Chapitre 11
Bella et moi attendions Charlie, assises sur le canapé. Bella mordillait l'un de ses ongles nerveusement, pendant que mon regard était posé sur le vide qui remplaçait la télé. Je me demandais ce que nous allions dire à notre père.
Le lendemain de ma découverte, Bella et Edward étaient allés chercher quelques affaires à nous pour ne pas que nous ayons à faire d'aller-retour, je les avais laissé faire parce que je refusais de revoir Renée. Quand ils sont revenus avec nos habits et le reste de nos affaires de cours, ils m'apprirent que Renée était partie, la maison semblait avoir été cambriolée tant il manquait de choses. Elle avait décidé de prendre tout ce qu'elle avait pu, probablement pour les vendre. Bella craignait que Renée aie vidé le compte qu'elle partageait avec Charlie mais nous ne pouvions rien faire pour vérifier ou l'empêcher si elle ne l'avait pas déjà fait.
La porte s'ouvrit sur Charlie, Bella et moi nous levâmes comme une seule et nous le rejoignîmes, nous l'enlaçâmes à deux, pour le réconforter en avance ou pour repousser l'échéance.
« Et bien, vous aussi m'avez manqué, nous dit Charlie, un sourire dans la voix. Laissez-moi au moins poser mon sac.
Sourire qu'il perdit quand il se rendit compte que la télé et les bibelots avaient disparus. Il laissa le sac à l'entrée et s'avança plus dans la pièce.
« Nous avons été cambriolé ? Vous allez bien ?
Nos visages ne devaient pas être très rassurants car il commençait à vraiment s'inquiéter.
« Où est votre mère ?
« Partie, annonça Bella. Avec les affaires manquantes.
« Qu'est-ce que tu veux dire ?
« Elle a un amant, dis-je. Jeune et drogué et elle se drogue aussi. Elle est partie, elle nous a abandonnées, Bella et moi. Elle voulait te quitter et nous abandonner cet été mais je l'ai surprise avec son amant avant.
« Elle vous a laissées seules ? S'effara-t-il. Elle a un amant ? Elle se drogue ?
« Carlisle nous a accueillies chez lui pendant ton absence, expliquai-je. Il est d'accord pour qu'on reste chez lui quand tu travailles. Renée est partie le lendemain, sans se retourner.
« Tu devrais vérifier le compte en banque, ajouta Bella, elle a peut-être tout vidé pour payer sa drogue. Si ce n'est pas le cas, tu devrais ouvrir un autre compte pour y mettre l'argent.
Charlie était épuisé et il tombait de haut alors sa réaction était juste un état de sidération.
« Je vais vérifier les comptes, souffla-t-il, hébété.
Il nous dépassa pour rejoindre le bureau. Bella et moi l'avions regardé faire le chemin jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière la porte. Nous attendîmes un bon moment avant de réaliser qu'il ne sortirait pas du bureau. Je m'avançai et ouvris la porte pour voir mon père les coudes sur le bureau devant l'ordinateur, le visage dans ses mains, ses épaules tressautaient. Je n'avais jamais vu mon père pleurer, il avait toujours été d'une humeur égale, c'était déroutant de le voir comme ça.
S'en était suivi une lente descente en enfer pour Charlie. Après avoir découvert que Renée l'avait quitté sans un mot et était partie avec l'argent, il était tombé dans une profonde dépression. Il avait demandé le divorce qui avait eu lieu mi-août. Renée n'avait rien demandé nous concernant, laissant notre garde à notre père sans chercher à avoir un week-end par-ci par-là. Non pas que nous aurions accepté ça, Bella et moi. La rupture avec notre mère, si je pouvais toujours dire qu'elle l'était, était totale. Et c'était mieux comme ça.
Je fermai le livre que j'avais arrêté de lire en me perdant dans mes réflexions et fixai la tapisserie lilas qui avait miraculeusement remplacé la grise lors d'un jour d'école. Edward avait dû rapporter à Carlisle que je trouvais le gris trop austère. Carlisle me l'avait confirmé en me demandant le soir du changement si la nouvelle couleur de ma chambre me plaisait. J'avais bégayé parce qu'il avait fait sonner ça comme si c'était réellement ma chambre et non pas la chambre que j'occupai en attendant le retour de Charlie. C'était ma chambre pour la plus grande partie du temps, maintenant. Charlie continuait de travailler parce qu'il n'avait pas le choix, il n'avait pas pu prendre de congé supplémentaire pour soigner sa dépression, Bella et moi étions aux petits soins pour lui quand il revenait et je pense que ça l'aidait.
Mon regard se posa sur mon réveil, il affichait 8h47, je pense que c'était suffisamment tard, maintenant. Je me levai et toquai à la porte d'Edward et Bella. J'attendis la réponse mais n'en obtins aucune. Ils ne m'avaient pas entendue ou alors ils dormaient encore. Je ne pouvais plus attendre, trop impatiente alors je frappai plus fortement et collai mon oreille contre le bois de la porte. Je frappai à nouveau.
« Ouais, tu peux entrer.
Je souris et ouvris la porte, la chambre était plongée dans le noir en dehors de la lumière provenant du couloir, Edward et Bella étaient toujours au lit, Bella frotta son visage pour se réveiller. Je m'avançai rapidement et m'arrêtai, plissant les yeux en voyant qu'Edward n'avait pas de haut de pyjama.
« Tu n'es pas à poil ?
« Non, rit-il.
Rassurée, je m'approchai, levai la couverture, Edward portait bien un pantalon de pyjama, je passai par dessus Edward pour m'allonger entre eux deux et remontai la couverture.
« Tu ne pouvais pas attendre, hein ? Marmonna Bella qui m'entoura de son bras pour me faire un câlin.
« Non, vous allez trop me manquer.
« On revient le week-end, tu sais ? Me signifia Edward.
« Quand même, grommelai-je.
J'avais fait ma rentrée mardi dernier, Edward et Bella avaient pris un studio duo au campus de l'université d'Ellensburg, leur rentrée était demain lundi mais ils allaient s'installer dans leur nouveau chez eux ce soir, donc ils partaient vers 16h, aujourd'hui. Ce qui était beaucoup trop tôt, de mon avis.
Après le déjeuner, Carlisle nous tendit une boîte, à Bella et moi. Je regardai le dessin du téléphone sur la boîte, la version pro du dernier modèle de l'une des deux plus grandes marques du marché. Bella avait le sien avec la coque arrière bleu turquoise, le mien avait l'arrière vert turquoise, le devant étant entièrement pris par l'écran. Je regardai Carlisle sans trop savoir quoi dire, il me sourit.
« Merci, mais... pourquoi ?
Mon anniversaire était passé et ce n'était pas encore celui de Bella.
« Et puis je ne pense pas que Charlie pourra nous payer l'abonnement à moins qu'on utilise une carte prépayée, de temps en temps ?
« Merci Carlisle, le remercia Bella à son tour. C'est beaucoup trop.
« Je vous ai ajoutée dans notre abonnement familial, ne t'en fais pas pour ça. C'est en l'honneur de l'entrée à l'université de ta sœur et d'Edward. Vous pourrez communiquer par téléphone ainsi.
« En dehors des cours, bien sûr, ajouta-t-il avec sérieux.
« Bien sûr, répondit Bella.
« Merci.
« Tu l'as déjà dit, ça, Jamie, sourit Carlisle. Le vendeur a installé la carte SIM à l'intérieur de vos téléphones et il y a un papier avec votre numéro dans la boîte.
Bella et moi ouvrîmes nos cadeaux inopinés et allumèrent nos appareils. Edward, Bella et moi nous échangeâmes nos numéros, j'enregistrai aussi le numéro de la maison que je connaissais par cœur au cas où j'aurais besoin d'appeler Charlie s'il était à la maison. Edward m'enregistra le numéro de Carlisle également, ainsi qu'à Bella parce que nous pourrions avoir besoin de le joindre un jour.
Je profitai au maximum de la présence d'Edward et Bella avant leur départ. J'avais presque envie de pleurer quand il fut temps de les laisser partir.
J'allais au lycée en bus maintenant que je n'avais plus de chauffeur. Je trouvais Charlie drôlement courageux de prendre le bus pour aller et revenir de son travail, ça n'avait rien d'agréable de se trouver parquer au milieu d'inconnus. Il y avait même un pervers qui m'avait mis la main au cul, une fois. Ce n'était donc pas mon moment préféré de la journée.
Entre la deuxième et la dernière heure de cours de l'après-midi, Jessica et Sarah se plantèrent devant ma table alors que tout le monde était sorti pour profiter de la pause. Je restais souvent à l'intérieur parce que je n'avais plus personne à rejoindre à la récré.
« Salut Jamie, écoute, on voulait te parler parce que t'es seule maintenant et ça nous fait de la peine. Alors, on pourrait peut-être sympathiser, non ? Maintenant que tu es seule, tu ne vas plus penser être trop bien pour nous, hein ?
« Je n'ai jamais pensé ça.
« Pourtant, la plupart du temps, tu refusais de nous parler, tu nous répondais seulement quand t'étais seule alors...
« C'est à cause d'Edward, avouai-je. Il déteste que nous parlions à d'autres personnes que lui.
Les filles se regardèrent puis me regardèrent.
« Il est beau mais... il est un peu taré, non ?
Je haussai les épaules.
« Possessif, je dirais.
« Ok, et bien, il n'est plus là, donc... vu que tu ne nous méprisais pas, en fin de compte, on pourrait juste repartir de zéro.
« Hm... ouais.
Je n'étais pas vraiment sûre de ce que je faisais. Si Edward se rendait compte que je me faisais des amies dans son dos, il allait péter les plombs mais... je ne voulais pas passer deux années seule en attendant les week-ends.
« Je vais bientôt faire une soirée, tu pourrais venir, me proposa-t-elle.
« Euh, je peux pas si c'est le week-end.
« Ok, je ferai ça un jeudi soir pour que tu puisses venir. Mike m'a dit que t'étais super cool comme fille alors ça serait sympa que tu viennes.
« Ouais, je viendrais.
« Cool, tu veux rester là ? On pourrait prendre l'air, un peu ?
« Ok.
Jess et Sarah s'avéraient être des filles géniales.
J'étais en train de faire mes devoirs en rentrant des cours, le soir-même quand Carlisle rentra.
« Tu as passé une bonne journée ? S'enquit-il.
« Oui, et toi ?
« Pareillement, sourit-il.
« Carlisle ? L'interpellai-je alors qu'il commençait à monter.
Je me levai pour lui faire face.
« Oui ?
« Une amie m'a invitée à une soirée, je ne sais pas encore quand ce sera mais ça sera un jeudi soir.
« Edward la connaît ? Demanda-t-il avec suspicion.
Mon visage s'affaissa.
« Est-il au courant que tu as d'autres amis ?
« Euh... non mais... mais...
Je n'avais pas imaginé que Carlisle me poserait des difficultés à propos d'avoir d'autres amis qu'Edward. Je pensais même qu'il n'était pas au courant qu'Edward refusait que nous sociabilisions.
« Mets fin à ça et je ne préviendrai pas Edward de ta petite incartade.
« Euh, oui.
« Oui ?
« Oui, je le ferai.
« Bien. Si je remarque que tu n'as pas mis un terme à ces pseudos relations amicales, Edward sera tenu au courant de tout ça et la punition qu'il t'infligeras risquera d'être salée. J'espère que la menace sera suffisante pour ne pas tenter cette voie, Jamie.
« Non, je... je vais arrêter de leur parler.
« Bien. Il y a autre chose ?
« Non.
« Ok, continue tes devoirs, dans ce cas.
Je me réinstallai devant mon classeur alors que Carlisle montait à l'étage. Merde, fais chier. J'aurais dû... j'aurais dû me douter. Je pourrais parler à Edward, lui demander, à nouveau, si je pouvais avoir au moins un ami – ou une – mais seulement la semaine, ça sera comme si je n'en avais pas quand il sera là, le week-end. Après avoir fini mes devoirs, j'envoyai un sms à Bella.
Salut les amoureux, ça va ?
On va bien et toi ?
Ça va aussi. Edward est avec toi ?
Il est sous la douche.
Bien, je peux te parler sans qu'il voit ?
Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
Jess et Sarah m'ont proposé de traîner avec elles. Jess m'a invitée à une soirée un jeudi soir et j'ai voulu prévenir Carlisle pour ne pas le prendre au dépourvu mais... il sait qu'Edward ne veut pas qu'on aie d'autres amis alors il m'a dit que si je mettais pas un terme à ça, il le lui dirait.
Merde. J'ai envie de te dire que tu n'aurais pas dû te faire d'ami mais... je comprends que tu ne veuilles pas rester seule alors tu devrais faire en sorte que ni Carlisle ni Edward ne soient au courant. Je te couvrirai si je peux d'ici et le week-end si jamais.
Tu penses que je devrais quand même continuer à leur parler ?
Si t'en éprouves le besoin, oui. Si tu peux t'en passer, non. Je ne veux pas que tu déprimes dans ton coin parce qu'Edward est trop borné avec ça. Efface les messages après sous "la douche" et reprenons une autre conversation. Je ne pense pas que Carlisle fouillerait ton téléphone mais on n'est jamais trop prudent, n'est-ce pas ? J'efface de mon côté aussi, au cas où.
Je le fis puis nous reprîmes une autre conversation. Je pouvais parler avec Jess, Sarah et Mike pendant les pauses et au déjeuner et ne jamais les contacter le soir et les week-end. Je n'avais pas pris leur numéro et ils n'avaient pas le mien alors il y avait peu de chance que je me fasse griller.
« Ça a été ta semaine, bébé ?
Je regardai Edward du coin de l'œil pendant que nous marchions en direction de la boutique de glace. Me demandant si la question était un piège et qu'il avait été tenu au courant par Carlisle malgré tout. Je me calmai parce que c'était une question qu'il me posait toujours à un moment du week-end.
« Oui, très bien.
« Pourquoi es-tu si nerveuse ?
« Je ne le suis pas.
Il s'arrêta et me fit face en plissant les yeux. Bella qui lui tenait la main me fit un regard appuyé.
« Je te connais, hein. Ne pense pas que j'ai oublié comment tu te comportes quand tu es nerveuse.
Ouais, bien sûr, il a toujours été observateur.
« Qu'est-ce que tu me caches, petite hirondelle ? Dois-je resserrer mes serres pour que tu craches le morceau ?
« Non, c'est juste que...
« Que ?
« J'ai parlé à une fille, cette semaine et j'ai peur de ta réaction.
« De manière récurrente ? Comme si... vous vous étiez liées d'amitié ?
« Non, juste un peu, à une pause.
« Évite ça bébé, je ne veux pas me fâcher contre toi alors que nous nous voyons que deux jours. Sauf si c'est une question de devoir, ok ?
« Oui, bien sûr.
« Bien.
Fais chier. Je vivais trop dangereusement. Je détestais lui avoir menti, je n'étais pas une menteuse mais je ne pouvais pas lui dire que j'avais fait plus que parler à non pas une mais trois amis. Jess, Sarah et Mike. Et en plus, Mike sortait avec Jess alors il ne voulait même pas mon cul. Mike, lui, il acceptait que Jess aie d'autres amis alors qu'ils sortaient ensemble. Pourquoi Edward ne pouvait-il pas être pareil ?
