Chapitre 7

Nous sortîmes du cinéma dans les derniers, Bella piocha dans ce qui restait du pot de pop-corn qu'Edward nous avait acheté. C'était le dernier week-end des vacances d'été, la rentrée était mardi matin, j'avais 15 ans et entrai en seconde tandis qu'Edward et Bella entraient en terminale du haut de leur 17 ans.

Edward arborait toujours une coupe improbable, légèrement plus longue que lorsqu'il était petit, ça lui allait mieux que celle de sa période cheveux très courts de l'an dernier. Bella avait ses cheveux jusqu'aux épaules, une coupe qu'elle gardait depuis trois ans. Les miens m'arrivaient mi-dos, je ne les avais jamais eu plus courts qu'au niveau des omoplates depuis des années.

Nous marchâmes jusqu'au parc où nous avions l'habitude de traîner quand nous n'avions rien à faire. Nous allâmes vers notre coin, un endroit reculé des chemins, entre les arbres, là où personne ne viendrait nous déranger. Edward s'assit contre un arbre, plaçant Bella entre ses jambes, je m'assis face à eux contre l'arbre opposé. Ils sortaient ensemble depuis deux ans, depuis leur entrée au lycée, en somme.

« Il faudra que tu travailles dur, cette année, bébé.

Edward rompit ainsi le silence qui s'était installé. Il me fixait avec sérieux.

« Je fais mon possible.

Je me demandais pourquoi Edward s'inquiétait de mon travail, tout à coup. Il m'appelait souvent bébé mais ça n'était qu'un reste de nos jeux d'enfants et probablement parce que ça avait toujours été le surnom que mes parents me donnaient, petite.

« Faudra faire plus que ça, faut que tu sautes une classe pour passer directement en terminale, l'an prochain.

Je fronçai les sourcils, dans l'incompréhension. L'école, c'était pas vraiment mon truc, pas comme Bella et encore moins comme lui qui récoltait que des notes excellentes depuis toujours.

« Et nous, faut qu'on fasse de la merde, princesse.

« Pourquoi ? Râla Bella. Je n'ai pas envie d'entacher mon dossier scolaire alors que je travaille dur et tu ne devrais pas non plus.

« Parce que l'année prochaine, nous quittons le lycée pour l'université alors qu'il resterait deux ans à Jamie. Si Jamie saute une classe, elle ira en terminale et si on redouble, on sera toujours en terminal aussi. Ça sera cool et on entrera à l'université en même temps, pour couronner le tout.

« Je n'ai pas envie, grommela ma sœur.

« Tu n'as pas le choix.

Le ton dur qu'il venait d'employer fit taire Bella, elle savait qu'il était sur le point de se fâcher et elle savait qu'il ne valait mieux pas que ça arrive.

Être l'amie – ou la petite-amie pour Bella – d'Edward n'était pas toujours facile, il avait son caractère et il supportait mal d'être contrarié. Même s'il ne mordait plus ou ne griffait plus depuis longtemps, il avait trouvé d'autres moyens pour nous passer l'envie de le contrarier. Nos parents trouvaient mignons que nous soyons inséparables depuis petits mais ils ne voyaient rien de ce qui se tramait sous leurs yeux car Edward savait agir sous le seuil de leur attention. On ne pouvait cependant pas nous éloigner de lui, c'était trop tard pour ça, maintenant.

J'avais vu un documentaire animalier, une fois. J'y avais vu un faucon observer puis plonger sur sa proie, une pauvre hirondelle qui volait un peu plus bas que lui, trop naïve pour se croire en danger. Le faucon l'avait emprisonnée dans ses serres et avait poursuivi sa course avec son butin qui s'agitait en vain, c'était trop tard pour l'hirondelle. Le faucon avait finalement lâché sa proie qui se mit à chuter dans le vide sans pouvoir se sauver car ses ailes avaient été cassées par les serres du faucon. Elle mourut à l'impact du sol et le faucon planait au-dessus d'une autre proie qu'il avait préféré à la première.

J'assimilai facilement cette scène à Edward, Bella et moi. Edward était observateur et dangereux comme ce faucon. Bella et moi étions l'hirondelle naïve, nous n'avions pas vu le danger approcher, Edward avait brisé nos ailes et s'il nous lâchait, nous ne pourrions nous relever. C'était pourquoi il nous était impossible de ne pas évoluer autour d'Edward et il ne valait mieux pas pour nous qu'il s'intéresse à une nouvelle proie.

Nous n'avions pas le droit d'avoir d'autres amis que lui, il faisait fuir tous ceux qui essayaient de nous parler. Je regardai l'intérieur de ma paume gauche où se traçait encore une fine cicatrice blanche qui ne disparaîtra jamais. L'entaille de Bella n'avait pas été assez profonde pour laisser une cicatrice indélébile. Edward n'avait gardé que la cicatrice de sa main droite, l'autre n'avait pas été profonde non plus. Je fermai mon poing pour cacher la cicatrice et relevai mon regard vers Edward et ma sœur. Bella avait fermé les yeux et tenait le bras d'Edward pendant que lui m'observait, silencieux.


Je m'étais levée aussi tôt que Bella bien que je commençais plus tard qu'elle, aujourd'hui mais je n'arrivais pas à me rendormir et je me sentais trop réveillée pour rester au lit. C'était probablement l'anxiété de mon premier jour de lycée qui me rongeait. Je m'étais habillée et venais de finir le petit-déjeuner avec Bella. La porte d'entrée s'ouvrit et Edward nous sourit en nous voyant encore à table. Ça faisait un moment qu'il pouvait entrer sans frapper puisqu'il était toujours fourré chez nous, de toute façon. La seule différence était qu'il ne passait plus par le trou de son mur.

« Prêtes pour les cours ? S'enquit-il. Je vous emmène ?

« Seulement Bella, lui dit Renée. La rentrée de Jamie est cet après-midi alors je l'emmènerai.

« D'accord, sourit Edward.

Bella se leva et débarrassa ses couverts.

« Tu es prête ? Demanda-t-il à Bella quand elle s'approcha de lui.

Il déposa un baiser sur ses lèvres et elle opina. Elle prit son sac à dos et le suivit à l'extérieur. Le collège avait eu l'avantage que nous pouvions y aller à pied mais le lycée était trop loin. Depuis qu'Edward avait sa voiture, il emmenait Bella et la ramenait le soir et à partir de ce soir, je ferai sans doute partie du voyage.

« Quand est-ce que papa rentre ? Demandai-je à Renée.

« Dans trois jours, me répondit-elle.

Je soupirai, à trois jours près, il n'aurait pas loupé ma rentrée.

« Tu es contrariée ? Me demanda Renée.

Je hochai la tête.

« Aucun de vous n'aviez manqué ma rentrée, jusqu'à aujourd'hui.

Elle me sourit.

« Je suis contente que tu ne sois pas comme Bella. Elle nous avait dit que c'était la honte si nous l'accompagnions tous les deux au lycée.

Renée continuait de sourire en se rappelant sans doute la scène que Bella avait faite. Je haussai les épaules.

« Il ne s'agit que de m'y déposer. Tu ne vas pas sortir, hein ?

Elle rit, cette fois.

« Je me disais, aussi. Bien sûr que non, ma chérie.

Bon, au moins, elle me déposera pour mon premier jour, c'était rassurant. Charlie travaillait comme marin-pêcheur maintenant, il partait en mer en bateau plusieurs semaines pour pêcher le poisson, ça pouvait durer deux mois, parfois. Alors, il n'était plus à la maison très souvent et jamais très longtemps.

L'heure de mon premier cours arrivait, j'étais en voiture avec ma mère qui conduisait et une boule d'angoisse s'était formée dans mon ventre, je me triturai les doigts les uns aux autres en regardant par la vitre. Renée lâcha le volant d'une main et me serra les mains par-dessus mes doigts.

« Ça va aller, tu sais ? Tu te feras sûrement de nouveaux amis, ce ne sera pas comme au collège, tu verras.

« Ça allait bien, au collège.

Renée me sourit sans me regarder puisqu'elle conduisait.

« Mr Carpenter m'a fait part de son inquiétude à la réunion parents-profs, il m'a dit que tu étais toujours seule depuis qu'Edward et Bella avaient quitté le collège pour le lycée. J'espérais que tu m'en parlerais de toi-même parce que je ne voulais pas te mettre mal à l'aise en t'en parlant comme si je t'espionnais mais tu ne l'as jamais fait. Les autres élèves t'embêtaient ?

« Personne ne m'embêtait, c'était juste devenu difficile de me faire de nouveaux amis.

Personne ne m'avait jamais embêtée, ils savaient que l'ombre d'Edward tournait autour de moi et ils avaient trop peur de lui pour oser s'en prendre à moi comme aux quelques autres qui étaient seuls comme moi. Il y avait quelques avantages à être amie avec l'équivalent humain d'un faucon même si l'inconvénient était que je m'étais retrouvée deux ans toute seule dans l'enceinte du collège. Renée gara la voiture devant le parking du lycée, sans entrer dedans.

« À ce soir, la saluai-je. Edward me ramènera avec Bella, je suppose

« Ma chérie ? M'appela-t-elle, stoppant mon geste pour ouvrir la portière.

Ça ajouta un peu de stress à celui que je ressentais déjà, je savais qu'Edward et Bella m'attendaient, quelque-part. J'avais du mal à contenir mon impatience.

« Oui ?

« Hum, je voulais te demander un truc.

Le fait qu'elle ne me demande pas la chose directement attisa ma suspicion. Qu'est-ce qui était plus gênant que savoir que je n'avais pas d'ami au collège ?

« J'ai entendu Edward t'appeler bébé, l'autre fois. C'est le petit-ami de ta sœur mais... est-ce que... est-ce qu'il sort avec toi, aussi ?

« Maman ! M'écriai-je en écarquillant les yeux. Bien sûr que non, quelle idée !

Je terminai par une grimace. Dégueu.

« Je voulais savoir, c'est tout. Vu qu'il t'appelait bébé, je pouvais me poser la question.

« C'est un surnom qu'il me donnait quand on jouait, enfants, à être une famille. Il a dû le garder depuis ce temps ou alors parce que vous m'appeliez comme ça.

« D'accord, d'accord, excuse-moi.

« Je peux y aller ?

« Oui, bonne journée ma chérie.

« Toi aussi, grommelai-je en sortant.

Je claquai la portière puis récupérai mon sac à dos sur le siège arrière. Je traversai le parking à la recherche du couple mais ne les vis nul part.

« Jamie ? M'interpella quelqu'un.

C'était un gars de mon âge, les cheveux blond foncé, le visage rond et un joli sourire qui creusait des fossettes sur ses joues. Je ne pensais pas l'avoir déjà vu avant. Je regardai alentour pour voir si Edward nous voyait puis tentai de me rassurer en ne le voyant pas.

« On se connaît ?

Mes sourcils s'étaient froncés d'eux même en essayant de me rappeler.

« Mike, Mike Newton, se présenta-t-il. On a fait toutes les classes de la maternelle à Forks, ensemble. Tu n'te rappelles pas ? Tu étais partie à la fin de la dernière section.

Je fouillai les quelques souvenirs que j'avais de ce temps-là mais ça ne me rappelait rien. Puis j'eus l'illumination. Il avait les cheveux beaucoup plus clairs, à l'époque.

« Si, le petit blondinet qui courrait partout !

Il émit un rire sonore en souriant à pleines dents.

« Je courrai partout parce que tu me poursuivais, m'accusa-t-il, amusé. Tu n'arrêtais pas de me demander d'être ton amoureux.

« Je ne me souviens pas de ça.

C'était faux, ça m'était revenue en me rappelant de lui mais je ne voulais pas qu'il le sache. Parce que ça n'avait pas du tout la signification qu'on lui donnait à nos âges. Je regardai à nouveau autour de nous.

« Arf, peut-être que la prochaine fois que tu me poseras la question, je dirai oui, cette fois.

Il n'y avait aucune chance que ça n'arrive un jour, même si je le voulais. Cette conversation était la plus longue que j'avais eue avec quelqu'un d'autre qu'Edward, ma sœur ou mes parents depuis longtemps et je doutais que ça puisse se reproduire avant un moment.

« Je dois y aller.

Je lui fis un signe et me mis presque à courir vers le bâtiment principal. Edward et Bella étaient là, m'attendant à l'intérieur du couloir. J'inspectai l'expression d'Edward et me rassurai en voyant qu'il n'était pas en colère, il n'avait rien vu. Edward et Bella me sourirent quand je les rejoignis.

« Tu arrives juste à temps, ça va bientôt sonner, m'indiqua Edward.

« Maman m'a un peu tenu la jambe, me justifiai-je.

C'était peut-être une surréaction de ma part parce qu'il ne semblait pas fâché ou interrogatif à propos de mon arrivée tardive.

« Les secondes sont empaquetés dans la cour arrière pour les dispatcher dans leurs classes, viens, on t'emmène.