Chapitre 9

« Maintenant que ce premier mois est passé, tu penses pouvoir travailler assez pour sauter une classe ? Sachant que tu auras a faire les examens de première et de terminal la même année.

« Je ne pense pas, avouai-je. C'est déjà difficile.

« Même alors que je t'aide tous les soirs ?

Je hochai la tête. Edward, Bella et moi étions dans la chambre de ma sœur, mon regard fuyait celui d'Edward, se posant sur nos dessins d'enfants sur les murs bleu clair. Sa chambre n'avait jamais été repeinte, au final. Charlie repoussant sans arrêt, Bella avait fini par arrêter de demander. C'était une autre différence avec Carlisle, il ne repoussait jamais lorsque Edward lui demandait quelque-chose mais bon, le petit défaut de Charlie valait mieux que le gros de Carlisle, à savoir être trop sévère et stricte avec son fils.

« Bon, alors laisse-tomber. Travaille comme tu peux, je t'aiderai toujours, quand tu auras besoin. Du coup, Bella, nous n'avons pas besoin de faire de la merde.

Bella sourit, soulagée. Je l'étais aussi, il fallait dire. Je n'avais pas envie qu'Edward soit contrarié par mon échec.

« C'est pour ça que tu voulais attendre un mois avant de commencer à relâcher notre travail ? Questionna Bella.

« Ouais, répondit-il. Même si je n'ai pas vraiment de travail à relâcher, mon père m'a poussé à prendre de l'avance et je n'ai plus vraiment besoin de travailler maintenant.

« Oui, bah tu as de la chance parce que ça me prend une à deux heures chaque soir pour maintenir mes résultats.

« Je peux t'aider aussi.

« Non, ça va, j'y arriverai par moi-même.

Edward sourit et déposa un baiser dans ses cheveux. Il était adossé contre le lit, Bella s'appuyait sur lui pendant que j'étais assise en tailleur au pied du matelas.

« Au fait, Lauren a insulté Jamie, ce matin pendant que tu n'étais pas là.

Le visage d'Edward se ferma.

« Qu'est-ce qu'elle a dit ?

« Qu'elle était une salope qui te suçait quand j'avais le dos tourné.

Je n'avais pas su me défendre parce que je ne m'y étais pas attendu et Bella, qui avait entendu puisqu'elle n'était pas loin, avait hurlé sur Lauren et m'avait entraînée plus loin.

« Putain de traînée, grogna Edward. Je m'occuperai de son cas demain. N'écoute pas ce que te disent les autres, ils sont juste trop cons, ils ne comprennent rien. Tu aurais dû me le dire aussitôt... ou toi Bella.

Je hochai la tête. Edward n'avait pas encore la réputation impitoyable qu'il avait eue au collège et, si je détestais ça avant, j'avais finalement hâte qu'il la reprenne même si ça inscrirait dans la pierre que jamais je n'aurais d'ami dans ce lycée.

Edward nous annonça qu'il était temps de rentrer pour lui puisque c'était l'heure du dîner. Il embrassa Bella puis déposa un baiser sur ma tempe.

« Tu crois que les autres pensent que je fais vraiment ça parce que je suis toujours avec vous ? Demandai-je à Bella une fois Edward parti.

« Non, elle sait que tu ne le fais pas mais elle dit juste ça parce qu'elle aimerait bien sortir avec Edward.

« Ah bon ?

« Je crois qu'elle est amoureuse de lui.

Je fixai mes chevilles croisées, essayant d'imaginer ce que ça faisait d'être amoureuse. J'aimerais bien l'être, avoir un petit-copain un jour mais aurais-je l'occasion de connaître suffisamment quelqu'un pour en tomber amoureuse ?

« Ça fait quoi, d'être amoureuse ?

« Je sais pas vraiment.

Je relevai mon regard questionneur sur Bella qui s'était avachie contre la tête de lit.

« Mais t'es amoureuse d'Edward ?

« Je crois, je suis pas sûre. Maman ne semble jamais avoir peur de papa alors que j'ai un peu peur d'Edward, parfois.

« Moi aussi, quand il est furieux.

Bella resta silencieuse, regardant le plafond pendant que je la regardais sans savoir quoi ajouter d'autre.

« Ça t'arrive de t'imaginer ce que serait notre vie si nous n'avions pas connu Edward ?

Elle baissa le regard sur moi pour attendre ma réponse. J'y réfléchis mais tout ce que je voyais, c'était nous autour d'Edward.

« Je n'arrive pas à l'imaginer, avouai-je.

« Et d'avoir envie de partir très loin ?

« Une fois, après la punition, répondis-je. J'ai eu envie de fuir mais autrement, non. Et toi ?

« Je n'ai jamais eu envie de fuir mais j'arrive à imaginer ce qu'aurait pu être notre vie sans lui, je n'arrive cependant pas à me convaincre que ça aurait été mieux. Je me demandais si j'étais normale parce qu'une part de moi me dit que je ne le suis pas, que tout ça ne l'est pas. Je ne sais pas. J'imagine que ça l'est si nous sommes deux à ressentir la même chose.

Je haussai les épaules.

« Ça fait trop longtemps que nous sommes entre les serres du faucon, marmonnai-je.

« Du faucon ? Releva-t-elle.

Je lui racontai le documentaire.

« Il est le faucon, on est l'hirondelle et s'il nous laisse tomber, on se relèverait pas, je pense.

« Ouais, j'imagine que c'est nous. Tu as raison. Tu penses vraiment que nous ne nous relèverions pas, s'il nous laissait tomber ?

« Ouais, murmurai-je.

« Mais tu as passé deux ans seule au collège et ça allait, non ?

« Je savais que je le retrouvais le soir, c'était différent que savoir ne jamais le retrouver.

« C'est vrai.


« Il y a la fête foraine de janvier au parc Arboretum, vous voulez y aller ? Nous proposa Edward sur le trajet retour du lycée.

« Ouais, grave, accepta Bella avec enthousiasme.

« Je peux pas, j'ai un devoir d'histoire demain.

« Tu veux de l'aide, pour réviser ?

« Non, non, c'est bon. Allez à la fête, les manèges à sensations, ça ne me dit rien, de toute façon.

Quand Edward me déposa, je fus étonnée de voir notre voiture devant la maison. Renée était déjà rentrée du travail, elle terminait une heure plus tard, d'habitude. Je saluai Edward et Bella puis rentrai à la maison. Une mauvaise odeur embaumait l'intérieur, Renée était acculée contre le plan de travail, ses mains maintenaient les bords autour d'elle, elle avait les yeux rouges et la mine patraque. Raison de son retour avancé, elle était malade.

« Ça va, maman ?

Elle me regarda et un grand sourire barra son visage.

« Ma chérie, t'es déjà rentrée ?

« Edward et Bella sont partis à la fête foraine alors je fais mes devoirs ici, ce soir.

Elle se sépara du plan de travail pour se mettre devant moi puis entoura mon visage de ses mains.

« Oh ma chérie, mon petit bébé, tu as grandi si vite. J'ai l'impression de ne plus servir à rien.

« Maman... tu es bizarre. Et tu sais ce qui pue comme ça ?

Elle n'avait pas seulement les yeux rouges, ses pupilles étaient dilatées. Oh.

« Maman... est-ce que tu... tu t'es droguée ?

« J'aurais pas dû empêcher ton père de t'empêcher de grandir. Bébé toi me manque.

« Euh...

Je ne savais pas quoi faire ni quoi dire. Je devrais probablement appeler Carlisle à l'hôpital pour lui demander de l'aide mais... il l'enverrait probablement en centre de désintox et on avait besoin d'un parent ici. Ça ne pouvait pas être Charlie, il n'était là que trois à sept jours entre ses missions de deux à huit semaines. Renée continuait de me fixer en me triturant le visage de ses mains avec un grand sourire, elle me faisait vraiment flipper.

« Je vais dans ma chambre, annonçai-je.

Elle ne me relâcha pas.

« Oui, va dans ta chambre pour essayer de redevenir un bébé.

Je fronçai les sourcils et éloignai ses mains de mon visage puis je m'éloignai en la regardant de travers pour être sûre qu'elle ne fasse rien de stupide comme me poursuivre. Je récupérai mon sac et montai les escaliers en vitesse, je refermai la porte derrière moi et m'allongeai sur mon lit en imaginant toutes sortes de scénarios que pourrait faire ma mère droguée, en bas. Elle avait dû fumer un joint, ça expliquerait l'odeur.

Il s'était passé quelques heures, je savais que c'était l'heure de dîner puisque mon ventre criait famine mais je n'osai pas sortir de ma chambre. Ma porte s'ouvrit et j'eus peur que ce soit Renée qui venait voir si j'avais réussi à rajeunir mais c'était Bella qui entra avec un sachet de bonbons dans la main. Elle referma la porte derrière elle.

« Maman est bizarre, me signala-t-elle.

Je m'assis sur mon lit et m'adossai contre le mur.

« Elle s'est droguée, je crois. Je me suis réfugiée ici et je n'ai plus osé bouger. Quand je lui ai dit que j'allais dans ma chambre, elle voulait que j'essaye de redevenir un bébé.

« Elle m'a demandé d'aller te chercher à la crèche.

« Putain, soufflai-je alors que Bella s'asseyait à ma gauche. J'ai failli appeler Carlisle mais c'est sûr qu'il l'enverra en désintox, alors...

« La désintox pour s'être drogué une seule fois, c'est un peu over-react.

« Ouais, peut-être.

« Tiens, Edward a acheté ça pour toi.

Je pris le sachet de bonbons, l'ouvris et sentis l'odeur s'en émaner avant d'en piocher un et le mastiquer. Le sucre apaisa mon ventre.

« Merci. C'était bien ?

« Très cool. Les manèges étaient sympas, y en avait de moins sensationnels, tu aurais pu venir si tu n'avais pas eu ton devoir demain.

« J'ai rien révisé, au final. J'aurais dû venir.

« Ça va aller, elle redeviendra normale demain matin.

Je hochai la tête.

« Je vais préparer le repas, décida-t-elle. Parce qu'on ne risque pas de manger vu que maman attend que je te ramène de la crèche.

Je grimaçai alors que Bella souriait d'amusement.


Edward, Bella et moi nous promenions sur la plage d'Alki beach, à l'ouest de Seattle, emmitouflés dans nos manteaux, nous protégeant du vent frais de février. Ça faisait du bien de sentir l'air marin, donnant une impression de vacances à ce samedi après-midi. Il s'était passé un mois depuis que j'avais trouvé Renée défoncée à la maison. Le matin suivant, nous lui avions fait part de notre inquiétude et de la peur qu'elle m'avait foutue, elle nous avait promis de ne plus jamais toucher à la drogue et elle semblait avoir tenu sa promesse, jusque là.

« Tu as envoyé tes demandes aux universités ? S'enquit Edward auprès de Bella.

« Ouais, c'est envoyé. Je suis nerveuse d'avoir les réponses.

« Ça ira, tu as un bon dossier.

« Moins bon que le tiens. Je pourrais ne pas être acceptée dans les mêmes que toi.

« Je doute qu'une quelconque université me refuse, vu mon dossier, la rassura-t-il.

« Mais je pourrais ne pas être acceptée dans celle que tu veux.

« Nous irons dans la meilleure de celles qui t'accepteront.

Bella et Edward avaient fait leurs demandes d'inscription aux universités proches de Seattle, celle de Seattle était celle que visait Edward en priorité, à défaut, les universités autour. Il ne voulait pas d'université qui ne leur permettrait pas d'au moins revenir le week-end même si d'autres plus éloignées lui offriraient de meilleures opportunités. Il préférait sacrifier ces opportunités possibles que me laisser derrière et même si je ne lui en avais rien dit, je lui étais reconnaissante pour ça.

Bella allait faire des études dans l'administratif, quant à Edward, il se dirigeait vers la technologie de pointe et voulait devenir le patron de son entreprise. Il ambitionnait d'être parmi les meilleurs du marché et de développer sa future entreprise vers le haut du panier. J'étais persuadée qu'il y arriverait. Pour ma part, il me resterait deux ans de lycée après l'année en cours et je n'étais pas sûre de vouloir prolonger ma scolarité qui était plus une corvée qu'autre chose pour moi. D'autant que je peinais à maintenir mes notes au dessus de la moyenne.

Je m'arrêtai, me crispant en sentant une crampe dans mon bas ventre. Je posai ma main dessus pour calmer la douleur. Edward et Bella s'arrêtèrent.

« Ça va ? S'inquiéta Edward. Dis-moi.

« J'ai mal au ventre, c'est... tu sais, mes trucs de fille qui vont arriver.

J'avais toujours mal au ventre quelques heures avant leur arrivée jusqu'à la deuxième nuit, en général. Edward était habitué, maintenant, entre Bella et moi, il savait que la seule chose que nous voulions faire pendant ces maux de ventre, c'était rester allongées chez nous et y bouger le moins possible en insultant l'Univers d'avoir inventer cette calamité.

En rentrant chez nous, Charlie dormait sur le canapé, la télé allumée. Il venait de rentrer de mission et devait être épuisé. Non seulement son travail était épuisant mais il dormait mal, en mer. Bella alla éteindre la télé pour ne pas qu'il se fasse réveiller par le son. Edward me demanda :

« Chaud ou froid ?

« Chaud.

Avec le froid extérieur, il valait mieux que je pose une bouillotte chaude sur mon ventre en premier. Quand elle ne fonctionnera plus, elle sera remplacée par un sachet de gel froid et j'alternerai entre les deux jusqu'à ce que les anti-douleurs fassent effets.

« Je te prépare ça, va te coucher.

Je hochai la tête et montai les escaliers en grimaçant, passant d'abord aux toilettes puis me couchai, Edward arriva et me tendit le comprimé à sucer puis la bouillotte que je plaçai sur mon bas ventre.

« Appelle si tu as besoin de quelque-chose, essaye de dormir.

Je hochai la tête alors qu'il retira une mèche de mon front. Il sortit mais laissa la porte ouverte pour pouvoir m'entendre si jamais.