Chapitre 8
J'attendais Edward près du stade où je l'avais vu faire son entraînement avec son équipe de football américain, il se changeait dans les vestiaires avec les autres. Le voir jouer était intéressant, il n'avait pas peur de percuter les autres ou de se faire percuter, ce qui le rendait assez redoutable. De mon point de vue, en tout cas, mais je n'y connaissais pas grand chose. Ses coéquipiers l'acclamaient certaines fois alors j'imaginai qu'il l'était. J'étais toutefois ravie que le football n'aie jamais été l'un de nos jeux quand nous étions petits.
« Hé, Jamie.
Je me tournai pour trouver Mike qui me sourit. Depuis la fois où Edward l'avait mal regardé, il n'avait plus essayé de me parler quand j'étais près de lui mais dès qu'il me croisait et que j'étais seule, il me parlait. Il était gentil et drôle, je l'aimais bien. Dans ma tête, j'espérais qu'Edward finisse par bien l'aimer et l'intégrer à notre petit cercle. Je ne demandais pas grand chose, juste un ami en plus mais c'était la seule demande qui me faisait peur à formuler vu qu'Edward détestait que les autres nous parlent.
« Qu'est-ce que tu fais encore là ? S'enquit-il.
« J'attends Edward.
« Ah, grimaça-t-il.
Bon, Mike n'aimait pas Edward non plus.
« C'est lui qui me ramène, expliquai-je, on est voisin.
Bella était déjà à la maison, elle était fiévreuse depuis ce matin alors maman l'avait gardée à la maison même si elle devait la laisser seule pour aller travailler en fin d'après-midi. Habituellement, nous faisions nos devoirs chez Edward mais nous devrions peut-être les faire chez moi au cas où Bella aurait besoin de quelque-chose.
« Ah, ok. Et dis-moi, tu ne veux toujours pas me poser la question ?
Je ricanai en comprenant de quelle question il parlait.
« Quelle question ? Gronda Edward qui venait d'arriver sans que nous l'ayons vu.
Et merde, putain. Mon rire s'évanouit aussitôt, laissant place à l'inquiétude. Edward se tenait là, furieux, la sueur collant ses cheveux sur le visage car il préférait prendre sa douche chez lui.
« Ça te concerne pas, répondit sèchement Mike.
Edward s'avança pour se mettre à mes côtés.
« Tout ce qui concerne Jamie me concerne. En revanche, elle, ne te concerne pas.
« Tu n'as pas déjà une petite-amie ?
Edward avait le bras derrière mon dos et serrait la ceinture de mon jean avec force pour contenir sa colère et ne pas frapper Mike. J'observais alentour pour vérifier que nous ne faisions pas une scène devant tout le monde et vis son entraîneur regarder dans notre direction, se contentant d'observer la scène et je comprenais pourquoi Edward ne s'en était pas encore pris à Mike. L'entraîneur interviendrait si ça dérapait et Edward se ferait virer.
« Bella est ma petite-amie, Jamie est sa sœur et par extension, je la protège.
« De quoi ? Railla Mike.
« Des petits pervers comme toi qui ne veulent que son cul, lâcha Edward.
Je fronçai les sourcils, gênée qu'Edward pense que les autres mecs veulent ça de moi.
« Peut-être que tu penses que c'est ce que tout le monde veut parce que c'est ce que tu veux toi, l'accusa Mike.
Edward s'avança, se détachant de moi et fit face à Mike. Je lui devinai le visage féroce, prêt à se jeter sur lui. Ses poings étaient serrés contre le haut de ses cuisses.
« Répète un peu ça ?!
Mike se rendit compte que ça allait mal tourner, il prit peur et recula, plaçant ses mains devant lui en signe d'apaisement.
« Je voulais pas dire ça, pardon.
« C'est ça, grogna Edward. Casse-toi.
Mike ne se fit pas prier et détala comme un lapin. Je tournai le regard vers l'entraîneur qui se détourna pour monter dans sa voiture maintenant que le dérapage était écarté. Quand je reportai mon regard sur Edward, il était tourné vers moi et me regardait furieusement.
« Quelle question ? Me demanda-t-il durement.
« Rien, c'est pas important.
Je commençai à marcher en vue de nous diriger vers la voiture mais Edward m'agrippa le coude pour me tourner à nouveau vers lui.
« Quelle. Question ?
Je n'avais pas le choix, je devais lui dire. Je déglutis, essayant de trouver comment le formuler.
« Mike était en maternelle avec moi, à Forks. Je voulais jouer avec lui et je lui demandais d'être mon amoureux mais il disait non à chaque fois. C'était évidemment innocent, tu te doutes bien. Voilà, il parlait de cette question-là.
« Réveille-toi, putain, il veut juste ton cul.
« Je ne veux pas sortir avec lui, répliquai-je, mais il est sympa.
Je pris mon courage à deux mains bien qu'Edward était au bord de la limite.
« J'aimerais bien que tu me laisses avoir un ou une autre amie. Pas lui si tu veux mais ce serait bien.
« Bella et moi, on ne te suffit plus ?
« Si mais...
« Mais rien du tout, bébé. On n'a pas besoin des autres. Allez, on rentre.
La colère et la frustration bouillonnaient en moi durant tout le trajet de voiture qui se fit en silence. Son téléphone sonna mais comme il conduisait, il le sortit de la poche et me le tendit. Mme Swan s'affichait à l'écran et je me demandais pourquoi ma mère appelait Edward.
« C'est qui ? S'enquit-il.
« Ma mère, répondis-je en essayant de garder une voix neutre.
J'inspirai et décrochai.
« Allô, maman ?
« Ma chérie, dis à Edward de t'amener chez lui après les cours, tu y dîneras sans doute, je risque de rentrer tard, la fièvre de Bella a augmenté et je dois l'emmener à l'hôpital.
Elle avait parlé si rapidement que je me dis que ça devait être urgent.
« Elle ira bien ? C'est grave ? M'inquiétai-je.
« Elle ira bien, il vont la soigner, ne t'inquiète pas, elle rentrera sûrement demain.
« D'accord, à ce soir.
« À ce soir.
Je raccrochai et gardai le téléphone d'Edward dans les mains pour lui éviter de se tortiller à nouveau pour le remettre dans sa poche.
« Bella est l'hôpital, elle a trop de fièvre, elle ira bien mais elle ne rentrera sans doute que demain. Tu dois m'emmener chez toi et je vais sans doute manger avec vous.
« D'accord. J'espère qu'elle ne souffre pas trop.
C'était plutôt ironique parce qu'il n'hésitait pas à nous faire mal, quand il était vraiment furieux alors je ne pensais pas vraiment qu'il s'inquiétait que nous souffrions. Ce qui ajoutait plus de colère à celle que je ressentais déjà depuis notre départ du lycée.
J'entrai dans le salon du manoir, en espérant que la pièce serait suffisamment grande pour contenir ma colère et l'empêcher d'exploser. Le marbre froid mordait mes pieds à travers mes fines chaussettes et je remuai les orteils pour réchauffer mes pieds.
« Tu veux goûter ?
Je me tournai vers lui, le regard furieux. Il me demandait ça tout à fait calmement comme si toute la précédente affaire était oubliée.
« Je te déteste, tu nous a brisé les ailes, à Bella et moi et tu n'es qu'un putain de connard abusif.
La seule chose que je détestai plus que le visage fâché d'Edward, c'était celui qu'il arborait actuellement. Une expression froide, le regard glacial qui me donna un frisson dans le dos. C'était le signe que j'avais plus que dépassé la limite, il allait me faire mal, d'une façon ou d'une autre, pour me punir. Quand il était seulement contrarié ou fâché, il se contentait de nous immobiliser en nous serrant fortement la nuque ou le poignet. Quand il était furieux, il devenait froid puis il nous serrait la gorge jusqu'à ce que nous suffoquions ou il nous pinçait fortement jusqu'à ce qu'on lui montre qu'on avait compris. Je me préparai pour l'un ou l'autre, du coup.
Sous mon incompréhension, il se dirigea vers la table et déplaça deux chaises qu'il rangea près du mur, les dossiers parfaitement parallèles au mur. Le père d'Edward était maniaque alors Edward faisait attention à ce que tout soit parfaitement aligné même quand il dérangeait les choses, comme ces chaises. Il s'avança vers moi ensuite, je reculai d'un pas même si je savais que c'était inutile, je ne pouvais pas lui échapper. Il m'agrippa le bras au-dessus du coude, serra et me tira avec lui vers la table. Il fit cogner mes hanches contre le pan de la planche en bois laqué et poussa mon dos avec force tout en m'attrapant le bras gauche. Je m'étalai contre le bois laqué de la table et mon bras se tordit dans mon dos sous la poigne d'Edward.
« Arrête, ça fait mal, m'écriai-je.
« Tu vas réfléchir à ton comportement et j'arrêterai quand tu auras compris.
« Je te déteste.
« Tu n'as visiblement pas encore compris.
L'une des doubles-portes du hall s'ouvrit et se ferma. Carlisle arrivait et Edward devrait me lâcher s'il ne voulait pas être pris sur le fait. Carlisle apparut dans le salon, nous voyant dans cette position qui devait donner à Edward un air de détraqué.
« Edward, Renée m'a appelé, Jamie dînera à la maison ce soir. Je lui ai proposé qu'elle dorme ici pour qu'elle puisse rester auprès de Bella. Tu lui prépareras la chambre d'invité.
Je suppliai silencieusement Carlisle de dire quelque-chose à son fils, de lui dire d'arrêter mais il ne me portait aucun intérêt. Ni à moi ni à la situation.
« Carlisle, l'appelai-je alors qu'il commençait à s'éloigner.
Il s'arrêta et me regarda dans les yeux.
« Dis-lui d'arrêter, le suppliai-je.
Il plissa les yeux.
« Qu'as-tu fais pour mériter cette punition ?
Je hoquetai.
« Je... j'étais en colère et je l'ai insulté.
« Alors tu mérites cette punition, accepte-la et tu verras que tu te sentiras mieux après.
Il disparut ensuite sans se retourner.
« Arrête, s'il te plaît, j'suis désolée, j't'insulterai plus.
Il relâcha mon bras doucement et m'aida à me redresser, je bougeai mon bras pour calmer la douleur persistante. Les larmes aux yeux, j'étais incapable de faire ou dire quoi que ce soit. Ça n'avait jamais été comme ça, avant.
Il me prit dans ses bras et je laissai ma tête retombée sur son épaule, incapable de prendre une décision à propos de rester ou m'enfuir. Je supposai que m'enfuir aurait des conséquences. Il me serra avec réconfort me laissant pleurer doucement contre son t-shirt.
« Chhht, tu as été courageuse. C'est fini, bébé, chhht.
Il m'emmena à la cuisine et prépara notre goûter. Nous mangeâmes en silence avec une seule main car il me tenait l'autre, continuant de me réconforter. Ensuite il m'emmena dans sa chambre et récupéra des vêtements propres dans son dressing.
« Je vais prendre ma douche, reste là, okey ? Me dit-il d'une voix douce.
Je hochai la tête et restai plantée au milieu de sa chambre. C'était la première que j'y venais, nous restions toujours au salon pour faire nos devoirs et c'était lui qui venait chez nous, autrement. Son lit avait deux places et était collé contre le mur, sous sa fenêtre, la tête du lit collée contre le mur de gauche. Il avait un bureau et des étagères remplies de livres en tout genre.
L'émotion avait fini par redescendre et je repensai à ce que je venais de vivre. Edward m'avait maintenue et m'avait tordu le bras, son père l'avait vu et n'avait rien dit, n'avait rien fait pour l'empêcher, comme si... comme si tout était normal. Pire, il m'avait dit d'accepter ma punition.
Je ne connaissais que deux familles, la mienne et celle d'Edward et j'avais toujours pensé, avec plus ou moins de conscience, que la famille d'Edward n'était pas normale. Mais peut-être que c'était la mienne qui ne l'était pas ? Peut-être qu'il n'était pas normal que nos parents ne nous punissent pas et se contentent de nous envoyer dans notre chambre, nous privant de télé ou de sortie ? Nos parents ne nous avaient pas préparées à la vraie vie, dans ce cas, comme lorsqu'ils faisaient semblant de ne pas avoir de problème d'argent. J'étais néanmoins reconnaissante qu'ils ne l'aient jamais fait.
Edward avait eu raison, Carlisle aidait nos parents en donnant de l'argent, disant que c'était normal puisque Edward habitait presque chez nous tant il passait souvent son temps à la maison. C'était plus difficile de nous le cacher comme nous grandissions. Je n'avais jamais vu Carlisle lever la main sur son fils mais je l'avais deviné. Même s'il était toujours gentil et bienveillant avec Bella et moi, parfois, il avait ce comportement froid avec Edward. Le même qu'Edward avait eu, tout à l'heure avec moi. Tel père, tel fils.
J'avais un doute aussi, sur l'origine de la fracture à la jambe qu'Edward s'était faite, bien avant que nous le rencontrions. Quand, petit, il soignait mes peluches, Bella ou moi d'une jambe cassée, quand on jouait au docteur, il disait toujours "Il fallait écouter ton père au lieu de dire des bêtises". Il avait toujours utilisé le mot "dire", pas le mot "faire" alors Edward n'était probablement pas tombé dans les escaliers en courant dedans. Je n'avais pas fait attention à ça, quand j'étais petite parce que je ne pouvais pas imaginer qu'une chose pareil se produise vu que je ne l'avais jamais vu.
Pourtant, Carlisle était gentil, il donnait de l'argent à mes parents pour s'assurer que Bella et moi ne manquions de rien. Il nous offrait des cadeaux sans regarder le prix pour Noël et nos anniversaires, c'était même lui qui avait recommandé Charlie pour le travail de marin-pêcheur, sans quoi nous aurions été obligés de déménager parce que le seul travail que Charlie avait trouvé était à Chicago, soit vraiment très loin et ni Bella ni moi ne voulions déménager. Nous ne voulions ni tout recommencer pour la deuxième fois ni perdre le seul ami que nous avions.
Je soupirai et me tournai vers le bureau d'Edward, ses affaires y étaient méticuleusement posées. Les livres scolaires dont il n'avait pas eu besoin aujourd'hui étaient posés à plat, les uns au dessus des autres, du plus gros en bas au plus fin en haut, avec, tout en haut, une pochette cartonnée. Je ne savais pas si Edward serait mécontent que je touche à ses affaires mais j'étais curieuse de voir les cours qu'ils avaient en terminale. Je pris la pochette et retirai les élastiques dans les coins puis l'ouvris. Ce n'était pas ses cours mais des dessins. Je pris la pochette et m'assis sur le lit, sortant le tas de papiers à l'intérieur. Ils étaient classés par ordre chronologique. Je les reconnaissais, je les avais tous faits pour Edward.
Le premier, celui de son anniversaire qu'il n'avait pas aimé alors j'avais essayé d'en faire un plus joli mais il ne l'avait pas aimé non plus. Il y avait douze dessins en tout, douze essais infructueux. J'avais arrêté après le douzième, me rendant finalement compte qu'il n'aimerait jamais aucun de mes dessins. Ce que je ne comprenais pas à l'époque. Aujourd'hui, je voyais bien que mes dessins étaient moches mais avec mes yeux d'enfants, c'était des dessins super beaux et mes parents adoraient ceux que nous leur faisions, Bella et moi. Mais ils étaient nos parents, donc, forcément, ils faisaient semblant.
Bella avait compris bien avant moi qu'Edward ne voulait pas de dessin, elle n'en faisait qu'à mes parents et moi, petite.
Edward entra alors que je regardai le dernier, essayant de me rappeler ce que représentait chaque détail dessiné d'un trait pantelant. Il baissa les yeux vers mes trouvailles et les remonta en me souriant doucement.
« Pardon d'avoir toucher tes affaires, j'étais curieuse.
« Tu peux toucher mes affaires, sourit-il. Et puis, c'est toi qui m'a offert tout ça.
Il passa une main dans ses cheveux mouillés puis vint s'asseoir dans le lit, le dos contre le mur, les jambes étendues sur la couverture devant lui. Je rangeai les dessins dans la pochette mais il me la prit des mains et réorganisa les dessins du plus ancien au plus récent puis il me rendit la pochette. Je souris et fermai les élastiques puis me levai pour remettre la pochette en veillant à l'aligner avec le livre du dessous. Je revins m'installer près d'Edward, trois-quart tournée vers lui, mes jambes pliées l'une sur l'autre sur le matelas.
« Je ne pensais pas que tu les avais gardé vu que tu ne les aimais pas.
Il arqua un sourcil en souriant.
« Si, je les aimais, sinon, je ne les aurais pas gardé.
« Pourtant, tu n'avais pas l'air de les aimer, tu les regardais à peine.
« Je les regardais plus longtemps quand j'étais seul, pour regarder toutes les formes qu'il y avait dans tes dessins. Je ne voulais pas montrer que je les aimais parce que j'étais bête et je pensais que c'était "trop la honte" d'aimer le dessin d'une fille, m'expliqua-t-il en mimant les guillemets avec ses doigts.
Je ris doucement.
« Tu aimes le rose, en tout cas, c'est la seule couleur qui se retrouve sur tous les dessins.
« Plus trop maintenant, je crois que j'ai fait une overdose avec les murs de ma chambre. Même si, j'en mettrai sûrement toujours sur mes dessins, si j'en refaisais.
« Peut-être que tu pourrais compléter ma collection.
« Je ne suis pas sûre d'avoir progressé depuis le dernier dessin, j'ai peut-être raté une grande carrière en arrêtant de dessiner.
« C'est sûr, se moqua-t-il. Au moins, j'ai les rares dessins que tu as fait et tout ce qui est rare est cher.
« Tu les vendrais ? L'accusai-je.
« Bien sûr que non, je me pavanerais avec les seuls dessins de Jamie Swan qui existent à travers le monde.
Je secouai la tête en riant.
« Mes parents ont gardé ceux que je leur ai offerts et ceux de Bella aussi d'ailleurs. Alors, non, tu n'es pas le seul à avoir mes dessins.
« Argh, fit-il semblant d'être blessé au cœur en y posant sa main. Ma vie n'a plus aucun sens.
« T'es bête, soufflai-je dans un rire.
Je me figeai et cachai ma bouche de ma main.
« Pardon, je t'insultai pas, c'était pas méchant.
« Hé, du calme, m'apaisa-t-il en récupérant ma main de ma bouche. Je sais reconnaître quand ça n'en est pas une.
Il serra ma main dans la sienne, je posai ma tête sur son épaule.
« J'ai pas du tout aimé, tout à l'heure, avouai-je.
« Ce n'était pas fait pour que tu aimes, c'était une punition. Je n'ai pas aimé non plus, tu sais ?
Je relevai la tête et lui envoyai un regard soupçonneux.
« Pourquoi tu l'as fait, alors ?
« Parce que c'est c'est comme ça que ça marche, bébé, murmura-t-il.
« Mais tu aimes nous faire mal, non ?
« Non. Sinon, je le ferai tout le temps et sans aucune raison, pas seulement quand vous êtes énervantes. Pourquoi crois-tu que j'accusai toujours Bella quand tu faisais une bêtise ?
« J'ai jamais su, avouai-je, mais je me le suis toujours demandé.
Il sourit.
« Parce que je ne voulais pas que tes parents te punissent, qu'ils te fassent mal.
« Mais Bella, oui ?
« Non mais Bella était plus grande donc plus forte, elle pouvait encaisser.
« Mes parents ne nous ont jamais fait mal.
Il me lança un regard surpris de côté.
« Jamais ?
« Non.
« Pas de gifle ni de torsion de bras ? Pas même de fessée avant vos 6 ans ?
« Même pas une tape sur la main.
Il fronça les sourcils.
« Étrange, marmonna-t-il.
Alors c'était bien ma famille qui n'était pas normale ?
« Ton père te punis souvent ?
« Plus maintenant mais avant, ouais, beaucoup.
« Quand tu t'es cassé la jambe, c'était à cause de lui ?
« C'était à cause de moi, je ne l'avais pas écouté, j'ai dit quelque-chose, je sais plus quoi et ça l'a mis en colère, il m'a giflé mais comme j'étais en haut des escaliers et que la gifle m'a fait reculer, je suis tombé. Je me suis cogné la tête et cassé la jambe.
« C'est pour ça que tu n'avais pas l'air d'avoir si mal, lorsque nous avions fait le rituel d'amis pour la vie ? Vu que Carlisle te punissait en te faisant mal.
« C'est sûr que j'étais assez habitué à ressentir la douleur et à passer au-dessus. C'était clairement moins douloureux que ma jambe cassée, en tout cas.
Si Edward était comme ça, avec nous, c'était parce qu'il reproduisait ce qu'il avait toujours connu même s'il n'avait jamais frappé notre visage. Quand nous étions petites, il nous faisait mal pendant certains jeux donc ça n'avait rien à voir avec des punitions mais pour lui, ça avait été normal de le faire.
« Je pensais à nos jeux d'enfants, déclarai-je.
« Oui ?
« Quand on jouait à papier, caillou, ciseaux, tu gagnais tout le temps, peu importe ce que nous faisions. C'était parce que tu ne voulais jamais perdre ?
« C'est comme ça que mon père m'a appris à jouer à ce jeu, me dit-il.
Il lâcha ma main mais attrapa mon index avec ses doigts, le tenant et le bougeant un peu.
« Tu veux que je t'apprenne ?
Je lui envoyai un regard indécis.
« Je ne te ferai pas mal, promis. On fera semblant.
« D'accord.
Il se tourna de trois-quart, lui aussi. Il prit ma main et lui fit faire le caillou.
« Si je fais la feuille, je dis qu'elle enveloppe la pierre.
Il enveloppa mon poing sans serrer comme avant.
« Si je fais les ciseaux, je dis qu'il se plante dans la pierre.
Il piqua mon poing avec juste un effleurement de son ongle.
« Tu as compris ?
« Pas vraiment. L'objet le plus fort change à chaque fois.
« Le plus fort, ce n'est pas l'objet que tu mimes, c'est toi. Mon père m'a appris ça, peu importe ce qu'il se passe, tu dois toujours gagner. Crois-moi, je ne gagnais jamais contre lui. C'est plus facile si tu dis l'action que tu veux qu'il se passe avant que l'autre dise la sienne, tu as plus de chances de le désarçonner.
« Donc, si tu fais la pierre et que je fais les ciseaux.
Il me montra son poing pour me laisser essayer.
« Je dois dire que les ciseaux se plantent dans le caillou et je le plante.
« Fais-le.
J'avançai mon index vers son poing mais il l'écarta le faisant descendre.
« La pierre roule, dévale la pente et remonte de l'autre côté pour écraser les ciseaux.
Son poing s'abattit sur mes doigts, doucement puis il attrapa mes deux doigts et fit un bisou dessus puis sourit en les relâchant.
« Donc, quoi qu'il serait arrivé, tu aurais gagné ?
« Carlisle dit qu'il faut savoir s'adapter rapidement devant toutes les situations qui se présentent à toi. C'est ça qui différencie les requins des petits poissons de l'océan.
« J'imagine très bien ton père en requin, avouai-je.
« Ouais, soupira-t-il. C'est sûr que c'en est un. Je ne sais pas vraiment ce que je suis...
« Un faucon.
Il me regarda avec curiosité.
« Pourquoi un faucon, bébé ?
Je lui racontai alors, la scène que j'avais vu, lui expliquant qu'il me faisait penser au faucon et l'hirondelle était Bella et moi. Il resta pensif un moment.
« Viens-la, souffla-t-il en passant sa main par dessus mes épaules.
Il m'entraîna contre lui et je me laissai reposer sur son épaule et contre son torse.
« La différence, murmura-t-il, c'est que je te protégerai toujours et jamais je ne te laisserai tomber. Je suis désolé d'avoir brisé tes ailes, ma petite hirondelle. J'admets être possessif en ce qui vous concerne, je n'aime pas l'idée de vous partager.
Qu'il valide ma métaphore et admette ses torts au lieu de les nier était, en quelques sortes, libérateur. Je ne pense pas qu'il travaillerait sur lui pour changer ni même qu'il essaierait mais au moins, il n'avait pas rejeté mon ressenti. J'étais également rassurée qu'il m'assure ne jamais nous laisser tomber et de toujours nous protéger.
NDA : Aïe, Jamie était bien partie mais sa petite rébellion a été tuée dans l'œuf... mais maintenant vous avez l'explication du comportement d'Edward. Attention, une explication ne tient pas lieu d'excuse, évidemment.
