Disclaimer : Tout ceci n'est que pure fiction.

Note : Je me suis basée sur la publication dans laquelle Richard confie avoir pleuré.


Alors que Richard arriva en retard au studio d'enregistrement, il osa en plus manifester de l'effronterie en passant devant ses amis sans s'excuser, ne les saluant que brièvement. Bien qu'il n'était pas du matin, cette arrivée lamentable éveilla leurs soupçons car les jours précédents, il s'était montré jovial du matin au soir. La cause ? Il passait ses journées avec Olga en ce moment, et sa présence le mettait toujours de bonne humeur. Cette ambiance enjouée, chaque membre en avait besoin en ce moment alors ils s'efforçaient tous de laisser leurs humeurs chez eux lors des enregistrements. Cependant, ce changement inopiné annonçait une mauvaise journée. En plus de son mépris des horaires, le teint de Richard était trop rougi pour un matin d'été. Décidant de ne pas émettre de conclusion hâtive en prétextant une humeur massacrante ou un réveil manqué, les autres le laissèrent aller ôter son manteau pour se mettre à l'aise. Peut-être qu'après un café et une cigarette, leur guitariste se souviendrait des priorités du groupe !

- Je penche pour une dispute. Il était encore chez elle hier, non ?

- Je crois que oui, toute la semaine. Elle a une séance de photos mardi et comme la petite dernière est chez sa mère, Reesh dort chez Olga ! dit Till.

En effet, il arrivait que l'un dorme chez l'autre car les deux amants n'ayant pas le même train de vie, ils ne vivaient pas ensemble. Olga adorait voyager et n'était pas souvent là, n'ayant aucune véritable attache de toute manière. Quant à Richard, il était toujours occupé même s'il ne sortait pas de Berlin. Mais cela signifiait bien d'autres choses pour eux et leur entourage.

Savourant son café, Flake annonça en surveillant l'entrée du salon :

- Moi je penche pour une partie de jambes en l'air soit interrompue, soit qui s'est mal terminée.

Les autres rigolèrent.

- N'importe quoi ! souffla Paul.

- Toujours le sexe avec toi, hein ? souffla Schneider.

Malgré le fait que cela ne soit un argument habituel venant de lui, l'homme à lunettes s'y accrocha avec fermeté.

- Penses-y ! Comment un homme s'occupe t-il dès son réveil alors qu'il est accompagné d'une beauté comme Olga ? De surcroît, un homme comme Richard qui les préfère jeunes et magnifiques.

Approuvant pour cette fois cet argument très masculin, le batteur haussa les épaules. Mais pour Till, l'emploi du temps pouvait facilement être un frein à l'activité sexuelle mais dans ce cas, ils en revenaient au même.

- Oui mais bon, mal finie avec Richard ? Il faudrait vraiment qu'elle soit compliquée parce qu'il est toujours aux petits soins. Peut-être interrompue s'ils s'y sont mis trop tard ou qu'ils n'ont pas fait gaffe à l'heure, mais mal finie je n'y crois pas.

Ils entendirent un petit couinement chez l'autre guitariste. Les jambes croisées sur le canapé, Paul passa ses bras derrière sa tête avec un grand sourire.

- Les deux peuvent être liés. Je sais de source sûre que monsieur est une véritable brute au lit ! confia Landers.

Voyant sans surprise les autres lui adresser des yeux globuleux, il regretta immédiatement sa confession. Il récupéra sa tasse sur la table basse avant de se cacher dedans, sentant les remarques arriver. Lorsque Flake ricana, il se sut condamné mais le poussa à parler en soupirant.

- Qu'est-ce que tu as, toi ? Allez, accouche !

- Tu peux nous dire précisément d'où tu tiens ça ?

Alors qu'il s'éternisa dans le liquide en s'ébouillantant malgré lui, Paul entendit les autres s'impatienter et répondit simplement la fameuse excuse :

- Je protège mes sources.

- Ben voyons ! dit Oliver.

Ce fut parti pour la chasse aux théories et Till fut le premier à partager la sienne, qui fut aussi la plus crédible.

- Une de ses copines t'a mis au parfum.

- Pas du tout ! répondit Landers.

Oliver tenta le coup.

- Alors tu l'as vu faire.

- Rooh Ollie !

Cette recherche de la vérité se transforma en un petit jeu pour eux et les théories les plus farfelues et impossibles s'enchaînèrent. Mais bien qu'amusé au départ, Paul se lassa et Till revint au sensé.

- Je dirais qu'il a observé comme un gros vicieux. Parce que timide comme il est, Richard ne se confierait jamais sur sa sexualité. Déjà quand on le voit embrasser une femme devant nous, c'est qu'il fait un effort surhumain ou alors il est juste bourré.

Face à l'accusation pas assez approfondie de Till, Lorenz intervint en levant l'index.

- Tu oublies une possibilité.

Oliver s'assit, un sourire aux lèvres en attendant la croustillante hypothèse. Mais plutôt que de parler, Flake s'avança vers Paul en prenant une moue taquine et boudeuse.

- Paul, tu sais que tu peux tout nous dire ?

Pensant que Flake voulait lui faire cracher un morceau dont lui même ne savait rien, Paul se retint de répondre d'autant que les autres commencèrent à l'imiter en le regardant sournoisement. Plutôt que de contempler leurs airs suspicieux, il préféra brûler ses lèvres dans son café.

- Pourquoi tu nous l'as caché ? Si Richard et toi avez baisé, on l'accepte.

Ébaubi alors que tout le monde s'accrocha à sa chaise ou au canapé, Landers ouvrit la bouche sans se souvenir que son café allait en ressortir et tâcher son cargo. Énervé contre son meilleur ami, il cracha :

- Qu'est-ce que t'es con, c'est pas possible !

Après avoir été humilié deux bonnes minutes durant au point de vouloir les tuer tous, il entendit Schneider et Riedel commencer à détourner la conversation et souffla de soulagement.

- C'est lui la source sûre, je le sens ! insista le claviériste.

- Laisse tomber, allez ! l'encouragea Oliver.

Il valait mieux pour eux ne pas énerver Paul alors que Richard n'avait déjà pas l'air d'humeur à plaisanter. Un seul, pas deux. Soutenant le bassiste, le batteur revint au principal mais exposa sa théorie selon laquelle le sexe n'avait rien à voir là-dedans.

- De toute façon, il lui est impossible de se comporter comme ça avec Olga. N'oubliez pas qu'elle est mannequine. Il ne peut pas se permettre de marquer son corps avec des bleus quand elle a des séances de prévues. Ou des morsures, des traces de griffes...

Ses derniers mots, il les avait prononcés en se perdant dans des pensées impactant son expression faciale. Il ricana rien qu'en imaginant ces traces infligées par son ami.

- C'est bon, vous me gavez. Je veux savoir maintenant.

Pour s'amuser, Lindemann envoya un message à Olga afin de la "disputer". Il prétendit qu'à cause de leurs folles galipettes de la nuit, Richard faisait la tête. Ainsi, ils sauraient si le sexe était en cause ou pas. Cependant, la réponse fut instantanée et lui fit perdre son sourire.

- Merde, ça casse le mystère si elle répond trop vite. Je suis déçu. Ah ! Euh... les gars, elle l'a fait pleurer apparemment. Pleurer ?

Till n'en revint pas lui-même.

- Pardon ? demanda Paul en se penchant vers lui.

- Pleurer, tu dis ? suivit Oliver.

- Oui, elle m'a juste répondu ça. "Désolée ! Il a pleuré, c'est un peu à cause de moi", et rien d'autre.

Personne n'y crut car ils ne connaissaient que trop bien leur ami. Jamais Kruspe n'affichait ses émotions ni pour eux, ni pour une femme. Le chanteur s'agaça et s'éloigna dans la cuisine afin de téléphoner à Olga pour en avoir le cœur net. De leur côté, les autres se concertèrent.

- Richard ne pleure pas, il l'a dit lui-même. La dernière fois qu'il a pleuré, ça doit remonter à sa naissance.

- S'il a pleuré ! N'oubliez pas qu'il ne le dirait jamais si ça lui arrivait, il aurait trop honte. Monsieur est trop fier.

Surpris, Paul afficha involontairement une moue de tristesse.

- Pourtant, il n'y a aucune honte à pleurer.

Oliver haussa les épaules et croisa les jambes sur la table basse, ce qui fit râler Flake qui ne tolérait pas ce genre de manières même s'il était ailleurs que chez lui.

- Richard est l'exception. Mais j'avoue que c'est louche, parce qu'on ne l'a toujours pas revu depuis qu'il est arrivé. Un café, il l'aurait bu avec nous et s'il avait été fumer, il serait revenu tout de suite après. Peut-être que ses yeux sont vraiment rouges et qu'il se cache le temps que ça ne passe !

Sans réponse claire, ils attendirent plus d'une minute mais commencèrent à perdre patience. Soudain, le visage de Paul changea littéralement comme s'il avait pris une claque.

- Et si Olga l'avait blessé en lui faisant une vacherie ? Parce que si c'est le cas, elle va me le payer.

Aucun ne partagea cette possibilité car même si Olga voyait ses intérêts comme étant prioritaires par rapport aux hommes, elle n'avait en aucun cas une nature sournoise ou profiteuse, et sa relation avec Richard n'était pas du tout nocive.

- Pourquoi tu voudrais qu'elle lui ait fait du mal ?

Désignant la cuisine du doigt, Paul fut bref.

- Parce que !

Till avait commencé à tourner en rond tout en parlant avec empressement au téléphone. Les autres finirent par s'inquiéter autant que Paul et se préparèrent à entendre quelque chose de grave. Surtout lorsque Till s'arrêta brusquement pour s'appuyer sur la table, avant de se plaquer une main sur la bouche. Mais lorsqu'il la retira, un sourire plus qu'inattendu illumina son visage et les rassura. Après avoir raccroché, il revint vers eux sans modifier l'orientation de la commissure de ses lèvres. Décidant de placer un peu d'humour dans ce qui attisait sa curiosité, Flake se pencha en avant et lui tapa sur la cuisse.

- Till ! Tu sais que j'ai horreur de te voir sourire de cette façon, ça me fait peur. En général, je passe à la broche peu de temps après.

- Tu veux dire sur scène ou au plumard ? demanda Paul.

- Les deux ! avoua Lorenz.

Riant cette fois, Till s'abaissa vers Flake et l'embrassa. Tous s'étaient vite habitués à leur couple d'amis et à l'humour qui en avait découlé au sein du groupe. Néanmoins, Paul resta sérieux et devint même sombre car ce silence persistant et mystérieux le rendait de plus en plus nerveux.

- N'empêche, ça doit être vraiment grave ou spécial pour qu'il en ait pleuré. Qu'est-ce qu'elle a osé lui dire ? Ou faire ?

Surpris, Till le calma immédiatement et l'empêcha de s'emporter sans raison.

- Du calme, c'est innocent. Disons que ce qui a fait pleurer mon petit frère, c'est qu'une femme lui ait parlé comme un être humain.

Le batteur haussa les sourcils.

- Ah parce que nous, on lui parle comme des monstres ?

Après un "oui" collectif plein d'amusement, Till répondit :

- En fait, elle lui a parlé d'amour et de sentiments.

- Ah !

Un silence total envahit le salon et seulement quelques secondes plus tard, Paul émit un petit son aigu. Till y décela un semblant de tristesse et de compassion.

- Oui ! Quand on connaît Rick, on sait qu'il ne sait pas parler de ce genre de choses, et qu'aucune femme avant n'a pris le risque de le faire. Ni même nous, quel intérêt ? Il n'est pas du genre à les mettre en confiance. Il a toujours été instable et infidèle, et il l'assume. Mais intérieurement, il ne se connaît pas lui-même alors quand Olga a fait preuve de franchise, ça a fendu sa carapace.

- J'aurai voulu voir ça ! regretta Ollie.

- Et moi donc !

L'instant d'après, et avec l'ordre de ne pas en parler au concerné, Till leur dicta tous les détails cités par la jeune femme.

Flashback

Olga se tenait face au miroir de sa salle de bain. Alors qu'elle accordait ses vêtements du lendemain avec sa coiffure, elle vit le reflet de Richard passer le pas de la porte pour venir se tenir derrière elle. En silence, il regarda calmement ce beau reflet qui représentait une partie de son bonheur. Gardant la tête par-dessus son épaule, il la laissa doucement tomber dessus avant de sentir la main d'Olga prendre la sienne. Il resta pensif, à regarder à la fois son visage ailleurs et celui radieux de sa copine. Il ne la vit même pas sortir son portable pour immortaliser leurs reflets unis. Voyant son regard toujours aussi morne, elle demanda :

- Tu es sûr que ça va ?

Posant les mains sur ses hanches, il continua de la regarder dans le miroir sans la malmener. La jeune femme tenait à son travail et lorsque ses séances photos étaient proches, elle était contre tout vêtement froissé qui pourrait ternir son image de parfaite modèle. Richard étant un homme soucieux de son apparence, il respectait cela au plus au point et c'était une des qualités qu'il aimait le plus chez Olga.

- Je regrette juste que le temps passe aussi vite, et d'être un tel égoïste...

La mannequine fit la moue et lui caressa la joue en fixant son reflet morose.

- Je sais que tu n'as pas confiance en toi.

Olga savait lorsque cet homme avait un besoin irrépressible de s'exprimer mais cette fois, c'était trop dur pour lui.

- Richard, je sais ce qui te tracasse.

Lorsque l'homme lui lança un bref regard interrogateur, elle se lança :

- Selon la personne avec qui on est, on en apprend toujours un peu plus sur soi-même. L'âge compte, la personnalité aussi, et même les différences de goûts. Il y a toujours du bon et du mauvais. Ça fait partie de ce qui forge une vie et une personne. Alors qu'on s'attache ou non, on peut très bien continuer de se voir après et faire partie de nos vies à chacun, nous comme nos amants d'avant ou après... ils ont forgé et forgent ce que l'on est. Je ne savais pas qui tu étais avant qu'on soit ensemble, mais maintenant j'en sais beaucoup sur toi. Je sais que même si tu t'attaches, tu auras toujours un risque d'être tenté par une autre. Ça, ton âge, ta famille... tu as fait ta propre vie. Tu veux juste t'amuser et en profiter maintenant. Tu es attiré par moi et je le vois bien, mais on sait tous les deux que c'est différent des sentiments. Je t'adore aussi et j'aime passer mon temps avec toi, mais je ne sais pas non plus ce que je veux dans la vie. J'aime poser et voyager, alors pas d'enfant en vue pour moi pour l'instant. Mais je sais que je finirai par en vouloir et ce jour-là, il y a peu de chances que son père s'appelle Richard. En plus, même si je m'attache à un homme, je ne suis pas celle qui se laissera intégrer à son cadre familial. Je sais qu'au fond de toi tu aimerais avoir une vie stable même si ça serait avec moi, mais toutes nos différences te font peur, tout comme que tu as peur de me faire du mal un jour en voulant rompre à cause de ça. Mais je te le jure, j'ai accepté cette possibilité à l'instant même où j'ai vraiment su qui tu étais. Je ne t'en veux pas d'être comme ça, tu as ta personnalité et tu n'as pas à te forcer à changer si c'est pour te rendre malheureux. J'admire que tu te retiennes autant d'aller voir ailleurs depuis qu'on est ensemble. Mais ça fait partie de toi alors je sais que ça t'arrive d'y penser, même s'il y a une partie de toi qui voudrait rester fidèle. Mais si on vient à rompre un jour, à cause de ça ou de cet égard pour nos différences, je l'accepterai parce que je suis comme toi. Moi je n'ai personne en vue et je n'aurai pas deux relations à la fois, c'est trop compliqué à gérer même si les hommes seraient au courant et partants. Mais je l'accepterais si toi tu allais voir une autre femme, alors profitons de la vie tous les deux. Tu es un homme bien, et même si mon amour pour toi venait à se changer en amitié un jour, je t'aimerais encore. Compris ?

Alors qu'Olga s'attendit à ce que Richard lui réponde par un simple "oui" ou "non", ce dernier baissa les yeux. Il se mit à regarder partout autour de lui alors que sa respiration s'emballa, et perdit l'équilibre en reculant.

- Richard ! intervint rapidement Olga.

Il se retrouva penché entre la porte et la baignoire, avec les bras fins de la jeune femme qui l'avaient probablement empêché de trébucher complètement. Le souffle coupé à cause de son inattention et de la peur engendrée par une éventuelle chute, Richard expira doucement.

- C'est bien, respire. Oh mon pauvre, tu m'as fait peur. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Un vertige ?

- Non, c'est...

Lorsqu'elle posa les mains sur ses bras, il tenta de tourner la tête afin de cacher une réaction émotive intense. Et non des moindres, il pleurait. Choqué lui-même, il se retrouva incapable de prononcer une syllabe le temps que ses larmes s'échappent toutes. À la fois embarrassé et incapable de s'arrêter, il se plia en deux et laissa échapper tout ce qu'il put. Intérieurement, il fut reconnaissant qu'Olga ne cherche pas à le faire parler, chose qu'il aurait été incapable de faire. Il sentit ses bras parfumés passer autour de lui, et le contact de ses lèvres dans ses cheveux accompagnant des petits murmures d'apaisement. Bien que leur effet fut très tardif, Richard sentit que sa petite amie n'avait pas abandonné. Lorsqu'il releva enfin la tête, ses yeux étaient aussi rouges que son visage mais malgré sa surprise, Olga ne montra aucune négativité. Elle tenta d'abord de réguler sa respiration et passa de l'eau sur son visage brûlant. Il tremblait violement, à la fois à cause de ses émotions mais aussi de sa position. Olga le remit debout et l'emmena dans la chambre, là où Richard put s'asseoir de façon plus stable sur le lit. Sentant sa réaction passée totalement, Richard se sentit mieux mais tenta de décoller son t-shirt de son ventre et ses épaules, collé par la sueur.

- Enlève-le ! conseilla Olga avant de l'y aider.

Bien qu'elle le toucha, Richard n'osa pas faire de même tellement il se sentit sale.

- Ça...

Il sut qu'il ne pourrait pas finir sa phrase, il n'avait pas assez récupéré. La main de sa petite amie lui caressa le dos de bas en haut et lorsqu'il la regarda, elle l'invita à s'allonger normalement avant de se mettre face à lui. L'oreiller apporta une douce fraîcheur à son visage et l'aida à récupérer son teint habituel. Deux minutes plus tard, il sentit son timbre de voix retrouvé.

- Ça ne m'était jamais arrivé... qu'une femme me dise ce genre de choses. C'est foudroyant comme effet. C'est beaucoup, c'est énorme, et c'est si... sage.

Après un sourire à la fois triste et soulagé, Olga lui déposa un baiser sur les lèvres.

- C'est compréhensif, plein de... je ne sais pas prononcer ces mots-là mais Olga... il y avait tant de...

- Tout va bien, je sais.

Il reçut la plus douce étreinte de toute sa vie. Cette fois, ce fut Olga qui parut mal à l'aise.

- Mon cœur, tu m'as fait peur. J'ai cru que tu avais une attaque.

- Non, ça va aller. Disons juste que l'environnement dans lequel j'ai grandi ne m'a pas conditionné à résister à tant de douceur. Je sais que je n'ai jamais pu être fiable comme petit ami, ni fidèle dans la vie. Mais tout ce que tu viens de dire, ça a fait monter des choses en moi. Des bonnes choses. Ça m'a fait peur au début... je n'avais jamais ressenti une chose pareille, mais ça fait du bien.

Hésitante, Olga s'approcha complètement de lui.

- Richard, mais tu pleurais ! Tu es sûr que ça t'as vraiment fait du bien ce que j'ai dit ?

L'homme acquiesça d'un hochement de tête et la serra contre lui. Dans son cou, il murmura :

- Merci d'être toi-même, Olga.

- On n'a qu'une vie, beau brun. Il faut faire ce qu'on veut tant qu'on le peut.

- Oui, c'est juste dommage que ça en rende certains complètement cons.

Reculant, Olga le laissa se mettre sur le dos et vint se caler contre lui.

- Tu n'es pas con. Des fois, une personne s'attarde avec une autre et même si elles le vivent très bien toutes les deux, elles sentent qu'elles ne sont pas faites l'une pour l'autre. On est comme ça. Parfois, l'une d'elles a juste peur d'avouer des sentiments à une personne bien précise et préfère regarder ailleurs pour ne pas se sentir coupable. Il faut juste que tu trouves la bonne. Il y a des femmes qui peuvent accepter les petites amies occasionnelles si elles sont comme moi. Il faut juste trouver la bonne, ça t'évitera d'avoir à ressentir des remords. Sauf si tu sais déjà qui c'est ? Moi je sais comment tu es, et bien que je pense que tu ne sois pas encore allé voir ailleurs depuis qu'on est ensemble, je me doute bien qu'il y a un risque récurrent. Tu n'as jamais été tenté ?

Bien qu'ils n'avaient jamais abordé ce sujet avant aujourd'hui, jamais Richard n'avait menti à Olga sur quoi que ce soit. Alors après une telle confession sur l'impact des sentiments sur une personne, il ne put que se montrer franc avec elle aussi.

- Si, plusieurs fois en fait. Je n'ai rien fait mais j'ai regardé plusieurs fois ailleurs. Le problème, c'est que plus je me retiens et plus je suis tenté.

Sans lui en vouloir, au contraire, Olga chercha plutôt à savoir pour quelle raison il n'avait rien fait.

- Je crois que plus je vieillis, plus j'ai peur d'être rejeté par les gens qui auraient une mauvaise opinion de moi.

Analysant ces mots qui avait du coûter beaucoup de courage à son amant, Olga décida que sa tenue du lendemain allait changer.

- On va changer les règles pour une fois.

Richard comprit le sens de ses mots lorsqu'elle se plaqua contre lui au mépris de sa tenue impeccable, y compris de son maquillage à sa coiffure. Elle avait accepté que tous ses attributs de beauté et d'élégance soient barrés de sa liste du lendemain, pour lui. Les froissements, la sueur et la position allongée allaient prendre le dessus car elle voulait voir Richard aller mieux. Elle resta contre lui et ils s'embrassèrent, d'abord doucement puis plus passionnément, le temps de sombrer dans un état relaxant, amenant à un sommeil court mais réparateur.

Fin flashback

- Eh ben dis donc ! J'aurai vraiment voulu voir ça ! répéta Oliver.

Ils attendirent encore un quart d'heure avant que Richard ne daigne les rejoindre. Par respect pour lui, ils s'abstinrent de tout regard pesant après avoir aperçu les cernes sous ses yeux. Le problème, c'est que Richard sentit un malaise car ils avaient cessé de parler à son arrivée et n'osèrent plus ouvrir la bouche. De peur d'avoir refroidi le groupe à cause de son comportement, Richard s'arrêta au milieu du salon.

- Pardon d'être distant, les mecs !

La moitié releva les yeux sur lui, mais lui garda les siens en dehors de tout croisement susceptible de trahir son malaise.

- J'ai vraiment trop mal dormi cette nuit. Il m'a fallu trois cafés et deux cigarettes, alors ne vous étonnez pas si je joue comme un pied.

Sa voix était cassée et sa gorge asséchée, mais ses yeux avaient perdu de leur rougeur. Leur seul moyen de l'aider à surmonter cet état émotionnel "dissimulé" fut de faire comme s'ils ne remarquaient rien et de poursuivre la conversation. Ce fut Paul qui agit en attrapant sa guitare.

- Voilà ce que ça donne de faire des folies toute la nuit, beau gosse. Allez les gars, on va s'y mettre ?

Till se leva, suivi des autres.

- C'est parti.

Comme il l'avait dit, Richard ne fut pas totalement dans l'ambiance et fit quelques fausses notes, s'arrêtant même de temps en temps avant de reprendre difficilement. Bien que cela irrita les autres, ils firent abstraction de sa déconcentration sans lui jeter de regard rancunier. Cependant, Landers se jura d'aller lui parler durant leur première pause, sans évoquer sa matinée bien sûr. Mais lorsque vint la pause justement, quelqu'un osa sonner à la porte de leur Paradis isolé. Méfiant, Till vérifia tout d'abord les caméras de sécurité puis haussa les sourcils. Olga était venue jusqu'ici.

- Bonjour Olga ! l'accueillit Oliver.

- Oliver, salut ! Tu vas bien ?

- Oui, ça va. Et toi ? renvoya t-il en la faisant entrer.

- Ça va, je te remercie. Je sais que vous êtes très occupés ici mais il faut que je vois Richard. J'attendrai s'il le faut, je ne vais pas vous déranger longtemps.

- Non, tu peux aller le voir. On vient à peine d'entamer notre pause. Il est un peu à l'ouest ce matin alors il a du aller au salon faire une sieste. Il dit qu'il a mal dormi. Tout va bien avec lui ?

Il avait demandé cela pour ne pas attirer l'attention, taisant ainsi le fait que Till avait craché le morceau à propos des pleurs de leur ami. Olga en parut soulagée et hocha la tête en souriant.

- Oui, il n'y a aucun problème. Mais c'est vrai qu'il a du mal à suivre le rythme, entre mes nuits chez lui et ses nuits chez moi, votre travail...

Oliver lui indiqua la direction du salon, choisissant de ne pas déranger son ami s'il dormait. Une femme aurait moins de risque de se faire grogner dessus en cas de dérangement. Mais ce qui rassura le bassiste fut qu'elle ne lui eut rien avoué sur l'intimité de Richard. C'était une preuve immense de respect envers lui car il était embarrassé d'avoir pleuré, et Olga n'en avait pas parlé dans son dos ni même fait de sous-entendus mesquins.

TOC TOC

Après avoir atteint la large porte de bois que Riedel lui avait décrite comme étant celle du salon, Olga entra et referma silencieusement. Tout ou presque était fait de bois et les fenêtres étaient nombreuses, donnant sur la cour arrière et la forêt. Jetant un œil à la pièce, son regard s'arrêta sur un long canapé tourné à l'opposé et duquel des cheveux noirs semblaient dépasser d'une extrémité. Peut-être Kruspe n'avait-il pas entendu ses mains fines sur la porte ! Ou bien voulait-il être seul ! Olga fit doucement le tour puis une fois devant Richard, ce dernier détacha son regard du plafond et remarqua sa présence, décroisant les jambes alors qu'elle s'approcha.

- Olga ! Qu'est-ce que tu... je ne t'ai pas entendue entrer et... ils t'ont dit quelque chose sur moi et c'est pour ça que tu es là ?

- Shht !

La jeune femme l'avait coupé en lui posant un doigt sur les lèvres.

- Non, c'est ma décision. Il fallait que je te vois, on s'est quittés trop rapidement ce matin. J'aurai du profiter plus de l'instant vu ton état. Tu veux bien que je reste avec toi ici ? Je ne vous dérangerai pas quand vous vous remettrez au travail.

Richard accepta avec une lueur d'espoir dans les yeux, l'enlaçant tendrement lorsqu'elle s'assit près de lui.

ooOOoo

Une heure plus tard, lorsque vint le moment d'attaquer la deuxième séance de répétition de la matinée, Paul se dévoua pour aller "réveiller" Richard. Mais il partit si vite qu'Oliver n'eut pas le temps de lui dire qu'Olga était probablement encore en sa compagnie. Tandis que Flake et Oliver s'essayèrent lamentablement à la batterie chacun leur tour, Schneider se demanda lequel des deux méritait le plus la liquidation d'un stock de boules quies. Par pitié pour son instrument, il reprit les baguettes à Oliver qui s'était volontairement mis à faire n'importe quoi avec les cymbales en lui jetant un regard sadique.

- Laissez tomber les gars, vous allez juste me la rendre inutilisable. C'est un véritable attentat aux percussions, même cette batterie va finir par détester la musique à ce rythme-là.

- Il est culotté, lui. Essaie de maîtriser mon clavier au lieu de te la raconter, grande tige.

- Oui, ou ma basse.

Chris croisa les bras et s'adossa au mur avec un air supérieur.

- Si je les "essaie" comme vous dites, ce sera pour les maltraiter comme vous avez maltraité ma chérie.

- Et ta chérie, elle a un nom ? demanda Till, curieux.

- Pourquoi je donnerais un nom à une batterie ? Je n'en donne déjà pas à ma bite ou ma voiture... comme certains ringards doivent le faire.

Les sourcils froncés, Lindemann demanda d'une voix hargneuse :

- Pourquoi tu ne regardes que moi en disant ça ?

- Parce que c'est toi qui m'a posé cette question stupide.

- Mouai... Bon, Paul revient quand ? En attendant, donnez-moi les baguettes. Je vais vérifier si j'ai toujours mon punch d'ancien batteur.

De son côté, dès lors qu'il pénétra dans le salon, Paul maudit son éternel enthousiasme lorsqu'il s'agissait toujours de Richard. Pour cause, il venait de surprendre le couple en train de faire l'amour sur le canapé du salon, la mannequine chevauchant ardemment celui dont les larges mains étaient enroulées autour de sa gorge. Paul écarquilla les yeux. Ne voyant que les mains de Richard, il l'entendit tout de même gémir de façon très osée et dut se manifester afin d'attirer son attention. Intérieurement soulagé que la jeune femme ne porte encore ses vêtements du haut, il fit un mètre de plus avant se racler bruyamment la gorge.

- HUM ! HUM !

Olga et Richard sursautèrent et la tête du guitariste apparut soudain par-dessus le canapé, rouge comme jamais lorsqu'il aperçut Landers. Torse nu, il fut gêné au point d'enfiler son t-shirt comme si sa vie en dépendait.

- Dis-moi que tu n'es pas à poil ! espéra Paul.

L'aîné ne s'approcha pas entièrement du canapé, par simple pudeur, les amants étant encore "soudés" corporellement. Mais il n'hésita pas à leur faire comprendre oralement son mépris quant à leur irrespect de la neutralité des pièces communes.

- Je dérange ?

Lorsqu'il fut convaincu que la mannequine s'était retirée par ses mouvements, il s'approcha mais ce fut trop tôt. Le sexe en érection de Richard était encore exposé car il n'avait pas eu le temps de remonter son pantalon, qu'il avait simplement baissé jusqu'à ses genoux. Paul déglutit et leva rapidement la tête au plafond.

- Mec ! C'est avant tout un studio ici, vous auriez au moins pu faire ça dans une des chambres. Alors range tes outils, ta guitare t'attend.

Richard remonta son jean sur sa peau collante mais ne trouva pas la force de se lever du canapé. Ivre de regrets alors que ses sensations physiques le privaient de toute pensée, il regarda Paul leur tourner le dos en soufflant :

- J'aurai tout vu.

Après avoir aidé son copain à se lever et s'être rendue décente vestimentairement, Olga interpella l'aîné.

- Paul !

Ce dernier, exaspéré, s'arrêta sans se retourner.

- C'est de ma faute, pas la sienne. C'est moi qui me suis pratiquement jetée sur lui, je voulais finir ce qu'on n'a pas eu le temps de finir ce matin ! s'excusa Olga.

À ses mots auxquels Paul ne crut pas, il devina qu'elle ne s'attendait pas à ce que Till leur ait lâché le morceau. Elle avait du compter sur son silence après lui avoir envoyé la vérité par message. C'est pourquoi il fit semblant de la croire.

- Pardon ! S'il te plait, ne...

Les mots hachés de Kruspe trahissant son angoisse, Paul se tourna enfin mais dut le rassurer.

- Je ne dirai rien aux autres alors ne flippe pas. Mais je ne veux plus jamais voir ça. Allez, on y va.

Alors qu'il s'attendit à ce que le plus jeune se décide à lui emboîter le pas, il n'en fut que plus paralysé et le fait qu'Olga tenta de lui parler en le regardant droit dans les yeux n'y changea rien.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? murmura t-elle.

Surpris, Paul essaya de le bousculer un peu.

- Richard, t'attends quoi ? Bouge-toi un peu, on t'a assez attendu de la matinée.

Ce ton n'aida pas le guitariste à se sentir mieux et lorsqu'elle repensa à leur matinée, Olga craignit une rechute si Richard venait à considérer cela comme une agression verbale. Elle demanda à Paul de se tenir à l'écart d'un geste de la main et ce dernier leva les yeux au plafond.

- Mon frère, je t'ai dit que je n'en parlerai à personne.

- Non, ce n'est pas ça... c'est... Pardon !

Fut-ce une tentative d'excuse envers Paul ou bien un regret quant à ses paroles coupées ? En tout cas, une voix les interrompit et appela Paul depuis la salle de répétition.

- PAULIE PAULA, MAGNE-TOI LE CUL OU J'TE PRENDS PAR LE BAS. RAMÈNE-NOUS LA DIVA, ET PLUS VITE QUE ÇA !

Par simple humour, Paul retourna donner une leçon à celui qui venait de forcer les inventeurs originels de la rime à se retourner dans leurs tombes. Seuls, Olga changea de visage et embrassa Richard chastement mais avec amour, afin de lui redonner confiance.

- Chéri, tout va bien ? Fallait pas être gêné comme ça, Paul ne t'en veut pas à ce point.

- Si, j'en suis sûr. Un autre, ça ne m'aurait pas trop foutu les boules mais lui... putain ! En plus, il a horreur que les gens agissent comme ça. Il...

Après s'être coupé lui-même, Richard s'énerva sous les yeux abasourdis d'Olga. "Juste parce que c'est Paul ?" réalisa t-elle.

- Richard, est-ce que tu l'as remarqué ?

- Remarqué quoi ? demanda t-il, perdu.

- Mais bébé, je te parle de Paul ! Je ne t'ai jamais vu regarder un homme comme tu le regardes lui, ni en parler comme tu en parles. Je sais que c'est ton ami mais tu ne te comportes pas de la même manière avec lui qu'avec les autres. Tu ne tolères pas qu'il soit en colère contre toi, tu as du mal à lui parler de choses intimes, et tout à l'heure tu t'es montré extrêmement pudique et mal à l'aise quand il t'a vu nu. Pourtant je sais que tu as fait les quatre cents coups avec eux dans ta jeunesse, et pratiquement sans cacher ton joli corps.

- Faut dire que j'étais mieux foutu en ce temps-là mais aujourd'hui... tu insinues que je suis gay ? hésita Richard.

- Non, plutôt bisexuel. Mais je dis juste que l'amour n'a pas de sexe. Souviens-toi de notre conversation de ce matin, Paul pourrait très bien être la personne qu'il te faut. Vous vous êtes souvent embrassés, vous êtes très proches. Pourquoi ça te gêne autant qu'il t'ait surpris ? Je sais que tu as peur que les gens aient une mauvaise image de toi, tu l'as dit. En plus, j'ai remarqué que tu as tendance à être méchamment protecteur avec lui.

"Je l'aurai remarqué quand même" pensa le guitariste. Le teint rougissant de honte alors qu'il se posa une flopée de questions sur lui-même, il s'adressa doucement à Olga.

- Il faut que j'aille prendre l'air.

Regardant autour de lui, il alla ouvrir la porte vitrée menant à la cour arrière mais elle tenta de le retenir.

- Richard, attends !

Alors qu'il s'éloignait à vive allure, elle l'entendit répondre :

- Ne me suis pas !

Elle resta trois minutes à regarder son téléphone et la forêt en espérant que son amant reviendrait. Mais l'espoir se dissipant, elle se retourna et son regard croisa celui de Paul. Ce dernier était revenu avec un grand sourire, qui disparut et se changea en désespoir en voyant la porte de dehors grande ouverte.

- Oh non, ne me dis pas qu'il...

- Si ! Direction la forêt ! avoua la mannequine.

- Oh bordel... Olga, tu ne pouvais pas le retenir ?

Cette dernière décida de ne pas laisser passer un seul reproche.

- Il m'a demandé de ne pas le suivre.

Dépité à l'idée de retourner voir les autres pour leur annoncer que cette fois Richard avait décidé de partir en forêt, Paul soupira et s'assit lourdement sur le canapé, ignorant royalement ce qu'il venait de s'y passer ainsi que la température encore élevée des tissus. Le rejoignant, Olga se rapprocha de lui et regarda droit devant elle.

- C'est vrai qu'on avait pas à faire quoi que ce soit ici, mais c'est vraiment de ma faute. Paul ! S'il te plait, dis quelque chose.

Après un long moment passé à serrer nerveusement ses poings en regardant le foyer de cheminée, Paul se tourna vers elle.

- Qu'est-ce qu'il s'est vraiment passé ce matin ?

ooOOoo

Richard avait trouvé le meilleur endroit pour son moment de solitude tant attendu : une petite falaise située à l'extrémité nord de la forêt. Il semblait bien isolé car selon le temps indiqué par sa montre, plus d'une heure s'était écoulée sans que personne ne vienne troubler sa tranquillité. Cependant, il se sentait coupable d'agir comme un adolescent fugueur et égoïste, ne fut-ce que pour Olga. Mais Paul alors ? Il y pensa et y pensa encore, se demandant si leur amitié en était vraiment ou si l'autre homme avait déjà ressenti quelque chose de plus personnel pour lui. Mais à quoi bon ces questions puisque cela resterait caché ? Jamais il n'oserait lui en parler en face. Les seules réponses qu'il pouvait donc trouver ne concerneraient que lui. Que ressentait-il pour son ami ? Comment pouvait-il mettre des mots là-dessus alors que sa conversation matinale avec Olga avait éclairé le fait qu'il ne savait pas ce qu'il voulait vraiment ? Perdu, il s'assit à un mètre du bord rocheux et chassa toutes ses pensées pour admirer l'horizon.

- Qu'est-ce que tu fais, Richard ? Éloigne-toi de là.

Il se retourna en sursautant si fort que lorsqu'un bruit de roche l'alerta, le forçant à se tourner de nouveau vers le vide, il perdit du temps à hésiter. Devait-il bouger ou bien ce bruit était-il le fruit de son imagination ? Heureusement, Paul avait un meilleur instinct de survie et vint passer les bras devant sa poitrine pour l'attirer en arrière. En panique sur le coup, Kruspe pensa que sa première idée était la bonne. Il frappa alors le sol de ses pieds aussi fort que possible pendant que Paul le rapprochait des arbres.

- Tout va bien, ça va.

Une fois suffisamment loin, Richard s'écroula de peur et Paul de soulagement en regardant le bord, dont une petite partie se décrocha sous leurs yeux. "Je ne fais que des conneries aujourd'hui" pensa Richard à plusieurs reprises, commençant à réaliser que Paul avait été mis en danger à cause de lui.

- Non, tu ne fais pas que des conneries.

Richard fit les gros yeux, se rendant compte qu'il avait réellement prononcé ces mots.

- Je n'en sais rien, ce n'est vraiment pas un bon début de journée pour moi.

Paul resta accroché à lui pour être sûr qu'il ne lui arrive rien, puis déposa un baiser sur sa tête.

- Si, tu verras que ça va aller.

Sans trop savoir pourquoi, Richard se sentit plus serein, comme si toutes ses pensées négatives étaient en train de le quitter. Grâce à Paul ? Lorsqu'il s'en persuada, il remarqua que l'effet était bien plus rapide qu'avec Olga. Inconsciemment, il passa une main derrière lui et caressa les cheveux de son ami.

- Rick, je dois te dire un truc.

Il attendit d'avoir toute l'attention du plus jeune avant de continuer.

- Avant de partir à ta recherche, j'ai parlé avec Olga. Ou plutôt, je l'ai poussée à parler.

Alors que l'embarras du guitariste revint au galop, il chercha une évasion mentale en regardant partout autour de lui, mais Paul remarqua sa peur. Il s'agenouilla et l'enlaça par derrière. Landers ne voulait pas trahir la confiance qu'avait eu Olga en dévoilant à Till que Richard avait pleuré. Après tout, elle-même ne s'attendait pas à ce que Till le dise aux autres. Il avoua donc à Richard que par inquiétude pour lui, il venait de demander le moindre détail à sa petite amie sur ce qui aurait pu le pousser à s'isoler autant à son arrivée, et qu'elle lui avait dit. De toute façon, c'était vrai car depuis qu'elle avait vu ce regard perdu posé sur l'aîné, Olga avait su qu'il y avait une possibilité pour les deux hommes et connaissant Paul, elle avait eu confiance en lui. Mais par respect pour Richard, elle n'avait rien dit à Paul à propos de sa conduite étrange après qu'il ne les eut surpris. Le concerné en fut soulagé car il craignait surtout que Paul ne se rende compte du semblant d'attirance qu'il commençait à ressentir. Il voulait d'abord en être sûr même s'il devrait se taire à jamais là-dessus.

- Cette matinée ne t'a rien appris ?

- Si, que j'ai quelques kilos à perdre.

Dubitatif, la tête de Paul passa devant lui en fronçant légèrement les sourcils. Lorsqu'il remarqua que Richard fixait le bord de la falaise en haussant les sourcils, il décela son humour. Cette fois, ils éclatèrent de rire et Paul finit par s'asseoir derrière lui en écartant les jambes pour les passer de chaque côté. À un moment, il balada une main sur le ventre de Richard et déposa un baiser sur sa joue.

- Laisse tes petits kilos là où ils sont, moi je les adore. En plus tant que tu continues le sport, ça fait un beau mélange avec tes abdos.

- Tu sais en ce moment, j'ai plus souvent recours aux rites tibétains pour me calmer qu'aux haltères et au jogging pour me dépenser.

Avec une moue, Paul mit la tête dans son cou et le ceintura affectueusement.

- Au moins tu as ton remède, c'est mieux que rien. Tu as déjà essayé avec une autre personne ?

- Quoi, les rites ?

- Non, chercher des moyens de relaxation.

Suite à ça, Richard serra fort ses lèvres et se mit à rougir si furieusement que Paul devina sans problème de quelle façon il se "relaxait" avec une autre personne.

- Je vais prendre ça pour un oui, gros coquin. Alors je suis navré d'avoir interrompu ta séance de relaxation avec Olga tout à l'heure.

Souriant, Landers lui ébouriffa les cheveux et l'encouragea à relever la tête en approuvant totalement sa méthode. Bien que Richard rit un instant, il repensa aux dires de sa petite amie ainsi que ceux de Paul, et se retrouva à nouveau perdu.

- Elle a sûrement raison pour ta crise existentielle, Rick. Les femmes plus jeunes te donnent l'impression de profiter de la vie, mais c'est une illusion. Je l'ai pratiquée longtemps aussi, cette mode des jeunettes, mais ça ne nous fait pas rajeunir pour autant. Et il y a plus à offrir à une femme qui cherche vraiment à te comprendre. Ou un homme ! Plus qu'à une femme plus jeune qui veut juste coucher avec toi parce qu'elle ne voit que ton image. Et je ne parle pas d'Olga, j'ai bien remarqué qu'elle t'aime et elle te respecte. Ce n'est pas forcément le cas de la moitié de celles que tu as fourrées dans ton lit. Ce sont de bons souvenirs, c'est sûr, mais rien que ça. Et il y a un âge ou ça doit changer. Ta "transition" à toi est en train de se produire, c'est comme ça que je vois les choses. C'est tardif mais c'est très bien. Tu veux être enfin heureux et arrêter de voir juste passer des inconnues. C'est en tout cas comme ça que je le résume.

Richard se sentit à bout et prêt à replonger dans ses abysses émotionnels. Il perdit le contrôle de sa respiration et tenta d'expirer profondément. Remarquant son trouble, Paul intensifia son étreinte et lui caressa les joues.

- Hé, ça va aller. Ferme les yeux.

- Que je ferme les yeux ? répéta Richard avant d'expirer encore.

Paul acquiesça avec un petit bruit entraînant la confiance de son ami.

- Si tu ne penses pas réussir à te calmer, j'ai une méthode infaillible. Peut-être que tu en penseras du bien, peut-être pas... mais il faut toujours essayer ce qu'on ne connaît pas. Alors ferme-moi ces beaux yeux et écoute juste l'idiot qui va te parler.

S'exécutant, le brun tenta ensuite de se détendre, prêt à entendre des mots qu'il espérait rassurants. Mais à la place, il y eut un court silence avant qu'il ne sente un contact sur ses lèvres. Sans pour autant sursauter, ses lèvres s'entrouvrirent légèrement sous la surprise. Paul l'embrassait, il ne rêvait pas ? Le sentant libérer sa bouche, il rouvrit des yeux à la fois perdus et ahuris. Paul avait l'air satisfait pour la simple raison qu'il l'avait fait penser à autre chose. Avec un grand sourire, il demanda :

- Alors, dis-moi si ça t'a fait du bien ou si tu es toujours tendu.

La bouche ouverte, Richard mit quelques secondes à réaliser que Paul attendait une réponse, et ce dernier finit par en rire. Décidant de ne pas le laisser sans réponse après sa tentative d'aide, Kruspe afficha un sourire timide et baissa la tête en se frottant la nuque.

- C'est difficile à dire. Je sais... je sais que j'ai adoré mais...

Il releva enfin les yeux avec un petit rire.

- ... je crois qu'il faudrait une nouvelle démonstration pour que je sache vraiment.

Alors qu'il s'attendit à voir son aîné refuser, il en fut tout autre.

- Pourquoi pas ?

Sans prévenir, Paul le contourna et Richard l'assit sur ses cuisses afin de le mettre à l'aise. Après avoir sondé sa réceptivité en lui caressant le visage du front au menton, Landers s'élança sur ses lèvres tentantes et les foudroya dès lors qu'il sentit une réponse positive. S'aspirant brutalement les lèvres, savourant leurs mains aventureuses, ils ne s'arrêtèrent que lorsque leur besoin d'air se manifesta. Semblant retrouver son calme, Paul s'approcha de son oreille.

- Allonge-toi ! murmura t-il.

Bien que Richard sembla se questionner l'espace d'un instant, il l'écouta et anticipa en fermant les yeux. Satisfait, Paul le caressa de haut en bas et sa main passa sous son t-shirt. Il sentit son ami frissonner et gémir, malgré un petit sursaut au premier contact sur un téton. Pour ne pas l'encourager à se braquer, Paul descendit sur ses lèvres et les choya en s'allongeant sur lui. Richard l'accueillit avec plaisir et passa une jambe derrière les siennes pour l'encourager à garder sa position. Mais de toute façon, Paul ne semblait pas du tout d'attaque à se relever et le fait de lier sa langue à celle de Richard lui donna un immense coup de chaleur aux joues. Il en fut de même pour son ami, qui lui l'avait aussi en bas. Reculant sa tête, Paul regarda l'endroit le plus réveillé de son corps avant de lui faire un clin d'œil. Désolé, le plus jeune déglutit.

- C'est celle de tout à l'heure, elle commençait à peine à partir.

- Ravi de lui avoir redonné vie alors ! répondit l'aîné.

Cette fois, il mêla au plaisir de leur baiser un frottement qu'il exerça sur la bosse de Richard. Bien qu'il lui fut impossible de répondre par tout mouvement, le brun ne put retenir d'intenses gémissements de plaisir, encourageant Paul lorsque leurs lèvres se séparèrent.

- Tu me fais vraiment du bien, Paul.

Cédant à son regard à la fois ténébreux et angélique, Paul déboutonna son jean et passa la main dans son boxer d'un même mouvement. Surpris, Kruspe se retrouva mis à nu dans tous les sens du terme lorsque Paul caressa son érection derrière les tissus. Après un appel désespéré dans la voix de son ami, Paul lui demanda à nouveau de fermer les yeux afin de le voir plus détendu.

- Reste calme, tu vas aimer ! chuchota t-il.

Des lèvres lascives dévorant son cou, puis son torse, Kruspe sentit son membre être ensuite masturbé d'une main experte avant de plonger dans un antre humide.

- Oh ! gémit-il.

La bouche de son ami lui infligea un supplice autant qu'elle lui donna envie de lui. Si excité qu'il sentit qu'il ne tiendrait pas longtemps, il les plaça de façon latérale. Tenant en place la tête de son ami, il géra les va-et-vient dans sa bouche et lui donna des coups bien plus rapides et profonds en grognant. De son côté, Paul en fut étouffé mais cette initiative l'encouragea à lui faire davantage plaisir, le rapprochant plus encore en l'attirant par les fesses. Jamais aucun des guitaristes n'y aurait cru avant cet instant, mais ils aimaient ça. Paul voulait l'entendre et le sentir jouir, même si cela devait finir dans sa bouche. De plus, entendre son ami exprimer son plaisir sexuel l'excita également et il commença à se caresser rapidement après avoir ouvert son cargo kaki.

Alors que Richard ralentit dans le but de relâcher l'aîné, il le sentit insister pour garder sa queue en lui.

- Paul, faut te retirer sinon je vais tout lâcher.

N'ayant guère le choix, Paul se retira mais dans l'unique but de l'y encourager.

- J'en ai envie, Rick. Fais-le !

Voyant son air impressionné, il remonta jusqu'à son visage pour l'embrasser goulûment et leurs sexes se caressèrent pendant ce temps.

- D'accord ! accepta Kruspe.

Reprenant son envie furieuse en bouche, Paul le laissa le pilonner aussi vite et brutalement qu'il le souhaita. Il lui accorda les meilleures secondes de plaisir de toute sa vie, et Richard se libéra dans un râle à la fois bestial et rauque. Landers sentit la profondeur du pénis et la puissance du jet faire atterrir le sperme directement dans sa gorge, mais sa durée ne lui laissa d'autre choix que d'avaler sans pouvoir en recracher. Richard éternisait son plaisir et Paul s'en extasia, se libérant au même instant bien qu'il étouffait et que son visage le brûlait. Lorsque Richard le libéra enfin, épuisé et la peau à nouveau collante, il regarda son ami reprendre bruyamment sa respiration. Ce fut fait lorsque leurs regards se croisèrent, et Kruspe se rassit avant de faire de même avec Paul en le replaçant sur lui.

- Oh Paul !

Il le serra contre lui en signe de remerciement et - même si ce n'était pas réciproque - de quelque chose qu'il sentait germer pour cet homme. Olga lui avait réellement ouvert les yeux, il commençait à voir surgir autre chose que de l'amitié pour Paul et qu'il savait unique. Jamais cela n'arriverait avec les autres, Paul avait toujours été différent pour lui et dorénavant, il en avait la preuve. Paul se sentit différent également, et allongea le brun avant de se replacer sur lui. Après l'avoir embrassé, il dit :

- J'ai l'impression d'avoir loupé une partie de ma vie jusqu'à maintenant. J'ai le sentiment profond qu'il faut que tu en fasses partie... bien plus encore. Désolé si ça te paraît osé, je ne veux pas t'effrayer en faisant le sentimental. Mais je me sens bizarre, Rick.

Comme réponse, ce dernier inversa leurs positions avec vivacité. Mais lorsque Paul le vit se mettre à genoux pour se rhabiller correctement, il se sentit mal à l'aise en pensant que Richard le rejetait. Mais il en fut autrement, et le guitariste reprit sa place sur lui pour l'embrasser fougueusement.

- Et si je te disais que moi aussi, Paulchen ? Je ne saurais pas l'expliquer mais certaines choses qu'Olga m'a dites ce matin m'ont aidé à ouvrir les yeux. Je sais que tu es mon ami, mais pas seulement. Est-ce que tu voudrais bien qu'on... qu'on se mette ensemble tous les deux ? Sauf si tu as peur de ça, je le comprendrai et...

- Oui ! Je veux dire oui, je le veux.

Plusieurs secondes passèrent où leurs yeux restèrent soudés, brillants de bonheur et de sérénité alors qu'ils réalisaient la décision qu'ils venaient de prendre.

- Mais Olga, qu'est-ce que tu crois qu'elle va dire ? Je sais que tu resteras avec elle, mais elle sera d'accord ?

Richard perdit son regard sur le côté, mais n'eut aucun besoin de réfléchir avant répondre en souriant :

- Oui, elle le sera.

Se remettant debout, les nouveaux compagnons se dépoussiérèrent et ôtèrent chaque brin d'herbe de leurs vêtements. Puis ils s'embrassèrent une dernière fois avant de se remettre en route vers le manoir. Alors qu'ils pensèrent arriver discrètement vers la porte encore ouverte, ils se frôlèrent les doigts avec un sourire en coin.

- Je te l'avais dit qu'il te suffisait de trouver la bonne personne.

Olga les avait surpris. Elle avait dit cela avec une voix douce et un sourire immense, comme si elle se doutait qu'il s'était passé quelque chose entre eux. La voyant s'approcher, Richard jeta un regard anxieux à Paul. Ils savaient qu'ils devaient lui en parler mais son approche soudaine les rendit nerveux.

- Euh... mais pourquoi tu...

- Shht ! Ne dis rien, je suis fière que tu aies sauté le pas.

Après avoir embrassé son homme, elle regarda Paul.

- Que vous ayez sauté le pas. Jolie falaise, hein ?

- Tu nous as vus ? demanda Paul, sidéré.

Elle hocha la tête et leur stature diminua soudain sous la honte.

- Je ne voyais plus ni Richard ni toi, et la forêt est grande alors j'ai eu peur que vous ne vous soyez perdus chacun de votre côté.

Devenu pâle en imaginant Olga les observer lors de leur moment torride, Paul détourna le regard de peur d'en recevoir un empli de ressentiment, mais elle vint l'étreindre de la même manière que Richard afin de le persuader de sa joie.

- Je suis vraiment heureuse pour vous, Paul. Je suis repartie à la seconde où j'ai su ce que je voyais, je ne suis pas une perverse. Mais c'était excitant, je l'admets. Pour l'instant, j'ai encore des choses à vivre avec Richard alors même si je vous autorise à être pleinement ensemble, je ne compte pas le lâcher tout de suite. Tu me comprends ?

Ne sachant comment exprimer sa joie, Paul réprima une larme et répondit :

- Oui, cinq sur cinq !

Leur demandant de s'embrasser ensuite afin d'avoir la preuve qu'ils assumaient leur nouvelle liaison en sa présence, Olga les enlaça tous les deux. Lorsqu'ils entendirent un bruit de fond parvenant de la salle de répétition auquel ils n'avaient pas fait attention en rentrant, les hommes se regardèrent avec curiosité et Olga grimaça en se tournant vers la porte.

- Ah oui ! Sachez que les autres ont repris la répétition sans vous en s'amusant à inverser les instruments. C'est un véritable massacre alors plus tôt vous les rejoindrez et mieux ça vaudra pour mes oreilles.

De retour dans la salle où tout se passait, les guitaristes se sentirent immédiatement mal à l'aise lorsque le silence se fit. Till était à la basse, Doom au clavier, Oliver à la batterie et...

- Oh putain de bordel de merde, Flake, tu chantais ? demanda Paul.

- Je vais tomber dans les pommes ! murmura Richard.

Schneider les fixait furieusement, mais pas autant que Till qui reposa la basse. D'une démarche suspecte tellement elle fut calme, il alla poliment demander à Oliver de lui donner les baguettes. Trop poliment d'ailleurs ! Ceci fait, il se retourna vers ses guitaristes en les exhibant.

- Vous avez déjà pris un suppositoire, j'imagine ?

- Oh ! oh ! souffla Olga.

- Till ! tenta Doom.

Fixant ses mains qui agitèrent nerveusement les instruments, Richard demanda :

- Paul ?

La peur au ventre et sans quitter le chanteur des yeux, ce dernier demanda sur le même ton :

- Oui ?

Après que Till eut fait deux pas en avant, Richard hurla :

- COURS !

Richard fonça hors de la pièce et Paul le suivit à toute vitesse, mais Till se lança à leurs trousses.

- Bon ben voilà, mon mec va finir en taule pour intrusion de baguettes dans le cul de ses guitaristes ! souffla Flake en se rasseyant.

- TILL, MES BAGUETTES !

Le batteur désespéré de ne plus pouvoir poser les mains sur ses instruments, annonça la fin de la répétition.

Fin.