Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la nuit du FoF sur le thème "Surprendre" Bon, je suis partie sur du Tormienne alors que j'aime pas du tout le Tormienne et vous savez quoi ? Je me suis presque surprise à shipper un peu ce que j'ai écrit. Comme quoi !

Se passe durant le 8x04


Brienne détestait attirer l'attention sur elle.

Ce besoin de se fondre dans la masse trouvait sans origine dans le fait qu'elle avait toujours été différente. Dès son plus jeune âge, elle avait été plus grande que ses camarades ; garçons y compris. A l'adolescence, son caractère « à part » n'avait fait qu'empirer. Là où les jeunes lady de son âge développaient des poitrines et hanches prometteuses, elle ne semblait que croître en muscles. Que n'aurait-elle pas donné à l'époque pour rentrer dans le moule ! Malheureusement, les Sept ne l'avaient jamais écoutée, bien au contraire. Ils s'étaient amusés à placer sur sa route pléthore de jeunes gens cruels, toujours volontaires pour lui rappeler combien elle ne serait jamais assez bien pour eux.

Avec le temps, elle avait appris à faire fi des remarques désobligeantes qu'elle ne manquait pas de recevoir sur son passage. Néanmoins, de ces longues années de moqueries lui avaient laissé cette envie pressante de ne jamais être remarquée.

Ce fut pour cette raison qu'elle eu un mauvais pressentiment quand ce rustre de Tormund se leva en la regardant. Certes, ses œillades n'avaient duré qu'une poignée de secondes, mais tout de même. Ses deux iris bleues avaient réussi à transpercer la foule pour se poser droit sur elle.

- Je voudrai profiter de notre victoire inespérée pour proposer un poème à la femme que j'aime, déclara un Tormund aussi pompeusement que possible.

Un nouveau regard lui fut lancé puis, comme si le message visuel ne suffisait pas, le sauvageon précisa :

- Lady Brienne.

Quelques exclamations enthousiastes s'élevèrent. Brienne, elle, se recroquevilla sur elle-même ; du moins, autant que son mètre quatre-vingt-cinq lui permettait. Le début du poème ne fit que la renforcer dans cette position.

Brienne, avec tes grandes dents,

J'ai envie de croquer la vie à pleines dents.

Là, si l'Etranger était venu devant elle, Brienne l'aurait suivi sans hésitation. Malheureusement pour elle, les dieux n'avaient jamais été de son côté. Elle fut donc contrainte d'écouter la suite.

Dans tes longues jambes,

J'ai envie d'enrouler mes jambes.

Du grand art, songea-t-elle perfidement.

De tes cheveux d'or,

J'en redemande encore.

Tes épaules musclées,

Je veux être à leurs côtés.

Et je désire ton corps tout entier

Car, à mes yeux, il n'y a rien de plus parfait

Il termina son poème avec un drôle de geste que Brienne interpréta comme une imitation malhabile des révérences du Sud. Quand elle vit certaines personnes se tourner vers elle pour guetter sa réaction, Brienne crut qu'elle allait mourir sur place. Elle s'empressa alors de fuir la salle, dans une réaction digne de la chevalière qu'elle était désormais.

Pourtant, une fois seule, elle se surprit avec un léger sourire sur les lèvres.

Pour la première fois de sa vie, quelqu'un avait acclamé sa beauté. Les mots de Tormund contenaient peut-être la gaucherie des sauvageons, mais ils étaient dépourvus de la malice ou de la cruauté qui l'avaient tant blessé par le passé. Elle songea alors que, peut-être, elle pourrait se laisser aller à lui parler...

Qui savait ? Peut-être Tormund arriverait-il à la surprendre.