma garde. Ma mère était comme folle au tribunal, elle hurlait partout contre tout le monde, après mon père, les avocats, après le juge alors elle a été un peu à l'hôpital et elle n'a pas le droit de venir ici.

« Ta mère est folle ? Demanda Bella.

« Oui, c'est pour ça qu'elle a hurlé contre tout le monde au tribunal, c'était une crise délirante.

Mon regard se perdit dans le vide devant moi. Ce fut alors que je remarquai une ligne blanche sur la jambe d'Edward. Je la touchai du doigt et la parcourus avec. Edward regarda mon doigt puis me sourit en relevant les yeux.

« C'est quoi ?

Il leva sa main droite où se trouvait encore la cicatrice de notre rituel, comme celle sur ma main gauche. Sa main gauche et la main de Bella n'avaient plus de cicatrice.

« Une cicatrice comme celle-là, je me suis cassé la jambe quand j'avais 6 ans, dans les escaliers.

« Oh.

Ça avait dû faire mal, bien plus que ce que le couteau l'avait fait. C'était sûrement pour ça qu'il n'avait pas eu l'air d'avoir très mal quand il s'était coupé lui-même.

« Ils font quoi comme travail, vos parents ? Nous demanda-t-il.

« Papa cherche du travail depuis longtemps mais il n'arrive pas à trouver. Maman fait le ménage dans un magasin de bricolage, répondit Bella.

« Ah, c'est pour ça que vous êtes pauvres.

Bella et moi fronçâmes nos sourcils en même temps, regardant Edward puis nous regardant l'une l'autre.

« On n'est pas pauvre, contredit Bella.

« Si vous l'êtes, j'ai vu mon père donner de l'argent au votre, la semaine dernière. Votre maison et votre jardin sont tous petits et votre voiture est vieille et abîmée. C'est pas grave, vous n'aurez plus de problème d'argent quand vous serez grandes.

« Je ne savais pas, dit Bella.

« Moi non plus. Ton jardin à toi, il est très grand.

Edward sourit fièrement.

« Oui, mon père a acheté le terrain d'à côté et celui d'encore à côté pour agrandir notre jardin, il a fait détruire les maisons et fait refaire le terrain pour que ça soit joli. Il devait acheter votre maison aussi mais vous êtes arrivées avec vos parents et quand je lui ai dit que je vous aimais bien, il a arrêté de négocier avec le propriétaire de votre maison.


« On est pauvre ?

Papa et maman arrêtèrent de manger et fixèrent Bella, le regard questionneur.

« Non, ma puce, tout va bien.

« Pourquoi le père d'Edward t'a donné de l'argent, alors ?

Papa se racla la gorge, gêné.

« Qui t'a dit ça ?

« Edward, il l'a vu te donner de l'argent et notre maison est petite et notre voiture vieille et abîmée. Alors, Edward a raison, on est pauvre ?

Papa soupira, jeta un regard à maman avant de se tourner vers ma sœur :

« Et bien, ce n'est pas très évident en ce moment, répondit-il.

J'avais appris il n'y avait pas très longtemps que l'argent servait aussi à acheter de la nourriture, pas seulement nos cadeaux.

« On n'aura plus à manger si on n'a plus d'argent ? Questionnai-je.

« Bien sûr que si, nous aurons toujours de l'argent pour manger et pour notre toit, ne t'inquiète pas.

Je sais pas si j'étais rassurée parce que papa semblait ne pas l'être. Je cessai de le fixer quand il me dit de manger.