Le Choix
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serie/ 15111434 -kinnporsche
Les personnages
Famille Majeure :
Korn : le patriarche, très tolérant face à ses trois fils
Thankun : l'aîné, kidnappé 10 fois, devenu complètement fou, immature et agoraphobe. Il ne sort jamais et passe ses journées à regarder des séries. Il a horreur de la famille Mineure qu'il accuse de vouloir supprimer la famille Majeure.
Kinn : le cadet, héritier désigné par son père. Il ne fait pas confiance à la famille Mineure.
Kim : le dernier, une sorte d'artiste qui vit le plus possible loin de sa famille. Il montre un intérêt certain pour Porsche et son frère, Porschay. Ce dernier et Kim se rapprochent sans que Kim lui avoue faire partie de la mafia.
Les gardes du corps de la famille Majeure :
Chan : celui de Korn, considéré comme le chef des gardes du corps.
Big : celui de Kinn avant d'être blessé et remplacé par Porsche.
Porsche : barman indiscipliné qui devient le garde du corps de Kinn pour rembourser une dette.
Ken : l'un des gardes du corps de Kinn. Il trahit la famille Majeure en donnant à Vegas des informations compromettantes.
Pol et Arm : deux gardes du corps de Thankun, qui se complaisent au quotidien loufoque de leur patron.
Pete : troisième garde du corps de Thankun, mature et réfléchit. Il partage sa chambre avec Porsche dont il est ami.
Famille Mineure
Kun : frère cadet de Korn, en public il adore ses enfants, en privé il les bat et les dénigre.
Vegas : fils ainé de Kun. Toujours comparé à Kinn, dont il essaye par tous les moyens de prendre la place d'héritier du clan. Il déteste la famille Majeure qu'il accuse d'être à l'origine de tous ses problèmes. Dans le novel (le roman), il est expliqué qu'il était un garçon gentil et souriant avant la mort de sa mère. Mais son deuil l'a transformé en sadique violent et manipulateur. Il est toutefois incapable de faire du mal aux personnes qu'il aime sincèrement. Jaloux de Kinn, il cherche à s'accaparer tout ce qui a de l'intérêt pour son cousin : son ex Tawan mais aussi Porsche, qu'il tente à plusieurs reprises d'abuser sans se faire remarquer ou d'attendrir à coup de grosse moto ou d'actes gentils et intentionnés.
Macau : qualifié de gosse ingérable et de petite terreur. Il adore et respecte son frère.
Leur mère : morte quand Vegas et Macau étaient enfants. Plusieurs hypothèses circulent dans la famille : elle se serait suicidée ou aurait été assassinée.
Contexte pour ceux qui n'auraient pas lu ou vu KinnPorsche :
Kinn a envoyé Pete infiltrer la famille Mineure pour découvrir qui est à l'origine des nombreuses tentatives de meurtre ou de kidnapping contre lui. Pete découvre que Vegas a vendu des informations importantes aux mafieux italiens et japonais mais il est surpris par Ken, la taupe aux services de Vegas. Ce dernier torture Pete avant de recevoir l'ordre de le tuer et de partir en planque en attendant que l'affaire se tasse. Vegas choisit d'emmener Pete avec lui pour continuer à le torturer. Dans la série, Pete comprend petit à petit Vegas. Derrière cette façade froide, manipulatrice et violente, se cache une âme torturée, souffrant du dénigrement et du comportement violent de son père. Les deux garçons se rapprochent mais Pete finit par s'enfuir et retourne au sein de la famille Majeure.
Croyant son frère mort, Gun le père de Vegas décide d'attaquer la famille Majeur. Mais Korn n'a fait que simuler sa mort pour forcer son frère à attaquer. Korn tue son frère et décide de se montrer clément envers ses neveux. Vegas préfère s'enfuir…
...
Il arriva près de la piscine, son arme à la main. Il venait de tout perdre. L'assaut contre la famille Majeure avait décimé son clan. Son oncle avait tiré une balle en pleine tête de son père. Tout était perdu. Lui-même ne comprenait pas pourquoi Kinn n'était pas derrière lui, prêt à l'abattre. La purge devait se finir avant l'aube. Vegas sanglota tout en avançant lentement. Il prit une grande inspiration et plaça le canon de son arme sous sa mâchoire inférieure. Il ne voulait pas être abattu comme un vulgaire traitre, il refusait de donner ce plaisir à Kinn. Il haleta bruyamment, cherchant le courage d'appuyer sur la gâchette. Il pouvait le faire, il devait le faire. Des bruits de pas se firent entendre derrière lui.
« Vegas ! Stop, qu'est-ce que tu fais ? »
C'était la voix inquiète de Pete. Vegas hurla. Il ne pouvait pas se faire sauter la cervelle devant lui, c'était au-dessus de ses forces. Le canon de l'arme s'abaissa. Pourquoi fallait-il que Pete l'interrompe ? N'avait-il pas compris que Vegas n'avait plus d'avenir ? Épuisé, à bout de force, il se pencha en avant, se recroquevillant sur lui-même. Vegas chercha à apaiser sa respiration. Lentement, il se redressa. Il devait se calmer, reprendre ses esprits. On le disait aussi rusé qu'un renard, il y avait peut-être une solution. En tout cas, il ne pouvait pas paraître faible devant Pete.
« Il n'y a plus rien, » déclara-t-il, sans se retourner. Après un court silence, Pete lui répondit :
« Je suis là, Vegas. »
Le cœur dans la poitrine de Vegas se brisa davantage. Ces mots se voulaient être réconfortants, rassurants. Pourtant, ils ne faisaient que mettre du sel sur la plaie. Pete s'était enfui, il l'avait abandonné. Pourquoi fallait-il qu'il revienne alors que tout était fini ?
« Je suis là. »
Vegas réprima un sourire. N'avait-il pas demandé à Pete de le tuer si cela finissait mal pour lui ? Il resta immobile alors que les pas de Pete se rapprochaient doucement. Une main se posa sur son épaule tandis que Pete prononçait son prénom. Vegas le repoussa sans se retourner.
« Pourquoi tu m'as suivi, Pete ? je n'ai plus rien. »
Vegas fit quelques pas pour tenter de s'éloigner de Pete, mais ce dernier le suivit et l'enlaça fermement. S'en était trop pour Vegas. Il supplia Pete de le laisser partir mais le garde du corps refusa. Ils se laissèrent tous les deux tomber à genoux, les bras de Pete toujours fermement accrochés autour de la fine silhouette de Vegas. Les deux sanglotaient.
« Pourquoi m'as-tu suivi, Pete ? » redemanda Vegas, désespéré. « Je n'ai plus rien. »
Vegas utilisa le peu de force qu'il lui restait pour se défaire de l'étreinte de Pete. Il se releva et reprit fermement son arme en main. Il fit à nouveau quelques pas avant d'être interpelé par son amant.
« Peux-tu arrêter de dire que tu n'as plus rien ? » la voix de Pete était plus sèche que d'habitude. « Je suis là. Et ne me tourne pas le dos comme ça. Parce que… Parce que j'ai faim. »
Vegas cessa de sangloter. Son sang se glaça dans ses veines, son cœur manqua un battement. Il avait entendu la détresse dans la voix de Pete, sa supplication.
« Tu as très faim ? » questionna Vegas en tournant légèrement la tête vers Pete. « Est-ce que quelqu'un d'autre peut t'emmener manger ? »
Pete se releva.
« Tu oses me repousser ? Tu oses me repousser, Vegas ? » répéta-t-il. « Et pourquoi diable m'as-tu dit que tu voulais être avec moi ? » Cette fois-ci, Pete éleva le ton. « Je suis ton animal de compagnie, n'est-ce pas ? Et j'ai faim maintenant. Et tu es parti. »
Au son de sa voix, Pete était au bord des larmes. Ce son était déchirant pour Vegas, lui qui se faisait un point d'honneur à ne pas blesser les gens qu'il aimait.
« Alors j'ai dû venir chercher mon propriétaire, » sanglota Pete. « Vegas… »
Pete répéta plusieurs fois le prénom de son amant, comme une supplique.
« Tu peux te retourner pour moi ? » quémanda-t-il.
Pete était l'espoir de Vegas, sa lumière dans ses heures les plus sombres, la personne la plus importante dans sa vie. Le fils aîné de la Famille Mineure n'avait pas la force de lutter contre lui. Il ne vivait que pour lui. Pete était la seule chose qui le retenait dans ce monde. Peut-être que son oncle l'avait laissé partir, peut-être avait-il retenu son cousin par clémence ? Pete était sa rédemption. Vegas pouvait peut-être repartir de zéro avec lui ? Lentement, il se tourna pour faire face au garde du corps de son cousin. Vegas voulait l'embrasser, le serrer dans ses bras et s'excuser mille fois. Au lieu de cela, il eut simplement la force de lui sourire.
Quatre coups de feu retentirent dans la nuit.
Quatre douleurs vives et fulgurantes transpercèrent le corps de Vegas.
Alors qu'il sentait son corps s'écrouler sur le sol carrelé, il se dit qu'au moins la dernière chose qu'il avait vue c'était le visage de Pete, de son gentil Pete.
…
Vegas grogna, il avait l'impression que son corps était passé dans une lessiveuse. La chambre dans laquelle il se trouvait était plongée dans le noir. Il tendit le bras tout en grimaçant à cause des courbatures et il regarda l'heure. Il soupira en voyant qu'il était six heures. Pourquoi diable ses hommes de main ne l'avaient pas réveillé ? A tâtons, il chercha sa lampe de chevet. Il fronça les sourcils en sentant un pied froid en métal. Sa lampe était pourtant faite en bois. Il appuya sur le bouton de l'interrupteur et après un léger temps d'adaptation, la lumière étant très faible, il observa tout autour de lui. Ce n'était pas sa chambre. Lentement, en silence et avec prudence, il se glissa hors de la couette puis alluma la lampe de son portable. Il jura en comprenant qu'il se trouvait dans la chambre de son cousin Kinn. Il ne comprenait pas ce qu'il fichait ici mais il savait qu'il devait partir très rapidement de cette pièce. Il tira avec précaution un des rideaux, il avait le petit souvenir qu'une baie vitrée se cachait derrière. Malheureusement, elle était fermée à clé. Il gronda avant de se diriger vers la porte. Un garde devait sûrement se trouver derrière, pourtant, il n'avait pas le choix. Il l'ouvrit avec précaution, espérant jouer d'un effet de surprise. Mais le garde du corps assigné à le surveiller se tenait justement face à celle-ci. Vegas se figea en reconnaissant Big. C'était impossible, il était mort… Lorsque Big le vit, il s'inclina respectueusement :
« Bonjour Maître Vegas, vous êtes matinal…
- Big…
- Je vais prévenir votre garde du corps principal que vous êtes réveillé, Maître.
- Maître ? » répéta Vegas, surpris. « Où est Kinn ?
- Monsieur Kinn est probablement chez lui, dans la famille Mineure. »
Vegas eut un mouvement de recul : comment ça dans la famille Mineure ? Le jeune homme fut soudain prit d'un vertige. Big, le garde du corps, lui saisit le bras et l'aida à s'asseoir sur le lit. Vegas ne comprenait rien à ce qu'il se passait ici : c'était la chambre de son cousin pas la sienne, Big était censé être mort quand Tawan avait eu la stupide idée de kidnapper le petit frère de Porsche et maintenant on lui disait que Kinn faisait partie de la famille Mineure ? Cela était juste insensé… Vegas se massa le front. Pourquoi était-il si fatigué ? Et pourquoi avait-il vraiment l'impression d'avoir passé un sale quart d'heure ? Tout son corps lui faisait mal. Big lui tendit un verre d'eau. Il but une gorgée, au diable si celle-ci était empoissonnée. L'eau lui fit du bien.
« Maître Vegas est réveillé ? » demanda une voix qu'il reconnut aussitôt.
Porsche entra dans la chambre. Il s'inclina respectueusement devant Vegas, tout en affichant un sourire bienveillant. Il portait une housse de vêtements qu'il tendit docilement à Vegas. Porsche énuméra alors le planning de la journée : petit déjeuner familial, réunion avec la famille Mineure dans la matinée, sortie au temple avec Macau après le déjeuner… Vegas n'écouta qu'à moitié. Parmi toute la folie de la situation, il lui semblait qu'un autre détail n'allait pas. C'était comme si quelque chose manquait. Pourtant, il prit les vêtements qu'on lui tendit et alla dans la salle de bain. Après une douche rapide et un habillage express, il retourna dans la chambre et remarqua aussitôt un panier pour chien. Il fronça les sourcils : personne dans la famille n'avait de chien, lui avait des hérissons…
« Si Maître Vegas veut bien me suivre, » fit Porsche, avec une docilité déconcertante.
Où était passé le garçon rebelle qui ne savait pas tenir sa langue et qui n'avait de cesse de mettre Kinn dans l'embarras ? Intrigué par tous ces changements, Vegas suivit Porsche dans le couloir. Chaque personne qu'ils croisèrent s'inclina devant lui. Il remarqua même une autre chose, encore plus inhabituelle : tous l'observaient avec fascination et respect, aucun ne lui lançait de regard de dégoût comme il en avait tant l'habitude, ni ne fuyait en l'apercevant. La situation était de plus en plus étrange mais, au fond, Vegas apprécia de ne plus être considéré comme un monstre et d'être traité avec autant d'égard. Porsche et lui entrèrent dans un ascenseur. A peine les portes furent-elles fermées qu'il sentit la main du garde du corps frôler la sienne, Porsche se tenait assez près de lui. Un rapide coup d'œil dans sa direction et Vegas le vit regarder fixement l'horizon mais afficher un petit sourire provocateur.
« Où est Kinn ? » demanda à nouveau Vegas. « Où sont les autres de la famille Majeure ? »
Cette fois-ci Porsche se tourna vers lui, l'air surpris. Il lui répondit que son cousin devait se trouver dans la maison de la famille Mineure, que Macau devait ronfler dans sa chambre et que ses parents devaient se préparer dans la leur comme chaque matin. Vegas fronça les sourcils avant d'affirmer qu'il n'avait que son père. Cette fois, Porsche perdit son sourire et osa poser le dos de sa main sur le front de Vegas.
« Allez-vous bien, Maître ? Vous êtes bizarre ce matin…
- J'ai l'impression qu'un troupeau de buffles m'est passé sur le corps et qu'un bûcheron scie ma tête, » avoua Vegas.
« Je vous avais dit de ne pas boire autant hier soir ! » gloussa Porsche. « Je me demande bien dans quel état est votre cousin Kim…
- Pourquoi tu parles de lui ?
- Vous ne vous souvenez pas ? Vous étiez entre cousins hier soir, vous fêtiez la sortie du nouveau single de monsieur Kim. »
Vegas fit une moue d'incompréhension : pourquoi aurait-il fêter la sortie d'une nouvelle chanson de ce garçon stupide qui grattait deux-trois accords sur une guitare tout en se lamentant d'une fausse rupture amoureuse ? Ils sortirent de l'ascenseur et se dirigèrent vers le stand de tir. Là, Vegas retrouva le sourire, il aimait vider quelques chargeurs avant de prendre son petit déjeuner.
…
Une heure plus tard, Porsche le guida jusqu'au jardin supérieur pour le petit déjeuner familial. Au stand de tir, il avait réussi à ne plus penser à cette situation étrange, mais maintenant qu'il marchait vers l'endroit où il devait retrouver son paternel, Vegas avait à nouveau l'esprit en ébullition. Il détestait son géniteur qui, en public lui montrait des signes d'affection mais qui, en privé le battait et les dénigrait, lui et Macau. En chemin, Porsche et lui croisèrent Macau, escorté par Ken. Son frère passa un bras autour de ses épaules et se plaignit du trop d'alcool qu'ils avaient bu la veille. Le garde du corps, Ken, le gronda aussitôt en lui rappelant que personne ne l'avait forcé à jouer à qui tiendrait le mieux l'alcool. Vegas ne dit rien mais observa longuement Ken. Tout comme Big, il devait être mort, tué par son père et ses sbires lorsque le plan de Vegas avait échoué.
Ils finirent par arriver dans le jardin où une table était joliment dressée sous une tonnelle. Vegas remarqua aussitôt qu'il y avait quatre couverts d'installés. Il allait demander à son frère qui était invité à manger avec eux quand la voix de leur père les interpella. Vegas et Macau se tournèrent aussitôt vers Kun. Le sang du jeune homme se glaça dans ses veines et il chancela. Porsche le retint discrètement. Kun était accompagné d'une femme, mais pas n'importe laquelle : leur mère se tenait là, dans une jolie robe à fleurs, toute souriante. Elle lâcha la main de son mari pour embrasser la joue de son plus jeune fils puis se dirigea vers Vegas. C'était impossible. Elle était morte depuis des années. Elle s'arrêta devant lui et posa une main sur sa joue, tout en lui demandant s'il se sentait bien. Vegas était pâle comme un linge tandis que les doigts frais de sa mère lui caressaient affectueusement la peau.
« Maman…
- Je vais finir par gronder vos cousins, encore une soirée entre garçons ? »
Pour la première fois depuis longtemps, Vegas lâcha prise en public. Il enlaça fermement sa mère, respirant son doux parfum sucré. Elle n'avait pas changé, elle était toujours la belle femme rayonnante de ses souvenirs. Elle répondit à son étreinte en déposant un léger baiser sur sa tempe. Vegas murmura alors à quel point elle lui avait manqué. Celle-ci rigola en se dégageant de ses bras, lui rappelant qu'elle n'était partie que quelques jours. Son père posa alors une main sur son épaule, Vegas tressaillit mais lorsqu'il échangea un regard avec lui, il ne vit aucune haine ni aucune colère dans les yeux de son paternel.
« Allons-nous prendre ce petit déjeuner, hein ? » demanda Kun en souriant à son fils. « J'ai cru entendre dire que Macau avait eu d'excellentes notes à ses examens.
- Vegas m'a beaucoup aidé, » fit le plus jeune.
« Vous me rendez si fier, les garçons, » affirma doucement Kun. « Vegas s'occupe très bien des affaires et Macau va devenir médecin, un père ne peut pas être plus heureux que moi ! »
Jamais Vegas n'avait entendu de tels mots sortir de la bouche de son père. Sa mère était en vie et Kun les aimait. Vegas comprit alors qu'il devait rêver, il ne pouvait pas en être autrement. C'était un doux rêve où tout ce qu'il avait toujours souhaité se réalisait. Il sourit doucement tout en s'installant à côté de son frère. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas partagé un repas avec son père et son frère. Les rires de sa mère étaient comme une tendre mélodie à ses oreilles. Macau parla de ses examens, Kun posa des regards affectueux et fiers sur eux. Tout semblait si parfait. Durant le repas, une chose attira l'œil de Vegas. Sous l'un des arbres, une niche était installée.
« Macau, où est le chien ? » demanda Vegas qui trouvait étrange l'absence de l'animal.
« Il n'y a pas de chien, grand frère. »
Vegas se tourna pour lui montrer la niche du doigt mais elle avait disparu. Quelque chose clochait ici.
…
La matinée se passa calmement. Vegas travailla sur plusieurs dossiers concernant les entreprises de la maison tandis qu'à l'extérieur Macau s'amusait dans la piscine. Dans une des nombreuses pièces réservées à la famille Majeure sa mère jouait du piano. Une mélodie joyeuse se propageait depuis une fenêtre ouverte. Porsche était toujours près de Vegas, à le frôler et à lui sourire. Après un moment, Chan, le chef des gardes, vint le chercher pour l'informer que la famille Mineure était arrivée pour leur rendez-vous de la semaine. Porsche attrapa une tablette puis fit signe à Vegas de le suivre. Korn et deux de ses fils se tenaient debout dans la salle de réunion. Vegas fut surpris de voir Thankun accompagner son père et son frère cadet. Ce cousin-là était fou et ne sortait jamais de leur maison. Pourtant, il se surpris à trouver le plus vieux des fils de son oncle calme et sérieux. Adieu ses vêtements excentriques, il portait ici un costume sombre d'un grand créateur.
« Félicitations à mon neveu Macau pour ses excellents résultats, » commença Korn avec politesse.
« Et bravo à ton fils pour la sortie de sa chanson. Tes deux aînés ont l'air plus frais que Vegas, » s'amusa Kun. Thankun et Kinn sourirent avant que Kinn ne s'incline :
« Désolé, mon oncle, si Vegas a souffert d'une gueule de bois. Nous nous sommes un peu tous défiés lors d'une beuverie stupide.
- Heureusement que notre famille peut compter sur nos gens pour ramener nos fils à la maison, » fit l'oncle de Vegas.
« Oui, heureusement que Vegas peut compter sur Porsche pour le ramener, » plaisanta Thankun. « Je suis jaloux de ne pas avoir un garde aussi prévenant… Arm et Pol sont si fades à côté lui.
- Mais tu as aussi Pete. » Vegas prononça ces mots sans le vouloir.
« Qui est Pete ? » demanda l'aîné de ses cousins.
Une vive douleur dans sa poitrine coupa le souffle de Vegas. Il se massa doucement le sternum en tentant de rappeler à Thankun la présence fidèle d'un troisième garde. Son cousin secoua la tête alors que Kinn affirmait que les membres de la famille Mineure n'avaient que deux gardes du corps pour chacun d'entre eux.
« Non, Pete est un des tes gardes du corps. Discret, fidèle, très respectueux, il ferait tout pour vous... » Plus Vegas tentait de décrire Pete plus la douleur dans sa poitrine se faisait mordante.
Pourquoi diable Big, Ken et sa mère étaient présents dans ce rêve alors que ses cousins affirmaient qu'aucun Pete ne travaillait pour eux ni même pour la famille Majeure ? Pris de vertiges, Vegas s'excusa et s'éloigna de la table. Kinn se mit à le suivre et le rattrapa dans le couloir. Vegas s'arrêta en sentant la main de son cousin lui saisir le bras.
« Hey, Vegas, tu es sûr que tu vas bien ?
- Ce n'est pas normal…
- En effet, tu agis bizarrement. Tu sais que tu peux compter sur moi, hein ? La famille Mineure est là pour soutenir la famille Majeure. Thankun aime faire le sale boulot mais tu peux me parler de tout ce que tu veux, hein ?
- Je suis sûr que ton frère avait un troisième garde…
- Porsche devrait te ramener dans ta chambre, je promets de ne plus tenter de te saouler autant, » fit Kinn alors que Porsche prenait le bras de Vegas pour le guider jusqu'à ses quartiers privés.
Une fois dans la partie salon de sa suite, Vegas se laissa tomber sur le canapé pendant que Porsche s'affairait à lui faire couler un bain. Fatigué, Vegas trouva la force de se redresser pour regarder là où il avait vu, plus tôt, le panier à chien. A la place, il y avait un vase chinois. Vegas se rappela alors que Porsche était ami avec Pete. Il appela le garde du corps qui lui répondit que le bain était bientôt près.
« Porsche, dis-moi, où est Pete ?
- Il n'y a aucun Pete ici, Maître, » répondit la voix de Porsche depuis la salle de bain.
« Et le chien qui avait son panier dans ma chambre ?
- Je ne sais pas de quoi vous parlez, Maître. Je n'ai jamais vu d'animaux ici.
- Que s'est-il passé hier soir ? » demanda alors Vegas. Porsche sortit de la salle de bain.
« Rien d'inhabituel, vous aviez programmé de sortir avec vos cousins pour fêter le succès de monsieur Kim. Ken et moi, on vous a accompagné. Vous avez fait la fête dans un club très selec'. Monsieur Kim et maître Macau ont commencé à jouer à des jeux d'alcool, vous les avez imités.
- Depuis quand sommes-nous amis avec mes cousins ?
- Vous êtes sûr que tout va bien ? » questionna Porsche. « Monsieur Thankun vous a toujours protégé depuis la tendre enfance, monsieur Kinn et vous êtes cul et chemise depuis toujours et monsieur Kim et votre frère s'adorent, beaucoup les pensent même jumeaux !
- Et toi, pourquoi n'es-tu pas avec Kinn ? » demanda Vegas.
Porsche plissa les yeux avant de venir prendre la main de son patron et l'aider à se lever. Il rouspéta que le bain finirait par être froid avant la fin de cette conversation étrange. Surpris, Vegas se laissa tirer dans la salle de bain où Porsche commença à le dévêtir. Il allait demander à son garde du corps ce qu'il faisait quand ce dernier l'embrassa. Le geste étonna tellement Vegas qu'il se figea un instant avant de repousser violemment Porsche. Ce rêve était de plus en plus étrange. Il avait voulu que Porsche l'embrasse et soit à lui. Mais cette fois, le geste de l'autre garçon le choquait. Non. Thankun était fou, Kinn et lui ne savaient que s'entre-tuer, Kim et Macau fuyaient leur famille à la moindre occasion. Porsche était le garde du corps et le petit ami de son connard de cousin. Et Pete était le troisième garde du corps de Thankun, toujours à veiller et raisonner ce dernier. Vegas se rhabilla rapidement et sortit de la chambre. Il courut dans les couloirs et se précipita au rez-de-chaussée pour prendre n'importe quel véhicule de disponible.
Au milieu des voitures de sport, toutes aussi luxueuses les unes que les autres, il vit sa moto rouge. Il l'avait achetée pour en mettre plein les yeux à Porsche. C'était aussi le seul véhicule qui n'était pas tracé par un signal GPS. Il attrapa le casque posé sur la selle et enfourcha la bête. Le moteur hurla quand Porsche et Big arrivèrent pour l'arrêter. Vegas s'enfuit de la maison de la famille Majeure. Tout en roulant, il tenta de se rappeler toutes les fois où Pete et lui s'étaient retrouvés en contact. Il y avait cette fois où il avait surpris Pete à faire le guet devant la maison. Ou encore lorsqu'il l'avait croisé au temple, le jour d'un soi-disant congé. Et puis, lorsque la famille Majeure avait découvert sa trahison et que Vegas l'avait torturé dans la cave. Vegas hurla dans son casque en se rappelant soudain les semaines passées dans la planque avec Pete, d'abord à l'utiliser comme exutoire à sa colère avant de tomber doucement amoureux de lui. Comment Vegas avait pu être si stupide et l'oublier ? Pete avait su le comprendre et fendre son armure. Pete lui avait redonné goût à la vie. L'animal de compagnie qu'il manquait à ce quotidien si parfait, c'était lui !
…
Vegas déboula dans la maison de la famille Mineure. Malgré les protestations des gardes, il fouilla partout : dans sa chambre, changée en chambre de Kinn dans la cave et les différents sous-sols. Korn l'avait observé de loin et ordonné à ses hommes de ne pas intervenir. Kinn lui avait lancé des regards inquiets et l'avait supplié de le laisser venir avec lui, au moins pour discuter et comprendre ce qu'il se passait. Vegas partit de leur demeure encore plus en colère. Il roula jusqu'à la planque qui se trouva totalement vide. À la place de la chambre contenant tout ce qui lui avait permis de garder Pete enfermé se trouvait une chambre à la décoration zen. C'était comme si Pete avait été effacé de son histoire. De rage, Vegas détruisit la chambre avant de partir. Il roula pendant des heures, ignorant le portable dans sa poche qui n'avait de cesse de vibrer et de sonner.
Il finit par se rendre, à la tombée de la nuit, dans le temple. Il courut à l'intérieur, sous les regards médusés des moines. Comme il l'avait craint, il ne trouva aucune trace de Pete ici non plus et finit par tomber à genoux devant la grande statue de Bouddha. Il hurla et martela le sol de ses poings jusqu'à se faire saigner les phalanges. Une main douce et chaleureuse se posa alors sur son épaule avant de le tirer légèrement en arrière pour l'étreindre avec tendresse.
« Que se passe-t-il, Vegas ? » demanda amoureusement la voix de sa mère.
« Il n'est pas là…
- Qui, mon chéri ?
- Pete. Je ne le trouve pas…
- Je sais, mon trésor. Pete n'est pas ici…
- J'ai besoin de lui, maman. Je dois le retrouver…
- Tu ne le trouveras pas ici, » répondit sa mère, de manière catégorique. Surpris, Vegas se tourna vers elle.
« Où est-il ?
- Pas ici.
- Je ne comprends pas. Si c'est un rêve, alors il devrait être là…
- Sauf si tu ne l'as jamais demandé, » répondit sa mère en levant les yeux vers le Bouddha. « Tu as ici tout ce que tu lui avais demandé. Tout est comme tu l'as toujours désiré et comme ce que tu mérites, mon chéri. Nous pouvons être heureux tous ensembles, famille Majeure et famille Mineure. Tu peux avoir tout ce que ton cousin a.
- Mais Pete…
- Tu n'as pas prié pour l'avoir, » fit sa mère. « Tu n'as jamais demandé à avoir ce garçon. Tu dois choisir entre la vie ici, avec moi, ton petit frère heureux et Porsche à tes pieds, les deux familles soudées, ou le cauchemar qu'était ta vraie vie, dans laquelle tu as tout perdu.
- C'est tout ce que j'ai toujours désiré mais j'aime Pete.
- Tu dois choisir. Reste avec ta maman qui t'aime ou retourne là-bas, où tu es détesté, où tu es un monstre, où tu as tout perdu. »
Sa mère avait raison. Dans ce rêve-ci, sa vie était merveilleuse. Il était au sommet. Il avait tout et plus encore. Dans la vraie vie, il n'avait plus aucune raison d'espérer quoi que ce soit. Un homme de main de son oncle lui avait tiré dessus, il s'en souvenait maintenant. Vegas était à abattre, alors pourquoi y retourner ? Big apparut alors, marchant tranquillement jusqu'à eux.
« Mais si tu ne rentres pas maintenant, qui va nourrir le chien ? » demanda-t-il avec ironie.
- Ils prendront soin de lui, ne t'en fais pas pour ton ami, mon cœur, » affirma sa mère. « Ton oncle a dit qu'il prendrait soin de Macau et Pete est l'ami de Porsche. Tu peux rester ici, avec nous pour toujours…
- Le chien est revenu chercher son maître. Il est fidèle et loyal, est-ce que tu peux l'abandonner ? » questionna Big.
Vegas était perdu. Ils lui demandaient de faire un choix impossible entre la vie qu'il avait toujours imaginée et rêvée et son amour pour Pete.
« Pete sera bien mieux sans toi, mon chéri. Tu es tout son contraire, tu l'as tellement fait souffrir.
- Mais il te complète. C'est auprès de lui que tu te sens vraiment vivant.
- J'ai besoin de lui, » souffla Vegas, en se relevant. Sa mère tenta de le retenir. « Il a besoin de moi. »
Un halo de lumière se fit près d'eux. Vegas savait quel choix il devait faire. Vegas n'avait plus peur. Vegas n'était plus seul. Il se dégagea totalement de sa mère et courut vers la lumière.
…
Vegas suffoqua et tenta de se débattre. Des voix s'élevèrent alors autour de lui. On s'agita et soudain il eut l'impression qu'on lui retirait quelque chose de la gorge. Dans un murmure rauque il appela Pete alors que plusieurs mains l'agrippaient pour le maintenir allongé. Il entendit alors sa voix. Pete lui demandait de rester calme, l'informait qu'ils étaient à l'hôpital, que tout allait bien. Vegas chercha à le voir mais tout ce qu'il vit ce fut des inconnus en blanc autour du lit. Une silhouette s'approcha d'une perfusion puis ce fut le trou noir.
Les infirmières laissèrent Pete se rapprocher du lit. Il saisit la main de Vegas et la serra doucement tout en lui embrassant le cuir chevelu. Les médecins avaient pourtant dit que Vegas était dans un coma profond et que ses graves blessures ne prédisaient rien de bon concernant l'évolution de son état, jugé très critique. Macau enlaça gentiment Pete en lui rappelant que Vegas était un battant. Le médecin finit de contrôler les constantes du frère de Macau puis il s'inclina vers celui-ci et Pete.
« Le sédatif administré va faire dormir le patient, ses blessures aux poumons nous obligent encore à le garder allongé.
- Il va s'en sortir, hein ? C'est bon signe s'il a ouvert les yeux, bougé et parlé ?
- Oui, nous n'espérions pas un tel progrès. Je vais prévenir monsieur Korn que son neveu est sorti du coma, » indiqua le médecin avant de partir. Pete acquiesça, cet hôpital était financé par la famille Majeure, le médecin avait de quoi rendre des comptes…
Vegas sortait parfois de son inconscience pendant quelques minutes puis replongeait dans un profond sommeil. Pete était toujours à ses côtés et lui parlait sans cesse. Avec Macau ils se relayaient, ravitaillés en nourriture par Porsche et son frère. L'ancien Barman était rassuré de voir son ancien colocataire sourire à nouveau.
…
Pete ouvrit les rideaux pour laisser quelques rayons du soleil infiltrer la chambre de Vegas. Il était sorti prendre l'air et acheter quelques affaires ainsi que de la nourriture pour Macau qui restait continuellement au chevet de son frère. Ils avaient tous tenté de le faire sortir de la chambre médicalisée, mais le jeune garçon avait refusé à chaque fois, prétextant que Vegas était sa dernière famille et qu'il était hors de question de l'abandonner. Pete se détourna des baies vitrées qui offraient une vue imprenable sur le centre-ville de Bangkok. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire soulagé en voyant la silhouette de Vegas appuyée sur les coussins, en position assisse. Il n'était plus sous sédation depuis deux jours et montrait de plus en plus de signes de conscience. Le médecin avait dit que le frère de Macau se rétablissait de manière remarquable et qu'il allait, à ce rythme, pouvoir marcher dans quelques jours. L'arrière du crâne posé sur la tête de lit, Vegas l'observait silencieusement.
« Tu es debout, » constata Pete avec soulagement.
« Depuis un moment, » lui répondit Vegas en souriant doucement. « Où étais-tu ?
- J'ai acheté de la nourriture pour Macau, au cas où il se réveillerait et aurait faim. Il y a aussi du riz au curry jaune. »
Pete s'éloigna de la fenêtre pour contourner le lit et vint s'asseoir près de Vegas. L'aîné de la famille Mineure avait eu le temps de réfléchir à la situation durant l'absence de son amant. Pendant ses brefs moments d'éveil il avait entendu Macau et Pete discuter. Leur oncle les amnistiait pour avoir obéi aux ordres avides de leur père. Mais le contrôle de la famille Mineure leur avait été retiré. Porsche, qui s'avérait être leur cousin adoptif, avait hérité de la bague. Vegas était en disgrâce et ne possédait plus rien. Même s'il aimait éperdument Pete, il ne comprenait pas pourquoi le garde du corps restait à leurs côtés, il n'avait rien à gagner à cela. Et puis, Pete avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir : Vegas l'avait torturé, l'avait traité comme un animal de compagnie et avait choisi de suivre son père contre la famille Majeure…
« Pourquoi ? » demanda Vegas, intrigué. « Pourquoi es-tu toujours là ?
- Je ne veux plus m'enfuir pour aller n'importe où. »
Vegas baissa les yeux, il était toujours dans l'incompréhension. Pete lui prit doucement la main. Vegas déglutit avant de reprendre la parole.
« Si tu pars maintenant, je ne te retiendrai pas… Il ne me reste plus rien. Je ne veux pas être ton fardeau. »
Pete se rapprocha alors et caressa délicatement son bras.
« Je veux juste suivre mon cœur, » annonça-t-il doucement. Le regard planté dans celui de Vegas. Ces mots touchèrent le mafieux.
« A partir de maintenant, tu n'es plus mon animal de compagnie, » articula-t-il avec émotion. « Tu es la personne la plus importante de ma vie. »
Pete sourit tandis que Vegas se redressait pour venir l'embrasser. Pour la première fois, ils échangèrent un baiser doux, plein de tendresse et d'amour. La rage, la colère et la violence étaient parties. Depuis son fauteuil, Macau les observait et sourit en voyant son frère être capable de tant d'affection. Il se redressa et les interpella en plein baiser. Les deux amants s'écartèrent alors qu'il se rapprochait d'eux :
« C'est assez rapide, tu es vraiment un phénomène ! » dit-il en se moquant doucement de Pete. « Quoi qu'il en soit, bienvenu dans la famille, mon beau-frère ! » Pete et lui rigolèrent.
« Macau, pourquoi n'avoir rien dit quand tu t'es réveillé ? » demanda Vegas.
- J'écoutais aux portes, » le plus jeune haussa les épaules. « Hé, ne soit pas timide ! » fit-il à son beau-frère qui semblait gêné.
Vegas attira Pete vers lui pour lui offrir une douce étreinte. Son cœur était soulagé que Pete veuille de lui malgré tout ce qu'il s'était passé. Macau se serra également contre eux, recevant un baiser sur les cheveux de la part de son aîné. Auprès du garde du corps, les deux frères pourraient se reconstruire et enfin avoir une vie normale.
…
Thankun avait organisé une grande fête pour l'anniversaire de Pete alors que Vegas sortait à peine de l'hôpital. L'aîné des fils de Kun pensait qu'il n'avait pas sa place dans un tel évènement, surtout situé au cœur de la demeure de la famille Majeure. Il avait trahi ses cousins, il avait participé à l'assaut qui avait causé de nombreux morts parmi leurs gardes du corps. Très clairement, Vegas trouvait sa présence à cette fête déplacée mais insistait pour que Pete y aille avec Macau. Les deux garçons avaient passé trois semaines enfermés dans sa chambre d'hôpital, ils avaient besoin de se changer les idées.
« Hors de question que j'aille voir ces abrutis sans toi, » ronchonna Macau, boudeur.
« Pourquoi aller à une fête si mon petit ami ne veut pas m'y accompagner ? » demanda Pete.
« C'est pour ton anniversaire, Thankun va être ingérable si tu n'y vas pas. Et Macau, souviens-toi qu'on doit faire profil bas maintenant que Porsche a la bague de père. Vas-y et sois gentil avec eux.
- Je ne serais gentil que si tu viens. Et ça sera ta faute si Thankun devient insupportable et que Kinn et Kim nous maudissent. »
…
Vegas soupira en sortant de la voiture. Pete et Macau avaient formé une horrible coalition contre lui pour le forcer à venir. Le bras toujours en écharpe, il suivit Pete à l'intérieur du grand hall de la maison de ses cousins. Un cri suraigu retentit alors et une touffe de poils blancs sauta sur Pete. Thankun enlaça son ancien garde du corps, surexcité de constater que Pete avait accepté de venir. Mais quand il se tourna vers Macau et Vegas, son sourire joyeux s'effaça instantanément.
« Ah, t'es là toi, » fit-il à Vegas.
« Bonsoir cousin. Merci d'avoir pensé à organiser une fête pour Pete.
- Beurk, » grimaça Thankun en se détournant telle une drama-queen.
Ils montèrent à l'étage où Thankun avait fait installer un grand buffet et une piste de danse près d'un DJ populaire. Dans un coin de la salle, Kinn et Kim discutaient discrètement alors que Porsche et son jeune frère s'avançaient vers les trois nouveaux arrivants. Les deux frères saluèrent chaleureusement Pete, lui souhaitant du bonheur pour son anniversaire. Puis ils firent face à Vegas et Macau. L'aîné fut le premier à s'incliner devant le nouveau chef de la famille Mineure.
« J'ai appris que tu as pris soin de Pete et de Macau pendant mon coma. J'ai une dette envers toi et je ferai tout pour la rembourser, » dit-il a Porsche avant de se tourner vers l'adolescent qui l'accompagnait. « Je te présente mes sincères excuses pour ton kidnapping. Tawan ne m'avait jamais dit qu'il s'en prendrait à toi. Si j'avais su, je serais intervenu immédiatement. »
Porschay fit un signe de tête avant de s'éloigner. Macau s'excusa aussitôt pour se diriger vers le buffet. L'instant suivant, Pete était alpagué par plusieurs gardes du corps avant d'être totalement accaparé par ses amis. Vegas soupira une seconde fois, la soirée promettait d'être longue. Il finit par se trouver un coin tranquille où personne ne le dérangerait et où il pourrait observer tout ce qu'il se passerait dans la grande salle. Pete s'amusait avec ses amis et Macau. Porsche et Kinn dansaient comme deux tourteraux. Kim, le cousin soi-disant chanteur, cherchait à se rapprocher du frère de Porsche mais celui-ci semblait le fuir comme la peste. Il trouva le manège intriguant. Porschay finit par sortir par l'une des baies vitrées.
Vegas fatiguait. Il décida d'aller prendre l'air dans le jardin. Dehors, la nuit était agréablement fraîche. Il marcha d'abord vers le bassin à poissons où deux petites carpes quémandaient à manger à la surface puis il se dirigea vers l'arbre de son rêve. Jamais aucune niche n'avait été installée ici mais il sourit en se remémorant ce détail. Il finit par s'asseoir à la table où il avait retrouvé pour un temps sa mère. De sa main valide, il caressa la surface en verre avant de lever la tête en entendant des pas venir vers lui. Porschay lui adressa un petit signe de la main.
« Pardon, je ne voulais pas te déranger mais je crois que Pete te cherche.
- J'ai besoin de quelques minutes…
- Je peux m'asseoir ? » demanda l'adolescent. Vegas acquiesça.
« Donc entre la peste et le choléra, tu me choisis ?
- Quoi ?
- Pourquoi fuis-tu Kim ? » questionna Vegas. « A chaque fois qu'il s'approchait, tu prenais tes jambes à ton cou.
- Je sais… Je… Je crois que je ne suis pas prêt pour tout ça…
- On ne l'est jamais, » affirma Vegas. « Mais pas de chance pour toi, j'ai cru comprendre que tu faisais partie intégrante de la famille.
- Mais si je ne veux pas vivre dans cette violence ? Je refuse qu'on me kidnappe encore ou qu'on essaie de me tuer… J'ai rien à voir avec tout ça.
- Je ne l'ai jamais demandé non plus, » soupira Vegas. « Le truc, c'est que je te dirais bien de t'enfuir mais ça va inquiéter ton frère et donc Kinn se sentira obligé de lancer une horde de chiens enragés à ta recherche. Et qui dit Porsche inquiet, dit Pete aussi… N'oblige pas le monstre de la famille à venir te ramener ici par la peau des fesses, » conseilla Vegas. Porschay ricana.
« Alors, que dois-je faire ?
- Kim vit dans son petit rêve de musicien, dans un appartement payé par la mafia. Macau est un soi-disant étudiant normal dans un lycée privé financé par la mafia… Fais comme eux, tente de noyer le poisson. Vis ta vie en ne faisant pas attention à notre argent sale qui finance ton quotidien. »
Porschay semblait perdu. Il baissa le regard et fit une moue boudeuse. Vegas sourit discrètement, le garçon lui rappelait un peu son propre frère. L'adolescent se redressa brusquement et planta son regard dans celui de Vegas.
« Apprends-moi.
- Quoi donc ?
- Apprends-moi à me défendre, » répondit Porschay. « Je veux savoir me défendre si on cherche encore une fois à me faire du mal. Je veux savoir me battre si quelqu'un menace mon frère. Je ne veux pas dépendre de qui que ce soit.
- La demoiselle en détresse ne veut pas du chevalier servant ? » questionna avec ironie Vegas. « Ton frère ou Kinn risquent définitivement de me tuer… Ou bien est-ce Kim qui le fera. » Porschay ignora sa dernière réplique.
« Mais qui de mieux que toi pour m'aider ? C'est toi le psychopathe de la famille…
- Charmant…
- S'il te plaît ! Tu me dois bien ça ! » Porschay joignit ses mains pour supplier Vegas qui leva les yeux au ciel.
- C'est vraiment ce que tu choisis ? » demanda Vegas. Porschay acquiesça. « Okay, okay… Rentrons, que je dise une dernière fois à Pete à quel point il compte pour moi ! » ajouta-t-il avec ironie, imaginant déjà sa mort lente et douloureuse aux mains de Porsche ou de Kinn.
L'adolescent se leva précipitamment et le remercia sans arrêt jusqu'à ce qu'ils arrivent devant les baies vitrées où se tenait la fête. Vegas ne fut pas surpris de voir Kim débouler devant eux, le regard menaçant et accusateur. Sans aucune discrétion, il demanda à Vegas ce qu'il faisait avec Porschay, attirant ainsi toute l'attention sur eux. Pete accourut et questionna lui aussi Vegas sur son absence.
« Tu as raté l'entrée du gâteau, » soupira Pete, déçu.
« J'avais besoin de prendre l'air et le gosse aussi. On discutait près de l'arbre…
- Vous discutiez ? » s'insurgea Kim. « Porschay, tu ne dois pas faire confiance à ce type !
- Oh, ça va, je suis assez grand pour me débrouiller tout seul ! » rétorqua l'adolescent qui se tourna vers Vegas qui souriait. « Tu me feras signe dès que tu seras assez rétabli.
- Compte sur moi, gamin. »
Porschay acquiesça et s'éloigna le plus loin possible du plus jeune des cousins de Vegas. Ce dernier continua à sourire, amusé par la situation. Pete lança à son petit ami un regard interrogateur. Qu'est-ce que le petit frère de son ami lui voulait ? Au lieu de répondre directement à sa question silencieuse, Vegas se pencha vers l'oreille de Kim :
« Le chaton veut devenir un tigre… A ta place, je ferais attention à mes fesses, au cas où il déciderait de les bouffer. »
Malgré les lumières tamisées, Vegas vit les joues de son cousin devenir rouges. Il se mit à rire tout en glissant son bras valide autour de la taille de Pete qu'il tira à l'intérieur. Est-ce que l'ancien garde du corps avait bien parlé de gâteau ?
Pete le mena tout sourire vers le grand gâteau que les cuisiniers de la famille Majeure avaient préparé pour lui. Vegas siffla d'admiration, Thankun n'avait rien fait à moitié. Après tout, ce cousin était à lui seul la définition de la décadence et de la frasque. Pol lui tendit une assiette où reposait joliment une part du gâteau. Il la prit en le remerciant avant de s'apercevoir qu'il lui manquait une cuillère. Aussitôt une main lui tendit un couvert. Surpris, Vegas leva les yeux pour découvrir que Kinn se tenait à ses côtés et lui offrait une cuillère.
« Dis-moi que tu l'as trempée dans de l'arsenic, » demanda ironiquement Vegas en récupérant la cuillère.
« J'ai promis à Porsche de ne pas faire d'esclandre, pour Pete.
- Avec tout ce qu'il s'est passé, c'est vrai qu'il mérite qu'on se comporte en adultes responsables…
- Tu te souviens que tu es la principale cause de ses mésaventures ? » questionna Kinn, un sourire narquois aux lèvres. Vegas soupira :
« Et je demanderai pardon chaque jour pour ça.
- Tu es bizarre. On dirait que tu as changé… C'est presque flippant. Prendre quatre balles et faire un mois de coma, ça a dû te griller le cerveau.
- Je ne sais pas si j'ai changé mais du moins j'essaye, pour Pete.
- Où est passé le Vegas d'autrefois, hein ?
- Oh, si je te le disais, tu ne me croirais pas !
- Tente toujours, » le défia Kinn.
« Imagine un monde où nos vies seraient inversées, où je serais l'héritier de la famille Majeure, où Thankun ne serait pas fou, où on serait amis et où ma mère, Big et Ken seraient toujours en vie, » commença Vegas. Kinn fronça les sourcils, effectivement il avait du mal à croire son cousin. « C'était un super rêve jusqu'à ce que je comprenne que Pete n'y était pas.
- Ton rêve est aussi bizarre que toi.
- Merci, » répondit simplement Vegas alors que Porsche les rejoignait tout en les observant de manière suspicieuse. « Mais je crois que si on met de l'eau dans notre vin, Pete sera très heureux et nos deux familles pourront enfin vivre plus sereinement.
- Oui, ça serait bien, » intervint Porsche à la place de son petit ami. « Kinn dit que je peux me débrouiller seul mais je crois que j'ai besoin de toi pour la famille Mineure.
- Tu peux compter sur moi, Porsche, » fit Vegas en prenant un bout de gâteau et en le portant à sa bouche.
La vie était faite de choix. Vegas avait souvent fait les mauvais mais pour plaire à Pete et le rendre heureux, il était bien décidé à changer.
