Chapitre 10
Nous étions attablés du même côté de la grande table à manger, chez Edward. J'étais tout à gauche, Edward était au milieu ce qui lui permettait de pouvoir nous aider si nous avions besoin. Chacun était plongé dans ses devoirs, le silence régnait donc dans le salon, seulement interrompu par l'un de nous qui tournait une page ou lâchait son stylo. Je fermai mon classeur, ayant une overdose du cours d'économie et le repoussai loin devant moi. Je pris un temps de pause en fermant les yeux pour évacuer le trop plein d'informations emmagasinées puis plongeai dans mon sac à la recherche de mon livre de maths. Encore des chiffres, toujours des chiffres et des calculs chiants et ennuyeux.
« Oh non, lâchai-je.
Je me redressai et soupirai d'agacement.
« Qu'y a-t-il ? Me demanda Edward sans quitter le regard de sa rédaction qu'il relisait.
« J'ai oublié mon livre de maths dans ma chambre, grommelai-je.
« Tu es de mauvaise humeur depuis la fin des cours, remarqua-t-il.
« Je ne suis pas de mauvaise humeur, je suis fatiguée.
« Tu dors bien ?
« D'habitude oui mais j'ai eu une insomnie, cette nuit. Je dormirai mieux ce soir. Je vais chercher mon livre.
« Ok.
J'allai chercher mes chaussures dans le placard et sortis sans prendre la peine de mettre de manteau, on était fin mars, il faisait assez bon dehors même si ce n'était pas encore agréable pour sortir sans se couvrir mais je n'habitais pas loin alors ça n'allait pas être long. Je fronçai les sourcils quand ma clé ne voulut pas tourner dans la serrure. Finalement, ça allait peut-être durer un moment. Je la retirai et la remis pour voir mais toujours le même résultat. La serrure était cassée, visiblement. Épuisée, tout m'agaçait et la serrure cassée davantage.
Je soupirai et fis demi-tour, j'allai dans le cabanon d'Edward où je trouvais une échelle. Je la coinçai contre le mur, montai, me mis à califourchon dessus puis fis passer l'échelle de l'autre côté. C'était beaucoup d'efforts pour quelques exercices de maths et le court trajet s'était transformé en parcours du combattant. J'étais trop grande pour passer par le trou par lequel Edward passait quand il était petit mais j'aurais préféré avoir été assez petite, je ne tenais pas spécialement à me casser une jambe.
Je descendis puis entrai par la cuisine. Après l'avoir traversée, je remarquai tout de suite la cause de la serrure bloquée. Les clés de Renée étaient enfoncées dedans de ce côté de la porte, empêchant la mienne de s'enfoncer totalement et donc, de tourner dans le mécanisme. Mais si ma mère était là, où était la voiture ? Elle n'était pas garée devant la maison. Il n'y avait aucun signe d'elle dans le salon, elle devait être dans le bureau.
Je montai et entendis des bruits répétitifs et presque réguliers provenir de la chambre des parents. Elle s'était enfin décidé à réparer les volets ? Il était temps. J'entrai dans ma chambre, pris mon livre de maths et redescendis pour retourner chez Edward. Je m'arrêtai au milieu des escaliers quand j'entendis un cri. Ça ne ressemblait pas vraiment à un cri de douleur et les bruits de bricolage continuaient toujours. Dans un rythme plus soutenu, par ailleurs.
Je remontai doucement les escaliers et restai immobile dans le couloir, devant les escaliers, écoutant les bruits pour en définir la provenance. Ça ressemblait plus à un meuble qui se cognait contre le mur. Oh. Je réalisai. Pas du bricolage, mes parents avaient toujours une vie sexuelle. Beurk, dégoûtant. Pour moi, ils étaient des parents et donc... ne faisaient plus ça. Je fis un mouvement vers les escaliers pour repartir quand je me rappelai que Charlie était parti pour une mission de deux semaines et il n'était parti qu'il y a trois jours. Je fixai la porte d'un mauvais œil, me demandant si ma mère était en train de se faire sexuellement agresser par un connard pervers. Elle ne pouvait pas tromper mon père, c'était impossible.
J'entendis les grognements d'extase de l'homme. Dégoûtant. Bordel, je ne voulais pas imaginer. Je frissonnai de dégoût. Il y eut un silence, je savais qu'ils allaient finir par sortir mais je voulais voir, être sûre, qu'ils étaient deux là-dedans à faire ce que je pensais qu'ils faisaient. J'espérai que c'était Charlie, que le bateau de son équipage avait fait demi-tour et qu'il fêtait ça joyeusement avec ma mère.
« Tu veux tirer, mon ange ?
Mes épaules s'affaissèrent. Ce n'était pas la voix de Charlie.
« Non, pas le soir quand mes filles vont bientôt rentrer. Je leur ai foutu la trouille, l'autre jour.
Elle se droguait toujours. Je bouillonnais, elle avait promis, elle avait menti. Elle trompait mon père et elle se droguait avec son amant. J'avais envie de casser des choses, n'importe quoi.
« Quand est-ce que tu quittes ton mari ? Tu m'as promis de le faire bientôt.
C'était quoi cette merde ?
« Leur père est souvent absent, alors attends un peu, d'accord ? J'aimerai au moins attendre que Bella aille à l'université, il ne me restera que Jamie.
« Elle a quel âge, 14 ans ? J'ai pas signé pour la marmaille, moi.
« 15, elle aura 16 dans trois mois. À ce moment, je pourrais la laisser, notre voisin pourra sans doute garder un œil sur elle le temps que son père soit au travail. Laisse-moi jusqu'aux vacances d'été, le temps que je les prép...
Renée s'interrompit en ouvrant la porte, me voyant là avec mon livre de maths que je serrai contre moi. Derrière elle, son nouveau mec qui était plus proche de mon âge que du sien. Il me disait quelque-chose, je l'avais déjà vu mais je ne savais plus où. Il tenait un joint entre son index et son pouce sur lequel il tira une taffe comme s'il n'en avait rien à foutre de me voler ma mère. Je fixai Renée, les yeux rageurs.
« Je te déteste.
Je dévalai les escaliers, fuyant les deux enfoirés.
« Jamie ! Appela Renée. Jamie, attends.
Je déverrouillai la porte et sortis en trombe. Courus jusque chez Edward, je m'arrêtai devant la porte et repris mon souffle. Je ne voulais pas entrer comme une folle et les alerter, pas avant de savoir ce que j'allais dire à Bella. Je tournai sur moi-même pour me calmer et vis Renée sur le point d'entrer par le portail ouvert des Cullen. Mon regard noir l'arrêta.
« Ne t'avise pas, assénai-je.
« Jamie, je peux t'expliquer.
Un souffle méprisant passa entre mes lèvres.
« J'ai très bien compris, merci. Tu te tapes un petit jeune pendant que papa se démène au travail. J'ai bon ?
« Ma chérie, je te reconnais pas. Ça ne te ressemble pas d'être comme ça.
« J'ignorai que ma mère trompait mon père et voulait nous abandonner, jusqu'à maintenant.
« Je ne veux pas...
« Tais-toi, arrête de mentir, aboyai-je au bord des larmes. Je vous ai entendu. T'as menti pour la drogue et tu me mens pour ça, aussi.
« Je suis désolée.
« Je m'en fous, je veux pas t'écouter, lui criai-je après. Casse-toi avec ton mec puisque de toute façon, tu t'en fous de nous. J'en ai rien à foutre. Bella fera ce qu'elle voudra mais je reste chez Edward jusqu'à ce que papa revienne. Je veux plus te voir. Va-t-en.
Je repris mon souffle.
« Ça sera plus facile pour toi, comme ça, ajoutai-je faiblement.
J'ignorai les larmes de ma mère et entrai chez Edward pour ne plus la voir. Je priai pour qu'elle ne me suive pas. Je retirai mes chaussures dans le placard et les rangeai puis restai un moment dans la semi-obscurité de la pièce pour calmer la rage qui bouillonnait en moi. Je finis par sortir et rejoignis Edward et ma sœur qui s'était placée devant lui parce qu'il lui posait des questions sur son cours, pour l'aider à apprendre sa leçon. Edward tourna la tête vers moi, ils froncèrent les sourcils, tous les deux.
« Jamie, tout va bien ? S'inquiéta Edward.
« Oui, ça va, ça va, je suis fatiguée, c'est tout.
Je m'assis sur la chaise, jetant à moitié mon livre de maths.
« J'ai mon livre de maths.
« Je vois, oui.
« J'ai dû emprunter votre échelle, ma clé ne voulait pas ouvrir la porte, alors je suis passée par-dessus le mur. J'ai oublié l'échelle de l'autre côté.
« J'irai la chercher plus tard, annonça-t-il prudemment.
Je récupérai mon bloc de feuilles et ouvris le livre à la page des exercices que je devais faire. Je ne savais pas comment j'allais le dire à Bella, c'était trop énorme. Je fermai les yeux un instant alors qu'Edward posait une nouvelle question à Bella. Je les rouvris alors que je me rappelai. Mes poings se serrèrent, mes ongles entraient dans ma peau. Ma mère nous avait emmenés, Edward, Bella et moi voir un match de base-ball, elle ne s'était jamais intéressée au sport avant mais elle disait vouloir nous faire découvrir un nouveau truc. Le type qu'elle se tapait, était un membre des Mariners. Il avait genre dix ans de plus que moi.
Je ne voulais pas juger les quarantenaires qui voyaient des gens plus jeunes - et majeurs - mais ma mère... une femme mariée à mon père... ça me foutait les boules. Ce qui me faisait encore plus rager et me rendait profondément triste c'était qu'elle voulait nous abandonner pour suivre son drogué d'amant.
De rage, j'abattis mon poings sur la table, ce fut mon poignet qui prit le choc contre le bord de la table, je recommençai sans tenir compte de la douleur mais la main d'Edward s'interposa, encaissant le choc à ma place et j'éclatai en sanglot. Edward m'agrippa et me bascula vers lui, enfonçant mon visage dans son sweat et il me laissa pleurer et baver sur lui. Mon poignet droit me faisait affreusement mal mais je l'ignorai parce que ce n'était pas mon soucis.
« Jamie, souffla Bella avec inquiétude.
Je frappai ce que j'avais sous la main, celle qui n'était pas blessée et bloquée entre Edward et moi et je réalisai que c'était Edward que j'étais en train de frapper. Il ne dit rien cependant, me laissant m'énerver sur lui. Edward frottait mon dos et Bella s'était levée pour m'enlacer par dessus le bras d'Edward. Nous restâmes ainsi jusqu'à ce que je me calme et me redresse de moi même. Je fis un mouvement pour essuyer mes larmes mais la douleur de mon poignet m'arrêta, je regardai, tournant mon poignet pour voir qu'un large hématome était apparu.
« Bella, va chercher une poche de froid.
Elle se dirigea vers la cuisine pour la prendre dans le frigo tandis qu'Edward téléphonait à son père entourant de sa main la jointure de mon poignet pour l'immobiliser, me permettant de relâcher mes muscles qui maintenaient ma main droite, ce qui me soulagea un peu.
« Jamie s'est cogné le poignet, elle a un hématome, c'est douloureux. Je mets de la crème ou j'attends que tu arrives ?
Bella revint et me tendit la poche, Edward me relâcha, je grimaçai parce que mes muscles durent reprendre leur mission et ça entraîna plus de douleur. Edward prit la poche de gel et la plaça entre sa paume et mon poignet quand il le reprit.
« L'avant, sur le bord de la table, elle se l'est cognée avec force. Maintenir seule son poignet lui fait davantage mal.
Bella s'assit sur la chaise du bout de table et se rapprocha de moi, frotta le haut de mon bras de sa main. Edward se tourna vers moi.
« La douleur s'intensifie quand tu bouges la main ?
Il me relâcha un peu mais garda sa main pour que mon poignet repose toujours sur elle. Je la bougeai de façon infime et arrêtai quand la douleur se propagea autour. Je hochai la tête. Il immobilisa mon poignet de nouveau avec la poche de gel.
« Et les doigts ?
Je les bougeai et à nouveau, la douleur se réveilla.
« Oui, glapis-je.
« Les deux.
« D'accord.
Il raccrocha.
« Carlisle pense que ce sont les tendons qui ont reçu le choc. Il lui reste deux patients à voir et il arrive avec la crème et une attelle.
« Jamie, qu'est-ce qu'il y a ? me demanda Bella. Tu peux nous le dire ?
« Maman trompe papa, balançai-je.
Les yeux de Bella s'écarquillèrent, sa bouche s'entrouvrit et resta sans voix.
« Et elle va nous abandonner, je l'ai entendu dire. Elle attendait juste un peu pour nous préparer à la nouvelle.
« Quoi ? Souffla Bella.
« Elle se tape l'un des Mariners qu'elle nous a emmené voir, l'autre soir.
« Tu es certaine que ce n'est pas un malentendu ? S'enquit ma sœur.
Je comprenais qu'elle n'arrive pas à le croire.
« J'entendais les bruits quand ils... et je les ai entendu discuter de quitter papa et de nous laisser cet été. Elle voulait attendre que t'aille à l'université et me laisser seule à la maison parce que peut-être, Carlisle garderait un œil sur moi.
Je posai ma tête sur l'épaule d'Edward.
« Je peux rester dormir chez toi jusqu'à ce que mon père revienne ? Lui demandai-je.
« Bien sûr, accepta-t-il.
« Je reviens, décréta Bella en se levant. Faut que je parle à notre... à Renée.
« Bella, l'appelai-je.
« Oui ?
Je tournai la tête pour la regarder.
« Elle se drogue toujours.
Les lèvres de Bella se pincèrent puis elle se retourna pour retrouver Renée.
« Viens, petite hirondelle, murmura Edward. Allons sur le canapé.
Je me levai, Edward me maintenait toujours le poignet. Il récupéra un coussin qu'il plaça sur mes cuisses et je pus y poser mon poignet par dessus la poche de froid. Edward s'éloigna et revint plus tard avec un verre d'eau à la fraise. Je bus les trois-quart du verre puis, voyant que je ne buvais plus, il me le prit et le posa sur la table basse. Il me prit la main gauche et la serra doucement.
« Je suis désolé pour ce que ta mère fait. Autant que je sache, elle est en train de foutre sa vie en l'air pour une histoire de cul. Mais je me fous d'elle, elle n'a pas à vous entraîner dans sa merde.
« Je la déteste.
« Je comprends, c'est normal. J'ai détesté la mienne alors que ce n'était pas de sa faute si elle était devenue folle. Ta mère n'a pas cette excuse.
« Tu l'as revue ?
« Non, mon père a obtenu une ordonnance restrictive parce qu'elle a essayé de m'enlever quand elle est sortie de l'hôpital. Elle a été en prison pendant un an et nous n'avons plus de nouvelle d'elle.
« T'avais quel âge ?
« Presque dix ans.
« J'en savais rien.
« T'étais malade ce jour-là, restée à la maison avec ton père. Bella a vu ma mère essayer de me traîner jusqu'à la voiture, après l'école. Heureusement, d'autres parents étaient là et l'ont empêchée de me prendre en me voyant me débattre. Ils nous ont surveillés le temps que Carlisle arrive et il nous a raccompagné, j'ai dit à ta sœur de ne pas t'en parler. J'avais déjà honte que Bella aie vu ça.
« Y avait pas de honte, c'était plutôt ta mère qui aurait dû avoir honte.
« Je ne sais pas, je devais être fort et... j'ai été faible.
« T'étais qu'un gosse... tu pouvais rien faire contre une adulte.
Il tourna la tête et me sourit.
« Qu'elle réessaye maintenant, pour voir.
Je lui souris d'un air entendu. Le bruit de la porte attira notre attentions, Bella revint, clairement pas heureuse de sa discussion et s'installa de l'autre côté d'Edward.
« Tu vas bien ? S'enquit Edward.
Edward passa son bras autour de Bella et la pencha sur son épaule, embrassant ses cheveux au passage.
« Ouais. Ma mère veut refaire sa vie. Charlie n'est jamais à la maison, on est toujours avec toi alors elle se sent seule et inutile et bla, bla, bla. Que des excuses à la con. On dîne pourtant tous les soirs avec elle et les moments où nous n'étions pas avec toi, c'était elle qui n'était pas avec nous. J'ai aussi appris qu'elle n'avait plus de boulot depuis un certain temps et elle a vendu la voiture. Pourtant, je crois que Carlisle lui a récemment donné de l'argent parce que les placards étaient vides alors je me demande où est passé l'argent de la voiture.
Elle souffla, agacée.
« En fait, je ne me le demande pas, la drogue et peut-être, qui sait, des cadeaux à son copain, le base-ballman drogué. Je l'ai vu, il était là à la consoler parce que sa fille la déteste alors qu'elle avait l'intention de partir en laissant ses deux filles derrière. Elle s'attendait à quoi ? Qu'on l'adule en la regardant partir avec son nouveau mec ? Tu sais... il pourrait être son gosse, il a 25 grand max, elle en a 43, elle l'aurait eu à 18 ans. C'est étrange quand on le voit de cette façon mais... merde, elle est mariée et elle ne peut pas nous abandonner.
« Je suis désolé pour vous, les filles. Notre porte vous est ouverte, vous pouvez dormir ici, toutes les deux.
« Ouais, j'ai pas envie de la voir, non plus.
Carlisle rentra, il nous vit sur le canapé et se dirigea vers nous, un sachet dans la main d'où dépassait un bout d'attelle.
« Bonjour les filles, nous salua-t-il.
Il s'arrêta devant moi pendant que Bella lui répondit.
« Alors, laisse-moi voir ça.
Il prit doucement mon bras, le tourna en veillant à maintenir ma main dans l'axe de mon poignet.
« Je vais devoir palper tes poignets, ça te fera mal mais tu es courageuse, n'est-ce pas ?
Je levai les yeux vers les siens. J'avais déjà entendu ça. Je hochai la tête. Ses pouces examinaient du toucher mes tendons, mon visage se tordit de douleur durant l'examen. Il laissa ses deux pouces sur mes tendons et me dit de bouger ma main puis mes doigts.
« Bon, aucun n'est sectionné, ce qui est une bonne nouvelle. Je vais te mettre de la crème qu'il faudra te remettre trois à quatre fois par jour et bien sûr, garder cette attelle. Deux semaines pour le moment et nous verrons comment ça évolue.
« D'accord.
« Je vais lâcher ton poignet pour mettre la crème alors récupère-le avec ton autre main pour ne pas forcer dessus.
Je plaçai ma main dessous, gardant mon poignet vers le haut. Carlisle sortit un tube de crème du sachet.
« Les filles vont rester ici un moment, l'informa Edward.
Carlisle se contenta de hocher la tête. C'était comme si Edward n'avait pas besoin de son autorisation pour nous inviter pour une durée dont il n'avait pas connaissance.
« Une semaine et demi, le temps que Charlie rentre du travail, précisai-je pendant que Carlisle m'étalait la crème froide sur mon poignet.
Le froid retrouvé me fit du bien mais la crème se réchauffa bien vite.
« Restez autant que vous voulez, répondit-il. Vous êtes ici chez vous.
Il m'installa l'attelle bleu marine qui allait de la base de mes quatre doigts à la moitié de mon avant bras, avec une assez large ouverture pour mon pouce.
« Voilà. De la crème et de la patience, à partir de maintenant.
« Merci Carlisle.
« Je t'en prie. Edward, je mets la crème dans l'armoire à pharmacie, tu lui montreras où c'est. Tu devrais l'aider afin qu'elle n'aie pas à forcer sur son poignet pour mettre la crème.
« Pas de problème.
Carlisle alla ranger la crème et le sachet. L'attelle empêchait mon poignet de bouger, je l'observai un moment.
« Jamie ? M'appela Carlisle.
Je tournai la tête vers lui, il s'était arrêté à l'entrée du salon.
« Viens avec moi, quelques instants.
Je repoussai le coussin et la poche de gel et le rejoignis, je le suivis au premier étage où il me fit entrer dans un bureau.
« Assieds-toi.
Il m'indiqua le fauteuil de lecture qui se tenait près d'une étagère remplie de livres médicaux. Je m'y assis pendant qu'il tournait le fauteuil de son bureau pour s'asseoir et me faire face.
« Edward a dit que tu t'étais cogné le poignet avec force contre la table.
« Oui.
« Volontairement ?
Je réfléchis à la réponse. Est-ce que ça pouvait être considéré comme volontaire si j'avais fait ça pour évacuer un trop plein d'émotions furieuses ?
« Pas vraiment, j'étais furieuse contre ma mère... et triste mais surtout furieuse. J'avais trop de colère en moi, ça ne voulait pas passer et je ne savais pas comment... évacuer tout ça.
« D'accord, je comprends. La prochaine fois, tu devrais plutôt en parler, à Edward par exemple. Il vaut mieux désamorcer la situation avant de te faire du mal.
Comme je ne répondis rien, il me demanda :
« Tu lui en parleras, si ça devait arriver à nouveau ?
Je hochai la tête.
« Bien, maintenant, dis-moi ce qui t'a mis dans cet état.
« J'ai surpris ma mère tromper mon père, tout à l'heure. Avec l'un des joueurs de base-ball du match qu'on a été voir avec elle. Je suppose que ça veut dire que ce n'est pas récent. Elle...
Je soupirai.
« Elle veut quitter mon père pour le gars de 25 ans et nous abandonner, Bella et moi. Elle s'en fiche de nous, elle s'en fiche de me laisser toute seule quand Charlie sera au travail et Bella à l'université. Elle pense que tu voudras bien garder un œil sur moi comme si j'étais une charge dont elle devait se débarrasser et comme si tu n'avais que ça à faire de t'occuper de la fille du voisin.
« Allons, vous avez grandi avec Edward, vous faites partie de la famille. C'est pour ça que j'aide tes parents financièrement quand ils ont besoin.
« C'est très gentil de ta part mais j'imagine que tu devrais arrêter de donner de l'argent à ma mère, maintenant. Parce qu'en plus, elle se drogue.
« Ah, fit Carlisle dont le visage s'était fermé. L'argent était pour vous, la nourriture, les habits, les cadeaux d'anniversaire et de Noël. Pas pour que ta mère se drogue, je vais évidemment arrêter ça.
Je hochai la tête.
« De toute façon, elle a décidé de partir, non ? Vous pourrez vivre ici quand votre père sera au travail et vous rentrerez chez vous lors de ses congés. Ça vous permettra de ne pas être livrées à vous-même et ça allégera votre père financièrement.
« Merci.
« Pas la peine de me remercier, c'est bien normal. Ta sœur et toi avez eu une influence plus que positive sur mon fils, l'un vaut l'autre.
